AgoraVox est un site web de journalisme citoyen alimenté par des rédacteurs volontaires et non professionnels, créé par Carlo Revelli avec le soutien de Joël de Rosnay en , et proposant des articles à rédacteurs uniques ou multiples, dont la fiabilité est régulièrement mise en cause.

Conspiracy Watch, StreetPress et d'autres critiques ont relevé que le site hébergeait ou avait hébergé certains articles et tribunes reflétant diverses théories du complotAgoravox : Vie et mort d'un site de journalisme-citoyen à la française - Robin D'Angelo, StreetPress, 3 juillet 2012., le site est également connu pour diffuser de la désinformation pro-Kremlin.

Histoire vignette|droite|Tristan Mendès France et Quitterie Delmas lors des premières rencontres du pouvoir organisé par AgoraVox à « L'Usine », à Saint-Denis le 24 mars 2007. AgoraVox est un site web de journalisme citoyen...... alimenté par des rédacteurs volontaires et non professionnels, créé par Carlo Revelli avec le soutien de Joël de Rosnay en ..

En 2006, Joël de Rosnay et Carlo Revelli collaborent à l'ouvrage La Révolte du Pronétariat (Fayard), où ils décrivent la transition des « mass média aux médias des masses », l'essor du journalisme citoyen, la notion de « pronétaire », ainsi que l'expérience d'AgoraVox..

Carlo Revelli annonce la création de la Fondation AgoraVox. sur le site même du journal, avec l'objectif affiché de « préserver son indépendance éditoriale ». Cette fondation, dont le siège se situe en Belgique, est créée le et reconnue d'utilité publique par le ministre de la Justice belge, en devenant ainsi le premier média à obtenir cette reconnaissancePatrick Eveno, La Presse, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », n° 414, 2016, lire en ligne.. Par ailleurs, selon l'ancienne journaliste Florence Vielcanet, AgoraVox est le seul site d'information à avoir repoussé l'offre d'aide des pouvoirs publics. De même, Julia Cagé, professeur d'économie à l'Institut d'études politiques de Paris, propose, en évoquant le cas de la Fondation AgoraVox, un nouveau modèle pour organiser les médias, la « société de média à but non lucratif » (ou « fondaction »), intermédiaire entre la fondation et la société par actions classique.

Joël de Rosnay n'est désormais plus impliqué activement dans le projetInterrogé en 2012 sur l'évolution du site, il répond : « Moi j'ai créé ça en 2005, c'est trop loin. Allez, merci beaucoup et au revoir. » Robin D'Angelo, « AgoraVox : le déclin d'un site de journalisme-citoyen à la française » sur rue89.nouvelobs.com, 4 juillet 2012. , même s'il continue à évoquer son expérience dans ses articles..

AgoraVox s'inscrit dans la lignée des journaux participatifs avec un contenu généré par les utilisateurs comme L'Écho du village (1998), Indymedia (1999) ou OhmyNews (2000). Selon le Reuters Institute for the Study of Journalism de l'université d'Oxford, Nicola Bruno et Rasmus Kleis Nielsen, Survival is Success : Journalistic Online Start-Ups in Western Europe, Reuters Institute for the Study of Journalism, université d'Oxford, avril 2012, 108 pages ..

En , près de étaient inscrits en tant que rédacteurs sur la version francophoneAlban Martin, Et toi tu télécharges ? Industries du divertissement et des médias à l'ère du numérique, Londres, Pearson, 2010, chap. 3, à lire en ligne : « Quatre ans après [en 2009], les statistiques d'AgoraVox sont encore plus impressionnantes : inscrits, dont sont modérateurs, et 1,3 million de commentaires pour . ». Ils sont en . À cette date, le site compte plus de volontaires contre en 2009. Une version italienne du site a été lancée à la fin de l'année 2008, ainsi que la version vidéo AgoraVox.tv. Plusieurs déclinaisons, désormais gérées indépendamment de la Fondation AgoraVox, ont également vu le jour au fil des années (EducaVox, NaturaVox, SportVox, CareVox, Orserie).

Selon la plate-forme américaine Similarweb, AgoraVox recevait 2,3 millions de visites par mois en 2017..

