Le KV-1 (KV pour Kliment Vorochilov), également désigné KW-1 par les Allemands () ou encore (), est un char lourd soviétique de la Seconde Guerre mondiale de la série des chars KV.

Histoire Conception thumb|gauche|Prototype de tank T-100, . thumb|gauche|Prototype de tank SMK, . La guerre d'Hiver contre la Finlande qui humilie les Soviétiques montre les sérieuses carences de l'Armée Rouge, et en particulier de son arme blindée. Dès lors, ceux-ci virent l'utilité de se doter de véhicules lourds et bien armés afin de pouvoir évoluer en « toute sécurité ». Deux véhicules vont être mis à l'étude, le par N. Barykov du bureau à Leningrad et le SMK dirigé par Joseph Kotine du bureau Kirovski également à Leningrad. Pourtant, Joseph Kotine, jeune ingénieur encore mal connu doutant de plus en plus de la pertinence d'utiliser des véhicules multitourelles, va mettre à l'étude un char monotourelle reprenant nombre de composants du SMK. Le véhicule sera néanmoins doté de deux canons coaxiaux, un canon de et un de , afin de ne pas heurter la susceptibilité du GKO.

Le projet semblant prometteur, le ministre de la guerre autorise son développement en parallèle du SMK, le , sous la désignation KV (Kliment Vorochilov, ministre de la guerre de l’époque) et le , le prototype est en test, armé de deux canons coaxiaux, un de et un de . Il est aussi armé de , un fusil DK anti-aérien de et deux fusils mitrailleurs DT (une version modifiée du fusil mitrailleur DP) , comme sur le SMK. Le prototype pèse alors 40 tonnes, et le test révèle des problèmes avec la transmission et que les deux canons coaxiaux sont trop gros pour être utilisables de manière efficace. Les problèmes mécaniques régles, le tank est montré à des officiers le . Des tests plus intensifs ont lieu fin septembre au terrain d'essai de Koubinka près de Moscou. Courant octobre le prototype est envoyé à Léningrad où après d'autres tests, les défauts du tank restent le moteur et la transmission.

Premiers engagements

La guerre d'Hiver contre la Finlande ayant éclaté, les essais opérationnels furent menés directement sur le front, le SMK, le KV U-0 et le T-100, furent intégrés dans le blindé de la de chars lourds. Le KV, dont le canon de et le fusil mitrailleur de avait été retiré, s’y révéla nettement supérieur et le , il était accepté dans l’Armée rouge. Un plan de production de 50 (au final 141 KV-1) fut lancé avec comme date de début le — pas assez de temps pour régler les problèmes mécaniques.

À la fin de l'année on substitua au canon L-11 un F-32 du même calibre mais bénéficiant d’une plus grande vitesse à la bouche, et au moteur V-2 un V-2k de , donnant naissance au modèle 1940. Par ailleurs, les tests en Finlande révelèrent que le canon de n'était pas assez efficace contre les bunkers et fortifications ennemis. Ainsi une version, dite à grande tourelle, armée d’un obusier de calibre raccourci, appelé M-10T, fut étudiée puis mise en production comme KV-2.

Le l'armée rouge comptait alors 106 tanks KV-1 et décide d'en produire 1000 de plus en 1940, une décision qui devait par ailleurs mener à l'intégration de nouvelle usines. En , avant l'invasion allemande, l'armée rouge comptait alors 370 KV-1.

Suite à l'évacuation de l'usine de Kharkov en Juillet 1941, une pénurie de moteur V-2 s'installe. Est alors décidé de le remplacer par le moteur M-17 du T-35, un moteur plus gourmand en essence, les nouveaux tanks disposent alors de cinq réservoirs additionnels montés au dessus des chenilles. En tout, 167 KV-1 seront produit avec le moteur M-17.

Productions

Le KV-1 a été produit en grande série, de à , avec un total de . Son efficacité a contribué à de nombreuses victoires contre le Troisième Reich. Plusieurs améliorations lui seront apportés pour le rendre plus rapide et augmenter son blindage. Par la suite, plusieurs autres chars plus avancés feront leur apparition (les KV-1s) jusqu’à la série des IS (Iosif Staline), JS pour les occidentaux (J pour Josef). On retrouve encore aujourd'hui des KV-1 dans les lits des rivières. Au printemps 2003, un de ces chars a été retrouvé dans la Neva près de Saint-Pétersbourg.

