alt=|vignette|La façade de Shakespeare and Company dans le arrondissement de Paris.

La librairie est un commerce de détail destiné à la vente de livres. Il existe différents types de points de vente du livre : librairies de livres neufs (généralistes ou spécialisées), librairies de livres anciens et d'occasion, maisons de la presse, librairies-papeteries, librairies ambulantes, grandes surfaces, librairies numériques.

Histoire vignette|redresse| Thomas Rowlandson : Bookseller & Author, caricature (estampe, 1802). thumb|redresse|Réclame de librairie à Jersey en 1891. thumb|redresse|alt=À la devanture d'une librairie en 1947 à Tharandt, en Zone d'occupation soviétique en Allemagne.|droite|À la devanture d'une librairie en 1947 à Tharandt, en Zone d'occupation soviétique en Allemagne. Un métier ancien et pluriel

La librairie moderne trouve son origine dans les stationes du Moyen Âge, sorte d'échoppes où des stationaires vendaient des manuscrits produits par des copistes. Le mot demeura dans la langue anglaise ( stationers) où stationery renvoie aux fournitures et papeterie, et library à bibliothèque« Libraire (boutique de) », par Robert L. Dawson, in Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la librairie, 2005, tome II, .. En Europe, les premiers libraires-marchands demeurent près des universités : il existe un lien organique entre les clercs, les étudiants et le pouvoir royal, d'où d'importantes contraintes à la fois géographiques et législatives. Dès 1275, Philippe le Bel prononce une ordonnance chargeant l'Université de surveiller les libraires de Paris. En 1403, naît à Londres la Guild of Stationers. De fait, en France, tous les libraires s'organisent en corporations sous la bannière de saint Jean Porte latine. Ils se voient interdits d'ouvrir plusieurs boutiques, de falsifier ou altérer des manuscrits, et de mettre en vente sans avoir au préalable subi la censure de ladite UniversitéJean-Mamert Cayla, Histoire des arts et métiers et des corporations ouvrières de la ville de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Lagny, Vialat, 1853, — sur Gallica.. L'élément le plus important ici est qu'ils ne devaient pas exercer ce métier de façon itinérante, à la manière des colporteurs : ils « stationnaient » à un point fixe et tenaient boutique avec enseigne, précisant leurs spécialités ; leurs commis se chargeaient de livrer des clients ou d'aller chercher des manuscrits parfois sur des distances très éloignées. Une eau-forte de Pierre Adeline tirée des Vues de Paris (vers 1680) montre les corbeilles du Pont-Neuf occupées par de petites boutiques en bois réservées à des libraires. L'apparition de l'imprimerie à caractères mobiles augmente la production de livres et la diffusion : les libraires sont tour à tour marchand, éditeur, imprimeur, relieur. Les clients de cette époque viennent chez le libraire soit pour acheter des livres déjà reliés, soit des feuilles, soit encore des cahiers cousus et protégés par une couverture en papier. La corporation regroupe donc plusieurs métiers associés dans la chaîne de fabrication du livre : typographe, imprimeur, correcteur, façonneur, relieur… et marchand.

Ce métier très pluriel va être fortement réglementé au et au . En Angleterre, le Licensing Act (1662) puis le Copyright Act de 1710 sont les premières mesures à réglementer le régime des réimpressions. En France, est promulgué en 1744 le Code de la librairie et imprimerie de Paris dit « code Saugrain »De Claude-Marin Saugrain (1679-1750), imprimeur-libraire à Paris, issu d'une lignée remontant à Jean Saugrain : il est juré de l'Université et auteur du code qui porte son nom — sur data.bnf.fr. : outre l'interdiction de se livrer au colportage, le marchand devait obtenir pour exercer manière de brevet exclusive, transmissible à la veuve puis aux enfants. Ce code s'entendait sur Paris, ce qui fait que des villes comme Rouen ou Lyon furent longtemps plus libres de réimprimer et diffuser des ouvrages. Avant la Révolution française, le nombre de colporteurs de livres est limité à 120, parfaitement identifiés par la police qui leur interdit de vendre autre chose que des « livrets » (brochure, fascicule) portant un permis d'imprimer en principe bien visible et de tenir boutique. Alors que l'Angleterre ou les Pays-Bas s'illustrent par une relative mais bien réelle liberté de l'édition et de la presse, les librairies de la France des Lumières sont en proie à d'infinis tracas : en 1763, Denis Diderot écrit la fameuse Lettre sur le commerce des livres, adressée au « directeur de la Librairie », Antoine de Sartine. En , une réforme visant à améliorer le sort des écrivains français les autorise à devenir eux-mêmes vendeurs de leurs propres livres. Les différentes corporations sont furieuses. Le pouvoir tente alors d'interdire la vente de livres aux cabinets de lecture qui surgissent un peu partout à cette époque. Par ailleurs, la vente « à distance » augmente mais ces achats se font directement auprès de l'éditeur-imprimeur. Certains libraires alors se spécialisent et imaginent des systèmes de trocs entre confrères européens. Un marché des idées se met en place, une « invention de marchés », pour reprendre les termes de l'historien Roger Chartier« Le commerce de la librairie en France au XIXe siècle (1789-1914) », par Jean-Dominique Mellot, Paris, Bulletin des bibliothèques de France, 2, 1997..

