Elizabeth Stride (née Elisabeth Gustafsdotter, parfois nommée Elisabeth Gustafsson ; – Elizabeth Stride, Casebook.org) est la troisième des cinq victimes habituellement attribuées au tueur en série surnommé Jack l'Éventreur Generally Accepted (Canonical) Victims, Casebook.org. Ce dernier, dont l'identité est restée inconnue, a assassiné plusieurs prostituées de l'East End londonien d'août à . Le corps d'Elizabeth Stride a été retrouvé à Dutfield's Yard, dans le quartier de Whitechapel.

Elizabeth Stride était surnommée « Long Liz », pour une raison difficile à établir. Certains pensent que cela provient de son nom de mariée, « Stride », qui signifie « grand pas », d'autres pensent simplement que cela était dû à sa taille supérieure à la moyenneMartin Fido, dans , fait remarquer que la taille de Stride (5 pieds 5 pouces, soit 1,65 m), était supérieure à la moyenne de la taille des autres femmes de Whitechapel) ou à la forme de son visage.

Biographie

Jeunesse en Suède

Enfance près de Göteborg 220px|thumb|right|. Elizabeth Stride reçoit la confirmation luthérienne dans cette église en 1859 220px|thumb|right|Vue de l'intérieur de l'église de Torslanda. Cliché de 1942.Elizabeth Stride est la fille d'un fermier suédois, Gustaf Ericsson, et de sa femme Beata Carlsdotter. Elle naît Elisabeth Gustafsdotter (son patronyme signifiant littéralement « la fille de Gustaf ») le au village de Stora Tumlehed, dans la paroisse de Torslanda, à l'ouest de Göteborg en Suède, sur l'île d'HisingenPhilip Sugden, The complete history of Jack the Ripper, London, Robinson, 2002, p. 193.. Elle passe son enfance, avec sa soeur aînée et ses deux petits frères, dans la ferme familiale et reçoit la confirmation - dans la foi luthérienne - à Torslanda en 1859. Il semble qu'elle garde des séquelles d'une blessure à la jambe droite de cette période.

Servante à Göteborg Vers , à l'âge de 16 ans, elle trouve un emploi de servante à Göteborg. Trois années auparavant, sa sœur aînée Anna avait elle-même quitté le village natal, à l'âge de 17 ans, pour trouver un emploi à la ville. Selon l'éventrologue Dave Yost, auteur d'une étude biographique consacrée à Elizabeth Stride, celle-ci obtient en octobre un certificat attestant de sa moralité religieuse, de son éducation et de ses connaissances bibliques, sésame indispensable pour une jeune fille souhaitant s'installer seule en ville. Jusqu'en , elle est au service de Lars Frederick Olofsson, fournisseur de main-d'œuvre auprès de divers employeurs, marié et père de deux enfants, demeurant dans la , district de Majorna, à l'ouest de la ville, sur les bords du Göta.

Premiers pas dans la prostitution Après trois ans de service chez les Olofsson, Elizabeth quitte - ou perd - son emploi et s'établit dans le centre de Göteborg, toujours comme servante, non loin de la cathédrale. Quelques mois plus tard, en , sa mère meurt d'une maladie pulmonaire à l'âge de 54 ans. On présume qu'elle bascule vers cette époque dans la prostitution, car elle est arrêtée par la police en , à l'âge de 21 ans, sans qu'on en sache le motif. Le mois suivant, le , elle accouche prématurément d'une enfant mort-né, de père inconnuDavid Rumbelow, Jack the Ripper, the complete casebook, New York, Berkley, 1990, p. 77..

Séjours à l'hôpital 220px|thumb|right|L'un des pavillons du Kurhuset de Göteborg, l'actuel hôpital Holtermanska. Cliché de 2013.Pour parachever cette descente vers l'abîme, atteinte sans doute de syphilis, elle fait deux séjours à l'hôpital où sont soignées les maladies vénériennes, le , au cours de l'année 1865, en avril-mai, puis en août-septembre. Elle en sort guérie. Mais elle y retourne en octobre, directement placée, cette fois, par la police. Déclarée guérie pour la troisième fois, elle doit pointer tout au long du mois de novembre pour attester qu'elle n'a pas de nouveau contracté la maladie. Elle est alors enregistrée comme prostituée. Elle demeure alors rue Pigatan, à l'est du quartier de Haga, dans la partie est du quartier de la cathédrale. Le lieu est fréquenté par des prostituées.

