Le Sundgau (prononcer ou ) est une région naturelle française de l’Alsace. Il se situe dans le sud du Haut-Rhin et est parfois désigné par l’appellation de Sud-Alsace. Le nom Sundgau vient de l’alémanique et signifie « territoire du sud » (Sund ou Süd « sud », et Gau « territoire ») expliquant l'écriture en vieux français Sundgow.

Son chef-lieu est Altkirch. Les principales communes de ce territoire sont Dannemarie, Hirsingue et Ferrette, toutes trois anciens chefs-lieux de canton. Ces trois anciens cantons et celui d'Altkirch composent l’arrondissement d'Altkirch, qui forme une partie du Sundgau géographique et correspond presque exactement au Pays du Sundgau, au sens de la loi Voynet qui met en place un pays comme un territoire de projets.

Le Sundgau est bordé par la Suisse au sud, le Territoire de Belfort à l’ouest, les Vallées de la Thur et Doller au nord et la vallée du Rhin à l’est. Le Sundgau est proche de plusieurs agglomérations comme Mulhouse, Bâle, Thann-Cernay et Belfort-Montbéliard.

Géographie Le Sundgau est une zone de collines développée dans un compartiment tectonique qui a relativement résisté à l’affaissement du Fossé rhénan. Il s’agit par conséquent d’une zone d’incision dans les roches à dominante marneuse de l’Oligocène ; les branches principales du réseau hydrographique, dense, sont constituées par les cours de l’Ill et de la Largue (qui se jette dans l'Ill à la hauteur d'Illfurth), en fonction desquels s’organise le relief. Les altitudes des interfluves s’abaissent du sud au nord, de aux pieds des chaînons du Jura à au sud de Mulhouse. Dans le sens est-ouest, les altitudes les plus élevées se trouvent paradoxalement à l’est, au sud de Folgensbourg, loin des Vosges, sur l’interfluve des réseaux de l’Ill et du Rhin, alors qu’au pied des Vosges elles culminent à 400–450 m. On adjoindra au Sundgau géographique la vallée du Rhin entre Bâle et Mulhouse.

Ainsi, on peut y distinguer les unités naturelles suivantes : le Sundgau méridional, septentrional, du pied des Vosges, ainsi que la vallée sundgauvienne du Rhin.

Le Sundgau méridional Il se présente comme un plateau où des interfluves aplatis séparent les éléments d’un réseau dense de vallées hiérarchisées. Les branches les plus importantes sont drainées et présentent un fond plat large, alors que les ramifications secondaires ont généralement une forme en baquet et ne sont pas drainées aujourd’hui, ou alors artificiellement. Tous ces caractères sont hérités des périodes froides, surtout de la dernière période glaciaire. Ce n’est qu’à l’abord de la plaine du Rhin que les vallons deviennent plus vigoureux, présentant parfois des mini gorges.

Le Sundgau méridional partage ces caractéristiques morphologiques avec la plupart des plateaux marneux d’Alsace ; son individualité provient des types de formations superficielles. D’une part, les interfluves sont souvent couronnés par des dépôts alluviaux d’origine alpine du début du Quaternaire, trace d’un épisode d’écoulement de l’Aar vers la Bresse ; seuls les composants siliceux subsistent. De l’autre, des dépôts limoneux, issus de lœss altérés, décalcifiés et compactés, sont sans doute issus du début du Quaternaire. Ils occupent une grande partie des hauts de versants et des interfluves, couronnant souvent les dépôts alluviaux.

Il en résulte des sols à tendance acide, lessivés, à conductivité hydraulique faible, peu favorables aux cultures, qui caractérisent aussi les bas de versants occupés par des dépôts de solifluxion mélangeant marnes et matériel remanié issu des lœss altérés et des cailloutis.

La présence de lœss, limon très fertile, a favorisé une agriculture polyvalente, selon un plan parcellaire en ruban. Les plus grandes productions issues de cette agriculture sont le maïs, le blé, le colza...

Le fond des vallons a été aménagé en étangs par des moines pour l'élevage de carpes à l'époque médiévale. Il y a beaucoup d’étangs dans la vallée de la Largue, ainsi que dans la vallée de la Suarcine, dans le Territoire de Belfort.

