La monnaie du canton de VaudLes catalogues courants couvrants les pièces de ce type retiennent la dénomination de « monnaie cantonale » désigne l'ensemble des pièces de monnaie frappées par les autorités se trouvant sur l'actuel territoire du Pays de Vaud (canton de Vaud), des origines jusqu'à aujourd'hui.

À la recherche de l'unité monétaire Avant la création de l'État fédéral en 1848, et à part durant la République helvétique (1798-1803), le droit de frapper la monnaie était aux mains des cantons et demi-cantons, et les pièces étrangères étaient utilisées à plus de 80 %. Une estimation du nombre des différents types de monnaies utilisés sur le territoire suisse donne à un chiffre d'environ 860, ce qui, entraine une très grande complexité dans les échanges intercantonaux et internationaux « La fabuleuse histoire du franc suisse » , in: La Liberté du 9 janvier 2009 — en ligne.

En 1838, l’Encyclopédie du dix-neuvième siècle d'Ange de Saint-PriestTome IV, p. 797, 1838, A. de Saint-Priest site books.google.ch, consulté le 11 avril 2009. résume la situation : Les batz n'ont pas la même valeur dans tous les cantons de la Suisse et en général ne sont pas reçus dans les cantons voisins de ceux où ils ont été frappés. Les voyageurs sont donc forcés de changer continuellement leurs espèces, souvent avec une forte perte. Les batz de Bâle, de Schaffhouse, de Saint-Gall sont les meilleurs de tous ; ceux de Berne, de Fribourg et de Lucerne sont les plus faibles de titre ; neuf des premiers valent dix des autres. Il est au reste facile de les distinguer, car ils portent tous les armoiries des cantons qui les ont émis.

Émissions Avant la guerre des Gaules thumb|right|Obole de Massalia, avers et revers, frappée entre -350 et -50, argent, 0,46 g.

Les premières monnaies circulant sur le territoire vaudois sont avant tout le fait d'échanges commerciaux avec les régions limitrophes.

Les pièces les plus anciennes retrouvées dans le canton de Vaud sont les oboles de Massalia (la Marseille antique), retrouvées à Vevey et à VilleneuveStefanie Martin-Kilcher, Das Keltische Gräberfelder von Vevey, 1981, .. On trouve également des potins sans doute émis durant la même périodeAnne Geiser, « Faciès des potins, particulièrement du type dit à la grosse tête, découverts en Suisse occidentale », in: Gallia, 1995, 52 — lire sur Persée..

Juste avant l'invasion romaine, les pièces se répartissent environ également entre les monnaies gauloises et les monnaies de la République romaineTrésors et trouvailles monétaires, Colin Martin, pp. 23-25.

Bien qu'aucun atelier monétaire documenté n'ait officiellement existé, la découverte de deux coins monétaires gaulois à Avenches. et au Mont Vullyhttps://am-agola.ch/downloads/archaeologiederschweizfranz.1998.pdf, laisse supposer que des pièces ont été produites dans cette région.

Empire romain thumb|right| Aureus frappé sous Auguste en -10, atelier de Lyon, recto et verso, or, 7,83 g.

Une fois conquis, les peuples du territoire vaudois utilisent exclusivement la monnaie romaine, réformée à partir du règne d'Auguste.

La découverte à Vidy de 10 quinaires d'un type unique, frappés avec les mêmes coins, et attribués à Jules César, font penser que ces monnaies ont été frappées dans les environs, probablement à Nyon. Il s'agirait du seul exemple de monnaie romaine frappée sur territoire vaudoisTrésors et trouvailles monétaires, Colin Martin, pp. 23-24.

Le déclin de son utilisation n'est que très progressif et s'étale des premières invasions barbares en 260 à la chute de l'Empire romain d'occident en 476.

Avant 1011 thumb|right|Triens mérovingien, atelier de la Cité de Lausanne, frappé entre 560 et 585.

Le pays de Vaud a successivement fait partie de la Burgondie puis du Royaume de Bourgogne (534-843).

Un premier atelier monétaire a existé à AvenchesTrésors et trouvailles monétaires, Colin Martin, p. 37, et a frappé des triens (tiers de sou) au nom du monnayeur « Agiulfus ». Celui-ci fut déplacé dans la Cité de Lausanne, en même temps que tout l'évêché, sous la pression des invasions Alamanes, vers la fin du .

Un atelier monétaire situé à Lausanne frappe des triens pour le roi mérovingien Gontran .

