Le Nanoulak parfois orthographié Nanulak, connu en français sous les noms de Grolaire ou Grolar, ou encore sous ceux de Pizzly ou Grizzours, est un hybride de deux espèces de mammifères carnivores de la famille des Ursidés. Il est le résultat d’un croisement entre un Ours blanc (Ursus maritimus) et un Ours brun appartenant aux populations d’Amérique du Nord, et plus particulièrement le Grizzly (Ursus arctos horribilis)Le nom « Grizzly » peut également s’appliquer à un éventail de sous-espèces d’Ours bruns présentent en Amérique du Nord. Des études récentes tendant à dire que ces différentes sous-espèces ne forme qu’une seule grande population et devraient toutes être désignées sous le nom U. a. horribilis.. Autrefois considéré comme de rares occurrences en captivité, la prévenue de ces spécimens atypique dans la nature a été confirmée par des analyses ADN sur un individu abattu près de Sachs Harbour, dans les Territoires du Nord-Ouest, sur l'île Banks au sein de l'Arctique canadien. Le nombre d'hybrides confirmés s'est depuis élevé à huit, tous issus de la même ourse blanche.

Des hybridations potentielles en milieu naturel entre l'ours blanc et le grizzli avaient déjà été rapportées et certains spécimens abattus par le passé, mais les tests ADN n'étaient alors pas disponibles pour confirmer leur ascendance.

Les analyses génétiques ont mis en évidence plusieurs cas d'hybridation introgressive entre les espèces d'ours, notamment une introgression de l'ADN de l'ours blanc chez l'ours brun au cours du Pléistocène.

Dénominations vignette|Schéma des hybridations possibles entre différentes espèces d'ursidés.|gauche|256x256px Le nom « nanoulak » (parfois orthographié « nanulak »), originaire d'une des langues inuites, est issu de la contraction des termes nanouk, désignant l'ours blanc, et aklak, désignant l’ours brun.

Depuis que la découverte de 2006 a mis cet hybride sous le feu des projecteurs, les médias anglophones ont forgé plusieurs mots-valises pour le qualifier, tels que pizzly, grolar ou encore polizzly, sans qu'aucun consensus scientifique ou linguistique ne s'établisse clairement sur l'un de ces termes. Les agents de protection de la faune canadienne ont proposé de privilégier « Nanoulak », reprenant ainsi les désignations inuites traditionnelles.

Selon une convention usuelle de nomenclature des hybridesNaming Conventions, référence semi-scientifique sur les conventions de dénomination des hybrides (notamment chez les grands félins)., le nom de l'espèce du géniteur mâle précède celui de la femelle dans l'assemblage lexical : les hybrides issus d'un ours blanc mâle et d'une ourse brune sont appelés pizzlys (mots-valises formés à partir de « polar bear » + « grizzly »), ou encore nanulak ; les individus issus d'un ours brun mâle et d'une ourse blanche sont appelés grizzours, grolars ou grolaires (formés à partir de « grizzly » + « [polar] bear » ou « ours »), ou parfois aknuk.

Présence dans la nature Avec plusieurs signalements probables et huit cas confirmés, les explications théoriques quant à l'apparition naturelle de tels hybrides ont dépassé le stade de la simple hypothèse. Bien que ces deux espèces sœurs occupent souvent des territoires limitrophes, les contacts directs ne constituaient pas la norme : l'ours blanc chasse, se reproduit et installe parfois ses tanières de mise bas sur la banquise, tandis que l'ours brun suit un mode de vie essentiellement terrestre.

