Narsès (en arménien : Նարսես ; en grec : ), né vers 478 et mort en 567 ou 574, est l’un des grands généraux de Justinien . Il commence sa carrière au service du Grand Chambellan où il a charge de trésorier. Avançant en rang, il devient chef de la garde impériale avant de devenir lui-même Grand Chambellan et Maitre des milices.
Après avoir aidé Justinien et Théodora à mater la sédition dite « Nika », il commence sa véritable carrière militaire en Italie où il est envoyé aider le général Bélisaire à mettre fin à la guerre contre les Ostrogoths. La discorde s’étant installée entre les deux hommes, Narsès est rappelé à Constantinople où il demeure un homme influent quoique effacé à la cour. Il est renvoyé en Italie en 551. À la tête d’une imposante armée, il réussit à vaincre définitivement Totila à la bataille de Taginae, puis son fils et successeur Teias à la bataille du Vésuve (aussi appelée, bataille du mont Lactarius) en 552.
Par la suite, il reste douze ans en Italie, réorganisant le gouvernement suivant les instructions de Justinien . Après la mort de celui-ci, il ne semble pas jouir de la même faveur auprès de son successeur, Justin II. Il se retire alors à Naples et meurt à une date que certains situe en 567 d’autres en 574.
Biographie Origines
thumb|left|Les quinze provinces de l'Arménie historique, avec la Persarménie au sud-est.
On sait peu de choses sur les origines de Narsès qui apparaît pour la première fois dans les sources chez Procope en 530Procope de Césarée, Les guerres de Justinien, I. xv. 31 (Cité dans cet article d’après l’édition The Loeb Classical Library, 1954). Il serait né en Persarmenie, la septième province de l’Arménie historique qui avait été cédée à la Perse un siècle auparavant à la paix d'AciliseneCette paix divisait la Grande Arménie entre les empires romain d’Orient et sassanideFauber (1990) . Il appartenait à la famille aristocratique arménienne des Kamsarakan, une branche de la maison de Karen, noble famille partheRosser (2011) Welcome to Encyclopedia Iranica, « Kamsarakan »Kaldelis (2019) .
La date de sa naissance n’est pas connue, variant selon les historiens entre 478, 479 et 480. On ignore également tout de sa jeunesse et pourquoi il fut fait eunuque.
Caractère
Agathias le Scholastique qui fut le principal chroniqueur de la fin du règne de Justinien dit de lui que s’il était « petit et mince de constitution, il était toutefois plus fort de corps et d’esprit qu’on aurait pu l’imaginer » et ailleurs «un homme à l’esprit lucide, prompt à s’adapter aux temps où il vivait. Il n’était versé ni en littérature, ni dans l’art oratoire, [mais] compensait par la vivacité de son esprit». Les sources sont unanimes pour louer la dignité et l’humanité avec laquelle il agissait en toutes circonstancesAgathias cité par Fauber (1990) Browning (1971) .
Réputé pour sa piété, il avait une dévotion particulière pour la Vierge Marie. Dans son « Ecclesia Historia », Evagre le Scholastique mentionne qu’il la consultait avant toute bataille et que celle-ci lui disait quand attaquerÉvagre le Scholastique, livre IV, 214-215. On le disait également généreux envers les pauvres et grand restaurateur d’églises. Avant d’accepter le commandement suprême de l’armée, il aurait fait construire une église et un monastère en Cappadoce où il entendait se retirer à sa retraiteHolmes (1905) vol II, . Selon Paul Diacre il était si assidu à la prière qu’ « il obtint la victoire davantage par les supplications qu’il faisait à Dieu que par les armes de la guerrePaul the Deacon, History of the Langobards, (1907) . Cette piété demeurait toutefois personnelle et il ne prit pas part aux querelles religieuses de l’époque, ni à Constantinople, ni à Rome, bien qu’on le soupçonnât de partager les croyances monophysites de l’impératrice Théodora, ce qui aurait contribué à les rapprocher.
Débuts de carrière
thumb|right|L’impératrice Théodora, qui aurait redonné courage à Justinien durant la sédition Nika, lança la carrière militaire de Narsès.
