À la fin mai et au début de , au cours de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la campagne désignée sous le nom de bataille pour l'Australie, des sous-marins de la marine impériale japonaise ont mené une série d'attaques contre les villes de Sydney et de Newcastle en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Dans la nuit du au , trois sous-marins japonais de classe Ko-hyoteki, chacun avec deux membres d'équipage, entrèrent dans le port de Sydney, évitant partiellement le filet sous-marin en cours de construction à l'entrée du port et tentèrent de couler des navires de guerre alliés, britanniques, australiens, américains, néerlandais et indiens. Après avoir été détectés et attaqués, les équipages de deux sous-marins sabordèrent leurs sous-marin et se suicidèrent sans avoir pu toucher de navires alliés. Les sous-marins ont été ensuite récupérés par les Alliés. Le troisième sous-marin tenta de torpiller le croiseur lourd américain , mais au lieu de cela coula le ferry australien Kuttabul transformé en navire de guerre, tuant 21 marins. Le sort de ce sous-marin demeura un mystère jusqu'en 2006, lorsque des plongeurs amateurs découvrirent l'épave au large des plages du nord de Sydney.

Immédiatement après le raid, les cinq sous-marins japonais qui avaient amené les sous-marins de poche à proximité des côtes de l'Australie entreprirent une campagne visant à perturber les transports maritimes dans les eaux australiennes orientales. Au cours des mois qui suivirent, les sous-marins attaquèrent au moins sept navires marchands, coulant trois navires et tuant 50 marins. Pendant la même période, entre minuit et 2 h 30 heures du matin, le , deux de ces sous-marins bombardèrent les ports de Sydney et de Newcastle.

Les attaques des sous-marins de poche et les bombardements portuaires sont les exemples les plus connus de l'activité navale des forces de l'Axe dans les eaux australiennes pendant la Seconde Guerre mondiale et constituent la seule fois dans l'histoire où la ville a fait l'objet d'attaques. Les dégâts physiques furent minimes: les Japonais avaient l'intention de détruire plusieurs grands navires de guerre mais ils coulèrent seulement un navire non armé, causant un minimum de dégâts aux navires alliés et pas de dommages significatifs au cours des bombardements. Le principal impact fut psychologique en créant dans la population la peur de l'imminence d'une invasion japonaise et forçant les militaires australiens à mettre à niveau leurs moyens de défense. L'armée australienne a également commencé à organiser des opérations de convoi pour la marine marchande.

Les forces en présence

Japonaises vignette|gauche|upright=1|Les équipages des sous-marins de poche qui attaquèrent Sydney et Diego Suarez.

Le commandement de la marine impériale japonaise avait prévu initialement d'utiliser six sous-marins pour l'attaque du port de Sydney: quatre sous-marins de type B1 : I-21, I-27, I-28 et I-29 et deux de type C1 : I-22 et I-24 . Les six sous-marins faisaient partie du Groupe d'attaque de l'Est de la de sous-marins, sous le commandement du capitaine Hankyu Sasaki.

De temps en temps, de la fin avril au début , les sous-marins I-21 et I-29, dont chacun possédait un hydravion de reconnaissance aérienne Yokosuka E14Y1 Glen, allèrent repérer différents ports australiens pour sélectionner les plus vulnérables à une attaque par les sous-marins de poche. LI-21 repéra les ports de Nouméa en Nouvelle-Calédonie, Suva aux îles Fidji, puis Auckland en Nouvelle-Zélande, tandis que lI-29 alla à Sydney en Australie.

Le , les sous-marins I-22, I-24, I-27 et I-28 reçurent l'ordre de se rendre à la base navale japonaise du lagon de Truk, dans les îles Carolines, pour y recevoir chacun un sous-marin de poche. LI-28 ne parvint pas à Truk, ayant été torpillé par le sous-marin américain le . Les trois sous-marins restants quittèrent Truk vers le pour un point au sud des îles Salomon. LI-24 fut forcé de faire demi-tour le lendemain après qu'une explosion dans le compartiment des batteries du sous-marin de poche eut tué le navigateur et blessé le commandant. Le sous-marin de poche destiné à lI-28 remplaça le sous-marin endommagé.

