Eadwig ou Edwy, né vers 940 ou 941 et mort le , est roi des Anglais de 955 à sa mort.
Il est le fils aîné d'. Trop jeune pour succéder à son père lorsque celui-ci est tué, en 946, il ne devient roi qu'à la mort de son oncle Eadred en 955. Dès son avènement, il entre en conflit avec l'abbé Dunstan de Glastonbury, qui est contraint de s'exiler en Flandre. Il effectue de très nombreuses donations au cours de sa première année de règne, ce qui pourrait refléter une tentative de s'attacher des fidèles ou de récompenser ses partisans au détriment de l'entourage de ses prédécesseurs.
En 957, Eadwig partage l'Angleterre avec son frère cadet Edgar, qui en reçoit la moitié septentrionale. Les sources présentent cette division comme la conséquence d'une révolte des ennemis d'Eadwig, mais il est également possible qu'elle ait été consentie et peut-être même prévue dès son arrivée au pouvoir. L'année suivante, l'archevêque Oda de Cantorbéry procède à l'annulation du mariage d'Eadwig au prétexte qu'il est trop proche parent de sa femme Ælfgifu.
Eadwig meurt en 959 sans laisser d'enfants et Edgar devient seul roi de toute l'Angleterre. Il souffre d'une mauvaise réputation posthume alimentée par les hagiographes et chroniqueurs ultérieurs, qui le décrivent comme irresponsable et incompétent pour mieux encenser Dunstan et les autres tenants de la réforme bénédictine anglaise, un courant religieux qui atteint son apogée à l'époque d'Edgar. Les historiens modernes commencent à remettre en question le portrait négatif d'Eadwig à la fin du au profit d'une approche plus nuancée de son règne, qui reste difficile à cerner en raison de sources peu nombreuses et parfois contradictoires.
Contexte
vignette|alt=Une carte situant les lieux mentionnés dans l'article|Carte de l'Angleterre sous le règne d'Eadwig.
Au début du , l'Angleterre est partagée en deux : au nord et à l'est se trouve le Danelaw, une colonie de peuplement danoise née des invasions vikings du siècle précédent, tandis que le sud et l'ouest sont occupés par le royaume anglo-saxon du Wessex, qui a victorieusement résisté aux assauts vikings sous le règne d'Alfred le Grand (871-899). Son fils et successeur Édouard l'Ancien (899-924) conquiert la région des Cinq Bourgs et l'Est-Anglie.
Le fils aîné d'Édouard, Æthelstan (924-939), parachève l'unification de l'Angleterre en s'emparant du royaume viking d'York en 927. Il reçoit également la soumission des autres souverains de Grande-Bretagne : le roi d'Écosse, le roi de Strathclyde, le seigneur de Bamburgh (une poche anglo-saxonne ayant subsisté au nord du Danelaw, dans l'ancien royaume de Northumbrie) et les roitelets du pays de Galles. Sa victoire à la bataille de Brunanburh, en 937, renforce la position dominante de la maison de Wessex en Grande-Bretagne. Les successeurs d'Æthelstan, (939-946) et Eadred (946-955), sont confrontés à plusieurs seigneurs vikings qui tentent de s'imposer dans le Nord de l'Angleterre. La région leur est définitivement acquise à la mort du Norvégien Éric à la Hache sanglante, en 954.
Biographie
Origines
Né vers 940 ou 941, Eadwig est le fils aîné du roi et de sa première femme, Ælfgifu. Il a un frère cadet, Edgar, né vers 943. Leur mère meurt en 944. Inhumée à l'abbaye de Shaftesbury, un monastère auquel elle a fait de nombreux dons de son vivant, elle ne tarde pas à y être vénérée comme une sainte. Edmond meurt à son tour en 946, poignardé par un voleur. Comme ses fils sont trop jeunes pour assurer le gouvernement du royaume, c'est leur oncle Eadred, le frère cadet d'Edmond, qui monte sur le trône.