De nouveau servante dans une famille bourgeoise Finalement, ce même mois de novembre, Maria Wiesners, l'épouse d'un musicien engagé au Grand Théâtre de Göteborg, la prend à son service comme servante, ce qui lui permet d'être libérée du contrôle de la police. Ayant touché l'héritage de sa mère, s'élevant à soixante-cinq couronnes, elle aurait alors décidé d'émigrer en Angleterre quatre mois plus tard.

D'après le témoignage de Charles Preston (son futur co-locataire) elle serait venue à Londres en accompagnant un « gentleman » étranger. Mais selon Michael Kidney (son futur petit ami) elle serait plutôt venue « pour voir du pays ». Il est d'ailleurs persuadé qu'elle a de la famille à Londres.

Émigration à Londres En , la jeune femme s'installe dans l'Est londonien. Quelques mois plus tard, en juillet, elle s'enregistre auprès de l’Église suédoise de Londres, Prince's Square, dans le quartier de , au sud de Whitechapel, près des docks. Elle est qualifiée de célibataire. On ignore ce qu'elle devient durant les trois années qui suivent.

Mariage avec John Thomas Stride Trois ans plus tard, après s'être liée temporairement à un policier, sous le nom d'Elizabeth Gustifson, elle épouse le John Thomas Stride, menuisier originaire de Sheerness, dans le Kent, port de l'estuaire de la Medway sur l'île de Sheppey. Âgé de 48 ans, il est son aîné de vingt-trois ans. Ils habitent alors l'un et l'autre dans le quartier de Westminster, et la cérémonie se déroule dans l'église St. Giles in the Fields, à l'ouest de la City. Elizabeth réside jusqu'à cette date dans Gower Street, dont les habitants appartiennent à la classe moyenne. Selon Dave Yost, on peut supposer qu'elle aurait repris son activité de servante auprès des bonnes familles de Westminster depuis son arrivée à Londres.

Tenanciers d'un café dans le district de Poplar Tous deux emménagent ensuite à Poplar, à l'extrémité de l'Est londonien, où ils exploitent un café situé Chrisp Street. Ils sont alors domiciliés dans , une des principales artères traversant Poplar. Mais quelques mois plus tard, Stride ferme le café de Chrisp Street pour en ouvrir un autre dans Upper North Street. Au printemps 1871, le ménage a encore déménagé et déplacé leur établissement pour se rapprocher des docks, dans Poplar High Street. D'après le registre de recensement, Stride poursuit son activité de menuisier. L'échope génère sans doute de faibles revenusColin Kendell, Jack the Ripper, the theories & the facts of the Whitechapel murders, Stroud : Amberley, 2012, p. 137. Leur situation semble alors se stabiliser pendant trois ans, mais le couple reste sans enfant et s'étiole peu à peuSelon les témoignages, Elizabeth Stride disait avoir eu neuf enfants. Mais il semble qu'elle n'en ait eu aucun, en-dehors de l'enfant mort-né à Göteborg. Voir : ..

Séparation et changement de vie

Séjour au workhouse de Poplar On ignore à quel moment intervient exactement la séparation. Les Stride vivent encore ensemble en 1874 lorsque le mari ferme définitivement leur commerce. En , dans une situation de grande pauvreté, Elizabeth Stride est placée au Poplar workhouse, non loin du domicile conjugal. Les workhouses sont des institutions de bienfaisance organisées par les paroisses offrant un logement collectif et un travail strictement encadrés. Ce nouvel épisode entérine une première séparation, provoquée par la détresse sociale que traverse le couple. Mais elle n'est que temporaire, car les deux époux sont de nouveau réunis en 1881, comme le montre un registre de recensement. Les époux demeurent alors à Bow, district de l'Est londonien, dans Usher Road.

