La torture est l'imposition volontaire de sévices d'ordre physique ou psychologique qui visent à faire souffrir un individu. Elle a pour but d'obtenir des aveux ou de terroriser des populations. La torture est proscrite par le droit international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La torture était présente dans la société tibétaine avant l'« invasion chinoise » ou « libération pacifique » de 1950. Mais à partir du soulèvement tibétain de 1959 suivi de la révolution culturelle au Tibet, les actes de torture auraient entraîné la mort de plusieurs milliers de Tibétains selon l'administration centrale tibétaine. Ainsi en 1993, Bernard Kouchner évoque Tibétains morts sous la torture..

En 2005, après 10 ans de négociation entre l'Organisation des Nations unies et les autorités chinoises, Manfred Nowak, le rapporteur spécial sur la torture de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, a pu visiter du au la Chine et en particulier le Tibet, il y a noté la persistance de tortures en mentionnant toutefois la diminution de celles-ci.

Tortures avant la « libération pacifique » de 1950 La période du protectorat mandchou

Avant le , ainsi qu'en fait état Conrad Malte-Brun dans son « Précis de géographie universelle » publié en 1820, le code criminel tibétain était constitué de 41 articles extrêmement sévères : « le coupable et le complice d'un crime (étaient) tous deux punis de mort; le voleur (était) condamné à la restitution du double de ce qu'il a(vait) pris, à avoir les yeux crevés, le nez coupé, ou bien les mains et les pieds ». Malte-Brun ajoute que la torture y était pratiquée « avec un tel raffinement de cruauté » qu'il préfère ne pas « en faire la peinture »Conrad Malte-Brun, Jean Jacques Nicola Huot, Précis de géographie universelle, 1836, t. XII, livre cent quarantième. - Suite de la Description de l'Asie. - Empire chinois. - Cinquième section. - Le Tibet et le Bhoutan, ..

Au début du , les Chinois remplacèrent le code tibétain par leurs propres lois, et sous certains aspects les Tibétains y gagnèrent. Selon la loi chinoise de cette époque, en Chine, les exécutions ne sont pratiquées qu'une fois par an, par strangulation ou décapitation. En Chine, bien que la torture fût alors légalement abolie, elle était pratiquée arbitrairement par les magistrats, surtout dans les provinces éloignées. Selon un missionnaire de l'époque, quand un suspect était arrêté et n'avouait pas, il était soumis « à la question » et l'on « redoublait de cruauté » jusqu'à ce qu'il avoue, il était rare que le suspect survive longtemps à ce qu'il avait enduré.

Sous le dalaï-lama

Ces châtiments furent interdits en 1898 par le dalaï-lama Thubten Gyatso en même temps que la peine de mort, sauf pour les cas de haute trahison et de conspiration contre le régime. Cependant, selon le tibétologue Alex McKay, il y eut des cas isolés de peine capitale dans les années qui suivirent. Citant Melvyn C. Goldstein, il évoque la mort de Padma Chandra. Selon Dundul Namgyal Tsarong, ce général indien en fuite a été tué par des troupes tibétaines auxquelles il aurait résistéDundul Namgyal Tsarong, In the service of his country: the biography of Dasang Damdul Tsarong. Citant l'Oriental and India Office Collection, McKay mentionne l'exécution d'un jeune homme impliqué dans le vol du cheval de l'administrateur du Tibet occidental. McKay rappelle qu'on continuait à infliger, pour de nombreux délits, des châtiments corporels entraînant souvent la mort Alex McKay, Introduction, dans The History of Tibet: the modern period: 1985-1959, the encounter with modernity, edited by Alex McKay, RoutledgeCurzon, 2003, p. 32, note 2 (voir aussi note 5) : .. Il ajoute que le dalaï-lama avait interdit les peines de mutilation, et qu’en raison de son abolition de la peine de mort, « les exécutions étaient rares, en particulier au niveau de l'État » Alex McKay, Tibet and the British Raj: the frontier cadre, 1904-1947, Routledge, 1997, , 114 : .

