La Répétition ou l'Amour puni est une pièce de théâtre en cinq actes de Jean Anouilh, représentée pour la première fois sur la scène du Théâtre Marigny, le .
Elle fait partie des Pièces brillantes avec L'Invitation au château (1947), Cécile ou l'École des pères (1949) et Colombe (1951).
Le texte de la pièce est publié initialement aux éditions de la Table Ronde (Pièces brillantes).
Créée à Paris au Théâtre de Marigny le , elle est publiée à Paris la même année. La Répétition fait partie des « pièces brillantes » où se rangent des œuvres plus tardives d’Anouilh et qui ont en commun que le théâtre dans le théâtre y est représenté. « La Répétition ou l'Amour puni est une des grandes pièces d'Anouilh. L'auteur se livre dans cette œuvre à un des exercices les plus intéressants de l'histoire du théâtre. Celui d'animer des personnages qui vont animer eux-mêmes d'autres personnages en jouant une pièce dans la pièce. » Anouilh combine dans ses pièces brillantes des éléments tragiques, réalistes mais aussi des éléments fantastiques. En outre, l’action se déroule la plupart du temps dans un environnement aristocratique.
Personnages
Le comte Tigre La comtesse Éliane Lucile Hortensia maîtresse de Tigre Villebosse amant d’Éliane M. Damiens parrain de Lucile et homme d’affaires de la Comtesse Héro ami de Tigre Evangeline
Contenu Le comte, prénommé Tigre, est connu dans tout Paris pour donner les fêtes les plus brillantes et les plus originales. Celle qu'il va donner au château Ferbroques, maison dont il a hérité avec sa femme d’une vieille tante capricieuse à la condition d'y loger douze orphelins, inclut comme clou la représentation de La Double Inconstance de Marivaux lors du dîner. Il a choisi cette pièce car le château est construit en style Louis XV régence et que Marivaux a vécu au . Mais il y a aussi d’autres choses qui font revivre le temps de Marivaux. Le comte et la comtesse vivent un mariage de raison, comme c’était autrefois souvent le cas pour des aristocrates. L’accord les autorise à commettre des infidélités et rend possible que leurs amants vivent aussi dans le château et qu’ils participent entre autres à la pièce.
En outre, les invités porteront des costumes Louis XV à la fête.
Les acteurs, qui sont tous des amateurs, sont venus au château quelques jours plus tôt pour répéter. Le Comte endosse le rôle du Prince, Hortensia, sa maîtresse, celui de Flaminia, la Comtesse celui de Lisette, un jeune noble stupide (Villebosse) celui d’Arlequin. Sylvia, une jeune fille du peuple au cœur pur, sera tenue par Lucile, jeune et jolie filleule de M. Damiens, qui est l’homme d’affaires de la comtesse, et qui s’occupe des orphelins (acte I). Tigre n’a pas choisi les rôles d’après leurs aptitudes à savoir jouer, mais d’après les traits caractéristiques des personnages. C'est-à-dire que tous jouent à peu près eux-mêmes (Tigre à Lucile : « Mais je n’ai pas besoin de vous expliquer le rôle, Mademoiselle ; vous n’avez qu’à être vous. » )
Pendant les quelques jours de répétition les personnages se prennent au jeu. Le Comte le fait pour son propre compte pour séduire Lucile - d’abord pour une petite aventure, mais ensuite il l’aime vraiment, ce qui est un affront dans ce petit monde de l’impassibilité (acte II). L’épouse jalouse et la maîtresse s’unissent assez tôt pour chasser Lucile dont s’éprend le Comte. Pour se débarrasser d’elle, la comtesse feint d’avoir perdu une émeraude et veut diriger les soupçons sur elle, mais le Comte déjoue ce plan (acte III). Entre-temps, Lucile et Tigre se sont avoué leurs sentiments. Après l’échec de l’intrigue de l'émeraude, Eliane s’allie avec Héro contre Tigre. Héro, vieil ami du Comte, ne lui pardonne pas d'avoir dû renoncer un jour à Évangéline, jeune fille pure qu’il a aimée profondément (et dont la mort à la suite d'un mariage malheureux l'a poussé vers l'alcool). Il veut se venger et rend visite à Lucile, qui vit seule dans cette partie du château, la nuit où Le Comte n’est pas à Ferbroques. L’alcool, le mensonge et l’ignominie aident Héro à séduire Lucile et à la dégoûter du Comte (acte IV). Le lendemain matin, Lucile est partie. Tigre essaie encore de la suivre, mais elle a dû quitter la maison tôt le matin. La fête sera cependant donnée. La comtesse à son tour s’est déjà occupée de remplacer Lucile par une vieille amante de Tigre. Elle pense qu’il va être triste un mois ou deux, mais que tout s’arrangera comme avant. Héro provoque Villebosse dans le but de se battre en duel et de se faire tuer (acte V).
La structure et la conception Le premier acte présente une exposition qui est nécessaire en vue de deux choses. Premièrement, les relations entre les personnages principaux sont expliquées et l’intention du Comte s’annonce. En outre, le premier acte donne l’impression que la pièce qui sera répétée s’allie à la pièce-cadre. Déjà la didascalie (« Entrent la comtesse et M. Damiens, costumes Louis XV. ») montre que la pièce de Marivaux est énormément importante. Les costumes n’appartiennent pas à la pièce d’Anouilh, mais autant que le langage utilisé au premier acte, à celle du . Au début, le spectateur est confus. Est-ce que la pièce se déroule au XVIIIe ou au ? Il s’en rend compte dès qu’il est question d’une répétition. En outre, des détails anachroniques, mentionnés parfois, sont des indices qu’il s’agit du .
