L'abbaye de Saint-Pierre en Ardenne ou abbaye de Saint-Hubert est une abbaye ayant existé entre 687 et 1797.

Elle est située à Saint-Hubert, en Belgique. Elle devint bénédictine en 817. Elle abritait les reliques de saint Hubert depuis l'an 825.

Alors que l'abbaye prenait son essor, un bourg s'est développé progressivement à ses côtés. Elle connut un grand rayonnement religieux, culturel et artistique. Sa prospérité et son influence attisèrent les convoitises. Au cours des siècles, la France, les Pays-Bas, Le Pays de Liège et le Duché de Luxembourg, tentèrent de contraindre l'abbé de Saint-Hubert à leurs vues et leurs exigences. Dévastée à plusieurs reprises au cours des siècles, l'abbaye fut toujours reconstruite.

Elle fut supprimée par les révolutionnaires français. Ces derniers la mirent sous séquestre en 1795 et en expulsèrent les religieux en 1797.

L'essentiel de ses bâtiments, reconstruits pour la plupart entre le (église) et le (quartier abbatial), subsistent à la fin du .

Origine légendaire La légende raconte que Plectrude, épouse de Pépin de Herstal, lors d’une visite dans son domaine d'Ambra en Ardenne, s’arrêta auprès d’un ruisseau, l’Andaïna, à quelques pas des ruines de l'ancien château d'Ambra pour s’y reposer.

Après un très fort coup de vent qui trouble bêtes et gens, un billet écrit et cousu de fil d'or tombe à ses pieds. Très émue, elle rassemble ses gens et s'empresse de regagner Herstal où elle fait aussitôt part des évènements à son mari.

Pépin II montre le parchemin à son aumônier, Bérégise, ancien moine de l'abbaye de Saint-Trond détaché auprès de la Cour, et lui demande le sens du texte.

Le futur saint y voit un message et une volonté du ciel : Dieu lui-même a choisi l’endroit, « où beaucoup d'âmes passeront de la terre au ciel », pour que des hommes pieux y œuvrent à l'évangélisation.

Pépin accorde une charte de fondation et une première dotation, et charge son aumônier d’y fonder une communauté religieuseLa légende nous vient d'une Vita Beregisi Andaginensis écrite par un moine de Saint-Hubert vers 937, vraisemblablement par l'abbé Frédéric lui-même, constructeur des premières fortifications : 9 tours et un mur de près d'un kilomètre. C'est-à-dire près de deux siècles après la mort de Bérégise : le merveilleux y prend une grande place. Cette 'vie' fut publiée dans les Acta Sanctorum, Mois d’octobre, Vol.1..

Géographie L'ancienne abbaye de Saint-Hubert est située à Saint-Hubert, en Belgique, dans la province de Luxembourg.

Histoire : fondation Vers l'an 687, un groupe de clercs réguliers conduit par Bérégise, qui sera leur supérieur pendant près d'un quart de siècle, s'établit à Andage (ou Andain) — auprès d'un ruisseau, l'Andaïna, et des ruines des bâtiments gallo-romains d'Ambra détruits à la fin du — à l'initiative de Pépin de Herstal et de son épouse PlectrudeÉmile Poumon, Abbaye de Belgique, Office de publicité, S.A, éditeurs, Bruxelles, 1954, ..

Cette nouvelle fondation reçoit d'importantes possessions au cœur du fisc royal d'Ambra.

Le Cantatorium. rapporte que Bérégise, lors de son installation, aurait relevé de ses ruines une première église dédiée à saint Pierre qui avait existé au sein du château d'Ambra. Selon une Histoire de l'abbaye de Saint-Hubert rédigée au par le moine Romuald Hancar, cité par Mouzon, cette église primitive aurait été édifiée vers l'an 102 par saint Materne, évêque de Tongres.

: stagnation et même déclin Un siècle après la fondation par Bérégise, malgré des débuts prometteurs, l’abbaye semble végéter ou même être déjà en déclin.

