L'Aurès (en , Awras, en , djebel al-ʾAwrâs) est une région en partie montagneuse située dans le Nord-Est de l'Algérie, caractérisée à la fois par sa riche histoire, son relief en partie montagneux et par son peuplement traditionnel, le groupe berbère des Chaouis.

Toponymie Origine du nom Aurès Remontant à l'Antiquité, le terme provient du berbère Awras (Aouras), qui signifie « fauve ». Ainsi, l'Adrar Awras se traduit littéralement par la « montagne fauve », peut-être en raison du nombre important de fauves vivant autrefois dans ces montagnes. Les Romains en tirèrent le nom latin Aurasius mons. Il y a encore un siècle, le terme trouvait sa justification dans la couleur jaune fauve du massifAurès, Encyclopédie berbère, sections 338-340 « Étymologie de Awras », et ce terme est relevé dans un lexique tiré d'un manuscrit arabo-berbère du Moyen Âge pour signifier « roux, fauve » Kamal Naït Zerad et Salem Djemaï, Les Animaux dans un lexique arabo-berbère du Moyen Âge, p. 41-45 . Avant l'époque romaine, la région avait fait partie du territoire de l'ancienne NumidieExtrait de l'Encyclopédie Universalis/ Numidie.

« L'Aurès » ou « Les Aurès » ? Longtemps, les naturalistes (Buffon), les géographes et les ethnologues (Mathéa Gaudry, Germaine Tillion, Thérèse Rivière), ont écrit « l'Aurès » au singulier, suivant ainsi l'usage latin, berbère et arabe.

Le pluriel apparaît en français dans la deuxième moitié du ; cette forme est popularisée par les appelés français à travers leurs souvenirs de la guerre d'Algérie (Avoir vingt ans dans les Aurès, de René Vautier en 1972), par les médias et même par certains auteurs algériens (Le Vent des Aurès, de Mohammed Lakhdar-Hamina en 1966). Kateb Yacine a été un des premiers écrivains à l'utiliser.

Aujourd'hui, le singulier est préféré par les géographes et cartographes (« massif de l'Aurès » sur la carte Michelin « Algérie Tunisie »), alors que le pluriel est plutôt employé en littératureCf. fiche de l'INA dans laquelle, sur la même page assez courte, on trouve en général « l'Aurès », mais une fois « les Aurès »..

« Aurésien » ou « Aurassien » ? Le nom ou adjectif dérivé correspondant à Aurès est soit « aurésien »El Watan, 2007 et 2011, soit « aurassien »« Mohamed Méchati animera une rencontre-débat [...] au forum culturel aurassien... », El Moudjahid, 2013, résultats de recherche..

Géographie

Délimitation de l'Aurès thumb|Image prise à partir du village d'Ighz'ar n Taqqa ou Oued Taga dans l'Aurès. thumb|right|La forêt de Bouhmama (Chélia) entre les wilayas de Batna et Khenchela.

Le massif de l'Aurès Il correspondCf. carte Michelin 743 « Algérie Tunisie ». à la partie orientale de l'Atlas saharien, dont il est séparé par une pénéplaine abritant notamment le Chott el Hodna. Il s'amorce à l'est des monts du Zab, au nord-est de la ville de Biskra et au sud-est de Batna et se poursuit vers l'est jusqu'aux abords de Khenchela. Encore plus à l'est, le massif est prolongé par les monts de Tébessa et des Nementcha. Enfin le Sahara marque au sud la fin de l'Aurès.

Cependant, la région de l'Aurès ne se limite pas au massif.

Historiens et géographes de l'Antiquité et du Moyen Âge Salluste décrit une chaîne de montagnes qui sépare deux régions, l'une maritime (la côte est de l'actuelle Algérie) et l'autre intérieure (Tell). Les monts Aurès se terminent par le désert du SaharaGustave Boissière, L'Algérie romaine : Ouvrage couronné par l'Académie française. éd..

indiquent que le nom du bouclier ou de la chaîne de montagnes s'appelait Auréus clupeus et qu'on lui a donné ensuite le nom de Mons Aurasius.

Le géographe byzantin Procope () indique une surface entre et . Il décrit l’« Aurasion » comme une montagne aux abords abrupts et difficiles, mais présentant à l’intérieur des vallées fertiles ; J. Desanges souligne toutefois que cette description est en partie idéalisée (thème du « paradis » enclavé) et que l’« Aurasion » de Procope renverrait plutôt à un massif relativement restreint situé au sud-ouest de Mascula (Khenchela), plutôt qu’à l’acception moderne élargie du terme « Aurès ».

