Île-de-Sein ( ; ) est une commune du département du Finistère, dans la région Bretagne, en France. Elle est essentiellement constituée des îles de Sein et de Kélaourou ainsi que d'îlots avoisinants. La commune fait partie du parc naturel marin d'Iroise et du parc naturel régional d'Armorique. Elle a la particularité de ne pas être rattachée à une intercommunalité à fiscalité propre..
Ses habitants sont appelés les Sénans.
Géographie Localisation vignette|gauche|redresse=1.5|Carte de l'île de Sein. vignette|Vue depuis la pointe du Raz vers le raz de Sein ; le phare de la Vieille et la tourelle de la Plate sont visibles au premier plan, et l'île de Sein à l'arrière-plan.
L'île de Sein est située à environ de la pointe du Raz. Elle fait partie d'une arête granitique dont la partie immergée se prolonge sur vers le large et forme la barrière de récifs appelée la chaussée de Sein. Cette chaussée s'interrompt un peu au-delà du phare d'Ar-Men.
L'île s’étend sur environ . Elle a globalement la forme d'un S inversé (écrit en commençant en haut à gauche, terminé en bas à droite) dont la partie centrale étranglée est large d'à peine . L'est de l'île est occupé par le port et le bourg où est regroupé l'ensemble des habitations. Le grand phare de l'île est situé à l'extrémité ouest.
L’île est bordée principalement par des plages de galets et de sable qui constituent un rempart fragile contre les tempêtes. Des digues ont donc été construites pour éviter sa « destruction » pure et simple.
Géologie et relief vignette|gauche|Carte de l'Île de Sein et des rochers avoisinants datant de 1771 (auteur inconnu). vignette|L'île de Sein vue du phare.
L'île a une surface de seulement et est basse, avec une altitude moyenne de . Elle fut plusieurs fois presque submergée par des tempêtes (celles de 1830, 1868 et décembre 1896Charles Le Goffic a décrit La tempête de décembre 1896 à Sein dans Sur la côte, Paris, Armand Colin, 1897. ont marqué de leur extraordinaire puissance, la mémoire de générations de Sénans qui étaient allés jusqu'à se réfugier sur les toits pour ne pas être emportés). Elle se situe au milieu d'une zone de récifs très étendue et particulièrement dangereuse, la chaussée de Sein parcourue par des courants souvent violents qui dépassent en vives eaux. Située non loin d'un axe important de navigation commerciale entre la Manche et l'Atlantique, elle a été le témoin de nombreux naufrages de navires venus s'échouer sur sa barrière de récifs. Au , plusieurs phares ont été construits sur son pourtour, dont le plus célèbre est le phare d'Ar-Men.
Hyacinthe Le Carguet décrit en détail en 1897 la géologie de l'île ; en voici un court extrait : « L'Île de Sein est composée d'une assise granitique recouverte de roches sédimentaires. Le granit qui forme le sous-sol profond n'est pas homogène. Tantôt en grosses masses compactes, presque sans fissures, il émerge : tels les Kornog, roches ou îlots de la chaussée ; ou bien ces blocs, en avancée sur toutes les pointes de l'île, s'opposent à l'action érosive de la mer. Tantôt il forme des plateaux sous-marins, appelés Louzouennou dans le langage des îliens. (...) Les embruns et les raz-de-marée le dénudent »Hyacinthe Le Carguet, L'Île de Sein aux temps préhistoriques, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1897, tome 24, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207639m/f443.image..
Les dunes sous-marines de sable coquiller de Kafarnao, situées vers de profondeur à au sud-ouest de l'île (une dune relique haute de et longue de ), ont été une première fois exploitées entre 1987 et 2008. L'entreprise « Les Sabliers de l'Odet » a déposé une nouvelle demande d'autorisation d'extraction qui a mis en émoi la population sénane, majoritairement opposée à ce projet (ce sable coquiller est destiné à l'alimentation des poules pondeuses) craignant qu'il n'accentue l'érosion de l'île et perturbe la faune marine.. Un collectif dénommé « Peuple des dunes Île de Sein » anime l'opposition à ce projet..