Sous la Régence Heinrich Harrer, alpiniste et explorateur autrichien vécut au Tibet de 1944 à 1951, sous la Régence du Taktra Rinpoché (1941–1950). Il indique dans son livre, Lhassa : le Tibet disparu qu'il « arrivait que l'on batte certains criminels coupables de délits graves. Dans ce cas, on fouettait l'homme jusqu'à lui briser les tendons derrière les genoux, si bien qu'il en demeurait infirme à vie ». Par ailleurs il mentionne qu'avant la mise en œuvre des réformes du dalaï-lama, on punissait les grands criminels en leur coupant la main puis le moignon était plongé dans du beurre en ébullition<ref>'Lhassa : le Tibet disparu, texte et photographies de Heinrich Harrer, pages 138 et 139 Édition de La Martinière, 1997, .</ref>.

Selon Rebecca Redwood French, pour appuyer la procédure criminelle, le juge se servait d'au moins trois types de fouets ou rta-lcag. Le byor lcag, fouet d'accueil du prévenu. Le dri-lchags, fouet réservé à la question du criminel, le thon-lcag, fouet d'exécution et d'application des peines. Le criminel était fouetté au moins deux fois avant la peine. Lorsque l'affaire était jugée à Lhassa, la peine se déroulait sur la place de la flagellation, à côté du Nang-tsé-shag ou tribunal de la ville Rebecca Redwood French, The Golden Yoke: The Legal Cosmology of Buddhist Tibet, Snow Lion Publications, mars 2002, 404 pages, ..

Tortures après l'invasion chinoise de 1950

Positions des autorités chinoises

La Chine a signé en 1988 la Convention contre la torture autres peines et traitements cruels ou dégradants s'interdisant ainsi d'utiliser ces pratiques envers les opposants au régime chinois, les prisonniers d'opinion ou de droit commun et les manifestants. Cependant Wang Zhenchuan, procureur adjoint du parquet suprême de la République populaire de Chine, a indiqué publiquement en 2006 que « la plupart des erreurs judiciaires en Chine sont la conséquence d'aveux extorqués sous la torture »Bruno Philip, « Chine : le pouvoir reconnaît l'usage de la torture par la police », dans Le Monde du 22/11/2006, .

En , pour la première fois la Chine met en place un plan d'action national en faveur des droits de l'homme pour les années 2009-2010..

Morts sous la torture Phuntsok Lhundup, un moine du monastère de Drepung, âgé de 32 ans, fut arrêté le lors des troubles au Tibet en mars 2008, est mort en détention en . Selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, le moine serait décédé du fait de tortures, de mauvais traitements et de l'isolement qu’il a subiUn moine tibétain mort dans une prison chinoise, La Croix, avec Asia News.it.

En , Kunchok Dhakpa, âgé d'environ 20 ans, un Tibétain arrêté en 2013 lors d'une manifestation contre les activités minières de la montagne de Naglha Dzamba dans le comté de Driru est mort à la suite de tortures. Son corps a été remis à sa famille le Tibetan man 'tortured' to death in custody, Phayul.com, 7 février 2014.

Interventions d'organisations internationales

En , la Ligue internationale des droits de l'homme, organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif spécial, indique devant la commission des Droits de l'homme de l'ONUSource : Commission des Droits de l'homme de l'ONU les cas de torture au Tibet en ces termes:

« L'article premier de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, à laquelle la Chine est partie, interdit toute forme de torture. Aucune source indépendante n'a pourtant fait état d'une amélioration dans le traitement des prisonniers politiques tibétains. La torture reste courante dans les centres de détention et prisons et de nouvelles méthodes, comme l'"exercice à outrance", se répandent et viennent s'ajouter aux méthodes habituelles : décharges à l'aide d'une matraque électrique; passage à tabac; marquage au fer rouge; ébouillantage; suspension par les pieds ou par les pouces; coups de pied; attaques par des chiens; exposition à des températures extrêmes; privation de sommeil, de nourriture et d'eau; mise au cachot; violences sexuelles; menaces de torture et de mort.» En 2005, Manfred Nowak a invité le gouvernement chinois à supprimer ses dispositifs de rééducation par le travail : « Ces méthodes comprennent une pression psychologique très forte sur les détenus pour qu’ils changent leur personnalité en confessant leur culpabilité». Selon Manfred Nowack, ces dispositifs de rééducation par le travail contreviennent à la convention sur les droits civils et politiquesVisite en Chine. En 2006, le parlement européen adopte une résolution demandant à la Chine des explications pour différents cas de tortures au Tibet concernantIntervention du parlement européen concernant le Tibet Un moine tibétain Ngawang Jangchub est décédé en octobre 2005 dans le monastère de Drepung durant une session "d'éducation patriotique". Cinq autres moines tibétains du monastère de Drepung eux aussi arrêtés en 2005, et incarcérés qui auraient probablement été torturés. Amnesty International signale la mort de neuf détenus en 1998 essentiellement des moines et des nonnes dans la prison de Drapchi. Selon Amnesty, « Ces neuf détenus seraient morts des suites de passages à tabac et de diverses autres formes de torture et de mauvais traitements que leur auraient administrés des surveillants». De même en 2007, des enfants tibétains ont été arrêtés pour avoir écrit des slogans en faveur de l'indépendance du Tibet. Détenus dans la province du Gansu, Amnesty indique qu'ils sont menacés de mauvais traitements et de tortures, un des enfants est hospitalisé avec des blessures à la tête.. En 2008, Amnesty-International demande « qu’une enquête impartiale soit menée sans délai sur les actes de torture et autres types de mauvais traitements qu’auraient subis des détenus tibétains, afin que les responsables présumés puissent être déférés à la justice »..

Tortures pendant la révolution culturelle

Selon Gilles van Grasdorff, les exactions commises lors de la révolution culturelle par les gardes rouges envers la communauté religieuse, conduisent à des persécutions et des humiliations notamment à travers les thamzings. De nouveaux camps furent ouverts, les Tibétains y étaient « enchainés, battus à mort, obligés de travailler par des températures polaires ». Outre les sévices physiques, il existait la « torture mentale ». « Battus, humiliés, torturés, les prisonniers en arrivaient à remercier leurs tortionnaires »Gilles van Grasdorff Panchen Lama, otage de Pékin (en collaboration avec Edgar Tag), préface de Louis de Froissard de Broissia et Claude Huriet, Ramsay, 1999, Pages 233 et suivantes.

Selon Pierre-Antoine Donnet, les tortures comprennent des viols de Tibétaines, et même d'enfants. On coupe aussi les mains, les oreilles, le nez et la langue des victimes qui doivent parfois creuser leur propre tombe avant d'être exécutésPierre-Antoine Donnet, Tibet mort ou vif Paris, Gallimard (Folio/Actuel), 1992, .

Tortures à la suite des troubles au Tibet en 2008 Goshul Lobsang, 43 ans, qui participa à une manifestation à Bhelban, comté de Machu, au cours des troubles au Tibet en 2008. Accusé d'être l'organisateur de manifestations, il entra dans la clandestinité et fut arrêté le fut sévèrement battu et torturé durant sa détention dans le comté de Machu, selon une source tibétaine. Il fut condamné à 12 ans de prison. Du fait de l'absence de soins médicaux, et d'un régime de diète, sa santé s'est gravement détérioré. Il fut libéré pour raison médicale, le . Il est mort des suites des tortures le Tibetan political prisoner on ‘medical parole’ dies of torture injuries, TCHRD, 21 mars 2014. Selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, il a reçu des injections pour exacerber sa douleur, en violation du droit international et de toute éthique médicale Goshul Lobsang tortured with pain-inducing injections, leaves a defiant note after untimely death, TCHRD, 31 mars 2014. Tenzin Choedak

Tortures de femmes tibétaines