Versions

KV-1E thumb|left|KV-1E modèle 1941 En 1941, une rumeur affirmait que les Allemands étaient sur le point d'engager des véhicules très lourdement protégés faisant plus de et par conséquent, bien mieux armés. Idée est alors émise de reprendre la base du KV-1 et d'y ajouter des plaques de blindage additionnelles. Le KV-1 voit ainsi son blindage frontal passer de pour la tourelle et la protection latérale est poussée à . L'engin est nommé Model 1941 s ekranami (écran en français), souvent surnommé KV-1E. Revers de cet ajout de surblindage, la fiabilité déjà défaillante est soumise à rude épreuve : la transmission se rompt régulièrement et le moteur surchauffe dangereusement. Pour finir, l'autonomie de l'engin en est réduite d'autant. Surtout que lors de l'offensive allemande Barbarossa (), le char le plus lourd aligné par l'armée du Reich est le Panzer , qui ne pèse qu'une vingtaine de tonnes. Le KV-1E, quant à lui, approche la cinquantaine de tonnes. La production de ce char est courte: elle dure 2 mois, du au 1er aout 1941.

KV-1s thumb|left|KV-1S au , à Moscou. En 1942, le développement s’axa sur un modèle déblindé, plus léger, car l’augmentation du blindage avait sérieusement diminué la mobilité et la fiabilité — une transmission de de KV-1/KV-1E ne durait en moyenne que 125 kilomètres. Ce modèle fut nommé KV-1s (s pour « skorostnoy », rapide). Il reçut une nouvelle transmission, des chenilles élargies à , un blindage revenu à et une nouvelle tourelle avec un tourelleau pour le chef de char pouvant embarquer soit le ZIS-5 soit le F-34. Les divers changements (comptant aussi une nouvelle transmission) réduisait alors le poids à et permettait au tank d'atteindre . Cependant il devenait clair que le KV-1 était voué à disparaitre: en 1942 les technologies anti-armure allemande pouvaient à présent pénétrer les tanks KV, leur faisant perdre leur principal avantage comparé au T-34. 1370 furent produits entre et aout 1943.

KV-85 thumb|left|KV-85 au Kubinka Museum En 1943, l’idée de réarmer le KV avec un canon de calibre se concrétisa enfin, rendue urgente par l’apparition des chars Tigre allemands beaucoup plus difficiles à détruire. L'objet 237, armé avec un S-18, puis des KV réarmés avec des S-31 et des D-5T furent testés, et finalement à la fin de l’année apparut le KV-85, aussi appelé parfois IS-85 — il s'agit d'un hybride entre la tourelle de l'IS-1, alors en prototype, et le chassis du KV-1S. 130 furent produits en Septembre et Octobre 1943, fin de la production de la série des tanks KV. Cette raison est double: l'apparition du T-34-85, produit vers la même période, qui utilisait le même canon que le KV-85 en étant plus mobile, et l'IS-2, présenté en , qui remplissait le role de tank lourd du KV, mais avec un canon de .

Engagements Armée Rouge thumb|KV-1 détruit par les forces allemandes, été 1941. Dès les premiers engagements du conflit germano-soviétique, les unités blindées de l'Armée rouge mettent en ligne ce char d'assaut contre les divisions blindées allemandes ; en effet, dès le , des contre-offensives soviétiques sont lancées contre les pointes blindées allemandes, parvenant à les retenir, mettant en échec le plan initial de la Wehrmacht ; le KV-1 joue un rôle décisif lors de ces contre-offensives.

Les Soviétiques parviennent ainsi à éloigner les unes des autres les pointes blindées allemandes et les unités d'infanterie. Très peu de blindés allemands parviennent à tenir tête au KV-1 : seuls le StuG , et ultérieurement des véhicules armés d'un canon long à l'instar du StuG Ausf. F et du Panzer Ausf. F2 et leurs versions ultérieures sont en mesure de détruire un KV-1 à distance de sécurité, c'est-à-dire sans riposte efficace du fait de la mauvaise qualité des optiques de visée du char soviétique.

