vignette|upright=1.5|Pas de tir de Soyouz.

Le cosmodrome Vostotchny (en , Kosmodrom Vostotchny, « cosmodrome oriental ») est une base de lancement russe, qui se trouve dans l'oblast de l'Amour au sud-est de la Sibérie près de la petite ville de Tsiolkovski. La construction de cette nouvelle base de lancement a été décidée pour réduire la dépendance de la Russie vis-à-vis du cosmodrome de Baïkonour qui présente l'inconvénient de se situer au Kazakhstan depuis l'éclatement de l'Union soviétique. Le projet est poussé par le président russe Vladimir Poutine car il contribue au décollage économique d'une région peu peuplée et proche d'une Chine dynamique et de plus en plus influente. aboutissent à une révision à la baisse des objectifs du projet et à un étalement de son calendrier. La construction du premier complexe de lancement destiné aux fusées Soyouz, démarrée en 2010, s'est achevée en 2015. La construction d'un second pas de tir destiné aux fusées Angara s'est achevée en 2023.

Historique

vignette|upright=1.5|Pas de tir de Soyouz. Contexte : Baïkonour en terre étrangère

À la suite de l'éclatement de l'Union soviétique, le cosmodrome de Baïkonour, principale base de lancement des fusées russes, se retrouve sur le territoire du Kazakhstan. La Russie possède d'autres bases de lancement importantes, mais seule la base de Baïkonour permet des lancements en orbite géostationnaire. D'autre part tous les lancements du programme spatial habité et donc les installations de préparation associées se font depuis cette base. Un déménagement des activités spatiales de Baïkonour nécessiterait de reconstruire un très grand nombre d'installations pour les lanceurs qui n'étaient tirés jusque-là que de Baïkonour. Les nouveaux dirigeants russes décident de continuer à utiliser le cosmodrome de Baïkonour, et en 1994, les deux pays signent un contrat portant sur la location d'un espace de plus de . Au titre de cet accord la Russie verse un loyer annuel de 115 millions de dollars. Mais, en 1999, deux fusées russes Proton — un lanceur utilisant des ergols particulièrement toxiques — sont victimes de défaillance et s’écrasent en territoire kazakh. Ces accidents amènent le Kazakhstan à réexaminer le « contrat de location » de Baïkonour, et exiger une taxe supplémentaire sur les lancements commerciaux. Du côté russe, cette nouvelle exigence a pour conséquence d’accroître la volonté de se rendre indépendant du Kazakhstan. La Russie annonce alors son intention de délocaliser la quasi-totalité des activités de lancement de Baïkonour vers le cosmodrome de Plessetsk. Début 2002 Alexandre Kosovan, alors ministre de la Défense, confirme cet engagement pour l’horizon 2005. Mais dans les faits, seules quelques activités spatiales militaires restantes sont réellement transférées à Plessetsk. Néanmoins ce contexte incite les autorités russes à développer une base de lancement susceptible de remplacer Baïkonour.

Première tentative d'utilisation du site de Svobodny (1996-2006)

Au début des années 1990, alors que les négociations avec le Kazakhstan sur le statut de Baïkonour sont en cours, les responsables de l'armée russe demandent qu'une base de lancement alternative soit créée pour garantir l'accès à l'espace dans les années à venir. Trois sites sont identifiés tous situés dans le Sud de l'Extrême-Orient russe, seule région dont la latitude est comparable à celle de Baïkonour. Le site de Svobodny situé à de la ville de Blagovechtchensk est retenu. Cette ancienne base de lancement de missiles balistiques intercontinentaux comportant 100 silos et construite en 1968 est fermée depuis fin 1993 en application du traité de réduction des armes stratégiques START-2. Malgré la fermeture de la base militaire à l'origine de son existence, la ville close (ville dont l'existence est maintenue secrète) de Svobodny-18 héberge encore . Peu après cette fermeture, en 1994, l'existence de Svobodny-18 devient officielle et l'agglomération reçoit un nom officiel — Ouglegorsk c'est-à-dire « montagne de charbon » — qui tente de maintenir la fiction que son implantation initiale est liée à des activités d'extraction minière . Le site est relié au reste du pays par une voie ferrée, une ligne à haute tension et une route bitumée. Sa latitude lui permet d’atteindre des orbites moins inclinées que la base de Plessetsk, et en particulier elle est juste suffisante pour atteindre la station spatiale internationale..