La communauté scientifique ne dispose pas d'une explication définitive pour justifier ce phénomène. Une première hypothèse avance qu'avec la croissance de la population de grizzlis, les mâles quittent leur tanière plus tôt alors que les femelles restent en retrait avec leurs petits. Les ourses blanches deviendraient ainsi des partenaires reproductrices potentielles pour ces mâles grizzlis, ce qui constituerait la raison principale expliquant pourquoi les hybrides recensés ont pour père un grizzli et pour mère une ourse blanche. D'autres spécialistes suggèrent que le dérèglement climatique pourrait également être en cause : le raccourcissement des hivers inciterait les grizzlis à se déplacer plus fréquemment et à étendre leur aire de répartition. Cette expansion géographique a par ailleurs modifié leur régime alimentaire : face à la rareté des baies, du saumon et du couvert végétal en milieu arctique, des individus ont été observés en train de chasser le phoque, proie habituelle de l'ours polaire. Cette promiscuité sur les zones de chasse constitue une autre piste avancée pour expliquer ces hybridations.

Découverte de 2006 Le 16 avril 2006, Jim Martell, un chasseur originaire de l'Idaho, abat un ours hybride issu d'un croisement entre un grizzli et un ours polaire près de Sachs Harbour, sur l'île Banks, dans les Territoires du Nord-Ouest. Accompagné de son guide inuit Roger Kuptana, Martell chassait l'ours polaire sous permis régulier et a tiré sur l'animal en pensant qu'il s'agissait d'un ours blanc ordinaire. Les autorités locales se sont rapidement intéressées au spécimen : s'il possédait une épaisse fourrure blanc crème typique de l'ours polaire, il présentait également de longues griffes, une bosse dorsale, un museau concave ainsi que des taches brunes autour des yeux, sur la truffe, le dos et les pattes, autant de traits morphologiques caractéristiques du grizzli. Si l'animal avait été classé comme grizzli, le chasseur aurait encouru une amende de et jusqu'à un an d'emprisonnement pour braconnage d'une espèce non autorisée sur son permis.

Un test ADN effectué par le laboratoire Wildlife Genetics International en Colombie-Britannique a confirmé qu'il s'agissait bien d'un hybride issu de l'accouplement d'une femelle d'ours polaire et d'un mâle grizzli. Il s'agit du premier cas documenté en milieu sauvage, bien que la viabilité biologique de ce croisement fût déjà connue et que d'autres formes d'hybrides d'ursidés aient déjà vu le jour en captivité dans des parcs zoologiques.

Le 8 mai 2006, la découverte de cet hybride a bénéficié d'un retentissement médiatique accru lorsque l'émission satirique télévisée américaine The Colbert Report a humoristiquement qualifié l'animal de menace prioritaire pour la sécurité nationale américaine.

Au terme d'une controverse juridique, la dépouille de l'animal a finalement été restituée à Martell.

Découvertes ultérieures vignette|alt=Ours naturalisé présentant des zones de fourrure brunes et blanches|Le spécimen naturalisé d'Ulukhaktok exposé à l'aéroport. Le 8 avril 2010, David Kuptana, un chasseur inuvialuk de la localité d'Ulukhaktok, sur l'île Victoria, abat un individu qu'il prend initialement pour un ours blanc. Après examen de la dépouille et analyse de son ADN, il s'est avéré que la mère était un hybride de première génération (ours polaire × grizzli) et le père un grizzli. L'animal présentait des caractéristiques morphologiques intermédiaires : du poil brun sur les pattes, de longues griffes et une tête typique de grizzli.

Entre 2012 et 2014, six autres individus hybrides ont été tués par des chasseurs ou capturés vivants par des biologistes pour étude. Des prélèvements ont été réalisés sur les six spécimens, confirmant par analyse génétique tant leur condition d'hybride que leurs liens familiaux étroits. Les huit hybrides identifiés à ce jour comprennent quatre individus de première génération (F1, 50/50) et quatre individus issus de rétrocroisements avec le grizzli (75 % grizzli, 25 % ours blanc). Une unique femelle F1 est la mère des quatre individus rétrocroisés, tandis qu'une seule et même femelle d'ours polaire est la mère des quatre F1, et par conséquent la grand-mère des quatre sujets rétrocroisés. Deux mâles grizzlis se sont accouplés avec cette femelle d'ours polaire pour donner naissance aux quatre F1, l'un d'eux s'étant manifestement reproduit avec elle au cours de deux années distinctes (deux des F1 sont des adelphes nés à trois ans d'intervalle). Les deux mêmes mâles grizzlis se sont également accouplés avec la femelle F1 pour produire les quatre descendants rétrocroisés : trois issus d'une même portée engendrée par l'un des mâles, et un individu rétrocroisé plus âgé issu d'un cas de consanguinité entre la femelle F1 et son propre père.