La répétition, qui est déjà mentionnée dans le titre de la pièce, a lieu dans le deuxième acte. Là, La Double Inconstance est citée dans quelques passages. Le spectateur a du mal à distinguer les deux niveaux du jeu car ils sont intimement liés. Les caractères autant que les intrigues s’apparentent l’un à l’autre. Les deux filles, Lucile et Sylvia, au cœur pur, se retrouvent dans un monde immoral mais galant. Quand Sylvia décrit l’environnement courtois, ce pourrait également être Lucile qui décrit Ferbroques : « C’est quelque chose d’épouvantable que ce pays-ci ! Je n’ai jamais vu de femmes si civiles, d’hommes si honnêtes. Ils ont des manières si douces, tant de révérences, tant de compliments, tant de signes d’amitié. Vous diriez que ce sont les meilleures gens du monde, qu’ils sont pleins de cœur et de conscience. Quelle erreur ! »
Ce qui distingue les deux textes sont souvent seulement les guillemets - qui échappent bien sûr au spectateur !
La découverte de l’amour de Sylvia et de Tigre n’est possible qu'en jouant. La froideur et l’impassibilité sont les coutumes courantes au château. Tigre éprouve du mépris pour les sentiments. « Il y a des choses mille fois plus importantes au monde que ce désordre inattendu. » Villebosse, qui aime la Comtesse, est ridiculisé en disant qu’il souffre à cause d’elle. Ce n’est que là que le comte et Lucile peuvent donner libre cours à leurs sentiments, par-delà les barrières sociales, qui les séparent dans la pièce-cadre.
Au début, le Comte essaie de conformer le Prince d’après son image. Mais ensuite la comédie de Marivaux devient un miroir de sa propre réalité. La façon de Lucile de définir l’amour se heurte aux tentatives d’approche de Tigre au deuxième acte. Au commencement, elle résiste - mais Tigre saute à la scène où Sylvia (Lucile) déclare son changement d’avis (qu’elle va aimer le prince et renoncer à Arlequin). Tigre répète exactement les scènes qui reflètent ses sentiments au mieux et où Lucile dit les mots qu'il veut entendre de sa bouche. Il attend que le jeu se calque sur la réalité. Mais au lieu de former Lucile, c’est le Comte qui éprouve alors un changement. Lucile tombe amoureuse de lui et elle est prête à se donner à lui, mais lui, qui a déclaré au premier acte que l’amour n’est rien pour lui/sa classe sociale, succombe à sa propre intention/intrigue. Ils passent alors de la répétition à la réalité. La pièce intérieure n’est donc pas établie comme une unité fixe; elle se développe lors de la mise en action.
L'apogée du mélange de niveaux se présente à la fin du deuxième acte. Tigre, qui a jusque-là seulement donné des instructions concernant la pièce de Marivaux, se transforme même en régisseur de la pièce d’Anouilh ! Tigre : « Pour le moment nous faisons une chose encore plus importante au théâtre [que la répétition] : nous saluons ! » La didascalie (Ils saluent tous) montre qu’il ne s’agit plus de la pièce intérieure. Nous ne sommes plus confrontés à Tigre et au Prince, mais à Tigre et l’acteur, qui le joue.
Le troisième acte achève déjà la véritable répétition des dialogues. Dès qu’il est clair que Tigre aime Lucile, la pièce intérieure n’est plus importante pour aggraver l’intrigue. La pièce-cadre continue avec une véritable intrigue qui trouve son apogée à elle au quatrième acte. Lucile y renonce à l’amour. Le cinquième acte a seulement la fonction d’achever la pièce-cadre pour ce moment. Une nouvelle actrice pour le rôle de Sylvia est déjà en route pour Ferbroques…
Les deux pièces n’ont presque rien en commun - seuls les traits caractéristiques des personnages se ressemblent. Le dénouement heureux de La Double Inconstance n’est pas atteint dans La Répétition.
Éléments particuliers dans la pièce d’Anouilh concernant le théâtre dans le théâtre
Anouilh a adopté le style de Marivaux (qui était redécouvert au ) et de son temps pour profiter de tous les registres théâtraux. La pièce d’Anouilh est un jeu entre vérité et feinte, qui se sert de plusieurs éléments dramatiques, qui seront expliqués ci-dessous.
Le jeu de rôles et de masques En masquant, un personnage prend souvent la fuite pour qu’il puisse oublier la réalité ou pour se cacher (ou ses sentiments) devant les autres. En outre, il est difficile de distinguer la réalité de l’illusion. Le costume est important : imitant Marivaux et le siècle, il campe (décrit) le personnage, le précède en quelque sorte et dessine les traits principaux mieux que les mots. Les personnages sont pressés dans leur rôle. Les costumes du combinés avec la langue moderne donnent à la Répétition un caractère théâtral.
Les personnages découvrent en même temps la comédie de la vie. Quand la contrainte (Zwang) de porter des perruques est relevée, la pièce intérieure s’approche à la réalité de la pièce-cadre.