Politique éditoriale Le fonctionnement du site, ainsi que sa politique éditoriale, sont étudiés entre 2006 et 2017 dans le cadre de nombreux projets de recherche universitairesVoir par ex. : Lionel Barbe, « Les médias participatifs : des modèles éditoriaux émergents sur Internet. Les exemples d'Agoravox et de la Wikipédia francophone », CNRS, 2006 ; Eric Laugier, « AgoraVox et le journalisme citoyen », université de Nice, 2008 ; Aurélie Aubert, « Le paradoxe du journalisme participatif », Terrains & travaux 1/ 2009 (n° 15), p. 171-190 ; Patrice Bégin, « Journalisme et société : pratiques et discours du journalisme citoyen », UQAM, 2014., même internationauxVoir par ex. : Catarina Rodrigues, « Jornalismo participativo : tecnologia, comunicação e o papel do jornalista », Universidade da Beira Interio, Doutoramento em Ciências da Comunicação, 2013 ; Fabiano Moscatelli, « Nuove forme di giornalismo e crisi dei quotidiani nell'epoca del web 2.0 », Tesi di Laurea in Teoria e tecniche del linguaggio giornalistico, LUISS Guido Carli, 2014 ; Riccardo Matarazzi, « Il futuro dell'informazione tra giornalismo tradizionale e citizen journalism », Tesi di Laurea in Teoria e tecniche del linguaggio giornalistico, LUISS Guido Carli, 2014., ainsi que dans des ouvrages de vulgarisation françaisVoir par ex. : Aurélie Aubert, « Internet a-t-il permis une couverture alternative de la campagne électorale ? La couverture des présidentielles par des journalistes amateurs et citoyens : le cas d'AgoraVox », in Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Médias et élections, la campagne présidentielle de 2007 et sa réception, Paris, INA/L'Harmattan, 2011, p. 177-194 ; Guillaume Cazeaux, « Internet et la formation du citoyen », in Gilles Rouet (dir.), Usages politiques des nouveaux médias, Paris, L'Harmattan, coll. « Local & Global », 2012, p. 47-66 ; Julie Denouël, Fabien Granjon, Aurélie Aubert, Médias numériques et participation. Entre engagement citoyen et production de soi, Paris, Éditions Mare & Martin, coll. « Mediacritic », 2014 (extrait à écouter en ligne). et étrangersVoir par ex. : Karol Jakubowicz, Media Revolution in Europe : Ahead of the Curve, Strasbourg, Council of Europe Publishing, 2011 ; Michał Głowacki et Lizzie Jackson, Public Media Management for the Twenty-First Century : Creativity, Innovation, New York, Routledge, 2014 ; André Holanda, Estratégias De Abertura : o jornalismo de fonte aberta dos casos Indymedia, CMI, Slashdot, Agoravox, Wikinotícias e Wikinews, Clube de Autores, 2016 (première édition 2007), à lire en ligne..

Études d'AgoraVox comme média de type journalisme citoyen participatif Selon Olivier Tredan, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication, étudiant le site AgoraVox : « Le « journalisme citoyen » est une pratique ambiguë qui se diffuse comme une traînée de poudre parmi une frange d’internautes particulièrement actifs. L’affaiblissement des frontières traditionnelles entre sources, médias et public réactive l’imaginaire d’une communication désintermédiée, dans laquelle les contenus rédactionnels circuleraient hors des circuits traditionnels ». Fondé sur le modèle du site sud-coréen OhmyNews , la juxtaposition des attributs de « citoyens » et de « reporters » remet en cause l’expertise du reporter. Ainsi, selon l'auteur : « le développement des blogs s’insère dans un imaginaire social, celui d’une double critique anti-hégémonique (refus de la monopolisation de la production de l’information par les médias de masse) et expressiviste (souci de libéralisation de la parole profane dans l’espace public) ».

D'après un rapport en 2007 de l'Organisation de coopération et de développement économiques « sur une base volontaire, les utilisateurs soumettent des informations et des nouvelles des articles. Le contenu soumis est modéré par le petit personnel d'AgoraVox et bénévoles. Les lecteurs ont également des commentaires sur la fiabilité des informations. Malgré son faible coût modèle, AgoraVox vise à générer des revenus grâce à la publicité en ligne à proximité avenir. Des sites de journalisme citoyen similaires tels que OhmyNews en Corée rémunèrent leurs écrivains».

D'après Nicolas Pélissier, professeur des universités en sciences de l’Information et de la communication, AgoraVox donne la primeur à la citoyenneté. Les couleurs choisies (bleu, blanc, rouge) envoient aux notions de patrie et d’appartenance, le site s’inscrivant dans un mouvement contestataire à l’encontre des médias traditionnels et des leaders politiques dominants. Les auteurs relèvent le manque d’hétérogénéité socioprofessionnelle du journalisme participatif citoyen, le poids des catégories de niveau supérieur apparaît prépondérant. Ainsi, « La liberté d’expression populaire n’est que théorique, le peuple invoqué relevant davantage des élites intellectuelles et technologiques que des catégories sociales les moins favorisées».

Pour Henri Pigeat, journaliste et universitaire français, parallèlement sont apparus des sites, dits de «journalisme citoyen, sur lesquels chacun peut dire ce qu'il voit, comme AgoraVox. Souvent plus citoyens que journalistes, ceux-ci jouent d'abord le rôle social d'un café du commerce».

Ainsi, selon Séverine Quéro, participant au CLEMI, formant des enseignants en éducation aux médias et à l'information, AgoraVox mise sur le citoyen reporter en lui offrant une plate-forme de libre expression pour faciliter la diffusion d’ informations inédites. «Toute la difficulté consiste donc à pouvoir distinguer, parmi cette surabondance d’offres, les informations fiables, fausses, mises en ligne en dehors de tout cadre déontologique, à repérer, sans processus éditorial, sans aide d’experts, la qualité du contenu».

Pour Destiny Tchehouali, professeur au département de communication sociale et publique, étudiant AgoraVox comme site de journalisme citoyen à modèle éditorialiste, «le journaliste professionnel garde sa crédibilité du fait des exigences déontologiques de sa profession recherchant l’information crédible. Et il ne suffirait pas d’être la source d’une information pour prétendre au statut du journaliste, sans quoi, tous les auteurs d’auto-publication sur les blogs peuvent s’autoproclamer en toute légitimité « journalistes » ».

Dominique Cardon et Fabien Granjon, sociologues français reprenant AgoraVox comme type de journalisme citoyen, relèvent que « ces nouveaux formats se nourrissent aussi d'un certain affaiblissement entre la frontière entre information et divertissement et d'une personnalisation des événements publics. Ils rencontrent aussi les intérêts de la presse people et tendent à renforcer une certaine proximité entre la sphère de l'information et celle de la culture de masse ».