Insularité vignette|Murets coupe-vent entourant des champs. vignette|Arméries et lichens au printemps. Le vent est tout-puissant à Sein : ni arbre ni buisson, une haie maigre. Les petits champs entourés de murets coupe-vent, où les paysannes cultivaient autrefois l'orge et les pommes de terre, sont laissés à l'abandon. Les rares terres de Sein sont envahies de ronces et de broussailles. Là où les murets de pierre tiennent encore, des soucis fleurissent à l'abri, au printemps les pâquerettes ont des tiges. Là où ils s'écroulent, les fleurs subissent l'anémomorphose. Cette absence de relief fait courir le risque des vagues déferlantes qui se sont souvent abattues sur l'île, envahissant les maisons, dévastant les dunes et le port, mais Sein est une île dont écrit le général de Gaulle.
Afin de protéger les maisons sénanes des rafales chargées de sable, l'espace entre les façades a été calculé au plus étroit.
Un vieux dicton des marins témoigne du danger de certaines îles de la côte bretonne et particulièrement de l'île de Sein :
Pour les navires de guerre qui partent de Brest, la tétralogie d'Ouessant devient :
Une île menacée par l'érosion marine
De tout temps, l’île de Sein, en raison de sa petitesse et de sa platitude, a été menacée par l'érosion marine, voire par la submersion. Le journal du Père Maunoir évoque une tempête qui se serait produite vers 1638 : « Les habitants de ce lieu ont été à la veille d'être submergés, une partie des maisons furent renversées par la mer et remplies d'eau ». Gustave Geffroy écrit en 1904 : « Sur cet étroit territoire, ma mer déferle. Il a fallu construire des digues, détruites en partie par la tempête de 1896, qui détruisit aussi plusieurs bateaux : Sein resta une quinzaine de jours isolée. Le fait n'était pas nouveau, et les tempêtes de 1756, 1821, 1868, 1879, sont restées célèbres »Gustave Geffroy, La Bretagne du Sud, revue Le Tour du Monde, 1904, lire en ligne..
En 1756, en raison de la coïncidence d'une tornade avec une grande marée, la mer faillit engloutir toute l'île, et le duc d'Aiguillon incita alors en vain les Sénans à abandonner leur île, à nouveau envahie par la mer en 1761 lors d'une grande marée. La tempête des 28 et inonda un tiers des habitations, détruisit la digue et de nombreux bateaux de pêcheLes Sénans reçurent une aide de , provenant de l'État, du roi Louis-Philippe et du duc et de la duchesse d'Angoulême.. Une autre tempête les 22 et renverse de la digue, les muretins servant de clôture aux terres labourées dans la partie sud de l'île, et submerge les trois-quarts des terres labourables. « Environ trente maisons du village ont été submergées momentanément »G. Goury, Souvenirs polytechniques, ou Recueil d'observations, de mémoires et projets, concernant l'hydraulique, les dunes, les ponts, l'architecture et autres objets divers, Paris, Carilian, 1827. Un raz de marée survient en 1830, obligeant les habitants à se réfugier dans le clocher et sur les toits. L'île est à nouveau submergée pendant une douzaine d'heures en 1836. En , la mer envahit à nouveau rues et maisons, et à nouveau les 10 et , ainsi que les 17, 18 et et encore en 1882. L'ouragan des 4 au détruit les jetées de l'île et coule de nombreux bateaux"Histoire de l'Île-de-Sein", http://www.mairie-iledesein.com/docs_pdf/Sein_livre1_MB.pdf..
