Marc Joseph Marion du Fresne, dit Marion-Dufresne, né le à Saint-Malo ., et mort le à la baie des Îles, en Nouvelle-Zélande, est un corsaire, capitaine de la Compagnie des Indes, et explorateur français du . L’expédition qu’il dirigea en 1771 pour rechercher l'hypothétique Terra Australis fit d’importantes découvertes géographiques dans le sud de l’océan Indien ainsi que des découvertes anthropologiques en Tasmanie et en Nouvelle-Zélande, où, lui et plusieurs autres membres de l'expédition furent tués par des Maoris. Il est notamment le découvreur en 1772 de l'île Marion, de l'île du Prince-Édouard et des îles Crozet.

Il est commémoré par les toponymes île Marion, en Afrique du Sud, et la baie Marion, en Tasmanie. Son nom a également été donné à deux navires français de recherche océanique et de ravitaillement successifs, le Marion Dufresne et le Marion Dufresne II, desservant les Terres australes et antarctiques françaises.

Biographie Origines et famille Né dans une riche, mais non noble, famille malouine d'armateurs et de marchands, les Marion, alliée aux Magon, qui avaient des intérêts dans la Compagnie des Indes, Marc Joseph Marion du Fresne est le dernier des huit enfants de Julien Marion, seigneur du Fresne (1681-1739), armateur, corsaire et négociant, subrécargue de l'expédition du Marquis de Vibraye à la mer du Sud (1711-1715)., et de Marie Séraphique, née Le Fer de la LandeLa biographie de Marion Dufresne a longtemps été entachée d'erreurs, la plus répandue étant de le prénommer Nicolas Thomas et de le faire naitre en 1729 (Prosper Levot - Biographie Bretonne 1857). Jeanine Roncato-Lemay a pourtant corrigé cette erreur dans une thèse soutenue en 1948 à l'École des chartes (Paris) : on rencontre encore ces inexactitudes dans de nombreux documents..

Premières courses Son père le fait embarquer en 1735 pour la première fois pour Pondichéry, en tant qu’enseigne ad honores sur un navire de la Compagnie des Indes, le Duc de Bourbon. Marc Joseph Marion du Fresne perd son père le alors qu'il n'a que quinze ans. Il embarque d'abord au commerce en 1741-1743 sur Le Saint-Esprit, puis comme lieutenant « à la part » sur le corsaire Du Teilley en 1744. Le , il est reçu à l'Amirauté de Saint-Malo et obtient à 21 ans son brevet de capitaine en vertu de l'ordre du Roy qui l'exempte des deux campagnes sur Ses Vaisseaux, de dix huit mois de navigation sur les bâtiments marchands et de 4 ans un mois de dispense d'age conformément aux ordonnances sur la marine. Il reçoit le commandement du navire corsaire La Catin, 18 canons, avec lequel il part en course du au . Il capture le Henry, 160 tonneaux, en route des Caraïbes à Bristol« L’infatigable capitaine Marc Joseph Marion Dufresne (1724-1772) », portrait proposé par Françoise Thibaut, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, sur Canal Académie, 6 janvier 2013..

Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) Le il reçoit le commandement du corsaire le Prince de Conty, de , qui quitte Saint-Malo le 15 du même mois. Il fait une nouvelle prise anglaise, de mille tonneaux, et rentre au port le . Au mois d', toujours sur le Prince de Conty, il part avec L'Heureux, commandé par Pierre Bernard Thérouard de Beaulieu, chercher Charles Édouard Stuart en Écosse, après sa défaite à la bataille de Culloden, et ramène ce dernier à Roscoff. Il est récompensé par un brevet de lieutenant de frégate dans la marine royale, le .

Il participe à bord de l’Invincible, commandé par le chevalier de Saint-Georges, à la bataille du cap Ortegal où il est fait prisonnier en tant que premier lieutenant. Il est détenu pendant trois mois en Angleterre avant d'être échangé contre des prisonniers anglais et de pouvoir rentrer en France en .

Après un voyage comme capitaine au commerce en Amérique sur La Bellone (1748-1749), il entre en 1750 comme second capitaine à la Compagnie des Indes.

La Compagnie des Indes (1750-1769) De 1750 à 1769, il fait carrière à la Compagnie des Indes. Premier lieutenant en 1753, il embarque sur Le Montaran commandé par Jean-Baptiste d'Après de Mannevillette. Ce remarquable hydrographe aura une grande influence sur Marion-Dufresne qu'il considère comme un « excellent officier » et même « son ami intime ». Parti de Lorient le , il effectue en sa compagnie un voyage en Chine, avant de rentrer en France le ..

Le , Marion-Dufresne épouse Julie Bernardine Guilmaut de Beaulieu, fille d’un négociant de port, en l'église Saint-Louis de Lorient.

Quand éclate la guerre de Sept Ans en , il est nommé capitaine de la Compagnie des Indes avec un brevet de « capitaine de brûlot pour la campagne ». Commandant la frégate la Diligente, il escorte un convoi de troupes jusqu'à Pondichéry puis fait plusieurs allers-retours entre l'Inde et l'île de France (aujourd'hui Île Maurice). Il participe à la prise du fort Saint-David et aux combats navals de Gondelour et Porto-Novo.. Le , le comte d'Aché, vice-amiral du Levant, dans une lettre qu'il envoie de l'île de France au ministre de la Marine, dit de Marion-Dufresne : « Sujet extrêmement intelligent, bon manœuvrier, bon à tout et sur qui on peut compter en toute sûreté ». Il reçoit le commandement de la frégate la Licorne, , avec laquelle il protège le cabotage entre Lorient et l'estuaire de la Loire. Le ministre songe à lui confier le commandement d'une escadre pour dégager l'estuaire de la Vilaine et permettre la sortie des gros vaisseaux qui s'y étaient réfugiés après la bataille des Cardinaux, mais il doit y renoncer en raison de l'hostilité du corps des officiers.

