André Thevet, ou Theuvet, est un explorateur et écrivain-géographe français, né en 1516La fausse date de 1502 se trouve dans les dictionnaires. Elle viendrait de l’épitaphe de l’église des Cordeliers de Paris.. C’est la date que Thevet donne lui-même dans plusieurs de ses ouvrages. La notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France donne aussi la date de 1516 à Angoulême et mort le et non en 1590 (comme souvent affirmé par erreur) à Paris. Linné lui a dédié le genre Thevetia de la famille des ApocynaceaeThevet a consacré une planche des Singularitez de la France antarctique à un arbre appelé par les Amérindiens ahouai et aujourd’hui nommé Thevetia ahouai..
Jeunesse Cadet d'une famille de chirurgiens-barbiers, il est placé à l’âge de dix ans contre son gré au couvent des Franciscains (ou Cordeliers) d'Angoulême. Peu porté sur la religion, il préfère dévorer les livres et voyager.
Protégé par François , ainsi que par les La Rochefoucauld et la maison de Guise, il commence par voyager en Italie, chargé de diverses missions par ses protecteurs. À Plaisance, il se lie avec le cardinal Jean de Lorraine.
Le voyage au Levant, 1549-1552 En 1549, grâce à l'argent du Cardinal Jean de Lorraine, il embarque pour le Levant. Il visite la Crète et les îles de la mer ÉgéeJean-Pierre Thiollet, Bodream ou rêve de Bodrum, Anagramme éditions, 2010, .. Il séjourne près de deux ans à Constantinople, peut-être comme informateur pour la France. En 1552, il quitte Constantinople et part pour l'Égypte et le mont Sinaï, puis la Palestine et la Syrie.
De retour en France, il fait paraître le récit de ce voyage, en 1554, sous le titre de Cosmographie de Levant. Dans cet ouvrage, rédigé par un tiers, peut-être François de Belleforest, il énumère les curiosités archéologiques, botaniques et zoologiques rencontrées au cours de son long périple. Cependant, ce recensement doit plus à la compilation d'auteurs anciens qu’à ses propres observations. L'ouvrage reçoit un bon accueil du public, en raison des sur bois .
Le voyage au Brésil, 1555-1556 Il repart presque aussitôt comme aumônier de l'expédition du vice-amiral Villegagnon pour établir une colonie française au Brésil destinée à protéger les marins normands qui venaient sur le littoral se procurer le bois rouge, pernambouc ( en portugais), dont est tiré une teinture rouge. André Thevet séjourne de la mi- à la fin , sur un îlot à l'entrée de la baie de Rio de Janeiro, là où se trouve la forteresse des Français, le fort Coligny. Il est le premier à mentionner l’existence de l'île de PaquetáPaquetá Island. Malade, il doit cependant rentrer en France après seulement dix semaines passées sur place.
À son retour il publie, dès la fin 1557, sous forme d'un nouveau livre Les Singularitez de la France antarctique, le compte rendu des observations qu'il a pu faire des pays et peuples vus durant son voyage au Nouveau Monde. Ce témoignage, comme celui de Jean de Léry (1536-1613) atteste des tribus amérindiennes venues du nord rencontrées vers le milieu du dans la région de Rio de JaneiroVoyage au nord du Brésil fait en 1613 et 1614, Éd. Hélène Clastres, Paris, Payot, 1985 , par Yves d'Évreux (1577-1632, édition critique du texte complet par Franz Obermeier en 2012 .. vignette|Les Tupinambas dans l'ouvrage de Hans Staden au . L'ouvrage le rendra célèbre et sera traduit en italien et en anglais (resp. 1561, 1568). Il suscitera aussi imitations et polémiques. Conformément à l'esprit du temps, il s'attarde sur les bizarreries, les singularités susceptibles de surprendre ses contemporains. De plus, en raison de sa maladie, il ne put contrôler toutes les informations que lui rapportaient les « truchements », anciens matelots vivant parmi les Indiens, qui servaient d’interprètes. Arrivé en France, il utilisera aussi les informations ethnographiques rassemblées par le secrétaire de Villegagnon et mettra à contribution un scribe helléniste, Mathurin Héret, chargé de truffer le texte de références aux auteurs grecs et latinsMathurin Héret intentera d'ailleurs un procès en paternité à Thevet et obtiendra satisfaction.. Les nombreuses références à l’antiquité gréco-latine seront un moyen constamment réitéré de réduire l’étrangeté première des « sauvages » à la familiarité des textes classiques.
