Jean Berthoin, né le à Enghien-les-Bains (Val-d'Oise), mort le à Paris (17e arrondissement), est un haut fonctionnaire et un homme politique français.

Biographie

Origines familiales et études Yves Jean Marie Berthoin est issu d'une famille originaire du Dauphiné. Son père, Georges Berthoin, né en 1864 à Gières (département de l'Isère), mort en 1915 à Lyon (2e arrondissement), fils d'un « commissionnaire en peaux de chevreaux », est juge de paix, à Saint-Marcellin (Isère) puis à Lyon. En 1891, il épouse, à Paris (18e arrondissement), Marie Pignier.

Jean Berthoin effectue ses études supérieures à l'université de Grenoble et à l'université de Bordeaux. Il est diplômé d'une licence de lettres, d'une licence, d'une licence de droit et d'un diplôme d'études supérieures de sciences physiques, chimiques et naturelles.

Durant la Grande Guerre, Jean Berthoin s'engage volontairement par devancement d'appel. Il est mobilisé au sein du 7e régiment de cuirassiers. En 1918, il est élevé au grade de lieutenant. Il est cité à l'ordre du jour de l'armée à plusieurs reprises et, à l'issue du conflit, décoré de la croix de guerre.

Carrière préfectorale Deux personnalités sont à l'origine de l'orientation de la carrière de Jean Berthoin. Il rencontre par hasard à Paris Lucien Saint, ancien sous-préfet de Saint-Marcellin et qui était l'ami de son père ; ce dernier, en instance de nomination comme préfet de l'Aisne, lui propose de devenir l'un de ses collaborateurs à Laon. Berthoin accepte. Les deux hommes partent ensuite à Tunis lorsque le ministre des Colonies Albert Sarraut concède à Saint la Résidence générale. Berthoin y supervise le cabinet de son bienfaiteur. C'est là-bas qu'il fait la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, Germaine Mourgnot, la fille du directeur des Travaux Publics de la Résidence. Le mariage sera célébré le .

Dès , Berthoin rejoint la métropole, démarrant un parcours dans avec trois postes successifs de sous-préfet dans le Sud-Ouest : Nérac et Marmande en Lot-et-Garonne, Narbonne dans l'Aude. Ces fonctions le mettent en rapport avec des hommes politiques de premier plan, tels Georges Leygues, Léon Blum et surtout les frères Sarraut: l'aîné Maurice qui dirige La Dépêche de Toulouse (l'organe de la démocratie radicale) et le cadet Albert, spécialiste des problèmes d'outre-mer, qui évolue au sein du parti radical avec une grande indépendance d'esprit. Albert Sarraut, remarquant les qualités intellectuelles de Berthoin, l’intègre parmi ses proches à partir de 1930 et lui confie brièvement la direction de son cabinet au ministère de la Marine militaire. Cependant, après un mois, Berthoin retourne à la sous-préfecture de Narbonne. Le , il revient à Paris auprès de son nouveau protecteur au Ministère des Colonies. Il est élevé au grade de préfet le et nommé par Camille Chautemps à Montauban. Albert Sarraut l'appelle auprès de lui à la Présidence du Conseil en 1933. Le , il est nommé préfet de Haute-Garonne, le fief des Sarraut. À peine arrivé à Toulouse le 7, il reprend précipitamment le train pour Paris à la demande d'Albert, le nouveau ministre de l'Intérieur, qui avait besoin de lui pour faire face à la rébellion des ligueurs. Il recevait le poste de directeur de la Sûreté générale.

L'attentat de Marseille

Le , Berthoin devait en effet faire face aux conséquences de l'assassinat d'Alexandre de Yougoslavie et du ministre des Affaires étrangères, Louis Barthou par un terroriste macédonien. La presse d'extrême droite s'était déchaînée, l'accusant de négligence dans l'organisation des mesures de sécurité. Berthoin s'en défendit. Le décret du , qui réglementait les voyages officiels en France des souverains étrangers, attribuait au contrôleur général de la Sûreté pleine compétence pour définir, sous l'autorité des préfets des départements intéressés, les mesures d'ordre et de sécurité nécessairesJournal Officiel, 22 mai 1932, , . Les seules décisions que Berthoin était habilitées à prendre n'étaient que d'ordre préventif. Tout reposa donc sur les épaules du contrôleur Charles Sisteron et du préfet des Bouches-du-Rhône, Pierre Jouhannaud. Quand ils dévoilèrent leur plan d'action, Berthoin craignit le pire. Il était d'avis que le roi Alexandre débarquât à Toulon et non point à Marseille où les rues étroites du port se prêtaient à un traquenard. Mais le gouvernement de Gaston Doumergue refusa. Berthoin conseilla à Sisteron d'entourer la voiture royale d'un cordon de policiers à bicyclette. Sisteron n'en tint aucun compte.

Les journaux de l'époque ignorèrent ces objections en forme de mises en garde. Ils intensifièrent au contraire leur pression, répandant notamment le bruit que Sarraut avait des bordels et que son subordonné les gérait à sa place. Berthoin voulut publier des démentis. , lui répondit Sarraut d'un air fataliste. Berthoin proposa alors de démissionner de ses fonctions à la Sûreté. Sarraut, après avoir hésité, se résolut à se séparer de son collaborateur avant de démissionner lui-même de sa charge ministérielle. Bien qu'une enquête administrative l'eût blanchi de toute faute, Berthoin fut placé en position hors cadres, puis en disponibilité le . La traversée du désert ne dura pas longtemps. À la suite de troubles ayant éclaté en Algérie, un décret du créa quatre postes d'inspecteur général des services administratifs en Algérie. L'un d'eux échut à Berthoin, ce qui, dira-t-il, combla ses vœux.

