L'invasion du Panama par les États-Unis (nom de code ) a lieu du au , sous l'administration du président des États-Unis George H. W. Bush.

Le dirigeant militaire panaméen Manuel Noriega, après avoir déjoué plusieurs coups d'État et annulé les résultats des dernières élections, déclare son pays en état de guerre contre les États-Unis. Ces derniers utilisent cet état diplomatique, lié à des agressions envers des citoyens américains (civils et militaires), la violation possible de la neutralité du canal de Panama et le rôle du Panama dans le trafic international de drogue, comme raisons officielles pour justifier l’invasion du pays et sa prise de contrôle.

Au cours de cette opération qui dure moins d'un mois, Manuel Noriega est destitué, et la (FDP) dissoute. Les pertes civiles, et les conséquences politiques et sociales sur le pays, sont l'objet de fortes critiques envers l'interventionnisme américain.

Contexte général

Relations entre Manuel Noriega et le gouvernement américain Les relations entre les États-Unis et Manuel Noriega, protégé de Torrijos, durent deux décennies (de 1959 au début des années 1980), lorsque Noriega était un élément actif des services de renseignement américains et salarié par la Central Intelligence Agency. Les relations de Noriega avec George H. W. Bush auraient commencé dans les années 1970, alors que Bush était directeur de la CIAJones, Howard. Crucible of Power: A History of U.S. Foreign Relations Since 1897. 2001, page 494.. Noriega a travaillé à faire progresser les intérêts américains en Amérique centrale, notamment en sapant les forces du gouvernement socialiste au Nicaragua, les Sandinistes, et les révolutionnaires du FMLN du Salvador. Il recevait plus de par an pour ses services, , New York, Putnam, 1990, p. 26–30, 162. Il a aussi travaillé avec la Drug Enforcement Administration des États-Unis afin de limiter le trafic de stupéfiants en direction des États-Unis, ce qui l'a amené à travailler avec les trafiquants de drogue eux-mêmes. Il est aussi suspecté d'avoir été un agent double, pour avoir transmis des informations hautement confidentielles à Cuba, facilité le transfert de technologies sensibles à des pays du bloc de l'Est et vendu des armes aux guérilleros pro-communistes d'Amérique latine et au gouvernement sandinisteÉtienne Genovefa et Claude Moniquet, Histoire de l'espionnage mondial, éditions du Félin, 2000, dès la fin des années 1970.

Noriega arrive à la tête du pouvoir panaméen en 1981, à la mort de Torrijos, devenant à son tour le dirigeant officieux du pays. Les services de renseignement militaires américains (Defense Intelligence Agency) tentent de l'espionner à partir de cette année, ignorant ses liens avec la CIA et inversement, tandis que Noriega tente d'infiltrer les unités de renseignement américaines au Panama. En 1987, les États-Unis lui retirent leur soutien militaire et économique ; en 1988, le président américain Ronald Reagan lui demande de démissionner pacifiquement, tout en faisant pression sur lui avec plusieurs actes d'accusation liés au trafic de stupéfiants et au racket confiés à la justice américaine la même année. La baisse du trafic de drogue vers les États-Unis est également ajoutée aux éléments de négociation.

Climat politique panaméen En , une tentative de coup d'État contre le gouvernement du Panama est déjouée par les forces de Noriega. En , pendant les élections nationales, une alliance de partis opposés à la dictature militaire de Manuel Noriega dépouille les résultats de l'élection directement dans les bureaux des circonscriptions du pays, avant que les bulletins ne soient envoyés aux centres régionaux pour le décompte officiel. Leur décompte indique que leur candidat, Guillermo Endara, a battu , candidat de la coalition pro-NoriegaLos Angeles Times, 21 décembre 1989, « »., dans un rapport de 3 contre 1. Endara est roué de coups par les supporters de Noriega le jour suivant. Noriega déclare toutefois l'élection nulle et reste au pouvoir ; il insiste sur le fait que son parti a en fait remporté l'élection présidentielle, et que les irrégularités ont été le fait des candidats des partis d'opposition soutenus par les États-UnisUn rapport de la Commission inter-américaine des droits de l'homme conclut à de nombreuses violations des droits de l'homme (). .. Bush demande dès lors à Noriega de respecter la volonté du peuple panaméen. 340px|thumb|Un LAV-25 de l'US Marine Corps au Panama