Le Benkenspitz suisse forme une pointe en direction de l'Alsace.

Le Sundgau septentrional Au nord d’une ligne Altkirch-Waltenheim, le Sundgau septentrional présente des caractéristiques morphologiques analogues à celles du Sundgau méridional, mais les nappes alluviales sommitales sont absentes, et la couverture lœssique, qui peut atteindre d’épaisseur, est du Quaternaire supérieur, donc, sous son faciès classique, calcaire et moyennement poreux. Les sols sont en conséquence plus basiques et plus favorables aux cultures, tant sur les lœss couvrant interfluves et versants exposés à l’est et au nord que sur les marnes portant des dépôts de solifluxion souvent épais.

Le Sundgau du pied des Vosges À l’est d’une ligne Heimsbrunn – Spechbach-le-Bas puis du cours de la Largue, le Sundgau du pied des Vosges constitue en fait un piémont vosgien. Le soubassement est toujours constitué de marnes oligocènes, la densité des vallées et les caractéristiques sont analogues à celles du reste du Sundgau, la couverture lœssique est présente. Mais les différences sont notables : il s’agit dans l’ensemble d’un plan incliné du nord-ouest au sud-est depuis les Vosges vers la Largue, selon une pente moyenne de 0,5°, les branches principales du réseau hydrographique étant parallèles et orientées dans le même sens ; des nappes alluviales, cette fois d’origine vosgienne, coiffent les interfluves. La nature des sols est localement très variable, selon que ses caractères sont commandés par les cailloutis (ils sont alors acides), ou par les lœss et marnes, plus basiques.

La Vallée sundgauvienne du Rhin Elle s’étend au pied du coteau, haut d’une cinquantaine de mètres, qui limite à l’est le plateau du Sundgau et qui correspond selon toute vraisemblance à un escarpement de faille relativement récent. D’ouest en est se succèdent : la nappe alluviale de la dernière période glaciaire, laquelle au nord s’épanouira dans la Forêt de la Hardt (située près du Rhin). Ce milieu est très poreux d’où une assez forte sécheresse édaphique. Les petites rivières descendant le coteau s’infiltrent après 2 ou de cours sans rejoindre le Rhin ; des niveaux d’entaille successifs dans cette nappe alluviale correspondant à divers stades d’entaille du Rhin après la dernière période glaciaire. Les cailloutis y sont souvent recouverts de limons d’inondation et la nappe phréatique est plus proche, d’où un milieu plus favorable aux cultures ; le lit d’inondation naturel du Rhin, avant sa correction, milieu humide caractérisé par un lacis de chenaux morts.

Le Jura alsacien

Les géographes et géologues distinguent souvent l’entité géographique du Jura alsacien du reste du Sundgau, du fait de la grande différence morphologique de ces deux unités naturelles du Fossé rhénan. Néanmoins, il convient d’étudier dans cet article le Jura alsacien, terme souvent associé à l’entité culturelle du Sundgau.

La frontière de l’Alsace avec la Suisse ne repose sur aucun fondement d’ordre naturel. La virgation septentrionale de la chaîne de plissement du Jura échancre ainsi l’Alsace du Sud. Elle est caractérisée par une série de chaînons allongés dans le sens ouest-est, de roche calcaire, que déparent des dépressions taillées dans les marnes ; des cours d’eau, tels la Largue ou l’Ill, qui prennent dans ces montagnes la source, rejoignent le Fossé rhénan par un tracé zigzaguant ; Ils suivent pour l’essentiel de leur tracé les dépressions marneuses mais gagnent le nord en passant de l’une à l’autre par des gorges entaillées à travers les chaînons. Qui dit calcaire, dit phénomènes de dissolution de la roche et engloutissement des eaux, et c’est dans le Jura que l’on trouve les seuls phénomènes karstiques (grottes, résurgences de rivières souterraines et analogues) en Alsace. Les abris sous roche du Männlefelsen, à Oberlarg, dont l’un est célèbre pour les gisements préhistoriques qu’il contient, en sont un exemple. Il s’agit en somme là des traits de paysage caractéristique d’une bonne partie du Jura appelé le « Jura plissé ».