Il est un des premiers à donner en français des descriptions peu précises mais honnêtes du manioc, de l'ananas, de l'arachide, de la noix de cajou et du pétun (le tabac), ainsi que du « grand ara rouge » (Ara macao), du toucan, du paresseux et du tapir. Il offre aussi le premier tableau ethnographique des Indiens TupinambaEn allemand est paru la même année, un témoignage concordant et tout aussi essentiel par Hans Staden. C'est le récit de sa capture par les Tupinamba qui faillirent le dévorer.. Au , l'ethnologue Alfred Métraux dira de l'ultime version augmentée de son voyage au Brésil, Histoire d'André Thevet Angoumoisin, cosmographe du Roy, de deux voyages faits par luy aux Indes Australes, et Occidentales., que le La qualité des sur bois gravé de la flore, de la faune et des rituels des Tupinamba assure le succès de l’ouvrage à la cour et parmi les amateurs de curiosités. Cependant il y reprend le récit de Francisco de Orellana sur les femmes guerrières, nues et belliqueuses, rencontrées le long du fleuve qu’Orellana baptisa « fleuve des Amazones » puis « Amazone », et plus tard, dans la Cosmographie universelle, il se dira « bien marry que je sois tombé en la faute de l’avoir creu ».
Son livre ne décrit pas seulement le Brésil, puisqu'il évoque aussi « Madagascar », qu'il nomme exactement ainsi et en précisant que c'est le nom que ses habitants lui donnaientChapitre 23 : l'île « nommée de S. Laurent, et auparavant Madagascar en leur langue » (lire sur Wikisource)..
Pour Frank Lestringant, spécialiste de la Renaissance, « Les Singularitez de la France antarctique constitue une œuvre phare de la littérature de voyage au ».
Le cosmographe du roi Il obtient d'être affranchi de son ordre monastique en . Il se fixe rue de Bièvre, dans le Quartier latin à Paris, et devient en 1560 « cosmographe du Roy », c'est-à-dire géographe officiel, et au début de 1576 l'un des aumôniers de Catherine de Médicis. Il sert successivement quatre rois de France : Henri II et ses trois fils François II, Charles IX et Henri III. vignette|Codex Mendoza, conquêtes d'Itzcoatl. Il se constitue rue de Bièvre un cabinet de curiosités où il collectionne les monnaies grecques et latines, des plumasseries du Brésil et du Mexique, des becs de toucan, des perroquets et caïmans naturalisés et autres singularités mais aussi des documents et mémoires relatifs au Nouveau Monde comme le précieux Codex Mendoza, manuscrit aztèque des années 1540-1541. Ces collections naturalistes et ethnographiques témoignent de son désir constamment réaffirmé d'assurer la primauté de l'expérience sur l'autorité. « Tout ce que je vous discours et recite, ne s'apprend point és escole de Paris, ou de quelle que ce soit des universitez de l'Europe, ains [mais] en la chaise d'un navire, soubz la leçon des vents… »
Il travaille à partir de 1566, au projet très ambitieux, d’une encyclopédie géographique universelle distribuée selon les quatre continents. Le volumineux ouvrage, intitulé Cosmographie universelle, publié en 1575 rassemble des documents originaux d’un intérêt capital pour la connaissance des peuples amérindiens du Brésil et diverses compilations comme celles sur l’Afrique et l’Asie, tirées de Navigationi et Viaggi, du Vénitien Jean-Baptiste Ramusio.
