vignette|redresse=1.5|De gauche à droite, la dent d'Hérens (), le Cervin (), la dent Blanche (), l'Obergabelhorn () avec la Wellenkuppe (), le Zinalrothorn () et le Weisshorn (). vignette|redresse=1.5|Quelques des Alpes : le mont Blanc, le dôme du Goûter, les Bosses, le mont Maudit, le mont Blanc du Tacul, la pointe Walker des Grandes Jorasses et au fond le mont Rose.
Il existe plusieurs dizaines de sommets des Alpes de plus de d'altitude. Ceux-ci se trouvent en Suisse, en Italie et en France, essentiellement dans les Alpes pennines, le massif du Mont-Blanc et les Alpes bernoises, mais aussi le massif des Écrins, le massif du Grand-Paradis et la chaîne de la Bernina.
Dès la fin du est apparue, chez les alpinistes, l'ambition de gravir les sommets dépassant cette altitude symbolique. Le premier à revendiquer les avoir tous gravis est, au début du , l'Autrichien Karl Blodig, sur la base d'une liste d'une soixantaine de sommets. Compte tenu de la structure souvent complexe des montagnes, une liste close doit distinguer les « vrais » sommets des sommets secondaires, antécimes, épaules, bosses, pointes et gendarmes divers, qui dépassent l'altitude fatidique. Plusieurs listes ont coexisté jusqu'au début des , où est également apparue l'idée d'enchaîner, de façon continue et en un temps limité l'ensemble des plus de .
En 1994, l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA), en prenant en compte à la fois des critères topographiques, morphologiques et « alpinistiques », a défini une liste « officielle » de de plus de . D'autres listes existent, avec des critères plus ou moins stricts, comptabilisant de 50 à principaux, ainsi que des listes de sommets secondaires, avec lesquels on arrive en tout à une liste de près de 200 sommets.
Historique de la liste des Liste de Blodig vignette|L'aiguille Verte avec, à droite, la Grande Rocheuse et l'aiguille du Jardin (avec juste à sa gauche, la pointe Eveline).
Au début du tous les grands sommets des Alpes ont été gravis, ainsi que la quasi-totalité des sommets secondaires. C'est à cette époque qu'apparaît l'idée de gravir tous les des Alpes. Les principaux candidats à la première collection complète sont les Autrichiens Karl Blodig et Ernst Pühn et le Bavarois Hans Pfann. Geoffrey Winthrop Young en dénombre alors 65Geoffrey Winthrop Young, Nouvelles escalades dans les Alpes, Attinger, 1939, (mais deux nouveaux sommets sont ajoutés en 1908, la pointe Marguerite des Grandes Jorasses et la pointe Louis Amédée sur l'arête du Brouillard au mont BlancGilles Modica, Vertiges - Chroniques, Paulsen, 2017, « Docteur Blodif le collectionneur de ». Le premier à compléter cette liste de 67 sommets est l'oculiste autrichien Karl Blodig (1859-1956), en 1911 (il avait notamment fait la première du mont Brouillard en 1906). Mais dès 1913, il constate que la réédition du guide du Mont-Blanc compte deux nouveaux : la Grande Rocheuse () et l'aiguille du Jardin (, gravie pour la première fois en 1904) qui sont en fait des satellites de l'aiguille Verte () ; du fait de la guerre 1914-1918, puis de problèmes de santé, il ne put se lancer dans leur ascension avant 1932. Entre-temps, il publie le récit de ses ascensions en 1923 dans Die Viertausender der Alpen (Les quatre mille des Alpes) qui, réédité et traduit à de nombreuses reprises, est un des classiques de la littérature alpestre.