« À chaque tempête, l'érosion fait perdre un mètre de côte à l'île » affirme Bernard Bisson dans le Journal du dimancheJuliette Demey, Le Journal du dimanche du 9 novembre 2013, lire en ligne.. Les tempêtes de la fin et du début de ont aussi éprouvé l'île : « On peut raconter mais je ne sais pas si les gens pourront comprendre. C’était dantesque ! Les murs des maisons ont tremblé. Et le bruit… le bruit terrible. Celui de la mer, pas du vent. Ça vous glace, c’est angoissant. La mer, on ne sait jamais, elle peut avoir le dernier mot… »https://www.ouest-france.fr/meteo-sein-les-murs-des-maisons-ont-tremble-1836887. vignette|221x221px|Tempête fin-novembre 2013 vue depuis la route du phare Le une forte tempête endommage le quai des Paimpolais. : « Un parapet protégeant le quai des Paimpolais a sauté avec la mer sur de long, c'est un bloc de qui a été emporté. Témoin de la force inédite des vagues, du goémon a été retrouvé au niveau de l'église, le point culminant de l'île à . (...) Une des deux gares maritimes de l'île a été éclatée par un sac d'une tonne de sable placé pour la protéger, emporté comme un fétu de paille ».. Le , l'île de Sein a été à nouveau coupée du monde par la tempête Qumeira..
Une érosion touristique s'ajoute à l'érosion naturelle : la pratique récente d'empilement de galets pour constituer des cairns déstabilise les cordons de galets et un galet emporté en souvenir par un touriste est un morceau d'île en moins.. La prolifération des lapins dans l'île menace aussi celle-ci : les terriers creusés en bord de mer sont autant de trous par lesquels la mer s'engouffreLes lapins, acteurs de l'érosion sur l'île, Le Télégramme du 22 décembre 2011, lire en ligne..
Voies de communication, transports et énergie center|redresse=3.0|vignette|La chaussée de Sein. vignette|left|LEnez Sun III de la compagnie Penn-ar-Bed à l'Île-de-Sein. vignette|Le phare de l'île et à son pied la centrale thermique. L'île est desservie quotidiennement, sauf conditions météorologiques défavorables, par l'Enez Sun 3, une vedette de la compagnie maritime Penn-ar-Bed qui assure la liaison aller et retour avec le port d'Audierne-Sainte-Evette (Esquibien) qui se situe une vingtaine de kilomètres plus à l'est sur le continent. D'autres liaisons maritimes existent pendant la saison touristique.
Sur l’île de Sein, il n’y a pas de voitures, seulement le camion des pompiers, une camionnette-citerne pour le transport du fioul et le petit train des poubelles (en fait un tracteur tirant des poubelles). L’usage des bicyclettes étant même interdit en juillet et août dans le village par arrêté municipal, les Sénans se déplacent surtout à pied et possèdent de petites charrettes pour les courses ou objets encombrantsMarcel Robert, Iles sans voitures, 2013..
À partir de 1961, Sein, Ouessant et Molène reçoivent deux fois par semaine leur courrier en hélicoptèreAnnuaire rétrospectif de la France, 1948-1988, lire en ligne..
L'Île de Sein est alimentée en électricité par trois groupes électrogènes au fioul, logés aux pieds du phare, qui alimentent tout le réseau, car l'île n’est pas connectée au réseau électrique du continent.. Un projet de transition énergétique citoyenne visant à alimenter l'île exclusivement avec des sources d'énergie renouvelables est porté par la société Île de Sein Énergies (IDSE)., mais il se heurte au monopole d'EDF...
Urbanisme Typologie Au , Île-de-Sein est catégorisée commune rurale à habitat très dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...
La commune, bordée par la mer d'Iroise, est également une commune littorale au sens de la loi du , dite loi littoral.. Des dispositions spécifiques d’urbanisme s’y appliquent dès lors afin de préserver les espaces naturels, les sites, les paysages et l’équilibre écologique du littoral, tel le principe d'inconstructibilité, en dehors des espaces urbanisés, sur la bande littorale des , ou plus si le plan local d’urbanisme le prévoit..
Occupation des sols vignette|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC). L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels (60,8 % en 2018), une proportion identique à celle de 1990 (60,8 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante :