Le kraken ( ; transcription « krakenn ») est une créature fantastique issue des légendes scandinaves médiévales. Il s'agit d'un monstre marin de très grande taille et doté de nombreux tentacules.

Dans ses rencontres avec l'homme, le kraken serait capable de saisir la coque d'un navire pour le faire chavirer, le faisant ainsi couler et ses marins sont noyés et parfois dévorés.

Il est très probable que sa légende ait pour origine l'observation de véritables calmars géants dont la longueur a été estimée de 13 à , tentacules comprisO'Shea, S. 2003. "Giant Squid and Colossal Squid Fact Sheet", The Octopus News Magazine Online... Ces animaux vivent normalement à de grandes profondeurs, mais ont été repérés à la surface et auraient « attaqué » des navires.. Le kraken apparait surtout dans la mythologie nordique.

Légende vignette|Le Poulpe Colossal« Dans l'obscurité des profondeurs marines, le Kraken surgit soudain, ses tentacules géants enveloppant le navire avec une force implacable. Les marins luttent désespérément alors que la créature colossale émerge, ses yeux luisant d'une lueur malveillante. Le navire est secoué violemment, englouti dans une tempête d'écume, les cris des marins se mêlant au rugissement du monstre marin. La légende de cette rencontre terrifiante hantera les mers pour les générations à venir. » Bien que le nom « kraken » n'apparaisse jamais dans les sagas scandinaves, cette créature vient de Norvège. Il existe par ailleurs d'autres monstres marins, le Hafgufa et le Lyngbakr, décrits dans l’Örvar-Odds saga (la saga d') et dans le Konungs skuggsjá, œuvre norvégienne de 1250.

Dans la première édition de son Systema Naturae (1735), Carl von Linné inclut, dans une classification taxonomique des organismes vivants, le kraken comme un céphalopode avec le nom scientifique de Microcosmus mais l'animal est exclu des éditions ultérieures. Le kraken a également été largement décrit par Erik Pontoppidan, évêque de Bergen, dans son Histoire Naturelle de Norvège (Copenhague, 1752-1753).

Les premiers contes, y compris celui de Pontoppidan, décrivent le kraken comme un animal dont le vrai danger, pour les marins, n'était pas la créature elle-même, mais le tourbillon qu'elle engendrait après sa descente rapide dans l'océan. Toutefois, Pontoppidan décrit également le potentiel destructeur de l'immense bête : (Sjögren, 1980). Le Kraken a toujours été distingué des serpents de mer, également dans les traditions scandinaves (Jörmungand par exemple). L'une des premières descriptions est donnée par le Suédois, Jacob Wallenberg dans son livre Min son på galejan (Mon fils sur la galère) à partir de 1781 :

Selon Pontoppidan, les pêcheurs norvégiens ont souvent pris le risque d'essayer de pêcher près du kraken car la capture y est bonne. Si un pêcheur a une très bonne prise, ils ont l'habitude de transmettre cette information. Pontoppidan a également affirmé que le monstre est parfois confondu avec une île et que les cartes comportent des îles qui ne sont pas toujours présentes et qui étaient donc en fait le kraken. Pontoppidan a également raconté qu'une fois, un jeune spécimen du monstre est mort et s'est échoué à Alstahaug (Sjögren, Bengt, 1980).

Depuis la fin du , le kraken a été décrit dans un certain nombre d'ouvrages, comme une grande créature ressemblant au poulpe, et il a souvent été affirmé que le kraken de Pontoppidan aurait pu être fondé sur des observations du calmar géant. Toutefois, dans les premières descriptions, la créature se rapproche plus du crabe que du poulpe et, en général, possède des traits qui sont associés aux grandes baleines plutôt qu'au calmar géant.

