vignette|Un CDC 3800 (années 1960).

Control Data Corporation (CDC) est une ancienne entreprise américaine pionnière dans la fabrication de supercalculateurs. Elle a été créée en 1957 à Minneapolis Saint Paul (les twin cities) dans le Minnesota (États-Unis) par des scientifiques américains issus des centres de recherche de la Navy, dont William Norris et le célèbre Seymour Cray qui fonda en 1972 la société Cray Research.

La valeur en bourse de l'entreprise a très vite progressé : trois ans après la première augmentation de capital, réalisée par l'émission de à un dollar en 1958, sa valeur est montée à l'action , par Robert Sobel, page 361, soit de dollars.

Control Data a par la suite développé la série de calculateurs superscalaires CYBER. Ces ordinateurs tournaient sous le système d'exploitation NOS (Network Operating System). Les différentes gammes furent les Cyber 6600/7600, Cyber 170, Cyber 180 et une gamme orientée calcul vectoriel : les cyber 200 prolongés chez ETA. Une dernière catégorie de processeurs avait été développée : les AFP, qui étaient des processeurs spécialisés pilotés depuis les Cyber 180.

Après plusieurs exercices déficitaires au début des années 1980, CDC décida de se séparer de la branche Superordinateurs, ce qui fut finalisé en 1992 par la création de Control Data Systems, finalement rachetée par une filiale de British Telecom ; l’autre branche de CDC, Ceridian, sera absorbée par Siemens.

L'entreprise est à l'origine du logiciel de sauvegarde NetBackup appelé dans sa première version AWBUS qui deviendra Backup Plus.

Historique Genèse de la société et contexte (1943-1957) Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, l’U.S. Navy avait réuni un collectif d'ingénieurs pour développer des machines à décrypter électromécaniques, aptes à analyser aussi bien les messages du code naval japonais que les messages allemands. La plupart de ces déchiffreuses étaient produites par une équipe de la région de Washington D.C.. Avec la baisse des crédits de défense dans l'après-guerre, la Marine s'inquiéta de la dispersion de ces talents dans diverses compagnies, et elle explora différentes solutions pour conserver ce groupe.

Or le propriétaire d’une filiale de Chase Aircraft basée à Saint Paul (Minnesota), John Parker, était sur le point de perdre tous ses contrats avec l’armée. La Navy demanda à Parker d'embaucher ses ingénieurs, sans lui dire précisément sur quoi ils travaillaient, car l'habilitation top secret de cet employeur aurait pris trop de temps ; Parker refusa d'abord, mais au fil de réunions avec des officiers généraux de plus en plus importants, il finit par accepter la proposition de ses anciens clients, et hébergea l’équipe dans ses ateliers de planeurs militaires.

vignette|L’UNIVAC 1103, un ordinateur à lampes de Remington Rand. C’est ainsi que le bureau d’études Engineering Research Associates (ERA), vit le jour : cette officine travaillait sur différents projets du début des années 1950, sans rapport apparent entre eux, comme la conception d’un des premiers ordinateurs commerciaux à programme enregistré, le ERA 1103 à 36-bits .. Cette machine était destinée au service du chiffre de la Marine américaine. Mais au début des années 1950, il s’éleva quelques contestations au Congrès sur le fait que la Marine soit de facto propriétaire de la société : au terme de plusieurs motions et de procès, on coupa les subsides et en 1952, Parker vendit ERA à Remington Rand.

Rand, si elle conserva tous les ingénieurs d’ERA et les employa à étendre sa gamme de produits, était surtout intéressée par les mémoires à tambour magnétique. Peu après, Rand fusionna avec Sperry Corporation pour former Sperry Rand, et la division ERA fut intégrée à Sperry UNIVAC. On lui confia le développement d'un nouvel ordinateur, l’UNIVAC II, dont le développement s'avéra interminable et décevant.

Il apparut aussi que le goût prononcé de la hiérarchie propre aux cadres de Sperry s’accommodait mal des prérogatives laissées aux anciens d’ERA : c'est pourquoi on laissa Sperry créer en 1957 une nouvelle filiale, Control Data Corp., qui s’installa dans d'anciens ateliers de l'autre côté du fleuve, à Minneapolis, au de Park Avenue. Les anciens d’ERA n’hésitèrent pas sur le choix du directeur général de la nouvelle société, Control Data : ce fut l'un d’eux, William Norris. Seymour Cray en devint l'ingénieur en chef, bien qu'il fût encore pour quelques mois sous contrat avec Sperry, chargé de terminer un prototype pour le Naval Tactical Data System (NTDS)D'après D'après D'après .

Les premiers ordinateurs et le programme Cray vignette|La version industrielle du Control Data 160-A, avec gros plan sur le pupitre de contrôle. Control Data se lança sur le marché des équipements informatiques, et principalement celui des mémoires à tambour, à destination des fabricants d’ordinateurs. Cray fut embauché l’année suivante, et il développa presque immédiatement un processeur à transistors à 6-bits, le CDC Little Character : cela allait lui servir de banc d’essai pour la conception d'ordinateurs à transistors.

En 1959 Control Data avait réalisé une version transistorisée à 48-bits de leur 1103 : elle déboucha sur le CDC 1604. La petite histoire attribue ce numéro : 1604, au fait qu’il est la somme des chiffres de l’adresse de Control Data (501 Park Avenue) et du numéro de l'ancien projet de Cray, l’ERA-Univac 1103Bizarrement, ce point est laissé dans l’ombre des souvenirs très détaillés recueillis en 1975 auprès des informaticiens de Control Data : à propos du "1604", les ingénieurs ont répondu en riant : (page 21)..