: renaissance sous la protection de saint Hubert Vers 815 une délégation de clercs se rend auprès de l’évêque de Liège, Walcaud, pour lui demander son aide. Après décision du Concile d'Aix-la-Chapelle de 817, Walcaud organise l'échange entre les religieux d'Ambra ou Andage (ou Andain), qui viendront reprendre la collégiale Saint-Pierre de Liège, ancienne abbaye fondée par saint Hubert lui-même, et les moines bénédictins, qui quitteront cette même abbaye pour Ambra où ils établiront l'abbaye bénédictine de Saint-Pierre en Ardenne afin d'y vivre suivant la règle bénédictine et d’œuvrer au mieux à l'évangélisation de l'Ardenne. Leur installation se fait le . Cette nouvelle abbaye devient la succursale méridionale du diocèse, avec pèlerinages annuels de tous les fidèles au tombeau du saint rendus obligatoires dès ces années (croix banales). La refondation est achevée en 825 avec la translation à Ambra du corps de saint Hubert, premier évêque, fondateur et saint patron de Liège, lui qui fixa à cette ville sa destinée en y installant l'évêché. Dès le , saint Hubert est réputé être l’apôtre et le patron de l’Ardenne.

: de l'essor à la renommée L’abbaye prend alors son essor, porté également par le mouvement monastique du et l’enthousiasme des foules qui affluent en pèlerinage au tombeau de saint Hubert. Autour d'elle se crée une ville qui prend le nom de Saint-Hubert, éclipsant complètement les noms d’Ambra et d'Andage (ou Andain).

À partir du au moins les moines se font un nom en développant et dressant une race particulière de chiens de chasse à l’odorat singulièrement développé. Outre la chasse, les robustes et endurants chiens de Saint-Hubert"Bloodhound", ses capacités olfactives en font aujourd’hui un adjoint très apprécié de la police dans ses recherches de personnes disparues étaient utilisés pour la recherche de voyageurs perdus dans la forêt. Annuellement, l’abbaye en offrait trois paires avec 3 couples d'oiseaux de proie ou de parc au roi de France.

Au se développe la ‘légende de saint Hubert’ : le saint converti à la vue d’un cerf arborant une croix entre ses bois. Propagée par les chasseurs, cette légende, déjà assez répandue dans beaucoup de pays d'Occident, ajoute de nouvelles pages à l'hagiographie déjà riche d'Hubert, grand thaumaturge, guérisseur de la rage et de maladies nerveuses, patron des forestiers, bûcherons, tanneurs, bouchers…

: prospérité L’abbaye a un grand rayonnement religieux, culturel et artistique. Elle fonde au cours des siècles plusieurs prieurés : Saint-Pierre devant Bouillon, Saint-Michel de Mirwart, Saint-Brice de Sancy (Moselle), Saint-Michel de Cons-la-Grandville (Meurthe-et-Moselle), Saints-Jacques-et-Hubert de Moulins (Meuse), Saint-Sulpice de Prix (Ardennes), Saint-Thibault de Château-Porcien (Ardennes), Sainte-Marie d'Evergnicourt (Aisne) et plusieurs autres succursales ecclésiastiques comme la Converserie, Chauvency-Saint-Hubert… Elle hérite aussi de deux collèges de chanoines, Nassogne et Waha. L'abbé est ‘seigneur’ d’un territoire qui comprend un grand nombre de villages du pays d’Ardenne et bien au-delà. Il détient ainsi des droits féodaux comme propriétaire, suzerain, vassal, collateur, seigneur et même souverain dans plus de mille villages et hameaux d'Entre-Meuse-et-Rhin, jusqu'à Langres, Trèves-Coblence, Reims-Laon, Malines…

Si au spirituel l’abbaye relève du diocèse de Liège, au temporel, elle est relativement autonome et neutre. Sa prospérité et son influence attirent cependant les convoitises des souverains voisins, et elle doit notamment s’adjoindre la protection de certains d’entre eux, sous le format de l’avouerie, que ce soit le duché de Bouillon, qui dépend de la principauté de Liège, ou bien du duché de Luxembourg. L’abbé de Saint-Hubert participe en effet souvent aux États de Luxembourg, et est considéré comme partie du quartier de Neufchâteau, dans l’administration du duché. Son indépendance est pourtant reconnue encore par Charles Quint en 1522.