Wehrmacht Lors de l', des KV-1 ont été saisis par l'Allemagne. Ces chars ont été utilisés sous l'appellation de (char de butin). Les KV-1 saisis ont été immédiatement utilisés par les unités allemandes, et aussi longtemps que les munitions et les pièces de rechange ont été disponibles. Pour éviter toute confusion, ils ont été remis à neuf et repeints, avant d'être renvoyés au combat au sein de la Wehrmacht, jusqu'au milieu de l'année 1942.

À cause de leur masse et des divers défauts techniques du moteur et de la transmission, ils étaient cependant très difficiles à récupérer et à ramener derrière les lignes.

Un KV-1 saisi a été doté d'une nouvelle tourelle (coupole pour le chef de char et optiques allemandes) pour accueillir le canon antichar Kwk 40 et fut désigné Panzerkampfwagen KV-1A 753(r). Il avait aussi été doté d'une plaque de blindage frontal supplémentaire de et sa tourelle modifiée avait un blindage épais de et un mantelet épais de .

Au moins saisis auraient été utilisés par les Allemands lors de la bataille de Koursk, selon les fichiers de la Wehrmacht. Leur nombre réel était probablement plus élevé, car de nombreux fichiers ont été perdus ou sont incomplets. L'armée finlandaise a aussi saisi un KV-1.

Enfin, la surprise créée par le KV-1 en 1941 incite les responsables allemands à concevoir des blindés en mesure de le contrer efficacement, ce qu'ils ne réussiront pas.

Équipements et pièces thumb|200x200px|KV-1E modèle 1941

Informations générales thumb|200x200px|KV-1 à Kirovsk Pays : URSS Date de fabrication : 1940 Masse : ( en pleine charge). Équipage : un opérateur radio, un pilote, un tireur, un chargeur de munitions et un chef de char, soit cinq membres d'équipage. Blindage de la caisse : 75/75/

Motorisation Moteur : V12 diesel conçu par l'usine Malichev de Kharkiv durant les années 1930 V-2K () à 2000 tr/min V-2K-s () utilisé par le KV-1s et le KV-85, il à la même puissance que le V-2K mais à un régime moins élevé (1900 tr/min). Vitesse maximale du véhicule : 30-

Suspensions KV-1 mod. 1940, charge maximale : Vitesse de rotation : 18 degrés par seconde

Armement et tourelle Tourelle : KV-1 LKZ mod. 1940 Blindage de la tourelle : 95/75/ Vitesse de rotation de la tourelle : 24 deg/sec Canon : ZiS-5 (ou U-11 selon le but de la fabrication). Cadence de tir : environ quinze coups par minute. Capacité de munitions : environ cent obus

Radio Radios : 10R Portée

Versions du KV-1

KV-1 modèle 1939 : c'est le premier modèle de ce char et le premier à avoir connu de nombreux ennuis au niveau de l'embrayage et de la transmission. Il était propulsé par le même moteur que le T-34, le V12 diesel V-2K développant et armé du même canon que les premiers T-34, le L-11 de calibre . Les tôles de blindage étaient soudées entre elles et le blindage frontal était de au maximum ( pour le bouclier du canon). Sa masse était de . Ce modèle n'avait pas de mitrailleuse de caisse et fut très rapidement remplacé. KV-1 modèle 1940 : le canon de était compliqué à fabriquer et peu performant au combat. Il fut donc remplacé par un canon plus long, le F-32. Une troisième mitrailleuse DT fut installée sur une rotule sur la caisse. Ce modèle fut fabriqué par deux usines : l'usine Kirovski à Leningrad (LKZ) et l'usine de Tcheliabinsk (ChTZ) ou Tankograd. Les chars provenant de la étaient assemblés par soudures uniquement, alors que ceux provenant de la seconde étaient assemblés par boulonnage, suivi d'une soudure, ce qui permettait de les différencier.