Victor Démé, né en 1962 à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) où il est mort le , est un guitariste et chanteur burkinabè. Sa musique reflète des influences liant le blues mandingue, le folk, les musiques antillaises, l'afropop et la musique traditionnelle mossi. Il chante principalement en langue dioula, et est particulièrement connu pour son titre de blues mandingue Djôn'maya.

Biographie Enfance, formation et débuts Victor Démé est né a Bobo-Dioulasso dans une famille musulmane de l'ethnie Marka (couturiers traditionnels). Il apprend la musique auprès de sa mère Aminata Démé, qui est une griotte, et de sa grand-mère maternelle qui chante dans les cérémonies traditionnelles. Il s'exile en Côte d'Ivoire, se convertit au catholicisme et prend le nom de Victor. Il intègre ensuite l'orchestre Super Mande dirigée par Abdoulaye Diabaté. En 1988, il revient au Burkina Faso à l'âge de .

Carrière Dans les années 1980, il gagne plusieurs micro-crochets, dont le concours du Centre culturel français de Bobo-Dioulasso organisé en partenariat avec RFI en 1989, et le premier prix de la Semaine nationale de la culture (SNC) dans sa catégorie, en 1990. Dans les années 1990, il joue dans des orchestres, dont l’Echo de l’Africa et le Suprême Comenba.

En 2005, il rencontre Camille Louvel à Bobo-Dioulasso, qui devient gérant d'un bar-concert associatif à Ouagadougou. En 2007, Camille Louvel et le journaliste David Commeillas, en reportage à Ouagadougou, produisent le premier album de Victor Démé sous le label parisien Chapa Blues (du nom d'une bière de mil du Burkina), fondé pour lui, avec un budget de 1000 Euros. Le disque se vend à et les auditeurs de l'émission Et pourtant elle tourne, sur France Inter, lui décernent le prix de Meilleur album étranger de l'année 2008. Une tournée d'environ 40 dates est organisée en France, suivi d'une tournée africaine pour 18 concerts à travers 11 pays, includant le Gabon, le Cameroun, le Togo, le Mali, le Sénégal et concluant avec un concert triomphal dans sa ville natale de Bobo-Dioulasso.

En mai 2010, paraît son second album, Deli, plus riche musicalement que le premier (certains morceaux étant enregistrés avec tantôt un accordéon, tantôt un violon, un saxophone, une clarinette). Dans les années qui suivent, il réalise plusieurs tournées internationales, incluant un concert au festival de jazz de Montréal, un concert avec Jimmy Cliff à Central Park et un concert au Millennium Park à Chicago, des concerts dans de nombreuses villes d'Europe, de Corée, du Japon.

Son single Djôn'maya remixé en 2014 par Synapson, duo électro, rencontre un succès inattendu sur YouTube et le fait connaître à un large public. Par la suite, Synapson remixe un autre titre de Victor Démé, Karaba. Ces adaptations popularisent la voix de Victor Démé au-delà des amateurs de musique du monde et l'introduisent sur la scène de musique mainstream, avec notamment le concert de Synapson au festival Solidays en 2016.

En 2014, Démé commence l'enregistrement des maquettes pour son troisième album. La sortie de l'album est prévue pour l'automne 2015 et une tournée de concerts est déjà prévue pour accompagner le lancement. Mais la tentative de coup d'État du 16 septembre 2015, provoqué par le Régiment de sécurité présidentielle, provoque une crise politique au Burkina Faso et c'est dans ce contexte que survient la mort inattendue de Victor Démé. L'album ne sortira qu'à titre posthume en 2015.

Dix ans plus tard, Chapa Blues rend hommage à Démé en sortant un nouvel album, Yeleen Kura (signifiant "nouvelle lumière" en dioula) composé de cinq morceaux enregistrés au fil de la carrière de Démé mais jamais révélés au public, ainsi qu'un album du concert live de 2009 au Théâtre de la Ville de Rouen.

