Just Lucas-Championnière est un médecin et chirurgien français, né à Saint-Léonard (Oise) le et mort à Paris le . Il est connu pour avoir introduit l'antisepsie en France, et pour ses nombreuses innovations chirurgicales au tournant du .

Biographie Origine familiale et formation Just Lucas-Championnière est le petit-fils de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière (1769-1828), officier dans l'Armée de Charette pendant les guerres de Vendée, et le fils du docteur Just Lucas-Championnière (1803-1858), fondateur du Journal de médecine et de chirurgie pratiques, premier journal professionnel destiné aux médecins de province. Son oncle est Paul Lucas-Championnière (1798-1851), juriconsulte érudit.

Son frère Paul (1848-1918) est également médecin, comme leur beau-frère Mériade Laennec cousin de René Laennec.

À l'âge de 15 ans, Just Lucas-Championnière perd son père. À son exemple, il décide de devenir médecin. Il est interne des hôpitaux de Paris en 1866, passe sa thèse de doctorat en 1870 avant de s'engager dans la internationale lors de la guerre de 1870.

Carrière Il est nommé chirurgien des hôpitaux en 1874, mais il échoue au concours d'agrégation « comme Claude Bernard ». Il dirige successivement les services chirurgicaux de l'hôpital Cochin (maternité), de l'hôpital Tenon, de l'hôpital Saint-Louis, de l'hôpital Beaujon, et enfin de l'Hôtel-Dieu, jusqu'à sa retraite en 1906 en étant le fondateur de l'Association d'enseignement médical des Hôpitaux de Paris.

Ėlu à l'Académie des sciences en 1912, il meurt subitement d'un arrêt cardiaque, le 22 octobre 1913, au cours d'une séance, après avoir présenté une communication sur la trépanation préhistorique.

Travaux Pionnier de l'antisepsie en France En 1867, encore étudiant en médecine, Just Lucas-Championnière est intrigué par un article du journal médical The Lancet où le chirurgien britannique Joseph Lister décrit les travaux sur l'antisepsie, inspirés par les théories de Louis Pasteur, qu'il mène depuis deux ans à la . L'année suivante, il se rend en Écosse pour observer les méthodes de Lister, se lie d'amitié avec lui et passe un mois dans son service.

En , il publie le premier article en français sur les vertus de l'antisepsie. Il en sera toute sa vie un ardent propagandiste. Il est l'auteur du premier ouvrage français de référence sur cette méthode, le Manuel de chirurgie antiseptique, paru en 1875 (deuxième édition 1880). Codirecteur du Journal de médecine et de chirurgie pratiques avec son frère Paul, il consacre de nombreux articles à l'antisepsie, notamment celui paru en 1902 dans le British Medical Journal à l'occasion du jubilé de Joseph Lister : An essay in Scientific Surgery. The Antiseptic method of Lister in the present and in the Future.

Jusqu'en 1876, il est le seul chirurgien français, depuis près de dix ans, à défendre l'antisepsie en chirurgie. Celle-ci fait l'objet d'indifférence ou de moqueries, les critiques signalent des échecs, auxquelles Lister répondait en soulignant l'importance de la méthode d'application. Le nébuliseur de Lister, controversé, est perfectionné par Just Lucas-Championnière : c'est un pulvérisateur ou le médicament est versé dans un bocal joint à un appareil à vapeur (chaudière sphérique où l'eau ressort sous forme de vapeur sous pression), l'appareil a été utilisé jusqu'au milieu du .

Nommé directeur de la maternité de l'hôpital Cochin, il y introduit l'antisepsieJust Lucas-Championnière "was the first surgeon to introduce Listerian principles into French surgical practice", souligne le British Medical Journal dans un article du 15 octobre 1904. à l'aide de moyens très simples : savonnage des mains avant les interventions, traitement des plaies au phénol. La baisse de la mortalité des accouchées est spectaculaire : « Dans son service de Cochin, en 1878, la mortalité était seulement de 2 pour 1000, tandis que la même année, dans les hôpitaux où l'antisepsie n'était pas pratiquée, la mortalité était parfois de 50 pour 1000 ».

Autres Il mène aussi de nombreux travaux considérés à l'époque comme très novateurs :

Dès 1878, il publie sur la trépanation guidée par les localisations cérébrales ; en 1912, dans son livre Les origines de la trépanation décompressive, Paris, Steinheil, 1912, il défend l'idée que la trépanation préhistorique ne releve pas d'un rituel magique mais bien d'une pratique chirurgicale.

En 1881, sur la cure chirurgicale des hernies, il procède en renforçant la paroi postérieure du canal inguinal et en resserrant l'orifice inguinal profond.

En 1904, il publie un article sur les fractures du poignet par , où il montre qu'il s'agit d'une fracture spécifique (avulsion de la styloïde radiale) d'origine professionnelle chez les chauffeurs de taxi faisant démarrer leur véhicule. Il estime que .

En 1908, il est l'auteur d'un ouvrage sur le Traitement des fractures par le massage et la mobilisation où il innove en défendant l'idée d'une mobilisation précoce et d'une rééducation active, une approche d'abord critiquée (parce qu'elle allait contre le principe d'une l'immobilisation stricte et prolongée) puis universellement adoptée et perfectionnée, entre autres par la création d'appareils de marche.

Distinctions thumb|Caricature de Just Lucas-Champonnière dans la revue médicale Chanteclair de 1910. Élu membre de l'Académie nationale de médecine en 1894 et de l'Institut de France (Académie des sciences) en 1912, Just Lucas-Championnière a aussi été coopté par de prestigieuses institutions étrangères : Collège royal des chirurgiens de Londres, Collège royal des chirurgiens d'Édimbourg, Académie de médecine de New York. Il était aussi docteur honoraire de l'université d'Édimbourg et de l'université de Sheffield.

Il est élu président de la Société de chirurgie en 1894, de l'Association française de chirurgie en 1901, de la Société internationale de chirurgie en 1911.

De 1900 à 1913, il est président de l'Association internationale de la presse médicale.

Amateur de cyclisme, de voyages, de sports et de gymnastique, il a aussi été le premier président du Touring club de France.

Une médaille à son effigie a été gravée par Paul Richer à l'occasion de sa réception à l'Institut.

Il a été promu commandeur de la Légion d'honneur en 1907. Il était aussi officier de l'Instruction publique, commandeur de l'Ordre de la couronne de Roumanie, commandeur de l'Ordre du Libérateur du Venezuela et officier de la rose du Brésil.

La rue du Docteur-Lucas-Championnière à Paris (13) et une autre à Avilly-Saint-Léonard (Oise) portent son nom.

Décorations

Bibliographie J. Lucas-Championnière, Imprimerie Daix et Thiron (Thiron & Franjou, Succrs), Clermont, 1916 (recueil d'hommages)

Notes et références

Liens externes

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