C'est cette même année que l'Anglais Eustace Thomas (1869-1960) commença l'alpinisme, à l'âge de , et sur la suggestion du guide Joseph Knubel, avec lequel il fit la plupart de ses ascensions, se lança dans l'enchaînement des Eustace Thomas : Manchester Mountaineer par Steve Dean.. Grand marcheur, il avait battu en 1920 le record du Bob Graham Round (un parcours de et de dénivelée dans les fells du Lake District), et en 1924, il fut le premier à enchaîner en 24 heures tous les d'Écosse (avec une liaison en voiture entre Fort William et les Cairngorms). Il compléta sa propre liste de 70 sommets en 1928 Record e curiosità sui 4000., basée sur celle de John Percy Farrar Eustace Thomas, « Six Years and the Four-Thousanders », The Alpine Journal, vol. 41, Londres, 1929.. Il revint en 1932, après une tentative en 1930, pour faire la difficile traversée des aiguilles du Diable, dont c'était la troisième, la première datant de 1928. Ces aiguilles dépassant avaient été gravies indépendamment de 1923 à 1926 : le Français Jean Chaubert, qui avait participé à la première de trois de ces aiguilles (dont une porte son nom), proposait lui une liste de 88 sommetsJean Chaubert, « Les des Alpes », La Montagne, 1929, ..
En 1932 également, et à , Karl Blodig put enfin se lancer dans l'ascension des deux sommets qui manquaient à sa liste. Faute de compagnon, et jugeant le versant de Talèfre trop crevassé pour un solitaire, il gravit seul le le versant nord du col Armand Charlet entre les deux aiguilles (une pente de glace de à 50-55°, aujourd'hui cotée TD et dont la première avait été faite la semaine précédente), atteignit la Grande Rocheuse, puis bivouaqua au col. Le lendemain, il gravit l'aiguille du Jardin et redescendit par le même chemin. L'alpiniste français Jacques Lagarde en dit : Claire Éliane Engel, A History of Mountaineering in the Alps, George Allen & Unwin, 1950, : .. Pour le guide chamoniard Armand Charlet, en 1949 :
L'alpiniste Michel Vaucher écrit à propos de l'Allalinhorn () : Par rapport à la liste UIAA de 1994, sa liste de du Valais ajoute l'aiguille du Croissant au Grand Combin et le Balmenhorn, et retire le Breithornzwillinge.
Dans les pays de langue allemande, c'est la liste de Blodig, comptant initialement 69 sommets mais ramenée à 61 dans les éditions ultérieures, qui a fait plus ou moins référence jusqu'en 1994. Elle comprenait la plupart des sommets secondaires du mont Rose, mais pas ceux du mont Blanc, du Breithorn, du Grand Combin ou des Grandes Jorasses. Elle a notamment été reprise quasiment à l'identique par l'alpiniste et écrivain allemand Richard Goedeke, dans la première édition de son 4000er, Die Normalwege auf alle Viertausender der Alpen, en substituant juste la pointe Baretti à la pointe Giordani.
Aucune de ces listes n'était fondée sur des critères explicites pour distinguer les vrais sommets des sommets secondaires.
Liste UIAA vignette|gauche|De gauche à droite : Les trois sommets de l'aiguille Blanche de Peuterey, le col de Peuterey, le Grand Pilier d'Angle et le mont Blanc de Courmayeur. Sous ce dernier, au-dessus de la Poire, on distingue l'aiguille de la Belle Étoile (environ ).
En 1994, l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA) désireuse d'établir une liste officielle, a créé un groupe de travail pour étudier la question. Il était constitué des trois auteurs de topo-guides dans les pays où se trouvent les : Gino Buscaini pour le Club alpin italien (assisté des initiateurs du projet, Roberto Aruga, Franco Bianco et Luciano Ratto), François Labande pour le Club alpin français, et Maurice Brandt pour le Club alpin suisse UIAA bulletin , mars 1994 .. La liste étant avant tout destinée aux alpinistes, il a été décidé d'ajouter des critères subjectifs au critère topographique. Les critères sont : topographique : le sommet doit avoir une proéminence (différence d'altitude entre le sommet et le plus haut col le séparant d'un sommet plus élevé) d'au moins . Ces ont été obtenus en faisant la moyenne pour les sommets tangents, et aussi parce qu'ils représentent une longueur de corde de l'alpinisme classique. La distance horizontale entre le sommet et le voisin (isolation topographique) peut aussi être prise en compte. La notion de proéminence avait été introduite par Goedeke dans son ouvrage de 1990, sans toutefois être utilisée comme critère ; morphologique : prise en compte de la structure et de l'aspect du sommet, notamment pour les antécimes et épaules ; alpinistique : défini par les voies (quantité et qualité), la fréquentation, etc.
