L'occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, couramment appelée l'Occupation, est un épisode de l'histoire de France durant lequel l'Allemagne nazie occupe militairement le territoire métropolitain français. L'Occupation commence avec l'armistice du 22 juin 1940 et s'achève progressivement avec la libération de la Corse en puis de la France continentale à partir de (bataille de Normandie) et (débarquement de Provence) pour ne se terminer qu'en ( qui libère le pays de Bitche et d'Outre-forêt). Les ports de Dunkerque, Lorient et Saint-Nazaire ne seront libérés qu'après la signature de l’acte de capitulation sans condition par la reddition de leur garnison allemande en .
Durant cette période, du point de vue territorial, il résulte de la convention d'armistice (en particulier en ses )Texte de la convention d'armistice, sur le site de l'université de Perpignan. que la France métropolitaine est divisée en deux parties par une ligne de démarcation, la zone occupée par les Forces armées du Reich au nord et la zone dite « libre » au sud ; rééd. Club France Loisirs, Paris, 1987.. L'empire fait partie de la zone libre. La souveraineté française s'exerce sur l'ensemble du territoire, y compris la zone occupée et l'Empire qui demeurent sous l'autorité du gouvernement français dirigé par le maréchal Pétain, président du Conseil jusqu'au , puis chef de l'État dans le cadre du régime de Vichy.
De fait, le pays se trouve inféodé à l'Allemagne nazie. Comme tous les pays occupés, la France fait l'objet d'un pillage économique, humain et territorial (annexion de l'Alsace-Moselle). Le régime de Vichy, qui s'oriente rapidement vers une politique de collaboration, soutient la politique de lutte contre la Résistance et mène de manière autonome la persécution des Juifs, puis contribue à leur déportation en Allemagne et en Pologne occupée. Cette situation de soumission s'accentue lorsque, en , la zone sud est occupée, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord française (Maroc et Algérie). À la libération en 1944, le général de Gaulle déclare le régime de Vichy « illégitime, nul et non avenu », mais il faudra attendre 1995 pour qu'un président de la république, Jacques Chirac, reconnaisse la responsabilité de la France durant cette période dans la persécution et la déportation des Juifs.
La vie en France sous l'occupation allemande se caractérise par la pénurie et par la répression.
thumb|upright|Parade allemande devant l'arc de triomphe de l'Étoile en . thumb|Photo d'une rue parisienne en 1941. thumb|upright|Zones d'occupation en France de 1940 à 1944.
L'organisation allemande de l'Occupation La ligne de démarcation
thumb|Poste de contrôle allemand sur la ligne de démarcation. Pour passer de la zone occupée à la zone libre, les Français doivent franchir la ligne de démarcation, véritable « frontière intérieure » gardée par les soldats allemands, soit de façon officielle en obtenant très difficilement un Ausweis (carte d'identité) ou un Passierschein (laissez-passer) auprès des autorités d'occupation ; soit clandestinement par l'intermédiaire d'un « passeur » lié aux nombreux réseaux de résistance.
Les zones spéciales thumb|La carte montre la division selon les termes de l’armistice. L’Allemagne annexe l’Alsace et la Lorraine, et occupe le nord et l’est de la France métropolitaine. Le reste de la France, qui inclut l’Afrique du Nord française, est zone non-occupée (en violet), que le maréchal Philippe Pétain gouverne de Vichy.
Très vite, par ailleurs, l'Allemagne viole le traité d'armistice en annexant les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle : les départements alsaciens sont alors fusionnés pour former le CdZ-Gebiet Elsass et le département de la Moselle est converti sous la forme du CdZ-Gebiet Lothringen.
Une zone interdite de de largeur est mise en place le long des côtes de la Manche et de l'Atlantique de la frontière belge à la frontière espagnole. Elle est soumise à des restrictions pour les gens qui n'y résident pas habituellement ainsi qu'à une liberté de circulation diminuée pour les résidents.
Dans les départements du Nord-Est est définie une zone interdite au retour des gens partis en 1940.
L'administration de l'Occupation
Dans la zone occupée, les départements du Nord et du Pas-de-Calais relèvent du commandement allemand de Bruxelles (, MBB), les autres du commandement de Paris (, MBF), avec cinq districts () : le Grand Paris () ; le district A (état-major à Saint-Germain-en-Laye) ; le district B (Angers) ; le district C (Dijon) ; le district de Bordeaux (supprimé en 1942 et rattaché à Angers).
Au-dessous des districts, une est installée dans chaque département et une dans un certain nombre de sous-préfectures.
Troupes d'occupation et forces allemandes de police Des divergences avaient pu s’exprimer au sujet de l’estimation des forces d’occupation allemandes, notamment entre Robert Paxton et Pierre Laborie, mais une publication de 2011 cosignée de l’historien militaire allemand Peter Lieb et de Robert Paxton semble faire consensus Cairn.info, Maintenir l'ordre en France occupée - Combien de divisions ?, 23/11/2011. Ces deux auteurs estiment à l’ensemble des effectifs de l’Armée de terre restés en Europe de l’Ouest, c’est-à-dire en Belgique, Pays-Bas et France occupée. En , le chiffre passe à , soit 29 divisions dont 21 sont stationnées en France sur le territoire dépendant de la MBF, et en , il faut compter 1,5 million de militaires allemands en France, surtout groupés sur la façade atlantique. Ces chiffres globaux ne disent rien sur la disparité profonde entre les différentes unités : Il faut distinguer les unités de combat qui n'ont pas vocation à faire du maintien de l'ordre et les troupes qui dépendent de la MBF et qui ont vocation, elles, à assurer la sécurité. Les bataillons territoriaux (Landesschützen) qui dépendent directement de la MBF sont au début de 1941, descendent à au début de l’été 1942, mais, avec l’invasion de la zone libre, remontent à au début de 1943 et à à la fin de 1943.