La (FDP), tournant le dos à Noriega, propose de le remettre aux États-Unis, mais cette proposition n'eut pas de suite. En , Noriega déjoue une deuxième tentative de coup d'État dirigée par le major . La pression médiatique se reporte sur Bush, qui est traité de « mauviette » pour ne pas avoir apporté d'aide au Panama. Bush déclare que les États-Unis ne négocieront pas avec un trafiquant de drogue connu, et nie avoir eu connaissance de la participation de Noriega au commerce de la drogue avant son acte d'accusation.

Événements du 16 décembre Le a eu lieu un incident qui conduit à la mort de l'officier des américains, le lieutenant Robert Paz : quatre militaires des États-Unis sont arrêtés à un barrage routier en dehors du siège de la FDP, dans le quartier El Chorrillo de Panama. Le second lieutenant Paz est arrêté et maltraité ; selon les dires de la FDP, il est abattu alors qu'il tente de s'enfuir.

Le département de la Défense des États-Unis indiqua que les militaires n'étaient pas armés et circulaient dans un véhicule privé. Ils auraient tenté de fuir la scène seulement après que leur véhicule a été entouré par une foule de civils et de soldats des FDP. Les FDP ont affirmé que les Américains étaient armés et en mission de reconnaissance.

En 1990, le Los Angeles Times affirme que « selon l'armée américaine et des sources civiles » l'officier tué était un membre des « ». L'objectif de ce groupe était de provoquer les membres de la FDP. Il a également été signalé que les tactiques du groupe étaient bien connues par les officiers américains qui étaient frustrés par les « provocations panaméennes commises sous la dictature de Manuel A. Noriega », bien que le groupe n'ait pas été approuvé officiellement par la hiérarchie militaire. Le Pentagone a nié plus tard qu'un tel groupe ait jamais existé, 22 décembre 1990, « », Kenneth Freed.. .

Justification américaine de l'invasion La justification officielle des États-Unis pour l'invasion a été exposée par le président George H. W. Bush le matin du quelques heures après le début de l'opération. Bush a énuméré quatre raisons pour cette invasion : La sauvegarde de la vie des citoyens des États-Unis au Panama. Dans sa déclaration, Bush fit valoir que Noriega avait déclaré que l'état de guerre existait entre les États-Unis et le Panama. Celui-ci avait également menacé la vie des quelque américains qui y vivaient alors. Il indiqua aussi qu'il y avait eu de nombreux affrontements entre les États-Unis et les forces du Panama, un Marine américain avait été tué quelques jours plus tôt, et que plusieurs incidents de harcèlement de citoyens américains avaient eu lieu. La défense de la démocratie et les droits de l'homme au Panama. Lutte contre le trafic de drogue. Panama étant devenu un pôle du blanchiment d'argent de la drogue et un point de transit pour le trafic de drogue aux États-Unis et en Europe. Application des traités Torrijos-Carter. Les membres du Congrès et d'autres politiciens américains indiquèrent que Noriega menaçait la neutralité du canal de Panama, et que les États-Unis avaient le droit, en vertu des traités, d'intervenir militairement pour protéger le canal. Ces raisons sont exposées au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que justifications de l'invasion, acte de légitime défense au sens de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

En ce qui concerne l'une des raisons énoncées par les États-Unis pour justifier l'invasion, à savoir la déclaration de l'état de guerre formelle entre les États-Unis et le Panama, Noriega insista dans ses mémoires sur le fait que cette déclaration faisait référence à un état de guerre de fait dirigée par les États-Unis contre le PanamaManuel Noriega et Peter Eisner, . , 1997.. Cette situation donnait lieu à ce qu'il déclara être de dures sanctions économiques et de constantes provocations par des manœuvres militaires (opérations et ) qui étaient interdites par le traité Torrijos-Carter.

