right|upright=1.0|vignette|Représentation du roi urartéen sur un char.

LUrartu ou Ourartou (en ) est un royaume constitué vers le sur le haut-plateau arménien, autour du lac de Van (actuelle Turquie orientale).

À son apogée au milieu du , son territoire s'étend également sur les pays voisins : Arménie autour du lac Sevan, nord-ouest de l'Iran autour du lac d'Ourmia, nord de la Syrie et de l'Irak, voire le sud de la Géorgie. Le terme « Urartu » servait à désigner cet État dans les sources de l'Assyrie, son grand adversaire. Sur leurs inscriptions dans leur propre langue, ses rois parlaient de Biaineli. Ce royaume et sa culture disparaissent dans le courant de la première moitié du dans des conditions inconnues, laissant la place aux Arméniens.

L'Urartu a d'abord été connu par les sources écrites provenant de l'Assyrie, royaume qui est son principal adversaire au sud de son territoire (du ). Cela a permis de situer les rois urartéens dans la chronologie de l'histoire du Proche-Orient ancien. L'exploration des territoires qu'ils ont dominés a permis la redécouverte de plusieurs de leurs inscriptions. Les fouilles régulières et les découvertes clandestines faites sur de nombreux sites urartéens ont permis de mieux connaître l'organisation de ce royaume et sa culture, même si les connaissances restent encore essentiellement limitées aux manifestations de son administration et de ses élites. Cela a révélé un État qui a certes été marqué par l'influence assyrienne, mais a aussi développé de forts caractères propres, qui se voient notamment dans la réalisation de vastes forteresses servant de centres administratifs, ou encore la mise au point d'une métallurgie du bronze d'une qualité remarquable.

La redécouverte de l'Urartu thumb|right|upright=0.9|La découverte des « Annales » de par une expédition russe en 1916.

Le souvenir du royaume d'Urartu se perdit après sa chute et celle de son rival, l'Assyrie, entre la fin du Les auteurs grecs antiques ne le mentionnent pas, et la Bible ne conserve guère que la trace de son nom, par celui du mont Ararat. Les ruines des forteresses urartéennes des abords du lac de Van ont été repérées par des voyageurs occidentaux au , mais ils les attribuaient aux Assyriens, notamment à la reine légendaire Sémiramis, à la suite des écrits de l'historien arménien médiéval Moïse de KhorèneR. B. Wartke, « L'archéologie ourartéenne ou les dangers de la science », dans .. Friedrich Eduard Schulz, archéologue allemand dépêché sur place par la Société asiatique de Paris, releva plusieurs inscriptions royales urartéennes qui furent publiées en 1840. Elles purent être attribuées quelques années plus tard au roi Menua, après les débuts de la traduction du cunéiforme à la suite des découvertes des capitales assyriennes. Des objets urartéens parvinrent ensuite au musée d'Istanbul ou à celui de Saint-Pétersbourg, puis à d'autres en Europe de l'Ouest. Ils étaient issus de fouilles clandestines et encore attribués aux Assyriens, que l'on connaissait alors de mieux en mieux. Le nom de leur ennemi septentrional apparut dans plusieurs de leurs textes, et c'est alors que l'identification des occupants des sites du lac de Van devint claire. Hormuzd Rassam, chrétien irakien travaillant pour le British Museum, fouilla Toprakkale mais n'en ramena que quelques objets. En 1898, C. Lehmann-Haupt y vint à son tour, mais avec guère plus de succès. En 1916, une expédition russe découvrit sur le rocher de Van une stèle relatant les exploits de ; .. À ce stade, l'exploration des ruines urartéennes suscite peu d'enthousiasme, et ce royaume reste connu avant tout par des sources extérieures, celles d'Assyrie.

L'essor des études urartéennes vient des archéologues soviétiques, qui remarquent dès avant 1940 la présence de sites antiques en Arménie. Le premier site qui fait l'objet de campagnes de fouilles de grande ampleur est Karmir Blur, l'antique Teishebani, mis au jour sous la direction de B. PiotrovskiDescription des fouilles et des découvertes dans .. Peu après, c'est au tour d'Arin Berd, l'antique Erebouni, ancêtre de l'actuelle Erevan, dans les faubourgs de laquelle elle se trouve.. L'image du royaume urartéen se précise, et les publications des archéologues soviétiques incitent à de nouvelles recherches, tandis que les inscriptions des rois urartéens, qu'on qualifie parfois de « chaldaïques » ou « vanniques », sont de mieux en mieux comprises, notamment à la suite des travaux de J. Friedrich J. Friedrich, Einführung ins Urartäische, Leipzig, 1933 et Id., « Urartäisch », dans Altkleinasiatische Sprachen, Leyde-Cologne, 1969, .. Elles font l'objet d'une édition de référence par F. König entre 1955 et 1957 F. König, Handbuch der chaldischen Inschriften, Graz, 1955–1957., tandis que celle du col de Kelishin est enfin transcrite puis traduite après plus d'un siècle de tentatives infructueuses W. C. Benedict, « The Urartian-Assyrian Inscription of Kelishin », dans Journal of the American Oriental Society 81/4, 1961, . Inscrite sur une stèle située dans une région montagneuse mal contrôlée, l'analyse in situ était particulièrement périlleuse, cf. R. B. Wartke, « L'archéologie ourartéenne ou les dangers de la science », dans .. Tout cela stimule de nouvelles recherches. Dans les années 1960, le site d'Armavir, toujours en Arménie, commence à être dégagé, tandis que les archéologues turcs, dirigés par T. Özgüç, fouillent le site d'Altintepe, repéré à la suite de la construction d'un chemin de fer en 1938, mais alors laissé de côté.. Cet élan ne s'est pas tari depuis, avec l'ouverture de nouveaux chantiers en Turquie, en Arménie mais aussi en Iran, qui ont permis de mieux mesurer l'ampleur du royaume urartéen, alors que de nouvelles inscriptions royales sont découvertes et que la connaissance de l'urartéen progresse lentement, parallèlement à celle d'une langue voisine, le hourrite pour un état des lieux des connaissances récentes ; Bibliographie indicative .. Parmi les sites importants dégagés depuis les années 1970, on trouve Bastam en Iran, Ayanis sur les bords du lac de Van, ou encore Horom en Arménie pour une sélection bibliographique des recherches récentes sur l'archéologie et l'épigraphie de l'Urartu. Deux ouvrages de synthèse utiles : M. Salvini, Geschichte und Kultur der Urartäer, Darmstadt, 1995 ; P. Zimansky, Ancient Ararat, A Handbook of Urartian Studies, Delmar, 1998. Et par la suite ..

