vignette|Étudiants du programme de formation de praticiens Feldenkrais de San Francisco (vers 1978) participant à une leçon de Prise de conscience par le mouvement. La méthode Feldenkrais est une pratique éducative mise au point dans les années 1940-1950 par Moshe Feldenkrais, physicien et judoka israélien d'origine biélorusseReese, Mark (2015). Moshe Feldenkrais: A Life in Movement. ReeseKress Somatics Press. p. 45–46.. Selon Stephens et Hillier (2020), les personnes sont invitées à observer attentivement les sensations liées aux mouvements proposés par le praticien, sans que ce dernier ne corrige ou n'impose.
Dans le domaine du soin médical et thérapeutique, les études disponibles ne permettent pas d'établir scientifiquement l'efficacité de la méthode, faute d'essais cliniques rigoureux suffisants. Elle est parfois comparée à une pseudoscience.
Définition La méthode Feldenkrais peut être définie comme un processus d'apprentissage destiné à améliorer la qualité et la fluidité des mouvements. Plutôt que de corriger ou de traiter le mouvement, elle invite les élèves à explorer leurs habitudes et à découvrir des alternatives plus adaptées en portant attention aux sensations fines, à la proprioception, à l’orientation de soi dans l’espace. Cette démarche repose sur des principes éducatifs : observer, expérimenter et intégrer.
Historique La méthode Feldenkrais a été créée par Moshe Feldenkrais (1904-1984), né en Biélorussie (actuellement Ukraine), et qui a émigré en 1919 en Palestine alors sous mandat britannique, puis est venu en France dans les années 1930. En , il obtient un diplôme d'ingénieur de l'ESTP. En , il travaille à Cachan dans le laboratoire de recherche lié au travaux sur le radium et à une thèse "d'ingénieur-docteur" en physique. Dans le même temps, il fait la rencontre de Jigorō Kanō, le fondateur du Judo, lors d’une visite de celui-ci à Paris. Feldenkrais apprend le Judo et devient Ceinture Noire et participe à la création du Jiu-jitsu club de France, embryon de la future fédération Française de Judoart. "Moshé Feldenkrais, Pionnier du judo en France" in Claude Thibault, Un Million de Judoka. L'histoire du judo français,Paris, Albin Michel, 1966 .
Durant la guerre, Moshe Feldenkrais travaille dans les services de l'amirauté britannique où il est spécialisé dans le SONAR (dénommé par les britanniques ASDIC. Dans ce contexte, il fait la connaissance de Jacob Bronowski, J.D. Bernal et d'autres scientifiques comme Solly Zuckerman, Eric Barnes, Albert Freedman, Ralph Serle auprès desquels il teste ces idées novatrices sur l'interaction corps esprit. En 1940, Feldenkrais est nommé "officier scientifique de l'amirauté affecté à la recherche et au développement de l'asdic au centre d'expérimentation anti-sous-marine britanniqueMark Reese, A life in Movement, vol. 1, 2015, chap. 4 and notes.
De façon simplifiée, alors que souffrant d'un de ses genoux, il décide de refuser une opération chirurgicale et de plutôt d’explorer par lui-même, en autodidacte, le fonctionnement humain afin de trouver des possibilités de se déplacer sans douleur. Il se documente (dans les revues scientifiques ; au sein de la Royal Society où il est accueilli comme "Visiting Scientist"), cherche et se plonge dans les travaux spécialisés dans des disciplines diverses (anatomie, psychologie, biologie, anthropologie, techniques psycho-corporelles). Très tôt, il fait confiance à l'auto-éducation et aux possibilités de perfectibilité liées, entre autres, à la plasticité telle que l'individu peut apprendre tout au long de son existence et poursuivre son développementM. Feldenkrais, Judo pour Ceintures Noires, Paris, éd. Chiron, 1951. Préface G. Koïzumi -fondateur du Budowai à Londres, p. 9-10 .
Après la guerre, vers 1947, Feldenkrais se consacre à développer sa méthode qu’il enseigne aussi lors de son installation en Israël en . Il intensifie son activité et peu à peu commence à former des élèves qui à leur tours pourront devenir praticiens de la méthode FeldenkraisM. Pfeffer, "Souvenirs, souvenirs", Bulletin APMF, n°18, p. 1-6.
Il aurait notamment été influencé par Gustav Fechner, Frederik Matthias Alexander, , Jigorō Kanō, Georges Gurdjieff, Émile Coué, William Bates, , Peter Goss et , qui ont tous été plus préoccupés par la prise de conscience et le fonctionnement du système nerveux que par des exercices physiques.
Il écrit un ouvrage en 1949 qu'il intitule : L'être et la maturité du comportement : une étude sur l'anxiété, le sexe, la gravitation et l'apprentissage.
À la fin des années 1970, deux pôles d’activités importants existent pour la pratique de la méthode : Israël et la Californie.
