Brigitte Fontaine, née le à Morlaix, est une chanteuse, comédienne, romancière, nouvelliste, essayiste, poète, dramaturge et parolièreBrigitte Fontaine est une chanteuse, comédienne, parolière et écrivain née en 1939. française.

Biographie Jeunesse Fille d'instituteurs originaires de Morlaix, dans le FinistèreBrigitte Fontaine sur Les gens du cinéma.com., Brigitte Fontaine développe très tôt son goût pour l'écriture et la comédie. Son enfance, qu'elle déclare globalement heureuse, se déroule à Plouyé., puis à Morlaix.

Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire, elle se rend à Paris à , pour devenir comédienne. Elle joue notamment au théâtre de la Huchette dans La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco.

Parcours artistique Théâtre et chanson (1963-1968) vignette|redresse|gauche|Brigitte Fontaine en 1963. Photo d'identité (Sacem). En 1963, elle se tourne vers la chanson et se produit dans plusieurs salles parisiennes en interprétant ses propres textes. On la voit dans les cabarets de la Rive Gauche, puis aux Trois Baudets à Montmartre, où elle est repérée par le producteur Jacques Canetti. À La Grande Séverine, elle joue dans une pièce de Boris Vian, Le Dernier des métiers. On l'aperçoit même à la télévision dans Les Mardis de la chanson.

Dès 1964, Jacques Canetti produit son premier album de facture jazzy (Chansons décadentes et fantasmagoriques) où il confie les orchestrations à Jimmy Walter, le compositeur des premières chansons de Boris Vian. Georges Brassens écoute son premier album et lui propose de faire sa première partie à Bobino, dont la vedette américaine est Barbara. Grâce à Brigitte Fontaine, Jacques Canetti retrouve la trace de Jacques Higelin, qu'il avait auditionné aux Trois Baudets en 1954, alors qu'il avait 14 ans.

Brigitte Fontaine chanteuse ne renonce pas pour autant à la comédie. Avec Jacques Higelin et Rufus, à La Vieille-Grille, puis au théâtre des Champs-Élysées, elle crée la pièce Maman j'ai peur, qui obtient un succès critique et public si important qu'elle reste plus de deux saisons à l'affiche à Paris, et qui donne lieu à une tournée européenne.

thumb|Le théâtre de la Vieille-Grille à Paris. En 1966, les duos de Jacques Higelin et Brigitte Fontaine paraissent sous la forme de 45 tours : Maman j'ai peur, On n'est pas des chiens, La grippe paraissent chez Jacques Canetti. Cet enfant que je t'avais fait parait chez Pierre Barouh. La grippe sera notamment reprise par Etienne Daho et Jane Birkin.

En 1968 un album pop (Brigitte Fontaine est… folle ! avec déjà la collaboration de Jean-Claude Vannier), ainsi que deux 45 tours avec Jacques Higelin, dont le plus célèbre contient Cet enfant que je t'avais fait.

vignette|redresse|Brigitte Fontaine en 1964. Photo d'identité (Sacem). Elle entame en 1969 une longue collaboration avec le musicien Areski Belkacem, qui devient après quelques années son compagnon puis son fiancé et mari. Avec ce dernier et Jacques Higelin, elle imagine pour la scène du Lucernaire Niok, un spectacle novateur, entre théâtre et chanson. Puis Brigitte Fontaine écrit une série de textes en vers libres et en prose qui composent le spectacle Comme à la radio, présenté au théâtre du Vieux-Colombier avant de devenir un disque. Enregistré avec l'Art Ensemble of Chicago, cet album marque une franche rupture avec la chanson française traditionnelle, en jetant les premiers ponts vers la world music. Sorti quelques mois avant ce disque, le 45 tours Lettre à monsieur le chef de gare de La Tour de Carol a par ailleurs été le premier titre français nommé Disque pop de la semaine et de ce fait diffusé deux fois par émission dans le Pop Club radiophonique de José Artur, contribuant au succès de l'album. Il reçoit l'année suivante le prix Charles-Cros.

