La bismuthinite est une espèce minérale correspondant au sulfure de bismuth(III) ou sesquisulfure de bismuth de formule . Ce minéral relativement rare, caractéristique de l'élément bismuth, peut contenir des traces des éléments Pb, Cu, Fe, As, Sb, Se, Te.
Découverte dans les filons hydrothermaux de haute température, le plus souvent en masses clivables, à textures foliacées ou fibreuses, elle est communément associée au bismuth natif et à divers sulfures, dont certains lui sont apparentés comme la stibnite ou stibine et l'orpiment .
Inventeur et étymologie L'espèce a été décrite d'abord par le baron suédois Axel Fredrik Cronstedt in 1758 avec l'appellation latine visimutum sulphure mineralisatum (soit la minéralisation du sulfure de bismuth) dans ses Observations minéralogiques. Elle est surtout décrite à nouveau et pleinement renommée en français technique "bismuthine" par François Sulpice Beudant en 1832François Sulpice Beudant, Sulfures de bismuth. Bismuthine, dans son Traité Élémentaire de Minéralogie, second tome, Paris 1832, PDF 238,3 kB. Le nom choisi dérive de l'élément métal constituant, du latin "bisemutum", qui accompagne parfois le minéral à l'état natifMINER Database von Jacques Lapaire - Minéraux et étymologie. L'accolement du suffixe minéralogique -ite s'est imposé en suivant l'idée normalisatrice du classificateur américain James Dwight Dana, également proposée en 1868 pour ne pas amplifier la confusion avec la bismite (oxyde de bismuth) et la bismutite (carbonate de bismuth basique), que la bismuthinite engendre par oxydation progressive.
Topotype La mine de Llallagua, Huanuni, Tazna Potosi Bolivie.
Synonymie thumb|left|Bismuth-glance, mine du mont Biggenden, Queensland, Australie (3.0 x 2.5 x 2.0 cm) bismuthine« Index alphabétique de nomenclature minéralogique » BRGM. Ce mot parfaitement synonyme est devenu en partie obsolète à cause de son ambivalence : il représente communément le bismuthane ou hydrure de bismuth en chimie minérale. bismutholamprite, adaptation de la dénomination anglaise bismuth-glance ou germanique Wismuthglanz, cette dernière formulée par le minéralogiste Abraham Gottlob Werner en 1789. La bismuthinite était supposée être reconnue par le lustre, l'éclat ou la brillance métallique du métal bismuth qu'elle recelait, l'adjectif allemand metallglänzend indiquant simplement une luisance ou brillance métalliqueOr un grand nombre de minéraux sulfures peuvent posséder cet aspect métallique. Toutefois mineurs et métallurgistes saxons prétendaient la reconnaître au premier coup d'œil, grâce à leur expérience du métier incluant la connaissance du gîte d'extraction ou la conduite de la réduction en bismuth métal.. bismutinite csiklovaite (parfois aussi le plus souvent mélange minéral, lire infra)
Propriétés physique et chimiques La bismuthine opaque, à éclat métallique est tendre, lourde de densité supérieur à 6 et inférieur à 6,8, elle est parfaitement clivable, en particulier souvent à l'ongle d'un doigt. Pour les structures en aiguilles ou en pointes aciculaires, le clivage est parallèle à l'axe d'allongement des aiguilles.
Sa couleur gris de plomb est plus claire que la stibine. L'oxydation à l'air lui a confère des teintes irisées. La bismuthinite s'oxyde le plus souvent en bismuthite.
Elle fond à la bougie comme la stibine. Chauffée, elle forme des globules sphériques. Elle ne devient pas liquide, mais se volatilise complètement lors de la fusion.
Elle est soluble dans l'acide nitrique à chaud. La floculation en soufre au degré d'oxydation 0 se remarque, et il se forme le sous-nitrate de bismuth.
Cristallographie
Les cristaux minces et allongés, rarement prismatiques, sont flexibles, mais non élastiques et parfaitement sectilesIl existe assez souvent des cristaux plus ou moins tordus ou biscornus, ou entièrement mal formés.. Le clivage est net. Paramètres de la maille conventionnelle : a = 11.13, b = 11.27, c = 3.97, Z = 4 ; V = 497.98 Densité calculée = 6,86
Cristallochimie Elle forme une série avec l’aïkinite (PbCuBiS3), d'une part et avec la stibine d'autre part.
