Le musée archéologique de la ville de Strasbourg est l'un des plus importants musées d’archéologie de France dans le domaine des « Antiquités nationales » après le musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, près de Paris. Il est installé dans les vastes sous-sols du palais Rohan et présente plusieurs millénaires de l’histoire antique de l’Alsace et de ses habitants, depuis les origines lointaines du Paléolithique ( ) jusqu'aux débuts du Moyen Âge (800 ). Un parcours de s’organise autour de quatre grandes sections chronologiques : Préhistoire, Protohistoire, époque gallo-romaine, époque mérovingienne.
Histoire
L'acte de naissance du musée remonte à la fin du , avec le legs de ses collections d’antiquités par l'historien et diplomate Jean-Daniel Schoepflin à la ville de Strasbourg. Ses collections de sculptures et d'inscriptions gallo-romaines trouvent place dans le chœur de l'ancienne église des Dominicains (actuel Temple-Neuf), aux côtés de la bibliothèque et des archives de la ville de Strasbourg. Elles vont y séjourner durant près d'un siècle et sont complétées, à partir de 1855, par la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace.
Cette société, qui s’est donné pour mission de collecter objets et documents archéologiques, joue tout au long du et de la première moitié du le rôle d'un véritable service archéologique régional. Malgré le coup d'arrêt de la guerre de 1870 et la disparition de la quasi-totalité des collections lors du bombardement de la ville en août 1870, la recherche va retrouver un nouveau souffle à l'initiative conjointe d’amateurs passionnés et d’universitaires alsaciens et allemands. Le musée de la Société est installé dans les sous-sols du palais Rohan en 1896. De 1909 à 1939, sous la direction de l’archéologue suisse Robert Forrer et de son gendre F.A. Schaeffer, il connaît une activité de recherche et de publication d'un extraordinaire dynamisme qui permet de constituer un ensemble très cohérent de collections illustrant sans discontinuité l'histoire de l'Alsace de la Préhistoire au Moyen Âge.
Après la cession par la société de toutes ses collections à la ville de Strasbourg en 1946, le musée archéologique actuel est créé et devient alors, en raison de la richesse de ses collections, l’un des trente « musées classés » par le ministère des Beaux-arts et l’Inspection générale des musées de France. La réorganisation du musée est entreprise par le professeur Jean-Jacques Hatt qui, de 1946 à 1981, va donner parallèlement à ses activités d'enseignement universitaire et d'archéologie de terrain une dimension nationale au musée grâce à ses recherches scientifiques en protohistoire et en archéologie gallo-romaine. Le musée archéologique de Strasbourg a ainsi concentré, au fil de plus de trois siècles d'existence, d'importantes collections d'antiquités régionales qui en font l'un des plus riches musées archéologiques de province.
De 1988 à 1992, le musée archéologique a fait peau neuve grâce à un complet réaménagement de ses locaux et de sa présentation. L'option muséographique retenue a été celle d'un respect aussi fidèle que possible du cadre architectural du lieu, afin de lui rendre l'aspect qu'il avait à la fin du , avec la mise en valeur optimale de l'architecture de cet ensemble de salles voûtées du palais Rohan, donnant à la fois sur terrasse (sur l’eau, du côté de l’Ill) et sur la cour d’honneur du palais.
La mise en espace des collections est l'œuvre de deux architectes alsaciens, Claude Pache, de Colmar, et Jean-Claude Goepp, de Strasbourg, en collaboration étroite avec la direction des musées de France et grâce à un partenariat financier important entre la ville, l'État (ministère de la Culture/DRAC Alsace) et le conseil général du Bas-Rhin. Les choix esthétiques de présentation ont privilégié la simplicité et la transparence, en vue d'améliorer la lisibilité des œuvres présentées. Plusieurs espaces ont fait l'objet d'une mise en scène spécifique : reconstitution d'un chantier de fouille pour rendre plus concret le travail de l'archéologue sur le terrain, évocation d’une maison gallo-romaine, reconstitution polychrome d’un grand relief du sanctuaire du dieu Mithra.
Ce réaménagement muséographique a permis au musée de retrouver sa vocation de grand musée de synthèse régionale et de conforter son rôle de vitrine de l'archéologie nationale au seuil de l'Allemagne et de la Suisse voisines.
Les collections Des premières traces de l'occupation humaine vers - jusqu'à l'aube du Moyen Âge, les collections illustrent plusieurs millénaires de l'histoire de l'Alsace. Le musée archéologique dépasse ainsi le cadre strict de l'histoire de la ville et de sa proche région pour atteindre une dimension régionale, constamment renforcée tout au long de son histoire. Le parcours muséographique est chronologique et s'articule, sur d’exposition permanente, en quatre grandes sections. Chaque section chronologique s’organise autour de la présentation des faits de civilisation marquants, l'évocation des sites majeurs et une approche thématique illustrée par de nombreux objets et renforcée par la présence de panneaux documentaires trilingues.
Les origines lointaines de la Préhistoire (salles 01 à 04)
La présence de l'homme est attestée dès le Paléolithique ancien, vers et l'Alsace est la région de l'est de la France où l'on a retrouvé les plus anciens outils utilisés par l'homme.
Le site des lœssières d'Achenheim-Hangenbieten est une des références incontournables du Quaternaire européen et son impressionnante succession de couches stratigraphiques a fourni une grande source de renseignements. Les différentes phases de l'évolution du climat, de la végétation, de la faune, au cours des grandes glaciations y sont inscrites, ainsi que l'histoire des premiers hommes qui ont vécu dans la région en contemporains des mammouths, éléphants, rhinocéros de la dernière glaciation de Würm. Leur activité principale est la chasse : une aire de dépeçage d'animaux abattus au cours d'une chasse a été mise au jour en 1974 par la direction des Antiquités préhistoriques, où carcasses d'animaux découpés et outillage de pierre se trouvaient associés, sur le site d'un ancien campement de chasse. Le site de Mutzig-Felsbourg, découvert en 1993, est venu compléter les connaissances sur le Paléolithique moyen en Alsace.
Un climat proche du nôtre s'installe vers 8000 et les modifications de l'environnement sont perceptibles dans le mode de vie des derniers chasseurs de l'Épipaléolithique et du Mésolithique. Vers 5500 environ, de nouvelles populations, porteuses d'une économie fondée sur l'agriculture et l'élevage, vont arriver des régions du Danube et coloniser les riches terres de lœss de la plaine alsacienne. Ces premiers agriculteurs du Néolithique construisent des villages aux vastes maisons de terre et de bois, fabriquent poteries et outils en pierre polie, travaillent le bois, l'os, les fibres végétales et textiles. Les vestiges de leur habitat et des nécropoles qui en sont proches ont été mis au jour en de nombreux points de l'Alsace : Reichstett, Rosheim, Bischoffsheim, Colmar, Ensisheim, Sierentz, Rouffach, Niedernai... Ils livrent l'image d'une civilisation agro-pastorale, qui se développe en Alsace de à , en une série de groupes culturels qui sont aujourd'hui de mieux en mieux connus grâce aux fouilles menées dans toute la région.
Les riches civilisations des âges du Bronze et du Fer (salles 05 à 07)
L'apparition du métal marque l'ouverture d'une ère nouvelle. Véhiculés par les porteurs de la civilisation des gobelets campaniformes et de la civilisation cordée, les premiers objets en cuivre, puis en bronze apparaissent vers 2000 dans notre région.
La civilisation des tumulus du Bronze Moyen, centrée sur la forêt de Haguenau, va rayonner sur tout l'Est de la France. Les tertres funéraires, dispersés au cœur de la « Forêt Sainte », ont livré les témoignages d'une civilisation raffinée, où objets de parure, armes et outils en métal voisinent avec de fines et élégantes céramiques dans d'abondants dépôts funéraires. Au Bronze Final, de nouveaux rites funéraires se mettent en place : l'incinération l'emporte progressivement sur l'inhumation et l'utilisation du métal se développe considérablement.
La civilisation celtique − ou Âge du Fer − va prendre le relais, vers 750 ; elle se caractérise par une profonde unité culturelle, malgré la multiplicité de groupes régionaux, parfois très brillants. L'habitat se concentre dans des sites fortifiés de hauteur, les oppida, protégés par de puissantes fortifications. Siège de l'autorité des princes hallstattiens, ces sites peuvent également servir de refuge aux populations de la plaine en période d'insécurité. La richesse de cette aristocratie guerrière est liée au contrôle des voies commerciales vers le monde méditerranéen. Sel, ambre, lignite, corail, vin, vases en bronze, céramiques grecques et étrusques transitent par les principales routes commerciales qui relient l'Europe du Nord à la Méditerranée, par les cols des Alpes et les vallées du Rhône, de la Saône et du Rhin et l'Alsace est située en bonne place sur cet axe Nord-Sud. Les sépultures reflètent cette richesse, par la présence d'un important mobilier en métal précieux et en bronze, souvent associé à un char funéraire. L'Alsace en a livré deux exemples remarquables : Hatten et Ohnenheim.
Le Second Âge du Fer (450 à 50 ) ou civilisation de La Tène est de mieux en mieux connu peu connu en Alsace où les découvertes portant sur l’habitat, livrent des unités agricoles de plus ou moins grande taille. La fin de cette période est marquée par la Guerre des Gaules et la conquête rapide par les légions romaines en 58
Cinq siècles de civilisation gallo-romaine en Alsace (salles 08 à 020 et couloir 021)
L’Alsace est intégrée à l’Empire romain durant plus de cinq siècles. Strasbourg-Argentorate devient le siège de l'autorité militaire et la plaque tournante de l'administration impériale, ainsi que la base de ravitaillement principale pour les camps romains situés aux avant-postes, sur la frontière danubienne.
La VIII Légion Auguste est la légion « alsacienne » par excellence. Arrivée dans notre région vers 80 , elle y restera stationnée jusqu'à la fin de l'Empire. Marquant de son empreinte la vie de toute la province, elle constitue un important facteur de romanisation : la construction du camp légionnaire, la mise en valeur des terroirs agricoles et leur cadastration, l'adduction d'eau (par l'aqueduc souterrain de Kuttolsheim), la création de nombreuses routes sont à mettre à son actif. Par ailleurs, par le marché important qu'elle représente, la légion attire dans son orbite tout un peuple d'artisans et de commerçants pour qui elle constitue le débouché majeur de leur production, favorisant ainsi le développement économique de toute la région. Les canabae, les faubourgs civils, s'étendent autour du camp, en bordure des voies de sortie principales. Le vicus de Koenigshoffen en est le mieux connu, avec ses installations artisanales et ses zones de nécropoles.
La vie quotidienne peut être appréhendée aussi bien à travers la multitude de petits objets livrés par les fouilles (céramiques, verreries, lames à huile, outils, armes, bijoux, jouets...) qu'à partir de l'iconographie des stèles funéraires représentant les Gallo-Romains dans leurs activités quotidiennes.
alt=Une des Parques décorant le sarcophage de Florentina ()|centre|thumb|Une des Parques décorant le sarcophage de Florentina ()