Histoire Les origines thumb|right|upright=1.0|Photographie spatiale de la région du lac de Van (depuis le nord-ouest), cœur de l'Urartu.

Le peuple urartéen parle une langue appartenant au même groupe linguistique que celle des Hourrites, qui jouent un rôle important en Syrie et en Haute Mésopotamie au Leurs origines pourraient se retrouver parmi les cultures de Transcaucasie du courant du et du (la culture kouro-araxe), qui s'étendent par la suite vers le sud. La séparation entre l'urartéen et le hourrite semble être récente et dater des environs de 2000 avant notre ère.. La civilisation urartéenne telle qu'on la connaît par la suite prend naissance dans la seconde moitié du dans la région du lac de Van, mais les maigres traces archéologiques trouvées dans cette région pour cette période ne plaident pas en faveur d'un processus de centralisation politique à cette période. La société paraît rester à dominante pastorale, et non sédentaire..

Les informations sur la présence d'entités politiques dans la région du lac de Van apparaissent au dans les sources du royaume d'Assyrie, qui domine la Haute Mésopotamie après avoir supplanté le Mittani, le grand royaume des Hourrites. Les inscriptions officielles des rois assyriens sont la principale source d'information pour l'histoire urartéenne à toutes les périodes. C'est sans doute la présence de ce puissant voisin au sud qui a stimulé le développement politique de l'Urartu, par effet d'influence et d'émulation. Dans les premiers temps, les rois assyriens arrivent dans la région alors qu'ils dirigent leurs troupes au-delà de la région du Haut Tigre, qu'ils ont déjà placée sous leur coupe, et cherchent à soumettre les entités politiques faibles et très divisées situées à l'ouest du lac de Van, sans doute dans le but de se diriger ensuite vers le Haut Euphrate (où se trouve le pays d'Isuwa, vassal de leurs rivaux les rois hittites). (1275-) est le premier à évoquer une campagne contre huit pays de l'Uruatri.. Son successeur (1244-) revient dans la même région, mais l'évoque sous le nom de « pays de Nairi », terme qui est encore attesté durant les siècles suivants. Il a parfois été avancé qu'il fallait aussi l'identifier au toponyme Nihriya, connu dès le et désignant au l'entité politique ayant reçu l'appui du roi hittite contre le roi assyrien, lequel y trouva l'opportunité d'infliger une humiliante défaite à son grand rival T. Bryce, The Kingdom of the Hittites, Oxford, 2005, . ; mais Nihriya semble situé plus au sud et n'aurait alors aucun lien avec Nairi H. D. Baker, « Nihriya », dans T. Bryce , The Routledge Handbook of the Peoples and Places of Ancient Western Asia, Oxon et New York, 2009, .. Quoi qu'il en soit, (1114-) affronte dans sa troisième année de règne « 60 rois de Nairi », plutôt des sortes de chefs de tribus, le seul nommé étant Sieni du Daiaeni.. Son successeur Assur-bel-kala évoque à son tour l'Uruatri, puis l'éclipse de la puissance assyrienne l'empêche de mener des expéditions au nord, privant d'informations sur la région de Van. Uratri et Nairi sont à nouveau évoqués sous le règne d' (911-), puis le terme définitif Urartu apparaît sous celui d' (883-859), toujours aux côtés de Nairi.. La distinction entre Ur(u)atri/Urartu et Nairi et leur signification ne sont pas claires, ils peuvent aussi bien désigner des régions autour du lac de Van que des entités politiques M. Salvini, Nairi e Ur(u)atri, Rome, 1967... Les rois d'Urartu reprennent ces termes dans leurs inscriptions en langue assyrienne, mais dans celles en urartéen ils parlent de Biaineli, qui signifierait « peuple du pays de Bia ».

thumb|Troupes assyriennes dans les montagnes urartéennes, détail des portes de Balawat, règne de . British Museum.

La formation du royaume urartéen s'accomplit donc dans la première moitié du , mais elle se fait dans des conditions obscures. Le processus semble s'achever sous le règne d'Arame d'Urartu que (858-) défait dans les premières années de son règne. L'expédition assyrienne s'achève par la prise de la capitale de celui-ci, Arzashkun, qui semble être le premier centre politique urartéen.. Il semble évident que l'affirmation d'une entité politique forte autour du lac de Van se fait en réaction aux entreprises assyriennes et est inspirée par celles-ci, faisant en quelque sorte de l'Urartu une création involontaire des Assyriens, citant P. Zimansky..