Des deniers au nom de Conrad III de Bourgogne ont été frappés dans un atelier monétaire d'OrbeMonnaies au pays de Vaud, collectif, société suisse de numismatique, p. 138.

Entre 800 et 924, le système monétaire est celui de l'Empire carolingien.

De 1011 à 1536 Évêché de Lausanne Le droit de battre monnaie de l'évêché de Lausanne découle de la cession des droits régaliens par Rodolphe III de Bourgogne du Les pays romands au Moyen Âge, p.380.

Pièces anonymes thumb|right|Denier anonyme au temple, Évêché de Lausanne, . thumb|right|Obole anonyme au temple, Évêché de Lausanne, .

Les pièces produites sont dans un premier temps anonymes.

Les plus courants sont les deniers dits "au temple". La légende en est SEDES LAVSANE (siège (sous-entendu de l'évêché) de Lausanne, en latin), et CIVITAS EQ'STRI (Cité équestreSelon Dolivo (Monnaie au pays de Vaud, p.31), le titre de cité équestre était destiné à la cité de Nyon, mais fut probablement "récupéré" par un évêque lausannois).

Il existe d'autres types moins fréquents : de la Bourgogne Transjurane, à la crosse, à la légende "BEATA VIRGO", temple à 5 ou 7 colonnes.

Le denier semble avoir été la valeur de prédilection de ces émissions, il existe cependant aussi des oboles aux mêmes types, valant moitié moins.

Le poids est environ d'un gramme pour les denier et d'un demi gramme pour les oboles.

Guy de Prangins 1375-1394

Cet évêque fit frapper, en plus des deniers, des demi-gros (6 deniers) et des mailles (½ denier). Il fut également le premier à signer ses pièces.

Guillaume de Menthonay 1394-1406

Il continue la réforme monétaire de son prédécesseur. Son ordonnance datée du montre que ses pièces sont très similaires à celles de Savoie.

La légende CIVITAS EQ'STRI disparait définitivement au profit de CIVITAS LAVSANE.

Les pièces suivantes nous sont parvenues: Demi-gros, Tresels (3 deniers), Forts (1½ denier), deniers et demi-forts.

Guillaume de Challant 1406-1431

Il continue à effectuer des frappes similaires à son prédécesseur, et vers 1420 effectue une réforme monétaire pour rapprocher ses monnaies de celles de Savoie. Le rapport était de 30 unités anciennes = 17 unités nouvelles. Les anciennes pièces continuent cependant de circuler.

Jean de Prangins 1433-1440 Un type de denier anonyme au type dit "à la rosace" serait à lui attribuer.

Georges de Saluces 1440-1461

thumb|right|Denier de Georges de Saluces.

L'atelier monétaire recommence à fonctionner en 1449. Peu après 1457 il introduit des Parpaiolles et demi-parpaiolles sur le modèle de la Savoie. Ses pièces sont abondantes, de bon aloi et donc même acceptées à Berne et en Savoie.

Guillaume de Varax 1462-1466 Continuation de la frappe de monnaies au système savoyard.

Jean de Michaëlis 1466-1468 Un seul denier connu.

Barthélemy Chuet, administrateur 1469-1472 thumb|right|Armoiries de Barthélémy Chuet.

Continuation de la frappe au système de la Savoie.

Julien de Rovère, 1472-1473, futur pape Jules II, 1503-1513

Seules deux pièces lui étant attribuées nous sont parvenues..

Benoît de Montferrand 1476-1491

thumb|right|Denier de Benoît de Montferrand.

L'atelier monétaire fut transféré à Avenches à la suite des troubles de Lausanne en 1482 ou 1483. Les pièces qui nous sont parvenues nous montrent une monnaie débasée.

Aymon de Montfalcon 1491-1517

Frappe nombreuse, vu le nombre de variétés présente dans ses pièces.

Sébastien de Montfalcon 1517-1536/60

Monnaie très nombreuse, ressemblant aux pièces circulant alors et de mauvais aloi. Ses monnaies sont décriées dans toutes les régions limitrophes. En 1540, un employé de la monnaie de France recueillit près de pièces du type " lyards à la Notre Dame" pour les refondre.