Dans la classification de Dana, la bismuthine fait partie du groupe de la stibine qui comporte : la stibine , l'antimonsélite , la bismuthinite , la guanajuatite .
Ces quatre minéraux de formules chimiques semblables présentent des symétries cristallines identiquesLa stibnite isomorphe qui lui ressemble malgré sa couleur foncée et ses cristaux de conformation tabulaire épaisse ou bien plus robuste, n'est pas forcément commune dans les gîtes de la bismuthite..
Dans la classification de Strunz, le groupe de la stibine ou stibnite élargie comporte par ordre : l'antimonsélite la bismuthinite la guanajuatite la métastibine ou métastibnite Sb2S3, amorphe la stibine ou stibnite
La bismuthinite peut former des solutions solides avec la stibine.
Gîtologie Il s'agit d'un minéral typique des veines hydrothermales à moyenne ou haute température. Il est également présent dans les pegmatites granitiques, par exemple au Canada et au Mexique, où elle peut être associée à la tourmaline dans les filons recelant du cuivre.
Il se trouve aussi dans les rejets et dépôts laissés par des fumées et gaz volcaniques récents.
Elle est associée, dans les veines hydrothermales, au bismuth natif et aux divers dérivés du bismuth, de l'antimoine ou de l'arsenic, aux divers minéraux comprenant les éléments argent, étain ou cobalt, cuivre, plomb et fer. En ce qui concerne l'étain, l'ancienne collection de Robert W. Whitmore sur les anciennes mines de Cornouailles dévoilait des échantillons, à première vue d'apparence banale avec la plupart des facettes quelconques ou grossièrement quartzeuses, mais avec une facette surprenante montant une insertion de bismuthinite en constellation d'aiguilles, de tiges ou de lamelles étroites cristallines.
Elle est ainsi souvent associée à l'hématite et à la sidérite, à l'aïkinite, à l'arsénopyrite, à la stannite, à la galène, à la pyrite, à la chalcopyrite, à la wolframite, à la cassitérite, à la fluorine, au quartz et à la calcite.
Par sa dégradation, elle est associée à la bismutite et à la bismite.
Variétés et mélanges 3 variétés reconnues bismuthinite antimonifère - Mines de Vena, Hammar, Åmmeberg, Askersund, Närke, Suède bismuthinite argentifère - Huangsha W-(Cu) deposit, Yudu., Ganzhou, Jiangxi, Chine Wu, C.Y., Bai, G., and Xu, L.M. (2006): Types and distribution of silver ore deposits in China. Mineralium Deposita 28(4), 223-239. horobetsuite - Mine d'Horobetsu, Iburi, Hokkaido, Japon (plusieurs occurrences mondiales de cette variété contenant de l'antimoine)Hayase, K. (1955) Mineral. Journ. 1: 189-197..
3 mélanges connus cheleutite (Synonyme : kerstenite ou kersténite (Haidinger)) qui est un mélange de bismuthinite et de smaltite. csiklovaïte qui désigne en fait un mélange de tétradymite, bismuthinite, et galenobismutite, déclassée du rang d'espèce en 1991 par l'IMA. dognacskaïte ou dognacskite décrite par Jòzsef Krenner en 1884; en référence à la localité hongroise de Dognàcska. Espèce déclassée comme mélange de bismuthinite et de chalcocite.