Le président russe Boris Eltsine signe le un décret faisant de Svobodny un cosmodrome. Les premiers développements portent sur la réutilisation des installations existantes. Des lanceurs légers Start-1 sont tirés depuis le site pour placer en orbite de petits satellites commerciaux. Le lancement se fait à partir d'un tracteur-érecteur-lanceur dispositif reflétant l'origine militaire de ces lanceurs. Quatre lancements ont lieu entre 1997 et 2001. Mais aucune décision n'est prise pour la construction d'installations destinées à des lanceurs plus lourds comme la future fusée Angara qui doit reprendre le rôle du lanceur Proton. En 2005, après la prolongation du bail de Baïkonour par la Russie, l'agence spatiale fédérale russe décide la fermeture du cosmodrome de Svobodny. Un dernier vol a lieu en 2006 puis les autorités russes annoncent début 2007 la mise en sommeil de la base.

Lancement du projet (2007) vignette|Le chantier de la base de lancement est un projet suivi de près par le président russe Vladimir Poutine, ici en visite dans un des bâtiments techniques durant sa construction.

Alors que le projet vient tout juste d'être enterré, la création d'une base de lancement en Sibérie orientale redevient d'actualité. Anatoli Perminov, le responsable de l'agence spatiale russe de l'époque, évoque la nécessité de disposer d'un nouveau site pour le programme spatial habité russe. La base, qui doit être destinée aux activités civiles, doit notamment permettre la réalisation de l'ambitieux programme spatial habité lunaire. Elle doit également accueillir les lancements commerciaux réalisés à cette époque depuis Baïkonour à l'aide du lanceur lourd Proton remplacé à la fin de la décennie par l'Angara. Mais cet objectif est en contradiction avec la réalisation d'un pas de tir — baptisé Baïterek — pour ce nouveau lanceur à Baïkonour décidé conjointement par les autorités kazakh et russes en 2005. Le transfert des lancements des satellites militaires sur une orbite de faible inclinaison, conséquence logique d'un abandon de Baïkonour pour les lancements par une fusée lourde, n'est pas clairement tranché. Par la suite (2010) les officiels russes annonceront que d'ici 2020 le nouveau site devrait accueillir 45 % des lancements russes dont l'ensemble des vols habités, tandis que le cosmodrome de Plessetsk, destiné à l'activité militaire, accueillerait 44 % des tirs et Baïkonour 11 %.

Plusieurs sites sont étudiés et Svobodny est finalement à nouveau retenu car la région bénéficie d'un climat favorable avec de temps clair par an, peu de vents forts et un climat sec. Le coût de création de la base, évalué à 180 milliards de roubles, est deux fois plus faible que celui du deuxième site étudié situé sur la côte de l'océan Pacifique. Le développement de la nouvelle base de lancement Vostotchny (oriental en russe) est lancé lorsque le président russe Vladimir Poutine signe le décret autorisant sa construction le . Parmi les motivations du président figurent la volonté de ne plus dépendre du Kazakhstan mais également la nécessité de développer une région arriérée sur le plan économique et peu peuplée qui se trouve sous une influence croissante de la Chine et du Japon. Les jalons annoncés sont alors les suivants : 2010 : implantation et plan des installations figées ; 2010-2015 : construction de la base de lancement ; 2013 : livraison des infrastructures (énergie, alimentation eau, routes, voies ferrées) ; 2015-2016 : premiers vols de satellites artificiels ; 2018 : première mission spatiale habitée à bord d'une fusée Soyouz ; 2020 : transfert de l'ensemble du programme spatial habité implanté à Baïkonour.

