Fantomas contre Scotland Yard est un film franco-italien réalisé par André Hunebelle et sorti en 1967. Après Fantomas (1964) et Fantomas se déchaîne (1965), il s'agit de l'ultime volet de la trilogie consacrée à Fantômas, le génie du crime.
Fantômas contraint les plus grandes fortunes de la planète, officielles comme illégales, à lui verser un . Sa première victime est le richissime lord Edward Mac Rashley, qui fait venir pour l'aider dans son château en Écosse le commissaire Juve, son adjoint l'inspecteur Bertrand, le journaliste Fandor et sa fiancée Hélène. Par ce cadre empreint de mystères, les scénaristes se rapprochent du romanesque et du macabre de l'œuvre littéraire de Pierre Souvestre et Marcel Allain, s'éloignant du modernisme à la James Bond.
Jean Marais, Louis de Funès, Mylène Demongeot et Jacques Dynam reprennent leurs rôles des deux premiers films, rejoints par Jean-Roger Caussimon en lord écossais. Les vedettes Marais et de Funès ont des différends sur l'ampleur de leurs rôles respectifs et le ton du film.
Le film remporte un grand succès international. Les critiques sont sévères, pointant du doigt le scénario, la réalisation et la place grandissante accordée à Louis de Funès, bien que sa prestation soit saluée.
Synopsis Fort de ses méfaits passés, Fantômas a l'idée d'extorquer par la menace, aux individus les plus fortunés de la planète, un « impôt sur le droit de vivre ». Edward Mac Rashley, un richissime lord écossais, subit ce chantage. Le commissaire Juve, son adjoint l'inspecteur Bertrand, le journaliste Fandor et sa fiancée Hélène, dépêchés par le grand quotidien Le Point du Jour, sont invités dans son château pour confondre le coupable. Sous les traits d'un ami intime de Mac Rashley qu'il vient d'assassiner (sir Walter Brown), Fantômas tue le lord écossais. Puis il endosse son apparence, à l'insu de tous. De plus, il fait passer Juve pour fou en déposant dans sa chambre, puis en les subtilisant peu après, les cadavres de ses deux victimes.
Fantômas découvre que pour lui résister les riches se sont associés à des malfaiteurs. Il organise une chasse au renard, pendant laquelle il enlèvera plusieurs victimes de son chantage. Lors d'une bagarre il est démasqué par André Berthier, secrétaire du châtelain, secrètement épris de Lady Mac Rashley - en fait sa complice - désireuse de supprimer son époux. Hélène assiste au meurtre de Berthier, Fantômas lance alors des sbires à sa poursuite, mais elle est sauvée in extremis par Fandor, qui capture l'un d'entre eux. Fandor et Hélène se réfugient avec lui dans une cabane isolée, en pleine forêt. Ils apprennent les manœuvres de Fantômas. Par la bouche de leur prisonnier, ils font croire au criminel qu'il les a supprimés.
Capturés, Juve et Bertrand sont conduits au repaire de Fantômas, dans les sous-sols du château. Le malfaiteur, qui a repris sa véritable apparence, charge Juve d'informer Mac Rashley que le lendemain à minuit il doit lui remettre au nom des riches, sous peine de mort, un million de dollars en diamants. Malgré la réprobation de son subordonné, Juve accepte de se rendre complice du criminel. Il transmet l'ultimatum au lord écossais, sans se douter qu'il n'est autre que Fantômas. Il lui explique même le fonctionnement du système d'alarme qu'il a fait installer pour capturer son ennemi. Peu avant minuit, Juve remet au châtelain un coffret contenant la rançon demandée ; à cette occasion il tente de subtiliser une pierre précieuse, mais Bertrand l'en empêche. Il gagne une pièce voisine pour monter la garde avec son adjoint. Fantômas, qui a repris les traits du maître des lieux, reçoit la visite de Lady Mac Rashley. Elle le menace d'un pistolet avant d'arracher son masque : c'est Hélène, rejointe peu après par Fandor. Fantômas déclenche le signal d'alarme. Aussitôt accourus, Juve et Bertrand pointent malencontreusement leur arme dans le dos de Fandor et d'Hélène. Profitant de la confusion, Fantômas entre dans la cheminée. Une porte blindée se referme derrière lui. De l'âtre s'échappe une épaisse fumée dans un bruit assourdissant : c'est le malfaiteur qui s'enfuit en fusée. Des avions de chasse décollent. L'un d'eux abat la fusée en plein vol. Le commissaire Juve et ses compagnons exultent, croyant leur ennemi juré enfin mort. Toujours sous les traits du lord écossais, Fantômas roule en fait tranquillement à bicyclette, le coffret de diamants posé sur son porte-bagage avant. Ses hommes de main le rejoignent en voiture, il y prend place. Le véhicule s'éloigne.