Dans le camp des antimunichois

En , il rejoignit Paris pour diriger à l'hôtel Matignon le cabinet de son mentor Albert Sarraut que le régime des partis avait investi des fonctions de président du Conseil. Juste avant la victoire électorale du Front populaire, il sera nommé préfet de la Marne. En , le président Léon Blum le muta à la préfecture de la Seine-Inférieure (la future Seine-Maritime). Mais il fut aussitôt appelé par Sarraut au ministère de l'Intérieur dont il deviendra à la fois le secrétaire général et le directeur du personnel. Il assumera ce double rôle sous les ordres successifs de cinq ministres dont Georges Mandel. Dès son installation, la perspective d'une Seconde guerre mondiale le préoccupa. Il réforma les services du Chiffre de l’Intérieur qui étaient dans un état anarchique. La capitulation de Munich suscita son incrédulité. Il poussa l'audace jusqu'à exiger d'Edouard Daladier des explications sur son attitude lors de la conférence. Il trouva un homme effondré, totalement effaré par l'accueil enthousiaste que ses compatriotes lui avaient réservé à sa descente d'avion.

Confronté à l'offensive foudroyante de l'armée allemande au printemps 1940, le gouvernement se replia sur Tours avant de gagner Bordeaux. Berthoin supervisa l'exode de son administration. Le , il passait sous la tutelle d'Adrien Marquet, le député-maire de Bordeaux, que le maréchal Pétain, président du Conseil, avait choisi comme ministre de l'Intérieur. L'État français se mettait déjà en place. Sitôt son avènement constitutionnel le , il accentuait sa pression policière. Berthoin décida de se décharger de toutes ses fonctions afin de n'avoir point à exécuter la politique discriminatoire des nouveaux maîtres. À ses collègues, il fit ses adieux en leur recommandant : .

Otage de la Gestapo Le régime de Vichy chercha à le caser au Conseil d'État. Berthoin n'en voulut à aucun prix car, pour être nommé dans cette juridiction, il lui fallait faire une démarche auprès de Rafaël Alibert, le garde des sceaux. , s'exclama-t-il. Il entendait se retirer en province dans un poste même insignifiant. À sa demande en , il était nommé Trésorier-payeur général de l'Isère, ce qui équivalait à une rétrogradation statutaire puisqu'il était reclassé dans un poste de TPG de alors qu'il avait atteint le grade préfectoral de . À Grenoble, il retrouva ses amis d'enfance ainsi que le préfet Raoul Didkowski qu'il avait réussi à parachuter à la tête du département le juste avant son départ de l'Intérieur. Progressivement, il procéda au maillage du milieu administratif, en particulier du monde judiciaire, pour faire échec aux instructions de plus en plus contraignantes de Vichy. De facto, il entrait dans la Résistance.

Au printemps 1943, à l'occasion d'un dîner au domicile grenoblois du négociant Paul Chatin, il rencontra Jean Moulin qui effectuait alors une tournée d'inspection dans les départements pour constituer des foyers de résistance. Berthoin le connaissait fort bien. Au moment de la déclaration de guerre, Jean Moulin l'avait sollicité. Il souhaitait son rappel sous les drapeaux et abandonner la préfecture de Chartres où il se trouvait en affectation spéciale. Berthoin le lui déconseilla. Moulin resta donc à Chartes jusqu'à sa révocation en . Au cours du dîner, Berthoin lui décrivit l'état d'esprit du personnel de la préfecture iséroise, répondit de la loyauté républicaine de la plupart des fonctionnaires. Depuis son bureau de la Trésorerie générale avenue Félix-Viallet à Grenoble, il dirigeait, en compagnie du préfet Didkowski et de son chef de cabinet Louis Amade, un réseau de collecte d'informations et d'aide aux proscrits (notamment juifs) qui sera connu sous le nom de code : . Le , il évita de peu d'être arrêté par la Gestapo au cours de la Saint-Barthélemy grenobloise. Mais du au , elle l'emprisonnait à la caserne de Bonne comme otage aux côtés d'une vingtaine d'autres notabilités. La principale branche de la Résistance armée dauphinoise, la Compagnie Stéphane aux ordres d'Albert Reynier, jugea bon de ne procéder à aucune exécution de miliciens tant que les otages seraient aux mains des Allemands, une décision qui sauva la vie de Berthoin (témoignage de Paul Reynier, fils d'Albert Reynier)..

La Libération le , donna lieu à une foire d'empoigne pour la conquête du pouvoir. Berthoin en fut consterné. Il fut écarté des postes clés au sein du Comité départemental de libération. On le chargea d'animer les travaux d'une fantomatique sous-commission économique dans laquelle il végéta. Il avait cependant conservé des liens avec ses amis du Ministère de l'Intérieur qui lui offrirent le poste de commissaire de la République à Strasbourg. Ses valises étaient déjà faites quand il apprit l'abandon du projet. Il demeura donc à Grenoble, assistant à l'épuration qui frappait brutalement son entourage. Il se mit à rédiger des attestations d'honorabilité pour certaines personnalités accusées à tort d'avoir été des collaborateurs. Il loua le patriotisme de Didkowki et surtout la bonne tenue de Léon Gonzalve, le directeur de l'hôpital de Grenoble, qui avait été retenu en 1943 par les instances nationales de la Résistance comme devant être le futur préfet de l'Isère et qui se voyait mis au rebut sous de fallacieux prétextes. Face à la montée de l'intolérance, il prêcha la réconciliation entre Français. Devant le tribunal qui jugeait le milicien qui l'avait arrêté, il alla plaider la relaxe.

Sénateur et ministre