Gisements remarquables En France Mine de Montredon-Labessonnie, Tarn, Midi-Pyrénées Werner, A.B.T., Sinclair, W.D., and Amey, E.B. (1998): US Geological Survey Circular 930-O. Mine, de Prats de Mollo-La Preste -Pyrénées-Orientales, Languedoc-Roussillon C.R. Acad. Sciences Paris, Série II, 1988, 307(10), 1231-1236 Mine de Montbelleux, Luitré, Ille-et-Vilaine . ancienne mine de Meymac, Corrèze
Dans le monde Allemagne Schneeberg, Altenberg ou Johann-Georgenstadt, Saxe Australie mine du Mont Biggenden, Queensland thumb|right|Bismuthinite lamellaire (2,9 x 1,9 x 1,5 cm), mine San Baldomera, La Paz, Bolivie Bolivie Cerro Rico, Potosí, département de Potosí Huaina ou Huanuni (grands cristaux), districts de Llallagua, Tasna ou Tazna, Chorolque, département de Potosí ancienne mine San Baldomero, Sorata, Province de Larecaja, Département de La Paz Canada Jonquière, Québec mine Jersey, district de Salmo, Colombie britannique Chine Mine de Shangbao, district de Leiyang, préfecture d'Hengyang ou Yaogangxian Tungsten Mine, district de Yizhang, Province du Hunan États-Unis (beaux cristaux) Californie Colorado Dakota du Sud mine Victoria, district Dolly Varden, comté d'Elko ; dans les mines du district aurifères du comté Esmeralda, Nevada Holts Ledge, Lyme, état du New Hampshireaperçu des spécimens collectés par Tom Mortimer Marysvale, Piute County, Utah Grande-Bretagne anciennes mines d'étain, par exemple Fowey Consol's mine, Tywardreath, Saint Austell district, Cornouailles, Angleterre thumb|Aiguilles de bismuthinite jusqu'à 7 mm noyées dans du quartz, anciennes mines de Cornouailles. Brandy Gill dans les Caldbeck Fells, Cumberland (bismuthinite piégée dans les quartz blancs avec molybdénite et apatite) Grèce mine de l'île Serifos, archipel des Cyclades Hongrie Rezbanya Italie île d'Elbe Mine de Brosso et Cálea, Lessolo/Brosso, pays Canavais, province de Turin, Piémont Sardaigne Japon Mexique Guanajuato Madagascar Fefena Ampangabe Norvège Carrière de Landsverk 3 (avec la thortveitite), Evje og Hornnes, comté d'Aust-Agder (Agder oriental) Pérou Cerro de Pasco République tchèque Horní Slavkov (Schlaggenwald), Région de Karlovy Vary, Bohême Roumanie Moravicza and Baita (Rezbanya) Suède Riddarhyttan ou Riddarhytta, Västmanland Ädelfors, Jönköpings län Tchéquie Joachimsthal
Utilité Il s'agit du principal minerai direct du métal ou corps simple bismuth, mais elle est en pratique assez peu utilisée mise à part en Amérique du Sud.
Elle peut être assez recherchée par les collectionneurs en minéralogie. Le quartz rose à bismuthinite, taillés en cabochon, sont appréciés en joaillerie. Cette silice qui contient des inclusions de bismuthinite, le plus souvent rectilignes, peuvent provenir de Madagascar.
Notes et références
Bibliographie K. Bent et H. Nielsen, "Experimental S isotope fractionation studies between coexisting bismuthinite (Bi2S3) and sulfur (S°)", Earth and Planetary Science Letters, Volume 59, Issue 1, June 1982, pp 18-20 Zhan-fang Cao, Ming-ming Wang, Hong Zhong, Na Chen, Liu-yin Xia, Fan Fan, Guang-yi Liu, Shuai Wang, "Purification of bismuthinite concentrate by selective electro-oxidation of molybdenite", Hydrometallurgy, Volume 154, April 2015, pp95–101. . Alfred Lacroix, Minéralogie de la France et de ses anciens territoires d'Outremer, description physique et chimique des minéraux, étude des conditions géologiques et de leurs gisements, 6 volumes, Librairie du Muséum, Paris, 1977, réédition de l'ouvrage initié à Paris en 1892 en un premier tome. En particulier, pour la bismuthinite décrit dans le second volume, et suivantes, dans le quatrième volume, . Virgil W. Lueth, Philip C. Goodell et Nicholas E. Pingitore, "Encoding the evolution of ore system in bismuthinite-stibnite compositions; Julcani, Peru", Economic Geology, volume 85 n°7, pp 1462-1472, premier . Annibale Montana, R, Crespi, G. Liborio, Minéraux et roches, éditions Fernand Nathan, Paris, 1981, 608 pages. § 16. Henri-Jean Schubnel, avec Jean-François Pollin, Jacques Skrok, Larousse des Minéraux, sous la coordination de Gérard Germain, Éditions Larousse, Paris, 1981, 364 . Entrée "bismuthinite" . Roland Perrot, Guy Roger, "sulfures et sulfosels naturels", Encyclopædia Universalis, 2001
Voir aussi
Articles connexes bismuth natif Bismuthite stibine Sulfures (minéraux)
Liens externes Données Webmineral La bismuthinite sur le Mineral Handbook Bismuthinite, données minérales Mindat avec esquisse de répartition géographique Quelques échantillons avec présentation sommaire Bismuthinit sur le Mineralatlaslexikon Bismuthinite au Smithsonian [www.minsocam.org/ammin/AM23/AM23_790.pdf]
Catégorie:Sulfure (minéral) Catégorie:Bismuth (minéral) Catégorie:Minéral orthorhombique