Après avoir recensé l'ensemble des sommets dépassant les , ayant un nom ou pas, tous ceux satisfaisant au critère topographique ont été inscrits dans la liste, à l'exception de quelques antécimes ou gendarmes de sommets bien individualisés et présentant un intérêt alpin limité. C'est le cas du Grand Gendarme du Weisshorn ( de proéminence) ou du Nez du Liskamm ( de proéminence). Les autres sommets sont étudiés un par un avec les deux autres critères. Ainsi, les cinq pointes des Grandes Jorasses ont été retenues (la pointe Croz avec une proéminence de , la pointe Marguerite avec et la pointe Hélène avec ), ainsi que les cinq aiguilles du Diable (seulement pour la Corne du Diable). Le mont Blanc de Courmayeur n'a qu'une proéminence de sur le col Major qui le sépare du mont Blanc, mais est éloigné horizontalement de de ce dernier. Le sommet du Grand Pilier d'Angle est aussi une simple épaule de de proéminence sur l'arête de Peuterey qui monte du mont Blanc, mais il remplit le critère morphologique qui en fait une entité à part entière, et le critère alpinistique avec, entre autres, la voie Divine Providence, ouverte par Patrick Gabarrou et François Marsigny en 1984 et réputée être la plus difficile pour accéder au mont Blanc.
Sur les 82 sommets retenus, 41 sont dans les Alpes pennines, 28 dans le massif du Mont-Blanc, 9 dans les Alpes bernoises, 2 dans le massif des Écrins, 1 dans le massif du Grand-Paradis et 1 dans la chaîne de la Bernina. On en trouve 48 en Suisse, 38 en Italie et 25 en France, compte tenu du fait que 29 se trouvent sur des arêtes frontières (en revanche, le sommet à cheval sur les trois pays, le mont Dolent, ne fait que ). Le Grossglockner, point culminant de l'Autriche, quatrième grand pays alpin, s'élève à .
Les sommets qui ne remplissaient pas les critères définis ont été rassemblés dans une liste complémentaire de 46 sommets secondaires. Parmi ceux-ci, on trouve l'aiguille de la Belle Étoile, une pointe au sommet de l'éperon de la Poire en versant Est du mont Blanc, nommé et coté approximativement à par l'alpiniste écossais Thomas Graham Brown, dans son livre Brenva (1944), où il fait le récit de ses trois grandes premières du versant Brenva du mont Blanc, la Sentinelle rouge (1927), la Voie Major (1928) et la Poire (1933). Cette pointe est indiquée « Punta Ultima » par René Chabod dans le premier volume du guide italien du Mont-Blanc (CAI-TCI, 1963). Elle n'est citée nulle part ailleurs, mais a été ajoutée dans la liste avec cette altitude approximative Luciano Ratto, Tutti i 4000 delle Alpi, La Rivista del Club Alpino Italiano, novembre-décembre 1993.. La carte IGN TOP25 du mont Blanc indique un point à au-dessus de l'arête de la Poire.
Autres listes Listes de Richard Goedeke et Will McLewin vignette|gauche|Le Grand Gendarme () sur l'arête nord qui mène au Weisshorn depuis le Bishorn.
Richard Goedeke a publié en 2002 une quatrième édition de son 4000er, Die Normalwege auf alle Viertausender der Alpen qui comptabilise 89 sommets principaux et 91 secondaires, soit 180 au total, ce qui en fait la liste la plus exhaustive à ce jour.
Aux 82 sommets principaux de la liste UIAA, il en ajoute sept qui mériteraient selon lui d'y figurer selon les mêmes critères : le Grand Gendarme du Weisshorn, le Nez du Liskamm, le Grand Gendarme de l'arête Nord du Rimpfischhorn, le gendarme de l'arête Nord-Ouest du Lauteraarhorn, le pic Eccles et le pilier du Diable au mont Blanc du Tacul.
Parmi les pointes secondaires qui n'étaient pas recensées dans la liste complémentaire de l'UIAA, on trouve par exemple la Chandelle du Pilier central du Fréney au Mont-Blanc (la course des Cent plus belles courses du massif du Mont-Blanc de Gaston Rébuffat), lieu de la « tragédie du Fréney » où, en , sept alpinistes furent bloqués plusieurs jours par la tempête à quelques dizaines de mètres du sommet du pilier, alors vierge, et où seulement trois d'entre eux, dont Walter Bonatti et Pierre Mazeaud, survécurent à la retraite.