Recherche et études
Évaluation des bienfaits Des études cliniques cherchant à mettre en évidence l'efficacité de la méthode Feldenkrais ont porté sur les symptômes de certaines maladies comme la sclérose en plaquesHuntley A., Ernst E., « », Complement. Ther. Med., 2000 Jun 8, pages 97-105. ou l'asthme.
Une revue Cochrane de 1999 concluait qu'il n'y avait aucune étude rigoureuse permettant de montrer l'efficacité de la méthode sur l'asthmeDennis J., , Syst. Rev., 2000, , . Il existe une étude datant de 2005 qui a réalisé un récapitulatif des différents essais cliniques randomisés portant sur la méthode Feldenkrais. Seuls six ont pu être inclus, les autres ne respectant pas les standards de rigueur méthodologique. Les auteurs concluent qu'il est impossible d'étayer l'efficacité de la méthode au vu des faiblesses méthodologiques des essaisErnst E., Canter P. H., « () », Phys. Rehab. Kur. Med., 2005, pages 151-156. .
En 2015, Hillier et Worley publient une revue systématique portant sur 20 essais contrôlés randomisés, évalués selon la méthodologie Cochrane du risque de biais Hillier S. et Worley A., « The effectiveness of the Feldenkrais Method: a systematic review of the evidence », Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2015, article 752160. DOI 10.1155/2015/752160. PMC. Les résultats sont hétérogènes selon les populations et les variables étudiées. Une méta-analyse réalisée sur 7 de ces études conclut en faveur de la méthode pour l'amélioration de l'équilibre chez les personnes âgées.
En 2022, une revue systématique et méta-analyse publiée par Berland et al. dans la revue à comité de lecture International Journal of Environmental Research and Public Health (MDPI, indexée PubMed) a analysé 16 essais contrôlés randomisés, sélectionnés à partir des bases de données PubMed, Cochrane et PEDro (Physiotherapy Evidence Database) jusqu'en août 2022, et évalués selon l'échelle PEDro, outil standardisé d'évaluation de la qualité méthodologique des essais cliniques randomisésBerland R. et al., « Effects of the Feldenkrais Method as a Physiotherapy Tool: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials », International Journal of Environmental Research and Public Health, MDPI, 2022. PMC.
Les résultats montrent des effets significatifs sur la réduction de la douleur et l'amélioration de la mobilité fonctionnelle chez les patients souffrant de douleurs rachidiennes, ainsi que des améliorations de la mobilité et de l'équilibre chez les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Les résultats ne sont pas concluants pour la sclérose en plaques, où aucune différence significative n'a été observée entre les groupes.
Liens avec les autres méthodes d'éducation somatique Pour parler de la méthode Feldenkrais et d'autres méthodes « cousines », telles que la technique Alexander (Frederick Matthias Alexander), l’eutonie (Gerda Alexander), le Body-Mind Centering (Bonnie Bainbridge Cohen), l'ismakogie (travail sur la posture) ou la gymnastique holistique (Lily Ehrenfried), des praticiens québécois ont proposé le concept d’« éducation somatique ».
Statut selon les pays
Critiques et risques Les études menées selon les protocoles de la médecine scientifique ont montré que la pratique n'a pas d'effets médicaux démontré. Selon le site internet spécialisé dans le charlatanisme , il s'agit d'une pseudoscience.
David Gorski a écrit que la méthode Feldenkrais présente des similitudes avec la guérison par la foi, qu'elle s'apparente à du « yoga glorifié » et qu'elle « frôle le charlatanisme ». classe cette méthode parmi les « méthodes non naturelles », c'est à dire que cette méthode n'est pas explicable par les lois de la nature.
Références Articles connexes
Eutonie Technique Alexander
Livres
Pascal Leloup, Apprivoisez vos vertèbres, un dos souple avec la méthode Feldenkrais, Éditions KiKeKoiDonOu. Léa Wolgensinger, Dimitri remonte sur scène. Pascal Leloup, Les aventures sensorielles de Guste, Éditions KiKeKoiDonOu. Choune Ostorero, L'accompagnement du sportif par la méthode Feldenkrais, Éditions KiKeKoiDonOu. Franck Koutchinsky, Conscience du geste par la méthode Feldenkrais, Éditions Chiron. Lawrence W. Goldfarb, Articuler le changement, la méthode Feldenkrais pour l'éducation du mouvement, Éditions Espace du temps présent. Danielle Warnier, Je sens donc je suis, Éditions Edilivre. Josette Lépine, Le coaching somatique, Éditions Valeurs d’Avenir. Ruthy Alon, Spontanéité et prise de conscience, Éditions de l'Association Bones for Life France.
Penser les somatiques avec Feldenkrais, collectif, sous la direction d'Isabelle Ginot, Éditions l'Entretemps, 2014. .
Biographies
(traduction française de Making Connections par Blandine Wong) Philippe Beyvin, L'art de la Chute, Biographie romancée de Moshe Feldenkrais - Collection Pas à pas, , 246 pages, 16 x 24 cm, isbn 978-2-84505-322-9, Distribution Hachette.
Références insérées
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