Histoire Préhistoire et Protohistoire Les premiers hommes s’implantent dans le Sundgau dès Les fouilles ont révélé des vestiges des périodes paléolithique et néolithiqueLa Civilisation du néolithique en Haute-Alsace, Abbé André Glory, 1942. Une publication de l'Institut des hautes études alsaciennes de l'université de Strasbourg. L’âge du bronze correspond à des migrations de populations qui incinéraient leurs morts. L’âge du fer est le mieux connu avec l'éperon barré du Britzgyberg à Illfurth, une résidence princière fortifiée qui contrôlait l'accès à la trouée de Belfort à la période hallstatienne.

Antiquité Au , les Séquanes, qui ont pour centre Besançon, s’implantent dans le Sundgau. À partir de 70 , ils sont en conflit permanent avec leurs voisins, les Éduens, et font appel à des mercenaires germains conduits par Arioviste. À l'issue du conflit, les Germains finissent par s’installer dans la région, et les Séquanes, pour les chasser, font appel aux Romains. Jules César bat Arioviste en 58 près de Cernay, et commence une longue période de domination romaine. Un réseau de routes très dense se met en place.

Le Moyen Âge thumb|L'Alsace et le Sundgau (écrit ici Suntgowe) vers l'an mil. La domination romaine prend brusquement fin au début du , lorsque les Alamans franchissent le Rhin. Ceux-ci occupent alors le Sundgau, suivis par les Francs après la victoire de Tolbiac en 496. Le Sundgau est englobé dans le royaume d’Austrasie et fait partie du duché d’Alsace. Le nom « Sundgau » provient ainsi de cette période, où l’Alsace est séparée en deux entités administratives, la Basse-Alsace appelée comté du Nordgau, et la Haute-Alsace appelée comté du Sundgau. La frontière entre les deux territoires correspond approximativement à celle des actuels départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.

Le christianisme est introduit dans le Sundgau sous les Mérovingiens.

Aux et s le Sundgau est administré par la famille des Liutfried. Après le partage de l’Empire de Charlemagne, la région connaît une période instable ; c’est le début de la féodalité.En 1125, Frédéric, fils de Thierry de Montbéliard, hérite du sud de l’Alsace et devient comte de Ferrette. Ainsi, de 1125 à 1324, le Sundgau est administré par les comtes de Ferrette. Ulrich III (1310-1324) conquiert la vallée de Saint-Amarin, mais meurt sans descendant mâle. Sa fille Jeanne épouse Albert II le Sage de Habsbourg et le Sundgau devient ainsi autrichien.

« Les pays antérieurs autrichiens » (Autriche antérieure) Jeanne de Ferrette mariée à Albert II de Habsbourg, la région devient ainsi les « Pays antérieurs autrichiens (Autriche antérieure) », administrés depuis Ensisheim par un grand bailli, et divisés en quatre bailliages (Landser, Thann, Altkirch et Ferrette).

La Réforme n'affecte pas le Sundgau, et ce malgré la proximité de Bâle et Mulhouse. Le pays reste fidèle à la religion des Habsbourg, le catholicisme. Le début du est marqué par la guerre des Paysans ou Rustauds qui veulent conserver le « vieux droit » transmis oralement et n'acceptent pas le droit romain que les seigneurs souhaitent introduire. La noblesse en sort affaiblie, la communauté villageoise se trouve au sommet de sa force. Aussi, de nombreuses maisons Renaissance datent de cette époque (Lutter, Obermorschwiller, hôtel de ville de Ferrette...)

La fin de ce est en revanche marquée par la grande chasse aux sorcières qui, du début du quinzième siècle au début du dix-huitième, fit périr sur le bûcher des milliers de femmes accusées de sorcellerie. Un exemple fameux eut lieu dans le Sundgau : le procès d’Annele Balthasar de Willer, en 1589 à Altkirch, a fait l'objet d'une adaptation poétique par le poète alsacien Nathan Katz, Annele Balthasar.

Église Jusqu'à la révolution française la Haute-Alsace et le Sundgau relevaient spirituellement de l'Évêché de Bâle, et de son Prince-Évêque dont la résidence était au château de Porrentruy.