Mais ce n’est pas le rôle de ces unités territoriales de réduire les maquis qui prennent une certaine importance. Ce sera l’affaire de la 157e division de réserve et de la division Brehmen, soit au total quelque hommes.
Les forces de police allemandes sont : la Feldgendarmerie () et la Geheime Feldpolizei (GFP, environ ), qui a un commissariat dans chaque département, à quoi s'ajoute le service de renseignement de l'armée, l'Abwehr, présent dans les chefs-lieux de district. Dès 1940, une antenne du RSHA ou Sipo-SD dirigée par Helmut Knochen est installée à Paris (), contrevenant au traité d'armistice, puisqu'il s'agit d'une force non militaire.
En 1942, vu l'accentuation de la Résistance, la police est réorganisée : la GFP est supprimée et transférée au RSHA ; Helmut Knochen reste chef de la Sipo-SD pour la France, mais au-dessus de lui est nommé Karl Oberg, chef suprême de la SS et de la policeHöherer SS- und Polizeiführer (HSSPF).. Oberg prend ses fonctions à Paris le . C'est à partir de là qu'on peut parler de la présence de la Gestapo en France (Bureau IV de la Sipo-SD). 2 500 policiers de la SIPO et du SD remplacèrent les militaires chargés de la sécurité le .
À partir de novembre 1942
À partir du , les Alliés envahissent l'Afrique du Nord française. Craignant un débarquement dans le Sud de la France, alors encore libre, ainsi que le ralliement de la flotte de cette dernière aux Alliés (ce qui arrivera quand même, à l'exception – majeure – des bâtiments sabordés), Hitler décide, le 11, d'envahir et d'occuper la zone libre. Mussolini se joint à lui et la France est alors totalement occupée, dans la région des Alpes et la Corse par l'Italie et dans tout le reste de la France par l'Allemagne.
Économie : les pénuries La vie des Français a d'abord été marquée par les pénuries. Elles s'expliquent par différents éléments : la pénurie de main d'œuvre (un million et demi de Françaissont prisonniers en Allemagne) et de sources d'énergie (charbon, électricité) affectent la production ; les réquisitions allemandes en diminuent la part disponible pour les Français ; la désorganisation des transports et le blocus allié aggravent la situation ; des locomotives, des camions, des chevaux de trait partaient en grand nombre vers l'Allemagne.
Le manque de nourriture thumb|180px|Tickets de rationnement français – J2, J3, T, denrées diverses, juillet 1944.
Les problèmes de ravitaillement touchent rapidement les magasins français qui manquent de tout. Face à ces difficultés de la vie quotidienne, le gouvernement répond en instaurant les cartes de rationnement et autres tickets d'alimentation avec lesquels on pouvait se procurer les produits de première nécessité alimentaire (pain, viande, poisson, sucre, matières grasses) ou non alimentaires (produits ménagers, vêtements). Même le tabac et le vin furent rationnés. Chaque Français était classé par catégorie en fonction de ses besoins énergétiques, de l'âge, du sexe et de l'activité professionnelle de la personne. Chacun recevait alors la ration en rapport à la catégorie à laquelle il appartenait..
La faim sévissait surtout en ville et affectait les plus jeunes. Les files d'attente s'allongeaient devant les boutiques qui devaient même parfois fermer sur ordre administratif quelques jours par semaine. À défaut de viande et d'autres aliments, on se nourrissait de légumes peu prisés à l'époque, comme le rutabaga et le topinambour. Les produits tels que le sucre ou le café sont remplacés par des succédanés : les ersatz (comme la chicorée qui remplace le café, la saccharine se substitue au sucre).
Cependant, certains Français (souvent commerçants) tiraient parti du marché noir pour vendre des aliments sans tickets mais à des prix très élevés. Les vols et le troc étaient aussi des pratiques fréquentes durant cette période de privations et d’abstinence forcée. Des petits métiers et profiteurs apparaissent : la queutière se faisait payer pour remplacer une mère dans la file d'attente, quand d'autres louaient un coin de cave à proximité d'un commerce..
La manifestation de la rue de Buci du est une tentative de la Résistance pour lutter contre ce rationnement.
Le manque de matières premières En 1939, la consommation de carburant en France était de de tonnes, tandis que la production métropolitaine était de . Après l'armistice du 22 juin 1940, il ne restait que en réserve. La mise en service de gazogènes permit la réduction de la consommation, durant l'Occupation allemande, à environ un quart de celle avant-guerre.
Là aussi, des ersatz remplacèrent plusieurs produits devenus rares : le gazogène à la place de l'essence, le buna en remplacement du caoutchouc… Le cuir faisant également défaut, les semelles des chaussures étaient en bois.
Le marché noir
Les finances La Convention d'armistice franco-allemande signée le prévoyait, en son article 18, les stipulations suivantes : « les frais d'entretien des troupes d'occupation allemandes sur le territoire français seront à la charge du gouvernement français ». La somme journalière est fixée à de francs. En , elle est ramenée à , soit portés au service de la dette à la fin de l'année 1941. En 1942, le Trésor public émet une note évaluant à de francs le montant des paiements effectués en direction de l'Allemagne, à savoir : de frais d’occupation, de frais de logement, d'avance pour la compensation et de dépenses de services financiers.
Les premières conséquences de cette charge exorbitante sont une augmentation des prix alimentaires (multipliés par 4 entre 1940 et 1943)Indice base 100 en 1938, calcul publiés par France-Illustration, , 21 juillet 1946..
Les transports L'occupant réquisitionne les locomotives, les camions, les chevaux et la production de camions des usines françaises partait presque en totalité vers l'Allemagne.
La continuation de la guerre