En 1802, le malacologiste français Pierre Denys de Montfort a reconnu l'existence de deux types de poulpes géants dans son Histoire Naturelle Générale et Particulière des Mollusques, une description encyclopédique des mollusques. Montfort a fait valoir que le premier type, le « kraken-pieuvre », a été décrit par les marins norvégiens et baleiniers américains ainsi que les anciens écrivains comme Pline l'Ancien. En effet, un passage de L'Histoire naturelle du Romain Pline l'Ancien () narre également le cas d'un monstre marin à tentacules attaquant des réserves de poissons en saumure. La description correspond tout à fait à celle du kraken. Le deuxième type de bien plus grande taille, l'immense poulpe, aurait attaqué un bateau à voile de Saint-Malo, au large de la côte de l'Angola (voir illustration en haut de page).

Montfort a émis la plus sensationnelle des hypothèses. Selon lui, dix navires de guerre britanniques qui avaient mystérieusement disparu, une nuit en 1782 devaient avoir été attaqués et coulés par une pieuvre géante. Malheureusement pour Montfort, les Britanniques savaient ce qui était arrivé aux navires (ils avaient été perdus dans un ouragan au large de Terre-Neuve en ) et ont démenti la supposition de Montfort. La carrière de Montfort ne s'en est jamais remise et il est mort de faim, pauvre, à Paris vers 1820 (Sjögren, 1980). Pour la défense de Montfort, il convient de noter que beaucoup de sources décrivant le « poulpe-kraken » ont probablement décrit le véritable calmar géant, prouvant son existence en 1857.

En 1830, peut-être conscient du travail de Montfort, Alfred Tennyson a publié un célèbre poème intitulé The Kraken (essentiellement un sonnet irrégulier), qui diffuse l'histoire du Kraken en anglais. Le poème, dans ses trois dernières lignes, porte également des similitudes avec la légende du Léviathan, un monstre marin, qui doit remonter à la surface à la fin des jours Le Kraken de Tennyson, 1830 : Below the thunders of the upper deep; Far far beneath in the abysmal sea, His ancient, dreamless, uninvaded sleep The Kraken sleepeth: faintest sunlights flee About his shadowy sides; above him swell Huge sponges of millennial growth and height; And far away into the sickly light, From many a wondrous grot and secret cell Unnumber'd and enormous polypi Winnow with giant arms the slumbering green. There hath he lain for ages, and will lie Battening upon huge seaworms in his sleep, Until the latter fire shall heat the deep; Then once by man and angels to be seen, In roaring he shall rise and on the surface die.

Traduction du poème :

Sous les agitations de la surface, Loin, loin, dans le calme des abysses, Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve, Repose le Kraken. De faibles reflets de lumière Frôlent ses flancs ténébreux. Des éponges géantes, millénaires, L’entourent. Dans la pénombre des cavernes infinies, D’énormes poulpes Démêlent de leur bras la verte statuaire. Il s'y repose depuis les premiers âges Et toujours monstrueusement grandit, Dévorant d’immenses vers marins, Jusqu'à la Fin des Temps, le dernier incendie, La rouge Apocalypse. Alors, pour la première fois, Il sera vu des hommes et des anges. Il se réveillera dans l’horreur pourpre, Il montera à la surface Et y mourra..

La description de Tennyson a apparemment influencé Jules Verne qui imaginait l'antre du fameux calmar géant de Vingt mille lieues sous les mers de 1870. Verne fait aussi de nombreuses références au Kraken et à l'évêque Pontoppidan dans ce roman, ainsi que dans l’œuvre postérieure Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin (1901) :

L'évolution ultérieure de l'image du Kraken remonte au Kraken de la culture populaire.

Dans la culture populaire

Littérature vignette|redresse=1|Illustration de l'édition originale (1870) du roman Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne. vignette|redresse=1.2|Illustration d'un Kraken attaquant un navire marchand (1810).