On en produisit également en 1960 une version dégradée à 12 bits, le CDC 160A, qui est parfois considérée comme l’un des premiers miniordinateurs. Le 160A se présentait en effet comme un ordinateur de bureau, ce qui était encore tout à fait inhabituel. Il y eut par la suite de nouveaux modèles élaborés à partir de l’architecture du 1604 : ce sera la gamme des CDC 3000, commercialisée dans la première moitié des années 1960.

Cray se consacra très vite à l’accélération des temps de traitement CPU, afin d’obtenir la machine la plus rapide : il se fixa d'abord comme objectif d’atteindre 50 fois la vitesse du CDC 1604. Il fallait pour cela revoir entièrement la conception, et lorsqu’il apparut que le projet traînait en longueur (en 1962, Cray était dessus depuis quatre années), la direction s'inquiéta et voulut être mise plus régulièrement au courant de l’avancement. Cray exigea en retour de pouvoir travailler dans un laboratoire isolé, ce que Norris accepta. Cray et son équipe s'installèrent à Chippewa Falls (Wisconsin). Même Bill Norris, le fondateur et président de Control Data, ne pouvait visiter le laboratoire de Cray sans y être invité.

Développement du marché des périphériques vignette|Une imprimante en ligne CDC 501 (Living Computer Museum, Seattle). Au début des années 1960, Control Data déménagea ses bureaux à Ford Parkway, dans la banlieue de Highland Park à Saint-Paul, où Norris résidait. Tout au long de cette période, Norris s'efforça de donner à sa société la « masse critique » qui lui permettrait de concurrencer IBM : il se lança dans une politique de fusions-acquisitions agressive pour parvenir à une concentration horizontale du marché des périphériques autour de Control Data. En général, il cherchait à mettre sur le marché un périphérique 10% moins cher et 10% plus rapide que son équivalent chez IBM, ce qui demandait parfois des trésors d’inventivité.

L’un des premiers périphériques de ce genre fut un lecteur à bande magnétique. Son développement s’accompagna de tensions en interne, car la Division périphériques voulait que les autres départements de la société leur payent aussi leurs appareils, et pas seulement au prix des pièces. Il fallut l’arbitrage suivant : les autres divisions partageraient les bénéfices chaque fois qu’elles vendaient des périphériques.

Au lecteur à bande magnétique succéda le lecteur de cartes 405 et la perforatrice 415, puis une série de lecteurs de bande magnétique et d’imprimantes à impact, tous conçus en régie. La fabrication des imprimantes était au début sous-traitée à Holley Carburetor, un fabricant de la banlieue de Detroit, à Rochester (Michigan) ; puis Control Data décida de créer avec son sous-traitant une coentreprise, Holley Computer Products, bientôt revendue à Control Data, qui en fit sa Division de Rochester.

Les imprimantes à marteaux et à chaîne de Rochester étaient conçues en collaboration avec NCR et ICL, Control Data ayant des parts majoritaires dans l'affaire. La filiale responsable de ces machines avait pour raison sociale Computer Peripherals, Inc. (CPI). Au début des années 1980, elle fusionna avec le fabricant d'imprimantes matricielles Centronics.

Norris chercha ensuite à briser le marché des machines à carte perforée, contrôlé sans partage par IBM : pour cela, il racheta Rabinow Engineering, une entreprise pionnière dans la reconnaissance optique de caractères (OCR), avec l'idée de court-circuiter la saisie à la perforatrice en permettant aux clients de saisir en clair leurs textes sur du papier normal grâce à une police de caractères à la fois lisible et compatible avec les logiciels OCR de Control Data. Comme on stocke bien plus de texte sur un texte tapé à la machine que sur une carte perforée (celle-ci ne contient guère qu'une ligne de texte au maximum), il en résulterait d'énormes économies de papier ; malheureusement, ce projet apparemment simple souleva des difficultés sans nombre, et si Control Data s'imposa comme le leader des systèmes de reconnaissance optique de caractères, il ne parvint pas à se créer un marché. L'usine Rabinow de Rockville, dans le Maryland, dut fermer ses portes en 1976, et Control Data jeta l'éponge.

Avec les retards accumulés dans la mise au point des périphériques OCR, il devenait assez clair que les cartes perforées seraient encore là pour longtemps, et Control Data dut maintenir sa position sur ce marché. Le lecteur de cartes 405 était toujours produit, mais il était de fabrication coûteuse. Alors Control Data racheta Bridge Engineering, à Valley Forge, qui produisait des lectrices-perforatrices moins onéreuses. Par la suite, les usines de Valley Forge et de Rochester fusionnèrent au sein d'une filiale, National Cash Register, pour chercher des synergies. Elle s'associa plus tard au constructeur britannique ICL. La Division de Rochester sera revendue à Centronics en 1982.

Contre-coup des tentatives de diversification de Norris, Control Data ouvrit des sociétés de service spécialisées dans les traitements bureautiques, à destination des PME qui ne pouvaient se payer d'ordinateurs ; toutefois, ce n'était pas un marché très rentable, de sorte qu'en 1965, plusieurs sous-directeurs proposèrent (en vain) de fermer ces sociétés.

Vers les supercalculateurs : le CDC 6600 vignette|Le CDC 6600 est considéré comme l'un des premiers super-calculateurs. vignette|Un CDC 6600