Le Washington Post a divulgué plusieurs avis de l' (Bureau du conseil juridique), publiées peu avant l'invasion, en ce qui concerne les forces armées américaines chargées de procéder à une arrestation à l'étranger. Un de ces avis a interprété le décret contre l'assassinat de dirigeants étrangers, qui interdit le meurtre intentionnel de dirigeants étrangers, en suggérant que la mort accidentelle de personnalités politiques étrangères serait acceptable. Une autre décision conclut que le Posse Comitatus Act de 1878, qui interdit aux forces armées de procéder à des arrestations sans l'autorisation du Congrès, est applicable seulement à l'intérieur des frontières des États-Unis, de sorte que les militaires pourraient être utilisés comme une force de police à l'étranger — par exemple, dans Panama, pour l'exécution d'un mandat de la Cour fédérale contre NoriegaHenkin, Louis. Right V. Might: International Law and the Use of Force. 1991, ..

Opération Just Cause vignette|Saut de membres du d'infanterie lors de l'opération. L'incursion militaire en Panama commence le , à 01 h 00 heure locale. L', l', l' et l' participent à l'opération.

Les forces terrestres américaines sont composées des éléments combattants du XVIII corps aéroporté, de la aéroportée, de la d'infanterie légère, du de rangers, et une , ainsi que des éléments de la d'infanterie, de la 1138 compagnie de police militaire de la garde nationale du Missouri, de la d'infanterie, de la d'infanterie, de la du génie, d'un bataillon maritime des forces de sécurité au Panama, du du de marine, des équipes de sécurité de la flotte anti-terroriste, du de l'infanterie blindée légère et du de logistique des .

L'opération implique en tout américains, dont 4 % de l'effectif est féminin (soit 800 membres parmi lesquelles 150 participèrent aux combats dans les rangs de la police militaire) Operation Urgent Fury and Operation Just Cause, Military Women Veterans, des milliers de véhicules dont 14 chars légers M551 Sheridan (dont deux furent détruits accidentellement) et plus de 300 avions, y compris des AC-130 Spectre, des avions d'observations et d'attaque OA‑37B Dragonfly et des avions furtifs F‑117A mis en œuvre par la , et des hélicoptères d'attaque AH‑64 Apache. L'invasion du Panama a été d'ailleurs le premier déploiement en combat de l'AH‑64, du HMMWV, et du F‑117A .

Les forces panaméennes sont composées des de la Force de Défense panaméenne (FDP), dont seulement en état de combattre.

Déroulement de l'opération vignette|gauche|Plan de l'invasion

L'opération commence par une attaque des installations stratégiques, telles que l'aéroport civil de Punta Paitilla dans Panama, la garnison de la Force de Défense Panaméenne, le terrain d'aviation de Rio Hato où Noriega possédait une résidence, et d'autres centres de commandement militaire dans tout le pays.

L'attaque contre le quartier général de la FDP (dénommé la ) déclenche plusieurs incendies, dont l'un détruit une partie du quartier El Chorrillo au centre-ville de Panama (zone à forte densité de population).

Au cours des heurts, dont la fusillade à la , la Force de Défense du Panama abat deux hélicoptères AH-6 , et force un autre à un atterrissage d'urgence dans un marais le long du canal de PanamaRonald H. Cole, United States. Office of the Chairman of the Joint Chiefs of Staff. Operation Just Cause: the planning and execution of joint operations in Panama, February 1988-1990. Washington : Joint History Office, Government Printing Office, 1995. P. 40..