Fin des émissions de l'évêché

Le droit de battre monnaie fut perdu lors de la conquête de Vaud par le canton de Berne en 1536. Une demande des bourgeois de Lausanne de récupérer ce droit fut rejeté par les autorités bernoisesProbablement peu après 1536, A. Morel-Fatio, Histoire monétaire de Lausanne, pp. 93-105

Baronnie de Vaud

Le roi Rodolphe de Habsbourg donne le droit de frapper monnaie le au baron de Vaud Louis (1285 - 1302) suivi de son fils Louis II (1302 - 1349). Ils frappèrent des oboles..

L'atelier monétaire se trouvait dans un premier temps à Thierrens, puis fut déplacé à Nyon.

La baronnie de Vaud fut cédée au duc Amédée VI de Savoie en 1359.

De 1536 à 1798

thumb|right|Pièce de 1 batz, Canton de Berne,

Le jeu du commerce étant tel que le pays de Vaud était très fortement lié aux relations marchandes avec la Savoie. Les deux systèmes étant différents, ce fut donc avant tout les monnaies au pied savoyard (y compris les anciennes monnaies de l'évêché de Lausanne) qui circulèrent après l'invasion bernoise de 1536. .

La pièce dénommée Kreutzer en usage entre autres dans le Palatinat, en Autriche et en Suisse, où elle vaut ¼ de Batz se prononce alternativement et s'écrit Cruche en français24. D'autres orthographes possibles sont Kreuzer, Creuzer, Creutzer.

Du , deux systèmes monétaires cohabitent. Le système lausannois, qui est en fait identique à celui du duché de Savoie16, et le système bernois qui est un mélange du système carolingien avec l'ajout des Gulden, Batzen et Kreuzer. Le taux entre ces deux systèmes variera de 1536 jusqu'à la conférence monétaire du de Fribourg où le taux de bernois est fixé à lausannois. Ce taux ne bougera plus jusqu'en 179817. Le Pays-de-Vaud est alors en présence d'un agrégat monétaire où les deux systèmes sont utilisés indifféremment l'un de l'autre.

Durant cette période, l'usage de la monnaie métallique est à placer sur deux niveaux. Il existe en effet les petites et les grosses espèces. Les petites espèces sont les pièces faites notamment en billon, en bronze et en cuivre. Elles ne contiennent, en général, que peu de fin d'argent ou autre métal précieux. Elles servent aux échanges quotidiens et sont, en général, utilisées sur un territoire donné et ne voyagent pas ou peu13. Les grosses espèces, quant à elles, sont celles d'or ou d'argent qui contiennent un titre élevé de métal fin. Ces monnaies s'échangent pour leur poids et leur teneur de métal fin. Elles sont en général utilisées dans les échanges et paiements internationaux13-14. Le cours d'échange entre les petites et les grosses espèces est variable et change au cours du temps14. Ainsi, par exemple, un écu d'or au soleil s'échange contre de Lausanne en 154528, et contre de Lausanne en 161229. Un autre exemple, le doublon d'Espagne s'échange contre de Lausanne en 164330, et contre de Lausanne en 177733.

Système monétaire lausannois Le tableau ci-dessous donne la valeur nominale des pièces de monnaie dans le système monétaire lausannois23.

écu (petit écu) livre florin (florin petit poids) sol (gros) cart (quart) fort denier obole (maille) poise (pite) 1 3 5 60 240 480 720 1 1⅔ 20 80 160 240 480 960 1 12 48 96 144 288 576 1 4 8 12 24 48 1 2 3 6 12 1 1½ 3 6 1 2 4 1 2 1

Système monétaire bernois Le tableau ci-dessous donne la valeur nominale des pièces de monnaie dans le système monétaire bernois.

Thaler (écu blanc) Krone (écu bon) Gulden (florin) Franken (franc) Pfund (livre) Batzen (batz) Schilling (sol) Lutzer (sol de Lucerne) Kreuzer (cruche) Vierer (quart) Angster (angster) Pfennig (denier) 1 1⅕ 2 3 4 30 80 90 120 240 480 960 1 1⅔ 2½ 3⅓ 25 66⅔ 75 100 200 400 800 1 1½ 2 15 40 45 60 120 240 480 1 1⅓ 10 26⅔ 30 40 80 160 320 1 7½ 20 22½ 30 60 120 240 1 2⅔ 3 4 8 16 32 1 1⅛ 1½ 2 6 12 1 1⅓ 2⅔ 5⅓ 10⅔ 1 2 4 8 1 2 4 1 2 1

Agrégat monétaire vaudois Le tableau ci-dessous donne la valeur nominale des pièces de monnaie dans l'agrégat monétaire vaudois26.