On ignore également à quel moment il vint à Constantinople et comment il fut embauché dans les services du Grand Chambellan. Procope mentionne pour la première fois son nom alors qu’il était déjà au service de celui-ci en 530 à titre de trésorier des finances impériales en charge des paiements. Il monta en grade et se retrouva bientôt à la tête de la garde impériale constituée d’eunuques avant de devenir lui-même Grand Chambellan (praepositus sacri cubiculi) et Maitre des milices (magister militum)Fauber (1990) . Bien que Théodose II eût, en 422, interdit que les eunuques puissent devenir patriciens, Justinien passa outre et Narsès reçut cette dignité indiquant « qu’il n’était pas un ‘magistrat’, mais un ‘ministre’ »Fauber (1990) .
Il fut impliqué dans la répression des émeutes de Nika en 532. Justinien ou Théodora lui confièrent alors suffisamment de fonds pour qu’il puisse acheter les chefs de la faction des Bleus. Il fit appel à leur hostilité à l’endroit des Verts en leur rappelant qu’Hypatios, celui qu’ils étaient à la veille de proclamer empereur, était un Vert alors que Justinien avait toujours favorisé les Bleus. Que ce soit la force de ses arguments ou l’argent de l’empereur, il parvint à convaincre ceux-ci, lesquels se retournèrent contre luiFauber (1990) . Bélisaire et ses hommes purent alors encercler l'hippodrome où s’étaient massés les rebelles autour d'Hypatios, déjà installé dans la loge impériale; celui-ci fut alors capturé et amené devant l’empereur.
Carrière militaire
Première expédition en Italie
thumb|left|Portrait probable de Bélisaire, selon une mosaïque de Saint Vitale, Ravenne.
Son implication dans la répression des émeutes de Nika, le mit à la tête d’une armée d’environ 7 000 soldats d’origines diverses, qui reçut l’ordre d’aller aider Bélisaire en ItalieTeall (1965) . Arrivé probablement à Ancône en , Narsès rencontra Bélisaire à Firmum où se tint un conseil de guerre. On y discuta du siège d’Ariminum (aujourd’hui Rimini) et du sort de l’adjoint de Bélisaire, le commandant Jean, neveu du rebelle Vitalien.
Ce dernier, arrivé en Italie à la tête de 8 000 mercenaires thraces avait marché sur Rome mais s’était laissé encercler par les Goths en 537. Dans la dernière phase du siège, Bélisaire avait ordonné à Jean d’aller prendre Picenum dans le nord des Abruzzes. Mais estimant que la position d’Ariminum entre Rome et la capitale des Goths, Ravenne, forcerait Vitigès à lever le siège de Rome, Jean s’était plutôt dirigé vers cette ville, sans tenir compte des autres garnisons goths de la région. Pressentant que Jean se retrouverait enfermé dans la ville, Bélisaire avait envoyé deux autres généraux le remplacer. Mais Jean avait refusé de quitter la ville et s’était effectivement retrouvé assiégé par les Goths.
Narsès était d’avis que le général avait été suffisamment puni pour son « insolence » et que si les Goths réussissaient à s’emparer de Rimini, le cours de la guerre en serait changéProcope de Césarée, Histoire des guerres, xxx, 54, vol. 1. Bélisaire accompagné de Narsès se mirent alors en route par des chemins de montagne pour descendre sur Rimini.
Jean fut reconnaissant à Narsès d’avoir ainsi convaincu Bélisaire, ce qui fit écrire à Procope : « Que depuis lors les deux hommes (Bélisaire et Narsès) commencèrent à éprouver une grande suspicion l’un envers l’autreProcope de Césarée, Histoire des guerres, xvii, 3, vol. IV ». Durant les mois d’automne et d’hiver 538-539, l’armée se trouva ainsi divisée pratiquement en deux sous les commandements respectifs de Bélisaire et de NarsèsBrowning (1987) . L’empereur intervint, stipulant dans une lettre adressée à Bélisaire : « Nous n’avons pas envoyé notre intendant Narsès en Italie pour y commander l’armée, car nous désirons que Bélisaire seul assume le commandement de l’ensemble de cette armée de la façon qu’il jugera utile. C’est votre devoir de suivre ses ordres dans l’intérêt de l’ÉtatProcope de Césarée, Histoire des guerres, xvii, 28, vol. IV ».