En 1761, Marion-Dufresne est fait chevalier de Saint-Louis. La même année, à bord du Comte d'Argenson qu'il commande, il conduit l'astronome Alexandre Guy Pingré à l'île de France, d'où le savant rejoint ensuite Rodrigues pour observer le transit de Vénus. Cette observation, effectuée au même moment par des observatoires très éloignés, devait permettre le calcul de la distance de la Terre au Soleil.

En 1765, Marion-Dufresne conduit le vaisseau Le Vengeur, de Lorient à Brest, puis commande Le Comte d'Artois pour une nouvelle campagne à l'île de France dont il revient en 1767. En 1768, il monte une expédition de reconnaissance des Seychelles à bord de la gabare la Digue. Malade du scorbut, il débarque à l'île de France et confie la suite de la navigation à Duchemin.

Après la dissolution de la Compagnie des Indes le , Marion-Dufresne choisit de rester à l'île de France où il acquiert 200 hectares et fait venir sa famille. Il arme également à ses frais une mission le long de l’Afrique occidentale afin d’acheter ivoire, or et esclaves. Entre 1768 et 1772, Marion-Dufresne monte huit expéditions négrières entre Port-Louis et Madagascar, afin d'approvisionner les plantations de la colonie en esclaves.

Le retour d'Aoutourou, les îles Crozet et la Nouvelle-Zélande Préparatifs de l'expédition Marion-Dufresne se trouve à l'île de France en 1770 lorsque l'intendant Pierre Poivre est chargé de ramener à Tahiti l'indigène Aoutourou, de retour de France où Bougainville l'avait emmené en 1768Pierre-Jacques Charliat, Le Temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, . Il propose de le ramener à ses frais dans son île natale, et demande de joindre une flûte du roi à un bâtiment qui lui appartenait. Le , il fait l'achat du Bruny pour , renommé Marquis de Castries.vignette|Trajet du Mascarin commandé par Marion-Dufresne jusqu'à son meurtre en Baie des îles le 12 juin 1772, puis par Julien Crozet.

Sa proposition est acceptée et Poivre lui donne des instructions de voyage détaillées. Le navigateur est également chargé d'atteindre la mythique terre de GonnevilleLe mythe des terres australes en France . et de s’assurer de la faisabilité du trajet par la mer de Tasman vers la Nouvelle-Zélande.

Départ de l'expédition et premières découvertes L'expédition appareille le de Port-Louis. Marion-Dufresne, secondé par Julien Crozet, commande Le Mascarin, et Ambroise Bernard-Marie Le Jar Du Clesmeur commande le Marquis de Castries. Aoutourou meurt de la petite vérole à Madagascar, où l'expédition fait escale le .

Les priorités du voyage sont alors modifiées et Marion-Dufresne fait route vers le sud. Après s'être ravitaillé au cap de Bonne-Espérance le , il fait route au sud. Le il aperçoit par 46° de latitude sud une terre trop embrumée pour que l'on distingue si elle est habitée. Cet archipel composé de deux îles, qu'il nomme Terre de l'Espérance et île de la Caverne, sera redécouvert en 1776 par Cook, qui lui donnera le nom d'îles du Prince-ÉdouardBruno Fuligni. L'archipel Crozet - Repaire des phoquiers. In : Voyage en France australe. Allary Éditions, Paris, 2025 , pp. 122-153... Ces îles, découvertes en 1663 par et aujourd'hui possessions sud-africaines, étaient tombées dans l'oubli en raison d'une mauvaise estimation de leur position. Le même jour, en raison de la brume, l'étrave du Mascarin heurte le Marquis de Castries dont le mât de misaine s'effondre. Le beaupré du Mascarin est brisé et l'expédition cherche une terre afin d'effectuer des réparations.

Les 22 et , Marion-Dufresne découvre des îles qu'il nomme îles froides et île Aride, formant un archipel auquel Cook donnera plus tard le nom de Crozet. Il en prend possession pour la France en faisant déposer par son second Julien Crozet une bouteille contenant un document au nom du roi sur une des îles, qui sera ainsi nommée île de la prise de Possession. Dufresne cherche ensuite le cap de la Circoncision de Bouvet, en vain.

Escale en Tasmanie Marion-Dufresne atteint la baie Frédéric-Henri de la Terre de Van Diemen (actuelle Tasmanie) le . Après celle d'Abel Tasman en 1642, l'expédition de Marion est la deuxième à apercevoir la Tasmanie, et la première au cours de laquelle des Européens abordent et ont des contacts avec les aborigènes. N'y trouvant ni eau douce, ni bois pour réparer, il fait route le vers la Nouvelle-Zélande qu'il atteint le 24 du même mois.

Séjour en Nouvelle-Zélande et mort vignette|redresse|Un kauri de la forêt de Waipoua, Nouvelle-Zélande. vignette|Plaque à la mémoire de Marc-Joseph Marion Dufresne et son équipage, Bay of Islands, Nouvelle-Zélande. Marion-Dufresne mène alors l'exploration des côtes néo-zélandaises. Le , les deux bateaux mouillent dans la baie des Îles (Bay of Islands), renommée Port-Marion par les Français.