Les fils d'Edmond n'apparaissent dans les chartes qu'en 955, dans la dernière année du règne d'Eadred, ce qui suggère qu'ils passent la majeure partie de leur enfance loin de la cour. Ælfric Cild, beau-frère de l'ealdorman mercien Ælfhere, est décrit comme l d'Eadwig sur une charte de 956. Cette description pourrait renvoyer au lien de parenté entre Ælfhere et la famille royale, mais il est également possible qu'Ælfric ait participé à l'éducation d'Eadwig.
Les sources ne permettent pas de qualifier les relations entre Eadwig et son oncle Eadred qui, jamais marié, n'a pas d'enfants susceptibles de lui succéder. Les chartes émises sous le règne d'Eadred accordent à Eadwig le titre d' ou , ce qui implique qu'il est considéré comme un héritier potentiel du trône. Edgar y est parfois décrit de la même manière, ou bien simplement comme son frère.
Vers la fin de sa vie, Eadred souffre de graves problèmes de santé et s'appuie beaucoup sur ses plus proches conseillers, parmi lesquels sa mère Eadgifu (la grand-mère paternelle d'Eadwig), l'archevêque de Cantorbéry Oda, l'abbé de Glastonbury Dunstan, l'évêque de Winchester Ælfsige et l'ealdorman Æthelstan, dont le pouvoir est tel qu'il est surnommé « Demi-Roi ». La plupart des chartes des deux dernières années du règne d'Eadred proviennent de l'abbaye de Glastonbury et le roi ne témoigne pas sur la plupart, ce qui suggère que Dunstan a reçu l'autorisation de les produire directement lui-même.
Un avènement houleux
vignette|redresse|L'anecdote rapportée dans la inspire les artistes des , ici le peintre William Hamilton avec (1793).|alt=Peinture montrant sous un éclairage dramatique une scène. Deux femmes à l'air inquiet se tiennent à gauche et deux hommes d'Église à l'air sévère à droite, l'un vêtu d'une bure de moine noire et l'autre arborant la crosse et la tiare d'un archevêque. Au centre, tiraillé entre les deux, est assis un jeune homme portant une couronne et une armure dorée
Eadred meurt le et Eadwig, âgé d'une quinzaine d'années, lui succède. Il est sacré à Kingston upon Thames, probablement à la fin du mois de . La , une hagiographie de l'archevêque Dunstan de Cantorbéry rédigée vers l' par un moine uniquement connu sous le nom de « B », raconte un incident survenu le jour du couronnement d'Eadwig. Après la cérémonie, le roi se serait retiré dans ses appartements pour coucher avec deux femmes, une certaine Æthelgifu et sa fille. Les nobles et les prélats réunis pour festoyer sont scandalisés par son comportement, mais ils n'osent pas protester, malgré les exhortations de l'archevêque Oda de Cantorbéry. En fin de compte, seuls Dunstan (alors abbé de Glastonbury) et son parent l'évêque de Lichfield Cynesige ont le courage d'aller morigéner le jeune roi. Dunstan le ramène de force au banquet.
La plupart des historiens modernes considèrent cette anecdote comme une invention de l'hagiographe B visant à discréditer Eadwig et son entourage tout en dépeignant Dunstan sous un jour positif. Æthelgifu est le nom de la mère de sa femme Ælfgifu, qu'il épouse à une date inconnue, et même si B ne la nomme pas dans son récit, c'est vraisemblablement elle qui est visée.
La Chronique anglo-saxonne rapporte que le mariage d'Eadwig est annulé par Oda en 958 « parce qu'ils étaient trop proches parents ». L'ascendance d'Ælfgifu est inconnue, mais elle pourrait être la sœur du chroniqueur Æthelweard, un descendant du roi Æthelred, ce qui ferait d'elle la petite-cousine d'Eadwig. Pour Simon Keynes, le récit de B pourrait constituer un reflet déformé d'une tentative de la part de Dunstan et Cynesige de dissuader le roi de contracter une union que l'archevêque juge illégale. Michael Winterbottom et Michael Lapidge considèrent également que B donne à dessein un tour sensationnaliste à ce qui n'est à l'origine qu'une affaire de droit canon.
En revanche, Sean Miller estime que l'opposition au mariage d'Eadwig est d'ordre politique plutôt que religieuse. Pour Pauline Stafford, son annulation est le résultat de l'opposition d'Edgar, que la naissance d'éventuels enfants d'Eadwig éloignerait de la succession au trône. Tous les membres de l'Église ne s'opposent pas au mariage, à l'image de l'abbé d'Abingdon Æthelwold qui semble avoir été un rival de Dunstan. Ce dernier quitte l'Angleterre pour se réfugier en Flandre (B accuse explicitement Æthelgifu d'être responsable de son exil), tandis que Cynesige semble être tombé en disgrâce, n'apparaissant que rarement comme témoin sur les chartes d'Eadwig.
Un personnel renouvelé
vignette|Cette charte de 956 enregistre une donation d'Eadwig à un certain Edmond.|alt=Reproduction en noir et blanc d'une feuille de parchemin couverte de texte à l'encre noire. Le bas du document est une liste de noms sur quatre colonnes
En montant sur le trône, Eadwig devient le souverain d'un royaume aux mains de puissantes factions. Il semble chercher rapidement à s'émanciper de l'influence des conseillers de son prédécesseur, mais il est difficile de déterminer à quel point il y parvient.
Dans son testament, Eadred laisse entendre qu'il souhaite être enterré dans un monastère réformé, peut-être celui de Glastonbury, mais c'est à l'Old Minster de Winchester qu'il est inhumé. Eadwig cherche peut-être à éviter que la tombe de son oncle devienne un point de ralliement pour ses adversaires politiques. Le principal légataire d'Eadred est sa mère Eadgifu ; Eadwig n'est même pas mentionné dans son testament. Eadgifu se plaint ultérieurement d'avoir été spoliée à l'avènement de son propre petit-fils Eadwig, ce qui pourrait impliquer que les dernières volontés d'Eadred n'ont là aussi pas été suivies. Après avoir fréquemment attesté sur les chartes d'Edmond et Eadred, Eadgifu ne figure que sur une seule charte du règne d'Eadwig, peut-être parce que ce dernier cherche à réduire son influence sur la scène politique. Æthelstan Demi-Roi est trop puissant pour qu'Eadwig puisse le renvoyer, mais plusieurs ealdormen sont nommés en 956 dans sa juridiction, parmi lesquels Æthelwald, le fils aîné du Demi-Roi.
Eadwig se livre à une intense activité diplomatique durant la première année de son règne, avec une soixantaine de chartes produites pendant la seule année 956. La plupart des bénéficiaires des donations du roi sont des laïcs. Les historiens modernes ont longtemps interprété cette frénésie comme le reflet de l'incompétence ou de l'irresponsabilité du roi. Il est plus probable qu'il cherche à s'assurer des soutiens fidèles, mais le contexte de ces donations reste trop flou pour pouvoir l'affirmer avec certitude.
Eadwig nomme également des nouveaux venus à des postes importants, ce qui explique en partie l'hostilité à son égard des sources liées à la vieille garde. Ælfhere est nommé ealdorman en Mercie en 956 et son frère Ælfheah devient le sénéchal du roi ; les chartes témoignent de la générosité d'Eadwig vis-à-vis d'Ælfhere et de sa femme Ælfswith, qui sont tous deux décrits comme appartenant à sa famille. L'année 956 voit également la promotion des ealdormen Æthelstan Rota en Mercie et Byrhtnoth dans l'Essex. Ce sont des hommes issus de familles bien installées dans leurs régions respectives et ils restent en place lorsque Edgar succède à Eadwig, mais la rivalité entre les familles d'Ælfhere et d'Æthelstan Demi-Roi contribue à déstabiliser le pays après la mort d'Edgar, en 975.
Le partage du royaume
vignette|redresse|Edgar, frère et successeur d'Eadwig, dans une généalogie royale du (MS Royal 14 B , British Library).|alt=Dessin représentant un homme couronné assis vêtu de robes bleues et rouges
En 957, l'Angleterre est partagée entre Eadwig et son frère Edgar, alors âgé de quatorze ans : ce dernier obtient la Mercie et la Northumbrie, tandis qu'Eadwig conserve le Wessex et le Kent. La Tamise sépare les domaines des deux frères.