Le est institué par le traité du Bardo du au terme d'une rapide conquête militaire.
Il faisait partie de l'Afrique française du Nord avec l'Algérie française et le protectorat du Maroc, et plus largement de l'Empire colonial français. Entamée par la cession des pouvoirs diplomatiques et militaires à la France en 1881, la souveraineté tunisienne est réduite à néant dès 1883, le bey se contentant de signer les décrets et lois préparés par le résident général de France en Tunisie. Si l'administration tunisienne au niveau local reste en place, elle se contente de faire le lien entre la population tunisienne et les nouvelles administrations formées sur le modèle de ce qui existe en France. Le budget du gouvernement tunisien est rapidement assaini ce qui permet de lancer de multiples programmes de constructions d'infrastructures (routes, chemins de fer, ports, phares, écoles, hôpitaux, etc.) qui transforment complètement le pays avant tout au profit des colons, en majorité italiens dont le nombre augmente rapidement. Toute une législation foncière est mise en place permettant l'acquisition ou la confiscation de terres afin de créer des lots de colonisation revendus aux colons français qui s'approprient ainsi les meilleures surfaces cultivables.
Il faut attendre 1920 pour voir la création du premier parti nationaliste, le Destour, mais son activité politique diminue rapidement à partir de 1922. L'arrivée des premières générations de Tunisiens instruites dans les universités françaises relance le mouvement nationaliste. Un nouveau parti, le Néo-Destour, est créé en 1934 dont les méthodes beaucoup plus violentes, montrent rapidement leur efficacité. La répression policière ne fait qu'accentuer la mobilisation du peuple tunisien. L'occupation du pays en 1942 par l'armée allemande et la déposition forcée de Moncef Bey en 1943 par les autorités françaises renforcent l'exaspération de la population. Aux termes de trois ans de guérilla, l'autonomie interne est accordée en 1955. Le protectorat est finalement aboli le .
Histoire du protectorat Contexte
Le protectorat français trouve sa place dans un contexte d'affaiblissement progressif du pouvoir beylical. Cette autorité s'est en effet étiolée du fait d'une situation intérieure caractérisée par la diminution des ressources de l'État et d'une situation extérieure se traduisant par un interventionnisme étranger accru qui ont permis à la France de prendre position.
La dégradation des comptes beylicaux a pour causes la disparition des revenus provenant de la piraterie, interdite depuis 1818, la quasi-absence de personnalités ayant le sens ou l'aptitude du service de l'État — le ministre Mustapha Khaznadar bâtit sa fortune durant 35 ans en ruinant le pays — et un endettement croissant du trésor. Cette situation est aggravée par les déboires des tentatives de mutations inspirées de celles de l'Europe occidentale : l'échec de la modernisation des institutions instituée par le Pacte fondamental du , promulgué par Mohammed Bey, et la constitution octroyée le , qui à la suite d'émeutes est suspendue ; la persistance des féodalités entretenues par les révoltes récurrentes provoquées par une fiscalité trop lourde ; la modernisation de l'économie (agriculture et commerce en particulier) entreprise par Kheireddine Pacha, successeur de Khaznadar ; il ne parvient toutefois pas à redresser la barre par ses réformes et démissionne en juillet 1877 ; les efforts de Mustapha Ben Ismaïl qui le suit à la tête du gouvernement ne connaissent guère plus de succès.
gauche|vignette|Carte de la régence de Tunis (ici appelée ) imprimée en 1843.
Quant à la situation extérieure, elle se traduit par un interventionnisme étranger accru. En effet, les puissances occidentales, principales créancières de la Tunisie, mettent sur pied une commission internationale, le , qui afferme certaines recettes afin d'apurer la dette, sans succès. Elles voient aussi miroiter les perspectives d'emplois offertes aux capitaux générés par la révolution industrielle et cherchent de nouveaux territoires, sous-tendant ainsi leurs pressions impérialistes. Dans le même temps, l'Empire ottoman tente de restaurer son emprise sur la Tunisie en contrant la volonté d'indépendance beylicale. Car, s'appuyant sur la diplomatie et les forces navales européennes, les beys de Tunis parviennent progressivement à réduire à l'état de fiction le lien de suzeraineté rattachant la Tunisie à Constantinople.
Signé le , le traité concluant le Congrès de Berlin entérine presque explicitement le partage des zones d'influence des principales puissances coloniales, en particulier la dévolution de la Tunisie à l'orbite d'influence de la France. C'est dans ce contexte que cette dernière cherche à compenser les effets de sa défaite lors de la guerre de 1870, en particulier la perte de l'Alsace et de la LorraineQuelques édifices coloniaux ont conservé leur souvenir dans leur architecture (tuiles vernissées).. De plus, le percement du canal de Suez, inauguré en 1869, fait de la mer Méditerranée un axe commercial attractif sur lequel la Tunisie occupe des positions stratégiques, militairement et commercialement convoitées par les puissances coloniales.
Les agents économiques (banques et maisons de négoce de Paris, Lyon et Marseille) et diplomatiques français considèrent aussi défavorablement les manœuvres de l'Italie tout juste unifiée ; elle cherche en effet, bien que signataire du traité de Berlin, à étendre son emprise naturelle à la Tunisie.
Conquête de la Tunisie par la France
Première campagne Prenant prétexte des incidents de frontière entre la tribu algérienne des Ouled Nahd et la tribu tunisienne des Kroumirs les 30 et , le gouvernement français présidé par Jules Ferry décide l'envoi d'un corps expéditionnaire de placé sous le commandement du général Léonard-Léopold Forgemol de Bostquénard à la frontière entre l'Algérie et la Régence de Tunis.