De nombreux écrivains ont évoqué ou se sont inspirés du monstre fabuleux dans leur œuvre. Dans Vingt mille lieues sous les mers (1869–1870) de Jules Verne. Dans Les Travailleurs de la Mer, tome IILes Travailleurs de la mer, Tome II (1892) (p. 201-211). (1892) de Victor Hugo : « Ce monstre est celui que les marins appellent poulpe, que la science appelle céphalopode, et que la légende appelle kraken. » Dans Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin (1901) de Jules Verne. Dans Les Habitants du mirage (1932) d’Abraham Merritt. Dans Le Livre des êtres imaginaires (1957), Jorge Luis Borges écrit, à propos du Kraken : Dans « Le réveil du Kraken », en écho au fameux poème écrit par Alfred Tennyson. (1953) de John Wyndham (titre français : Le péril vient de la mer). Les Krakens du roman sont des envahisseurs extraterrestres qui coulent méthodiquement les navires de guerre et de commerce britanniques ou américains, puis entreprennent de faire fondre la calotte polaire, provoquant la montée des eaux et la ruine de la civilisation occidentale. Ils seront toutefois défaits par l'ingéniosité d'un savant japonais qui les extermine avec un colossal émetteur d'ultrasons. Le roman n'a pas été adapté au cinéma, mais a connu plusieurs adaptations radiophoniques à la BBC. Dans Le Seigneur des anneaux (1954) de , une créature proche, le Guetteur de l'Eau, garde l'entrée des mines de la Moria. Dans Un monde d'azur (1966) de Jack Vance, des hommes naufragés sur une planète isolée sans métal entretiennent un culte au Roi Kragen, le plus gros des kraken, en le nourrissant, puis se révoltent pour lutter contre les krakens et leurs déprédations. Dans La Huitième Couleur (1983) de Terry Pratchett, un kraken apparaît dans la mer près du Bord. Dans le cycle du Trône de fer (1996) de George R. R. Martin, le kraken est l'emblème de la Maison Greyjoy. Dans la traduction française, le terme est traduit par « seiche ». On trouve aussi une allusion au kraken dans le livre issu du même cycle, où il est dit que certains dragons seraient assez grands pour attaquer des krakens. Dans Ilium (2003) de Dan Simmons, des krakens peuplent la lune Europe de Jupiter, où habite Mahnmut. Dans l'univers de Harry Potter (1998) de J. K. Rowling, l'auteur fait une référence au kraken en mentionnant la présence d'un calmar géant dans le lac Noir qui borde l'école Poudlard : loin d'être agressive, la créature repêche un élève tombé de sa barque. Dans À la poursuite du Kraken (2008) d'Alexandre Moix, premier tome de la série Les Cryptides. Dans Le Paradoxe du temps (2008) d'Eoin Colfer, les krakens seraient des créatures totalement inoffensives. Dans Pirates (2009) de Michael Crichton, le navire commandé par le pirate Hunter se fait attaquer par un kraken lors de la traversée de la Boca del Dragon. Dans La douane volante (2010) de François Place, le jeune Gwen est confronté à deux reprises au légendaire Kraken. Dans Le Sorceleur, il est dit que les sirènes pourraient peut-être contrôler les krakens.

Cinéma Dans le film Le Choc des Titans (1981) de Desmond Davis, le kraken est le monstre à qui est sacrifiée Andromède, ainsi que dans le remake du film (2010) de Louis Leterrier, dans lequel il est décrit comme étant un monstre créé et dirigé par Hadès. Dans Un cri dans l'océan (1998) de Stephen Sommers, le kraken est le monstre attaquant le bateau. Dans Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l'anneau (2001) de Peter Jackson, le Guetteur de l'Eau apparaît. Dans Les Énigmes de l'Atlantide (2003), des studios Disney, le kraken attaque un navire. Dans Pirates des Caraïbes : Le Secret du coffre maudit (2006) de Gore Verbinski. Le Kraken poursuit Jack Sparrow après que Davy Jones a posé la marque noire sur lui. C'est une créature libre, puisqu'on le voit s'attaquer à des navires qui n'ont jamais croisé le chemin du Hollandais Volant (le vaisseau de Davy Jones). Cette référence s'inspire d'un article du Times qui, en 1874, prétendit que la goélette Pearl eût été coulée par ce monstre. Dans La Grande Barrière des Frayeurs (2016), film d'animation tiré de la franchise de poupées Monster High. Dans La Tour 2 contrôle infernale (2016) d'Éric Judor, le personnage d'Éric Judor porte le nom de Ernest Krakenkrick (qui se prononce avec un « krick » muet). Il devient donc le Kraken.