Maladies et mort du mari Mais peu de temps après, Elizabeth Stride a définitivement quitté son mari pour s'installer à Whitechapel, dans Brick Lane. Et en décembre de la même année, elle est admise au dispensaire du Whitechapel Workhouse pour une bronchite. Lorsqu'elle quitte le dispensaire en , elle est brièvement placée au workhouse, puis elle s'établit - comme on le suppose - dans une maison d'hébergement collectif ou lodging house du sud de Spitalfields, au 32, Flower and Dean Street, l'une des rues les plus misérables de la villeDrew D. Gray, London's shadows, the dark side of the Victorian City, London, Bloomsbury, 2013, p. 164Jerry White, London in the Nineteenth Century, London, Jonathan Cape, 2007, p. 323-350.. Elizabeth Tanner, la tenancière, affirmera en 1888 qu'Elizabeth Stride est une habituée depuis six ans. Durant cette période, elle est surnommée Long Liz.

Sombrant lui-même dans le dénuement et la maladie, John Stride finit par rejoindre à son tour le Poplar Workhouse, et meurt de tuberculose en 1884 à l'hospice de Poplar and Stepney.

Un récit imaginaire Selon le témoignage d'Elizabeth Tanner, Elizabeth Stride raconte s'être trouvée à bord du Princess Alice, où elle aurait été employée avec son mari - elle comme servante, et lui comme marin - lorsqu'il a fait naufrage dans la Tamise en 1878. D'après ses dires, son mari et deux de ses neuf enfants y seraient morts noyés, tandis qu'elle serait parvenue à s'arrimer au mât du navire. Mais pendant la bousculade, elle aurait reçu un coup de pied dans la bouche, lui laissant pour séquelle un bégaiement chronique. Mais aucun vestige de cette ancienne blessure ne sera relevé lorsque son corps sera autopsié.

Ménage intermittent avec Michael Kidney Après la mort de son mari, Elizabeth Stride vit la plupart du temps avec Michael Kidney, un ouvrier des docks de sept ans plus jeune qu'elle, logeant à , district de Marylebone, dans le West End. Leur liaison, commencée vers 1885, est tumultueuse et ponctuée de séparations. D'après Kidney, Elizabeth Stride est souvent ivre et s'absente du foyer. Il tente même une fois de l'enfermer à double-tour. Dans les périodes de rupture, elle se réfugie dans des lodging houses, notamment au 32 Flower and Dean street. En trois ans de vie commune, le couple aurait connu au total environ cinq mois de séparation, selon KidneyAlexander Chisholm, Christopher-Michael DiGrazia, Dave Yost,The news from Whitechapel, Jack the Ripper in the Daily Telegraph, McFarland & Co., 2002, p. 111.. Gagnant difficilement sa vie en réalisant des travaux de ménage et de couture, ou en se prostituant, Elizabeth Stride reçoit parfois une aide de l'Église suédoise, comme c'est le cas en , selon le témoignage du sacristain Sven Olsson, qui se souviendra, en témoignant plus tard, de sa grande pauvreté.

Démêlés judiciaires En , elle séjourne de nouveau au workhouse de Poplar, et porte plainte en avril contre Kidney auprès d'un agent de police (le police constable 357H). L'affaire n'est cependant pas portée en justice car Elizabeth Stride ne se rend pas à l'audience. Elle comparaît elle-même à huit reprises devant le , tribunal du district de Bow, pour ivresse et tapage sur la voie publique. Il semble qu'elle se soit présentée une fois aux audiences sous le nom d'Annie Fitzgerald.

Vers la même époque, Charles Preston, barbier, s'installe au 32 Flower and Dean Street. Témoignant plus tard lors de l'enquête, il affirme qu'Elizabeth a été arrêtée par la police un samedi soir où elle faisait du tapage au pub du Queen's Head. Elle est relâchée le lendemain après avoir passé la nuit au poste.

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