Brigitte et Areski (1969-1979) thumb|left|Areski et Brigitte Fontaine à la fête du PSU à Colombes en 1973. Brigitte Fontaine devient alors une figure de l'underground françaisYann Plougastel, La Chanson mondiale depuis 1945, Bordas.. En une demi-douzaine d'albums publiés pour la plupart par le label indépendant Saravah, Brigitte Fontaine explore, sans se soucier des hit-parades, différents mondes poétiques. Renonçant aux rimes, usant parfois du talk-over, elle enregistre, avec très peu de moyens et souvent sur deux pistes, des chansons qui abordent avec humour ou gravité, selon l'humeur, des thèmes aussi divers que la mort (Dommage que tu sois mort), la vie (L'été, l'été), l'aliénation (Comme à la radio, Où vas-tu petit garçon), la folie (Ragilia), l'amour (Je t'aimerai) ou encore l'injustice sociale (C'est normal), l'inégalité des sexes (Patriarcat), l'idéologie et le crime (Le 6 septembre), le faux engagement politique (L'Auberge (Révolution)), le racisme (Y'a du lard), voire elle-même et son compagnon (Brigitte, La Harpe jaune, Nous avons tant parlé)… Le couple construit une œuvre foisonnante et cohérente à la fois, à l'écart des programmateurs de radio et de télévision, dans une liberté totale — , .

Parce qu'ils voguent entre pop, folk, électro et world music, les albums L'incendie et Vous et nous par exemple, du tandem Areski-Fontaine, figurent parmi les disques les plus inclassables de la scène française. Près de trente ans plus tard, l'audience internationale de ces 33-tours (réédités depuis en CD) a pris de l'ampleur, notamment grâce aux propos enthousiastes que tiendront à leur sujet dans la presse anglo-saxonne les membres du groupe Sonic Youth. Les disques Brigitte Fontaine est... folle et Comme à la radio sont même réédités pour la première fois à destination des États-Unis en par le label indépendant Superior Viaduct. Mais ils ne sont pas encore parvenus aux oreilles du grand public francophone, pour qui le travail de Brigitte Fontaine reste beaucoup moins connu que ses apparitions médiatiques.

Les prestations scéniques de Brigitte Fontaine et d'Areski Belkacem ne sont pas à cette époque des tours de chant traditionnels : mêlant improvisation théâtrale et chansons, leurs performances s'inscrivent davantage dans le genre du happening que dans celui du concert au sens propre. Les instrumentations sont d'ailleurs réduites à leur plus simple expression, les artistes n'hésitant pas à chanter a cappella lorsqu'ils ne s'accompagnent pas eux-mêmes à la guitare, aux percussions, au mélodica ou à l'accordéon. De 1973 à 1979, ils seront seuls en scène, sans être soutenus par un orchestre. Ils se produisent alors principalement en France mais aussi dans toute la francophonie et en Algérie. Ils donnent également de nombreux spectacles dans des prisons et des hôpitaux psychiatriques.

Nouvelles de l'exil (1980-1990) Les années 1980 sont pour Brigitte Fontaine et son époux, Areski Belkacem, une période de silence discographique. Loin des studios d'enregistrement, Brigitte Fontaine se consacre alors à l'écriture et au théâtre. Toujours active, elle se produit sur scène au Québec, joue sa pièce Acte 2 dans une grande tournée à travers la francophonie, interprète Les Bonnes de Jean Genet à Paris, publie un roman (Paso doble) ainsi qu'un recueil de nouvelles (Nouvelles de l'exil). En 1984, elle enregistre un 45 tours (Les filles d'aujourd'hui), qui n'est presque pas diffusé à la radio mais qui lui permet de participer à quelques émissions télévisées, dont la plus populaire est L'Académie des neuf. Ce 45 tours est produit par Claude Carrère, habituellement producteur de disques de chansons beaucoup plus populaires.

Après avoir donné en 1988 une série de concerts à Tokyo et dans les plus grandes villes de l'archipel nippon, il lui faut attendre près de cinq ans pour qu'une compagnie française distribue son nouvel album French corazon (écrit et composé dès 1984 mais sorti en 1988 au Japon, grâce au soutien de la journaliste Reiko Kidachi). Diffusé notamment sur M6, le clip du morceau pataphysique Nougat, réalisé par la dessinatrice de bande dessinée Olivia Clavel, prépare le public au grand retour de la chanteuse sur les scènes françaises, lequel démarre par un concert événementiel en 1993, au Bataclan.