Ibn Khaldoun délimite l'Aurès par le royaume des Ketamas (Kutamas), les Zibans, le Mzab, l'Oued Righ et le fait correspondre au royaume des Zénètes.

Points de vue contemporains Émile-Félix Gautier, professeur à l'université d'Alger, distingue l'Aurès oriental et l'Aurès occidental, en se fondant sur les études d'Ibn KhaldounLe passé de l'Afrique du Nord : Les siècles obscurs. Avec 25 illustrations, Émile-Félix Gautier, ..

Pendant la guerre d'Algérie, le FLN inclut l'Aurès dans la « wilaya I », qui est évidemment beaucoup plus étendue ( à ), qui correspond au territoire chaouis, allant de l'Est de la Hodna à la frontière tunisienne et de Doucen à Aïn M'lila.

D'après Ammar Negadi, à l'est, les monts Aurès englobent la région qui va de Souk Ahras à Négrine et dépassent la frontière tunisienne et dépassent M'daourouch et longent la wilaya de Tébessa (Nemencha). Vers le sud, l'Aurès s'étend vers le sud-ouest de la wilaya de Biskra à Négrine. Vers l'ouest, les limites de l'Aurès atteignent la Petite Kabylie. L'Aurès comprend la partie sud des wilayas de Sétif et de Mila. Le contour passe les régions de Aïn Oulmène, de Magra, de Barika et de M'doukal. Vers le nord, l'Aurès comprend une partie des wilayas de Sétif, d'Oum El Bouaghi et de Skikda jusqu'à la wilaya de Souk AhrasHistoire de l'Aurès.

Certains articles des médias algériens bornent l'Aurès à la wilaya de Batna et désignent Batna comme capitale des Aurès, d'autres l'identifient aux wilayas de Batna et Khenchela, d'autres, enfin, aux wilayas de Batna, Khenchela et Oum el Bouaghi. Norredine Bergadi, journaliste, situe les Aurès de Biskra jusqu’à la wilaya de Souk Ahras.

thumb|upright=2.5|centre|Carte du découpage du territoire algérien en six wilayas élaboré lors du congrès de la Soummam en 1956.

Topographie left|thumb|upright=1.3|Relief du Nord de l'Afrique. Le massif de l'Aurès forme la partie est de l'Atlas saharien ; le point culminant est le djebel Chélia (). Il n'offre guère de passages nord/sud, mais partiellement traversé par une dépression synclinale nord-est/sud-ouest au fond de laquelle coule l'oued Abiod.

Hydrographie Rivières : oued Abiod (en amazigh Ighzer Amellal), oued Abdi (Ighzer n'Abdi), oued el Ahmer (Ighzer Azggagh), oued Taga (Ighzer n'Taqqa), oued El Madher, etc. Marais : marais de Medghassen (en amazigh Alma n'Imadghassen), marais de Draâ Boultif (Alma n'Ighil n'Boultif) Chotts : Chott Djendli, Chott Tincilt Barrages (et lacs artificiels) : barrage de Koudiet Lamdaouar dit barrage de Timgad, barrage de Beni Haroun (wilaya de Mila).

Relief Montagnes : djebel Chélia (, Batna-Khenchela), mont Bouarif (Batna), pic des Cèdres (près de Batna), Chechar (Tébessa), Belezma (Batna), Mahmel, Mahmed ( à Bouzina dans la wilaya de Batna), Nouacer, djebel Ouled Aïcha (en amazigh Adhrar n'Ath Aicha), djebel Ben Bouslimane (en amazigh Adhrar n'Ath Bou Sliman), djebel Ali (Ich n'Ali) près de Batna, etc. Cols : col du Telmet (en amazigh Tizi n'Talmet), le col d'Ouled Ali (Tizi n'Ath Ali), le col Tifrasin (Tizi n'Tifrassin), Plaines : Nerdi (Bouzina dans la wilaya de Batna)

Formations végétales Forêts : les forêts de Belezma, de Beni-Oudjnan, de Beni Amloul (en amazigh Ath Melloul), d'Ouled Yakoub ; forêt Bouarif, forêt Legag, etc. Les espaces ou parcs protégés : parc national de Belezma Les oasis : El Kantara, Ghoufi, etc.

Divers Gisements et ressources naturelles : ciment, sel, mercure, fer, zinc, cuivre, argent, or, plomb, antimoine, phosphates, pétrole, gaz, bois, etcAmmar Negadi. Sources thermales : la Fontaine chaude Hammam Essalihine de Khenchela, source de Batna (Kasrou), source de Biskra, source de Guelma (hammam Maskhoutine), etc.