Fiche technique Titre : Fantomas contre Scotland Yard Réalisation : André Hunebelle, assisté de Michel Wyn (deuxième équipe) Scénario : Jean Halain et Pierre Foucaud, d'après les personnages créés par Pierre Souvestre et Marcel Allain Musique : Michel Magne Décors : Max Douy Costumes : Mireille Leydet Photographie : Marcel Grignon et Vladimir Ivanov Son : René-Christian Forget Montage : Pierre Gillette Coordination des combats et des cascades : Claude Carliez et son équipe Affiche : René Ferracci (France) Production : Paul Cadéac, Alain Poiré et André Hunebelle Sociétés de production : Production artistique et cinématographique, Gaumont (France) ; Fair Film (Italie) Studios : Franstudio à Saint-Maurice Budget : (soit environ en ) Pays de production : / Langues originales : français, partiellement anglais Format : couleur (Eastmancolor) — 35 mm — 2,35:1 (Franscope) — son mono Genre : comédie, Film d'aventure Durée : 105 minutes gaumont.fr Date de sortie : France :
Distribution
Jean Marais : Fantômas / le journaliste Jérôme Fandor / Sir Walter Brown / Giuseppe Luigi Raymond Pellegrin : Fantômas (voix) Louis de Funès : le commissaire Paul Juve Mylène Demongeot : Hélène Gurn Jean-Roger Caussimon : Lord Edward Mac Rashley / Fantômas déguisé Françoise Christophe : Lady Dorothée Mac Rashley Robert Dalban : le directeur du Point du jour André Dumas : Tom Smith Max Montavon : Alexandre, un domestique Rita Renoir : la vedette qui descend de l'avion Jean Ozenne : Albert, le majordome Henri Serre : André Berthier, le secrétaire de Lord Mac Rashley Jacques Dynam : l'inspecteur Michel Bertrand Henri Attal : Godfrey, l'homme à la vieille voiture Antoine Baud : William Guy Delorme : un chef de la Mafia Hubert de Lapparent : Richard Bob Lerick : un membre de la Mafia Rico Lopez : un membre de la Mafia Paul Pavel : un membre de la Mafia Michel Thomass : le maharadjah de Kimpura Roger Trapp : l'interprète du maharadjah Dominique Zardi : un homme de main de Fantômas (nom de code ) Non crédités Claude Carliez : un gendarme Jacques Ferrière : Équipe Fer de Lance / un homme de main de Fantômas durant la scène de chasse (voix) Roland Giraud : un homme de main de Fantomas Alain Grellier : cascadeur Gérard Hernandez : la voix du cheval qui parle / un homme de main de Fantômas durant la scène de chasse (voix) Pierre Palfray : un homme de main de Fantômas Gilbert Servien : un membre de la Mafia Eric Vasberg : un gendarme
Production Genèse et développement vignette|redresse|alt=La couverture d'un roman intitulé « Fantômas : La main coupée », représentant une main tranchée gisant sur une table de roulette.|Après l'ultramoderne Fantomas se déchaîne, l'Écosse permet de retrouver le romanesque et le macabre des romans originaux.