Rappel à Constantinople
Il semble que les ordres de l’empereur furent ignorés et la division persista dans l’armée. La rivalité entre Narsès et Bélisaire s’accentua, leur désaccord sur la poursuite de la guerre jeta la zizanie dans les troupes. Se rangeant du côté de Narsès, Jean suivit celui-ci en Émilie que Narsès était déterminé à conquérir même sans l’autorisation de Bélisaire. L’Émilie fut effectivement conquise, mais les divisions au sein de l’armée conduisirent à la chute de Milan aux mains des Goths en 539. Justinien rappela alors Narsès à Constantinople, laissant Bélisaire seul commandant de l’armée. Il ne semble pas toutefois que ce rappel signifiât la disgrâce de Narsès, car celui-ci reçut la permission de conserver une partie de ses gardes barbaresProcope, Histoire des guerres, xxii, 4-5, vol. IV.
Non seulement, Narsès ne semblait pas avoir perdu la faveur de la cour mais il demeura le ministre et serviteur le plus digne de confiance de l’empereur et de son épouseDunlap (1924) . Toutefois, et pour les douze prochaines années (539-551), il continua son travail dans l’ombre, car on ne trouve guère de référence à lui dans les sources pour cette période. On croit cependant qu’en 541, il aida l’impératrice Théodora et la femme de Bélisaire, Antonina, à se défaire de Jean de Cappadoce, le puissant préfet du prétoire d’Orient qui rivalisait avec l’impératrice pour exercer une influence prédominante sur l’empereurMartindale (1992), . En 545 Justinien utilisa les bonnes relations de Narsès avec les barbares pour l’envoyer chez les Hérules afin d’y recruter des troupesProcope, Histoire des guerres, xxv, 26, vol. IV.
Deuxième expédition en Italie
thumb|right|Les zones contrôlées par les Goths et les Byzantins en Italie, en 552.
En 550, Justinien envoya un cousin du nom de Germanus terminer ce que Bélisaire avait commencé en Italie. Ce dernier s'installa à Sardica pour organiser son armée et prit même pour seconde épouse Matasonte, ancienne reine des Ostrogoths et petite-fille de Théodoric le Grand, ce qui fit une forte impression chez les Goths d’Italie. Mais deux jours après que son armée eût été complétée, au début de l'automne 550, Germanus tomba malade et mourut; tout espoir de réconciliation entre les Goths et les Romains en Italie s’envolaitProcope, Histoire des guerres, xl. 9, vol. V.
Narsès fut alors chargé de le remplacer et de retourner dans cette Italie qu’il avait quittée douze ans auparavant. Il s’adjoignit alors son ancien adjoint, le général Jean. Ayant accès aux réserves financières impériales, Narsès fut à même de lever en une année une armée de 20 000 à 30 000 soldatsTeall (1965) . Comme la précédente, cette armée était composée en grande partie de mercenaires recrutés parmi les populations barbares qu’il traitait « avec sollicitudeProcope de Césarée, Histoire des guerres, xxvi, 17, vol. 5.".
Une fois celle-ci réunie, il fallut à Narsès plus d’une année pour se rendre en Italie, effectuant une longue marche le long de la côte adriatique plutôt que d’attaquer par la mer, comme s’y attendait probablement Totila, le roi des Ostrogoths qui contrôlait le littoral oriental de la côte italienneLiddell (1957) . D’une part Totila tenta sur terre de ralentir la progression de Narsès en faisant en sorte que les Francs de la région, ennemis des Lombards alliés de Narsès, ralentissent son progrès en lui refusant le passage; d’autre part, sur mer, il tenta d’empêcher Jean de ravitailler les troupes de Narsès. Parti de Salona pour apporter secours à Ancône, Jean avec 38 navires et Valérien avec 12 affrontèrent la flotte de Totila lors de la bataille navale de Sena Gallica qui devait marquer la fin de la prétention des Ostrogoths à contester la suprématie navale byzantine : les Byzantins réussirent à détruire 38 des 47 navires goths et à capturer le commandant en chef de la flotte, l’amiral GibalFauber (1990) Procope de Césarée, Histoire des guerres, xxiii, 32, vol.VLewis (1951) .