C'est en historiographe qu'il fait paraître, en 1584, les Vrais portraits et vies des hommes illustres en huit volumes. Son ambition est immense, puisqu'il se propose de traiter de tous les grands hommes de toutes les régions qu'il a visitées. Il propose à la manière de PlutarqueLa traduction en français de Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque, était parue dix ans plus tôt, en 1574., des portraits des pères de l'Église chrétienne, des grands esprits de l'Antiquité ou des saints du Moyen Âge (livres I à III). Dans les livres suivants sont traités les découvreurs et conquérants, Colomb, Vespucci, Magellan, Cortés et Pizarre et six souverains de l'Amérique (un Aztèque, un Inca, un « Cannibale », un Tupinikin, un Satouriona de la Floride et un Patagon). Il a donc l'audace de faire voisiner les portraits des monarques amérindiens avec les gloires de l'Antiquité et de l'Europe. Il illustre ses de gravures en taille-douce.
La légende noire de Thevet Les ouvrages de Thevet ont été mal accueillis par les doctes de son époque. On l’a accusé de plagiat et d’ignorance (Belon 1557, Belleforest et Fumée 1568) ou encore d’outrecuidance. La référence Du Préau, 1583 désigne Gabriel Du Préau, Histoire de l'estat et succes de l'Eglise (...), Paris, 1583, tome 1 et tome 2 consultables sur Google Books., écrit Frank Lestringant. . C’est le cas par exemple du vulgarisateur Jean-Marie Pelt, qui dans son ouvrage de 1999 sur les grands naturalistes explorateurs, consacre un chapitre entier à sa réhabilitation.
André Thevet et l'herbe pétun (tabac)
Dans Singularitez de la France antarctique (1558), André Thevet donne une description précise de l’usage du « tabac » par les indiens. Il en ramènera des graines en France qu’il sèmera dans sa région natale d’Angoulême et baptisera la plante « herbe angoulmoisine ». Mais le terme aura moins de succès que « pétun », mot venant du tupi « petyma, petyn » qui sera largement employé en France et aux Antilles jusqu’au début du , époque où il sera évincé par « tabac », terme qui lui vient à travers l’espagnol, d’un mot haïtien, « tabaco ».
« Autre singularité d’une herbe, qu’ils nomment en leur langue Petun, laquelle ils portent ordinairement avec eux, pource qu’ils l’estiment merveilleusement proffitable à plusieurs choses. Elle ressemble à notre buglosse.
Or ils cueillent songneusement ceste herbe, et la font seicher à l'ombre dans leur petites cabannes. La maniere d'en user est telle. Ils l'enveloppent, estant seiche, quelque quantité de ceste herbe en une fueille de palmier, qui est fort grande, et la rollent comme de la longueur d'une chandelle, puis mettent le feu par un bout, et en reçoivent la fumée par le nez, & par la bouche. Elle est fort salubre, disent ils, pour faire distiller et consumer les humeurs superflues du cerveau. Davantage prise en cette façon, fait passer la faim, & la soif pour quelque temps. Parquoy ils en usent ordinairement, mesmes quand ils tiennent quelque propos entre eux, ils tirent ceste fumée, & puis parlent: ce qu'ils font coustumierement & successivement l'un apres l'autre en guerre, ou elle se trouve tres commode. Les femmes n'en usent aucunement. Vray est, que si lon prend trop de ceste fumée ou parfun, elle enteste et enivre, comme le fumet d’un fort vin. » (Singularitez, 1558, 60r).
Thevet nous dit avoir essayé par lui-même le cigare de pétun et que « cette fumée cause sueurs et faiblesses, jusqu'à tomber en quelque syncope ».
Quelques années plus tard, en 1560, Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, envoie de la poudre de tabac à la reine Catherine de Médicis pour soigner les migraines de son fils. Le traitement a du succès et pour honorer Jean Nicot, le botaniste Delachamps donne officiellement à la plante le nom de « Nicotiana tabacum ». Cette usurpation rendra furieux Thevet « Depuis un quidam, qui ne fit jamais le voyage, quelque dix ans après que je fus de retour de ce pays, lui donna son nom ». Si Thevet fut indéniablement le premier à introduire le tabac en France, il ne fut pas le premier en Europe, puisque Hernandez l'avait introduit en Espagne dès 1520.
Cartes redécouvertes Le Grand Insulaire et Pilotage