Climat

thumb|Le mont de Boserdon () à Hammam Essalihine

Les hivers sont très froids, la température atteint parfois fois les sans facteur humide. Les étés sont très chauds. Le thermomètre affiche parfois à l'ombre. Les variations de température sont très importantes dans cette région. La température estivale varie de à .

La pluviométrie est d'environ de moyenne annuelle au niveau des grandes villes, mais cette quantité est largement dépassée en haute montagne où règnent des microclimats humides. Les chutes de neige sont au rendez-vous chaque année, de la seconde moitié de novembre au début de mars. Les sommets restent enneigés jusqu'en avril, voire au début de mai. Des pluies diluviennes sont également constatées, provoquant parfois des dégâts considérables.

Faune et flore thumb|upright=0.8|Le chêne vert, une des espèces présentes dans les Aurès Animaux : la hyène, le lièvre, le renard, l'aigle, le sanglier, le lézard, la tortue d'Hermann (dans la wilaya de Khenchela), le loup doré, la cigogne blanche, le canard, le ganga et le lynx caracal, etc. Le dernier lion a été chassé au près d'Arris. Certaines espèces de poissons vivent dans les eaux de rivières ou de ruisseaux près de Timgad. Oiseaux : d’oiseaux migrateurs ont été inventoriées par les ornithologues, durant l'année 2016, dans les différents points d’eau des wilayas des Aurès. Parmi ce nombre, des espèces telles des anatidés (sarcelle marbrée et tadorne, pilet et canard souchet, fuligule milouin) et d'autres espèces comme la foulque macroule, le busard des roseaux et le pluvier petit-gravelot, la poule d'eau, le flamant rose, l’aigrette, le héron cendré et la pie grièche. Végétation : plusieurs conifères et arbustes (cèdres, pins d'Alep, sapins, chênes verts, etc.). Il y a des palmiers, des genévriers, des saules, des jujubiers, des tamariniers, les arbres fruitiers (pommier, grenadier, abricotier, poirier, figuier, olivier, amandier, etc.).

Géographie humaine La gare la plus proche est à Batna (ligne Constantine-Biskra, qui passe à l'ouest du massif).

Les principales routes sont actuellement : la Nationale 31 qui relie Batna à Biskra par Arris en suivant le cañon de l'oued El Abiod ; la Nationale 87 qui relie Batna à Biskra par Menaa en suivant la vallée de l'oued Abdi ; la Nationale 83 qui relie Khenchela à Biskra en contournant le massif au sud-est. Partant de la N 31, une route de montagne monte jusqu'au-delà de M'Sara.

Histoire

left|thumb|Medracen la sépulture du roi NumideSouvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'Afrique, Jules-René Bourguignat et patriarche des Zénètes selon Ibn KheldounIbn Khaldoun, Histoire des Berbères thumb|right|Ruines de Timgad thumb|upright=0.8|Massinissa, roi des Massyles 206- 203 puis roi de Numidie 203-148. Il fit tomber Carthage aux côtés des romains.

Les Aurès et sa tribu les Chaouis ont toujours été terre de révoltes et de déclenchement de conflits depuis l'Antiquité mais aussi bien avantLa vie économique du Chaouia de l'Aurès.Tradition orale, mémoire collective et quelques repères historiques dans l’Algérie coloniale : le cas des Aurès et du pays chaouiLES BATAILLES DE L'ARMEE DE LIBERATION NATIONALE

La période numide Le mausolée de Medracen (Medghassen) (commune de Boumia), au nord du massif de l'Aurès, date de 300 ans av. J.-C. Il s'agit d'un monument numide, le plus ancien mausolée de l'actuelle AlgérieRecueil des notices et mémoires de la Société archéologique, historique. Les Aurès auraient formé le noyau des Zénètes (Maghraouas, Ifren, Djerawa, Mérinides, etc.). Selon l'hypothèse controversée d'Ibn Khaldoun, Medghassen serait le patriarche des Zénètes.

Massinissa, né vers 238 av. J.-C. dans la tribu des Massyles (Mis Ilès) et mort au début janvier 148 av. J.-C., dont le royaume inclut les Aurès, unifie la Numidie. Plusieurs rois lui succèdent, dont Jugurtha, son petit-fils, qui se réfugie sur le haut plateau qui porte aujourd'hui son nom, dans l'actuelle ville de Kalaat Senan en Tunisie, à la limite du massif, afin de résister aux invasions romaines.

La période romaine