Travaux préparatoires (2008-2011)

De 2008 à 2012 sont menées les études préliminaires précédant la construction. Les géologues analysent le terrain et les infrastructures héritées de l'ancienne base de missiles sont évaluées. Celles-ci se détériorent rapidement car l'Armée rouge ne l'entretient plus tandis les responsables de l'agence spatiale russe, qui est censée prendre le relais, se montrent réticents à s'engager. On évalue de manière optimiste à l'afflux de main d’œuvre que va susciter la construction du cosmodrome ce qui impose la construction de nouveaux logements, bien que 6 000 appartements se soient libérés à la suite de la fermeture de la base militaire. Les responsables régionaux envisagent d'implanter localement des établissements industriels du secteur spatial pour accompagner la création de la base. Ces responsables s'engagent à mettre fin au statut de ville close de Ouglegorsk (ex Svobodny-18).

La responsabilité de la construction du nouveau site est confiée à Spetstroi, un intervenant habituel sur les gros chantiers du ministère de la Défense russe. Courant 2009, les responsables du programme spatial russe décident le développement d'un nouveau lanceur Rus-M qui doit remplacer la fusée Soyouz. Le dimensionnement des futures installations est revu en prenant en compte les dimensions beaucoup plus importantes de cette fusée capable de placer en orbite une charge utile 2 à 3 fois plus importante que Soyouz. Début 2010, le responsable du chantier annonce que la nouvelle base de lancement nécessitera la construction de 400 installations. La première phase des travaux prévoit la construction de deux pas de tir tous deux destinés au nouveau lanceur Rus-M. L'emprise au sol est de soit beaucoup moins que celle de Baïkonour ( km²) ou de Plessetsk ( km²). Le président russe attend que le chantier prenne de l'avance sur son calendrier. Il annonce, en , qu'un budget de 24,7 milliards de roubles (809 millions US$) va être consacré au chantier au cours des trois années suivantes. Mais le budget effectivement alloué pour 2011 — 3,5 milliards de roubles sur un budget total de 168 milliards de roubles — ne permet pas de répondre à ses attentes..

Annulation du lanceur Rus-M (2011)

En 2011, Vladimir Popovkine, le responsable de l'agence spatiale russe Roscosmos récemment nommé, annonce que le projet de lanceur Rus-M est abandonné. Le développement de cette fusée consomme une part importante du budget de l'agence et ses capacités sont très proches des fusées Angara. Mais cette décision remet en question l'existence du nouveau cosmodrome dont les premiers pas de tir étaient conçus pour ce lanceur. Afin de tenir l'échéance de 2015 tout en préservant l'enveloppe budgétaire disponible, le responsable de l'agence spatiale décide de ne pas lancer la réalisation d'installations de lancement pour la fusée Angara beaucoup plus coûteuses mais de se rabattre sur la fusée Soyouz. Or, le besoin est déjà largement couvert avec des installations de lancement à Plessetsk, Baïkonour et Kourou. Par ailleurs, la région de Vostotchny, montagneuse et couverte de forêts, ne permet pas au lanceur Soyouz de placer en orbite des équipages car, en cas d'incident durant la phase propulsée, la capsule Soyouz n'est pas équipée pour effectuer un atterrissage en douceur dans ces conditions (à Baïkonour, les environs sont plats et dépourvus de végétation). Le nouveau pas de tir en construction n'apporte donc aucune nouvelle capacité au programme spatial russe. À l'automne 2012, l'entreprise TsENKI, constructeur habituel des installations de lancement russe, est sélectionné pour la réalisation du pas de tir des Soyouz pour la somme de 9 milliards de roubles (300 millions US$ à comparer aux 1,6 milliard US$ dépensés pour une installation similaire à Kourou)..

Construction de la première tranche du cosmodrome et lancement inaugural (2012-2016)