Spécimen d'Arviat En 2016, de nombreux médias ont rapporté qu'un ours abattu près d'Arviat, sur la rive ouest de la baie d'Hudson, était un individu hybride, présentant l'événement comme une conséquence manifeste du réchauffement climatique. Si la robe de cet individu était particulièrement claire, les grizzlis dits « beiges » sont en réalité fréquents sur les Barren Grounds, et l'animal ne présentait aucun des autres traits morphologiques propres aux hybrides. Les analyses génétiques ultérieures ont confirmé qu'il s'agissait simplement d'un grizzli de souche pure.

L'expansion de l'ours brun comme facteur contributif potentiel

Les raisons pour lesquelles des grizzlis s'aventurent dans l'habitat de l'ours blanc demeurent encore mal élucidées. Bien qu'un spécimen de grizzli ait été abattu sur l'île Banks dès 1951, il restait exceptionnel, jusqu'à une époque récente, que cette espèce s'éloigne autant au nord du littoral continental canadien. En 1991, un ou plusieurs individus ont été observés en train de chasser des phoques et des ours polaires sur la banquise près de l'île Melville, à plus de des côtes continentales. En 2003 et 2004, une mission de géologues travaillant sur l'île Melville a recueilli des preuves photographiques et génétiques attestant la présence d'un grizzli dans ce secteur. Leur rapport compilait également plusieurs autres observations dans l'Archipel arctique canadien.

Les populations de grizzlis semblent également étendre leur aire de répartition vers l'est, à travers les Barren Grounds en direction de la baie d'Hudson, ainsi que vers le sud, aux confins septentrionaux de la Saskatchewan et du Manitoba. Entre 2003 et 2008, sept individus ont été repérés dans le parc national Wapusk, au sud de Churchill, une zone servant de refuge et de lieu d'établissement de tanières de mise bas pour les ourses polaires durant la période libre de glace en baie d'Hudson.

Hybridations anciennes Les techniques génétiques employées pour établir les liens de parenté et la filiation des ours hybrides du Nord canadien remontent au début des années 1990 et ne sont pas assez puissantes pour retracer l'histoire évolutive ancienne. En revanche, les méthodes plus récentes de la génomique analysent des milliers de marqueurs au sein du génome, ce qui permet de retracer l'origine de fragments chromosomiques précis jusqu'à des populations données (ou des espèces distinctes dans le cas de phénomènes d'hybridation). Les analyses génomiques menées sur l'ours brun et l'ours blanc ont ainsi mis en évidence qu'un flux génique s'est produit des ours blancs vers les ours bruns — mais pas en sens inverse — de manière étendue dans le temps et l'espace durant le Pléistocène.

Fait particulièrement marquant : les ours bruns peuplant les îles de l'Archipel Alexandre, dans le sud-est de l'Alaska, possèdent un ADN mitochondrial (hérité par voie maternelle) entièrement attribuable à l'ours blanc, tandis que plus de 90 % de leur génome nucléaire est d'origine ours brun. Cette singularité semble résulter d'un scénario où une population relique d'ours blancs s'est retrouvée isolée sur place à mesure que l'espèce refluait vers le nord à la fin de la dernière période glaciaire. Par la suite, des ours bruns mâles venus du continent voisin ont introduit leurs gènes au sein du groupe insulaire, alors que les femelles d'ours bruns, généralement incapables ou réticentes à franchir plusieurs kilomètres d'océan à la nage, n'ont pas atteint ces îles (expliquant l'absence d'apport de leur ADN mitochondrial).