Période rose (1990-2000) Dans les années 1990, Brigitte Fontaine se rapproche des univers de Björk et de Massive Attack en expérimentant de nouvelles formes musicales, plus électriques et surtout, plus électroniques qu'auparavant. Ses textes marquent quant à eux un retour vers une forme versifiée plus classique. En 1995, la parution de l'album Genre humain rencontre un beau succès, tant auprès de la critique que du grand public, avec des titres surprenants et drôles comme Conne (produit par Étienne Daho et Arnold Turboust), symbolistes comme La Femme à barbe (produit par Les Valentins) ou lyriques comme Il se mêle à tout ça (produit par Yann Cortella et Areski Belkacem). Elle coécrit la même année le single Jungle Pulse, sombre et érotique, interprété par Étienne Daho sur le disque Reserection. Ses prestations au Bataclan et au Café de la danse sont particulièrement cérémonielles : ses spectacles s'ouvrent ainsi toujours avec La Femme à barbe, que l'artiste interprète le visage dissimulé sous un long voile. Piégée par Raphaël Mezrahi qui réalise alors une série d'interviews-canulars, elle fait une apparition remarquée sur TF1 et commence à devenir un personnage médiatique, prisé pour son sens de la répartie inattendue et sa singularité physique et vestimentaire. C'est à cette même époque que la chanteuse décide de se raser le crâne.

En 1997, elle publie un nouveau roman (La Limonade bleue) puis enregistre Les Palaces et son titre-phare Ah que la vie est belle ! L'album, très bien accueilli par la presse, est enrichi par les collaborations du compagnon Areski Belkacem, du grand frère de cœur Jacques Higelin et d'un nouveau complice de jeu : Alain Bashung. La production et la réalisation de cet album sont assurées encore une fois par le tandem Cortella/Belkacem. Surtout, les chansons révèlent une inspiration renouvelée, moins abstraite et néanmoins toujours poétique, avec les mêmes thèmes du plaisir (Délices et Orgue), de l'art sublime (La Symphonie pastorale), des souvenirs (La Cour), de la peur du monde (Les Palaces), de la peur de soi (Le Musée des horreurs), utilisant la description et le portrait (L'Île, Ali). Délices et Orgue et Ah que la vie est belle ! marquent une nouvelle orientation vers la musique électro-dance (pour l'électro seule, Brigitte et Areski s'étaient imposés dès Vous et Nous en 1977), tandis que La Symphonie pastorale et L'Île se situent dans une belle tradition classique déjà inspiratrice de Belle abandonnée, voire Leila.

Disques d'or (2001-2004) thumb|Brigitte Fontaine en 2009. Disques d'or, ses albums Kékéland (2001) et Rue Saint Louis en l'Île (2004) ont bénéficié de collaborations prestigieuses (Noir Désir, Sonic Youth, Archie Shepp, M, Gotan Project, Zebda, etc.) et se présentent comme des bouquets variés, comprenant tangos (Pipeau, Rue Saint Louis en l'Île) et rock (Bis Baby Boum Boum), trip hop (God's Nightmare, Éloge de l'hiver) et reggae (Je fume), mêlant amour (Profond) et voyages (Guadalquivir, Fréhel), Betty Boop et la série noire (Rififi), Simone de Beauvoir et Rabelais. Il aura fallu attendre 2001 et le succès de la reprise, en duo avec M, de Y'a des zazous (une chanson des années 1940) pour que Brigitte Fontaine, une des rares auteures-interprètes féminines de la chanson française - avec Anne Sylvestre, Colette Magny, Barbara, Catherine Ribeiro... - accède à une plus large popularité, tout en s'illustrant par ailleurs dans une série de talk shows à la télévision (tels ceux animés par Laurent Ruquier ou Marc-Olivier Fogiel), apparitions qui fixent pour longtemps son image de « folle » dans le grand public.