Le , les troupes françaises pénètrent en Tunisie par le nord (Tabarka), le centre de la Kroumirie et la ville de Sidi Youssef. Tabarka est investie dès le . La ville du Kef tombe le même jour. Les trois armées peuvent alors faire leur jonction pour écraser les tribus montagnardes qui résistent jusqu'au .
Encouragé par l'inertie de l'armée tunisienne qui n'a pas bougé pour défendre la ville du Kef contre l'attaque française, Jules Ferry décide d'envoyer un corps de sous le commandement du général Jules Aimé Bréart débarquer à Bizerte dès le . La ville n'oppose aucune résistance et le , la colonne militaire prend la route de Tunis. Le , les soldats français campent à La Manouba, non loin du palais du Bardo.
Signature du Traité du Bardo
gauche|vignette|Signature du traité du Bardo le
À 16 heures, escorté par deux escadrons de hussards, Bréart se présente devant le palais du bey accompagné de tout son état-major et de la plupart des officiers supérieurs de la colonne. Des soldats tunisiens leur rendent les honneurs. On les introduit dans le salon où Sadok Bey et le consul de France Théodore Roustan les attendent. Craignant d'être destitué et remplacé par son frère, Taïeb Bey, le monarque signe le traité à 19 heures. Il obtient toutefois que les troupes françaises n'entrent pas dans la capitale.
Par ce texte, la France prive l'État tunisien du droit de légation actif en chargeant . Quant au bey, il ne peut plus conclure aucun acte à caractère international sans en avoir auparavant informé l'État français et sans avoir sa permission. Par ce traité, la France s'engage également à assurer la pérennité du régime monarchique beylical et à conserver au bey son statut de souverain ; l'article 3 indique que . La faible portée des concessions imposées au bey vise à rassurer les pays européens qui tiennent à conserver les privilèges qu'ils ont obtenus en Tunisie, tels que l'immunité judiciaire ou les droits réduits sur les taxes d'importation.
Les derniers coups de feu sont tirés le . Quatorze soldats français et un nombre inconnu de Tunisiens sont morts au combat.
Deuxième campagne vignette|Représentation française de la prise de Sfax Le retour en France de la moitié du corps expéditionnaire encourage le pays à prendre les armes. Le signal de la révolte est donné par la ville de Sfax qui se soulève le . Les autorités locales sont dépassées et les Européens doivent évacuer la ville en catastrophe. La rébellion est matée dans le sang par les fusiliers marins de l'escadre de Méditerranée qui reprennent la ville le au bout de quatre heures de combats de rue. La ville de Gabès tombe à son tour le .
C'est tout le pays qui imite l'exemple des sfaxiens. En août, la ville de Kairouan est investie par les révoltés. Tout l'arrière-pays est parcouru par des tribus qui profitent de la situation insurrectionnelle pour piller. Le camp militaire du Kef est assiégé par combattants emmenés par le chef de la tribu des Ouled Ayar, Ali Ben Ammar. Près de Hammamet, une colonne française est harcelée par insurgés entre le 26 et le et perd trente hommes. Les civils européens ne sont pas épargnés. Le , la gare d'Oued Zarga est attaquée et neuf employés sont massacrés. À la suite de cette tuerie, Tunis est occupée le par les troupes françaises pour rassurer la population étrangère.
Des troupes sont envoyées en renfort depuis l'Algérie. Le , la ville de Kairouan est reprise aux insurgés par l'armée française. Les combattants de Ben Ammar sont mis en déroute le ; les derniers résistants sont encerclés le . Les colonnes françaises qui parcourent le pays traquent impitoyablement les tribus insurgées qui fuient vers la Tripolitaine toujours aux mains de l'Empire ottoman. Les derniers combats cessent à la fin du mois de décembre.
Établissement de la structure administrative Conventions de la Marsa
vignette|Première page des conventions Pour organiser la conquête de la Tunisie, la France envoie à Tunis Paul Cambon, préfet à Lille, qui remplace Théodore Roustan le au poste de ministre résident de France en Tunisie. Il est accompagné par son collaborateur Maurice Bompard et Paul d’Estournelles de Constant, chargé d’affaires à Londres. Ils débarquent à Tunis en , alors que les dernières opérations militaires ne sont pas encore totalement achevées. Ils ont la lourde tâche d'imaginer la future organisation administrative du pays alors que son ministre de tutelle ne lui a donné aucune consigne. Mais ils savent que la priorité est de dissoudre la commission financière internationale qui continue de gérer les finances de la régence en vertu de l'article 4 du Traité du Bardo par lequel , sans oublier l'article 7 par lequel
Seule une garantie de la France sur la dette tunisienne peut justifier la suppression de la commission. Il est donc convenu de convertir la dette tunisienne en obligations avec la garantie de la Banque de France. C'est cette solution qui est exposée dans l'article 2 des Conventions de la Marsa qui sont signées le par Paul Cambon et Ali III Bey qui a pris la succession de son frère décédé le .
Mais ces conventions officialisent surtout la mainmise de l'administration française sur le gouvernement tunisien par son article 1 qui édicte : Afin de faciliter au Gouvernement français l'accomplissement de son Protectorat, Son Altesse le Bey de Tunis s'engage à procéder aux réformes administratives, judiciaires et financières que le Gouvernement français jugera utiles.
Paul Cambon a maintenant les mains libres pour réformer les structures de la régence tel qu'il l'entend.
Réforme judiciaire