Vers la librairie moderne vignette| Façade de la librairie Galignani, Paris (depuis 1856). vignette|L'ancienne librairie de livres anciens de Francis Edwards dans le West End de Londres. Elle a déménagé à Hay-on-Wye. thumb|right|Librairie El Ateneo située à Buenos Aires (Argentine), occupant un ancien théâtre datant de 1919.En France, le terme « librairie » désigne pendant longtemps à la fois la maison d'édition — c'est ainsi qu’on le retrouve dans des raisons sociales modernes, ou sous la forme de mentions au bas des pages de titre des ouvrages, telles « Librairie Larousse » ou « Librairie Hachette » —, et la boutique. Ce n’est qu’au que la division des tâches du fait de l'industrialisation des différents corps de métiers imposera la séparation entre l’« édition » et la « librairie ». Dès 1800, les anglophones désignent par les termes bookshop ou stationer la boutique qui vend des livres.

En France, Napoléon joue un rôle majeur dans la naissance de la librairie moderne. Le décret du « contenant règlement sur l'imprimerie et la librairie » fixe les codes du métier jusqu'en 1870 : jusqu'à cette date, toute personne voulant exercer ce métier doit en obtenir le brevet. Vingt-six des cinquante et un articles du décret de 1810 sont consacrés aux délits et aux punitions que peuvent encourir les professionnels du livre, contre cinq encadrant le métier de libraireAlain Beuve-Méry, « La mémoire vivante des marchands de livres », Le Monde, 26 décembre 2008 — lire en ligne.. Le texte opère une différence nette entre l'auteur et les diffuseurs d'idées que sont les libraires et les imprimeurs. Il fixe leur nombre, alors que les libraires sont soumis à la libre concurrence. Au comme au , les libraires ne cessent de dénoncer les diverses concurrences « déloyales qu'ils doivent affronter : les cabinets de lecture« boutiques à lire » où les clients consultent les livres sans les acheter, les colporteurs, les bouquinistes, la vente directe opérée par les éditeurs eux-mêmes grâce à leurs fichiers clients et leurs mainmises sur des grands comptes comme le marché scolaire et universitaire». Après 1945, de nouveaux concurrents apparaissent : les clubs de livres, la vente par correspondance, et à partir des années 1960, les drugstores, les grandes enseignes culturelles, les supermarchés, sans parler des journaux ou des pompes à essence qui offrent des livres en prime.

La librairie concurrencée Dans les années 1970, les librairies subissent de plein fouet la concurrence des hypermarchés et des grandes enseignes culturelles comme la Fnac. De nombreuses librairies mettent la clé sous la porte. Le quotidien Libération affirme en 1980 : « La petite librairie sent le cadavre ». Différentes lois statuant sur le prix unique du livre ont été réactivées à travers le monde (surtout en Europe) à partir des années 1970 afin de protéger la filière librairie.

C'est aussi dans les années 1970 qu’apparaissent des librairies alternatives autogérées comme la Librairie du Boulevard à Genève et L'Insoumise à Montréal, qui survivront malgré les difficultés.

Dans les années 2010, les libraires font face à la concurrence des libraires en ligne : dès la fin des années 1990, on voit émerger la vente d'ouvrages en ligne. Le site Amazon est à l'origine une librairie en ligne, avant de devenir une plate-forme tous produits« Le secteur de l'édition se mobilise face à Amazon », Le Figaro, 25 mars 2013.. De tels sites, d'abord apparus aux États-Unis, permettent par ailleurs depuis le début des années 2010 l’acquisition et la consultation de livres numériques (ou e-books) sur des liseuses. Une offre apparaît également : l'impression à la demande.

N'étant pour la plupart pas propriétaires de leurs locaux, les librairies doivent aujourd'hui faire face aux hausses de loyer qui augmentent de façon drastique partout dans le monde.

Situation par continents

En Afrique

La plus importante librairie du continent, Collectors Treasury, se trouve à Johannesbourg, spécialisée dans l'ancien, elle propose plus de 2 millions d'ouvrages « Collectors Treasury », sur In Your Pocket, 5 mars 2025..

Le Caire possède encore parmi les des plus anciennes librairies égyptiennes, L'Orientaliste, rue Kasr Al Nile près de la place Tahrir, datant des années 1890, et Dar El Mareef, ouverte en 1910, et liée à une maison d'édition « City of a thousand booksellers: Eight of the oldest places to buy books in Cairo », sur Midddle East Eye, 22 novembre 2021..

Cas des librairies «par terre» au Sénégal vignette|Image d'une librairie par terre La Librairie est souvent pensée comme un édifice fixe qui abrite la vente de livres. Toutefois, dans certains pays d'Afrique, notamment au Sénégal, on observe depuis plusieurs années, un développement des librairies mobiles, également appelées librairies ambulantes ou "librairies par terre", un terme qui fait référence au fait que les livres sont posés à même le sol. Selon RFI, en plus des rares librairies traditionnelles de Dakar, les «par terre» constituent une alternative importante pour l'achat de livres d'occasion à moindre coût, bien que leur sélection reste limitée. Ces librairies s'installent généralement au bord des rues ou à proximité des grands établissements universitaires comme l'Université Cheikh Anta Diop dans la capitale sénégalaise. D'après un reportage de Cesti Info, ces librairies sont majoritairement fréquentées par les étudiants qui s'y procurent leurs ouvrages au programme à moindre coût.

Accessibilité et économie Cette activité bénéficie à un public varié, même si, selon un reportage, les librairies classiques constatent une diminution de leur clientèle au profit de ces librairies ambulantes. The New Humanitarian estime que la dynamique de la vente des livres au Sénégal est fortement influencée par les pratiques commerciales locales du fait que les gens sont plus habitués à aller dans les marchés que dans les librairies. Ces librairies proposent des ouvrages de seconde main, récupérés auprès de revendeurs, ou à travers un système d'échange de manuels scolaires

Difficultés et défis