Exhumant Fantômas, mythe de la littérature populaire de la Belle Époque, André Hunebelle réalise Fantomas (1964), suivi de Fantomas se déchaîne (1965), avec son acteur fétiche Jean Marais dans le rôle-titre.. Déjà derrière les OSS 117, Hunebelle modernise ce personnage de maître du crime emblématique des années 1910 en s'inspirant du phénomène contemporain de James Bond. Ces adaptations remportent un grand succès à leur sortie en salles, notamment grâce au numéro comique de Louis de Funès en commissaire Juve. En , entre les sorties de Fantomas et Fantomas se déchaîne, dont il venait de lire le scénario, Marcel Allain, le seul auteur survivant, âgé de , avait désavoué au détour d'un entretien ces adaptations modernes, rejetant leur ton, les idées ajoutées, la transformation de certains personnages et de l'intrigue établie au cours de ses volumes.
Au vu des résultats des deux premiers, un troisième film est lancé. Le scénariste Jean Halain annonce au printemps 1966 : . Le cadre écossais et sa mythologie amènent une dose de romanesque et de macabre semblable au Fantômas originel, avec des échanges de faux ou vrais cadavres, des décors truqués et l'ambiance lugubre d'un vieux château hanté. André Hunebelle prévient ainsi qu'. Halain justifie ce nouveau registre : .
vignette|gauche|redresse|André Hunebelle (ici en 1950), réalisateur de la trilogie Fantomas.
L'essentiel de l'équipe artistique et technique des deux précédents Fantomas revient. André Hunebelle réalise, entouré des assistants Jean-Pierre Desagnat et Michel Wyn, à qui il laisse souvent la main. Jacques Besnard, occupé par le montage de son premier film Le Grand Restaurant, laisse son poste de réalisateur de la seconde équipe à Michel Wyn pour ce troisième opus.. À nouveau, le scénario est écrit par Jean Halain, auteur de chaque film de son père, et Pierre Foucaud qui, outre les deux autres Fantomas, a scénarisé pour Hunebelle quatre OSS 117 et plusieurs films de cape et d'épée. Conscient de ne créer qu'un cinéma de divertissement sans grande ambition artistique, Hunebelle est peu rigoureux dans l'écriture de ses comédies, donne de grandes libertés à ses scénaristes et laisse ainsi tout le monde participer au scénario.
La production demeure assurée par la Gaumont (SNEG), représentée par Alain Poiré, et la Production artistique et cinématographique (PAC), société d'Hunebelle, encore une fois associés à un coproducteur italien, ici Fair Film.. Un budget de est accordé, des moyens ainsi en augmentation de film en film (presque le quart part dans les cachets de la distribution). Les décors sont toujours de Max Douy (arrivé sur le deuxième opus), les costumes de Mireille Leydet et la musique de Michel Magne. Hunebelle travaille en famille puisque Halain est son fils et la costumière son ancienne épouse. Le maquilleur Gérard Cogan continue de concevoir les masques de Fantômas, après avoir fabriqué ceux du Bossu (1959).
Le scénario porte d'abord le nom de Fantasia pour Fantomas, puis le tournage du film est annoncé à l'automne 1966 avec pour titre La Vengeance de Fantomas, avant d'adopter le titre définitif de Fantomas contre Scotland Yard. Ce titre final est trompeur : Scotland Yard est le nom donné par métonymie à la police du Grand Londres, donc à une juridiction placée en Angleterre, à l'autre bout de la Grande-Bretagne et non en Écosse. Dans les années 1950 et 1960, de nombreux polars anglais comportent « Scotland Yard » dans leur titre.
Attribution des rôles
vignette|redresse|alt=Photo en noir et blanc d'un élégant quinquagénaire souriant à l'objectif. Un avion à l'arrière-plan.|gauche|Jean Marais (ici en 1965) incarne à la fois Fandor et Fantomas, un double rôle cependant occulté par la prestation de Louis de Funès.