Vie privée Victor a souvent indiqué, dans des interviews et même dans ses concerts, à quel point il lui a été difficile de consacrer sa vie à sa musique. Ce choix n'a pas été facilement accepté par son père, qui était couturier et souhaitait qu'il suive la même voie. Une complication supplémentaire a été le fait que sa carrière musicale a encouragé son fort penchant pour l'alcool, car à l'époque où il se produisait dans des cabarets de Ouagadougou, il était souvent payé par les habitués du cabaret en chapalo, nom donné à la bière de mil locale. Ses ivresses répétées étaient difficilement tolérées par sa famille musulmane.

En raison de son ivresse et de ces difficultés relationnelles, sa famille lui a refusé l'accès aux obsèques de sa mère, dont il était très proche : un épisode traumatique de sa vie qui précipite sa conversion au christianisme. Ces deux raisons lui causent aussi une précarité constante jusqu'à sa rencontre avec Camille Louvel en 2005. Les nombreuses nuits passées à la rue aggravent par ailleurs sa susceptibilité au paludisme, avec des crises répétées et de plus en plus sérieuses à partir de 2014.

Après avoir perdu sa première femme, il s'est remarié avec Blanche, puis a pris une deuxième épouse en 2010. Il est père de deux filles naturelles et quatre filles adoptives, mais, par manque d'argent, il est d'abord contraint de placer sa fille aînée chez une tante en Côte d'Ivoire. Le succès de sa carrière musicale après la sortie de son premier album lui permet de sortir finalement de la précarité, de se faire construire une maison à Bobo-Dioulasso et de faire revenir son père et sa fille de Côte d'Ivoire pour qu'ils s'installent avec lui. Une partie des revenus issus notamment des streams des remix de Synapson bénéficie aujourd'hui encore à la famille de Démé en Afrique, notamment ses filles.

Albums Labanko, album live, 2025 (label : Chapa Blues Records) Yeleen Kura, album, 2025 (label : Chapa Blues Records) Yafaké, album , 2015 (label : Chapa Blues Records) Deli, album , 2010 (label : Chapa Blues Records) Victor Démé, album , 2008 (label : Chapa Blues Records)

Collaborations 2013 Namara, de Yizih (label : La Maîtresse du Vent) 2016 : Le titre Yakafé est entendu deux fois dans le film Quand on a 17 ans de André Téchiné (2016), une première fois au chapitre « Deuxième trimestre » et en clôture du film. 2017 : Reprise du morceau Djon maya maï par Bengous adapté en Tié la famille ! 2020 : Le titre Djon Maya est entendu dans la scène finale de l'épisode 6 de la série Il a déjà tes yeux.

Décès Victor Démé meurt le dans sa ville natale, Bobo-Dioulasso, à la suite d'une crise de paludisme. En pleine crise politique au Burkina Faso, Démé est pris de difficultés respiratoires, chez lui à Bobo-Dioulasso. Son ami Yacouba Sanou le conduit aux urgences, mais ils trouvent porte close en raison de grève générale contre le putsch du RSP ; ils n'ont pas le temps d'atteindre la clinique.

C'est aussi à cause du coup d'Etat que de nombreux amis et admirateurs de Victor Démé n'ont pas pu assister à son enterrement le 23 septembre : la morgue de Bobo-Dioulasso n'étant plus réfrigérée, un enterrement d'urgence s'imposait, cependant que les habitants de Ouagadougou émergeaient à peine du couvre-feu.

En 2025, les musiciens et amis de Démé organisent un concert hommage pour commémorer les 10 ans de sa disparition - mais son guitariste virtuose Issouf Diabaté disparaît brusquement dans un accident de moto quelques jours avant leur voyage en France pour les concerts hommage. Le frère d'Issouf prendra sa place sur scène pour des concerts rendant hommage aux deux grands musiciens.

Notes et références

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