Au cours des siècles, le royaume de France, les Pays-Bas, la principauté de Liège ou encore le Duché de Luxembourg, tentent de s’allier à l’abbé de Saint-Hubert ou de le contraindre à leurs vues et exigences, se plaçant comme ses protecteurs. Ce dernier se cherche cependant un protecteur puissant, autre que son avoué à la solde de la maison de Luxembourg ou de la principauté de Liège, de l’influence desquels il voudrait se soustraire. Il le trouve en la personne du roi de France, et ce de Louis XI à Louis XV. Ainsi, en 1676, le duché de Bouillon s’émancipe de la principauté de Liège, avec l’aide de la France, ce qui libère l’abbaye de l’influence du prince-évêque.

Jacques Charneux et Bernard Wodon décrivent ainsi l'abbaye au temps de sa grande prospérité : Âme et pivot vital de l'Ardenne pendant plus d'un millénaire, l'abbaye bénédictine de Saint-Hubert - la plus considérable institution de la contrée - comptait parmi les plus illustres d'Europe occidentale. Sanctuaire vénéré et célèbre d'un culte de renom international, centre religieux et intellectuel, c'est aussi le noyau d'un domaine étendant ses possessions de la Champagne à la Hesbaye jusqu'à la Moselle. Enfin, siège d'une terre seigneuriale dont l'indépendance et la neutralité parfois contestées ont fait d'elle l'enjeu de convoitises, l'abbaye hubertine offre l'aspect d'une institution monastique mais aussi politiqueLe Patrimoine majeur de Wallonie, Namur, 1993, p. 394..

: suppression et vente Au , l'abbaye était riche et avait un revenu annuel de , en étant le centre intellectuel de l'Ardenne.

Le , l’armée française de la Moselle pénètre dans Saint-Hubert et la pille. Le dernier abbé, Nicolas Spirlet, se réfugie chez les frères mineurs capucins de Montjoie, où il meurt le .

Le , le séquestre est prononcé sur toutes les propriétés religieuses. À Saint-Hubert, cette mesure devient effective le (14 pluviôse an III). Le (8 nivôse an V), l’ordre de départ est donné aux moines de Saint-Hubert qui, expulsés une première fois le , avaient réintégré leur abbaye à une date inconnue. Le , les derniers occupants en sont chassés par la force.

La loi du (16 brumaire an V) ordonnant la vente des biens nationaux est appliquée à partir de Fonds des archives de Saint-Hubert, 18 bis, Archives de l’État à Saint-Hubert.. Le (2 prairial an V), on enlève les cloches, vendues à la compagnie Launoy, Melletier et Galle, au prix de cinquante francs le quintal. Le (19 vendémiaire an VI), l'abbaye est vendue aux enchères avec tous ses biens au sénateur français Jean-Barthélemy Le Couteulx de Canteleu, riche financier et armateur négrier rouennais. Le , il cède l'abbatiale à un certain Pierre Boignes. Église et bâtiments abbatiaux vont dès lors connaître des sorts distincts.

: sauvetage et fortunes diverses

L'église abbatiale Pierre Boignes, un marchand de métaux parisien, essaye de revendre l'église abbatiale au prix le plus intéressant, quitte à la faire démolir pour en récupérer les matériaux.

Des habitants de Saint-Hubert décident alors de tout tenter pour sauver ce monument menacé de destruction par son nouvel acquéreur. Mais leur volonté dépassant leurs ressources, ils étaient sur le point d'échouer lorsque Joseph Pisani de la Gaude, évêque de Namur prend les choses en mains. Désireux de sauver la plus belle église de son nouveau diocèse, il engage les fidèles à fournir les sommes nécessaires au rachat et fait appel aux évêques de Gand, d'Aix-la-Chapelle et le chapitre métropolitain de Malines qui ordonnent des collectes dans toutes les églises de leurs diocèses respectifs. Il s'adresse aussi à Jean Zaepffel, évêque de Liège, le . Le prélat prescrit des collectes dans son diocèse par décret du . On parvient ainsi à rassembler les sommes nécessaires pour acheter l'église et la remettre en état de servir au culte. Le diocèse de Liège figura donc pour une partie importante dans les sommes recueillies.