Alliées vignette|upright=1.5|Le croiseur dans le port de Sydney, le 31 mai 1942 Au moment de l'attaque, le port de Sydney était sous le commandement du contre-amiral Gérard Muirhead-Gould de la Royal Navy. La nuit de l'attaque, trois navires étaient présents dans le port de Sydney, les croiseurs lourds américain et australien et le croiseur australien . Les autres navires de guerre dans le port comprenaient: le destroyer américain Dobbin, le mouilleur de mines australien Bungaree, les corvettes australiennes Whyalla et Geelong et indienne Bombay, les croiseurs auxiliaires australien et britannique et le sous-marin néerlandais K-IX. Un ferry transformé, le Kuttabul, était amarré à Garden Island, où il servait de casernement temporaire aux marins en attente d'embarquement. Le navire-hôpital Oranje avait quitté le port une heure avant l'attaque.

Défenses du port Au moment de l'attaque, les moyens de défense statique du port de Sydney se composaient de huit boucles de détection de sous-marins : six à l'extérieur du port, une entre les promontoires Nord et Sud, une entre les promontoires Sud et Médian, ainsi que le filet anti sous-marin barrant l'entrée du port de Sydney, entre George's Head sur le promontoire médian et Green Point, sur l'intérieur du promontoire Sud. La section centrale du filet était achevée et les piles de soutien étaient en place à l'ouest, mais il manquait de filets de l'autre côté. Une pénurie de matériaux avait empêché l'achèvement du filet avant l'attaque. Le jour de l'attaque, les six boucles de détection extérieures étaient inactivées, dont deux parce qu'elles n'étaient pas en état de marche et il n'y avait pas assez de personnel formé pour prendre en charge plus que les deux boucles intérieure et extérieure des stations de surveillance. La boucle entre les promontoires Nord et Sud donnait des alarmes erronées depuis le début de 1940, et les navires civils passant au-dessus de la boucle provoquaient régulièrement des alertes qui ne s'accompagnaient plus d'aucune réaction.

La défense du port comprenait les navires australiens chasseurs de sous-marins Yandra et Bingera, les dragueurs de mines auxiliaires Goonambee et Samuel Benbow, les barges civiles converties en patrouilleurs (et armées de grenades sous-marines) Yarroma, Lolita, Steady Hour, Sea Mist, Marlean et Toomaree et quatre bateaux de patrouille auxiliaires non armés.

Prélude La marine japonaise avait utilisé cinq sous-marins de poche dans une opération avortée contre la marine de guerre des États-Unis au cours de l'attaque de Pearl Harbor. Elle espérait que les améliorations apportées aux sous-marins, l'intensification de la formation des équipages et le choix d'une cible moins bien défendue donnerait de meilleurs résultats et une plus grande chance aux équipages de revenir vivants de leur mission. Aussi, le , elle lança le projet d'une deuxième attaque par des sous-marins de poche de la classe Kō-hyōteki.

Les plans prévoyaient deux attaques simultanées contre des navires de guerre alliés, l'une dans l'océan Indien, l'autre dans l'océan Pacifique Sud. Ces attaques étaient conçues comme des manœuvres de diversion avant l'attaque de l'île de Midway dans le Pacifique Nord, les Japonais espérant convaincre les Alliés qu'ils se préparaient à pousser leurs attaques vers le sud ou l'ouest de leurs conquêtes. Onze sous-marins de la furent désignés pour effectuer les deux attaques, cinq sous-marins du groupe Ouest pour attaquer la cible dans l'océan Indien et six sous-marins du groupe Est pour l'océan Pacifique. Les sous-groupes eurent à choisir le port à attaquer, sur la base de leurs reconnaissances antérieures.

Le Groupe d'attaque Ouest choisit le port de Diégo-Suarez à Madagascar. Cette attaque, qui eut lieu à la tombée de la nuit, le , et toucha le cuirassé britannique et coula le pétrolier britannique Loyalty, eut lieu 22 jours après que les forces britanniques eurent pris le port au gouvernement de Vichy au début de la bataille de Madagascar.

Les quatre cibles potentielles pour le groupe d'attaque Est étaient Nouméa, Suva, Auckland et Sydney. Les sous-marins I-21 et I-29 furent envoyés choisir l'objectif final et lI-29 eut Sydney comme destination. Dans la soirée du , lI-29 tira sur le navire marchand russe Wellen à 30 milles () au large de Newcastle, en Nouvelle-Galles du Sud. Bien que le Wellen s'en soit tiré avec un minimum de dommages, la navigation entre Sydney et Newcastle fut suspendue pour 24 heures pendant que les avions et tous les navires anti-sous-marins de Sydney, comme le croiseur léger néerlandais Tromp, les destroyers australien et américain , cherchèrent, en vain, à localiser le sous-marin. Muirhead-Gould en conclut que le sous-marin avait agi seul et avait quitté la zone immédiatement après l'attaque.

L'hydravion de lI-29 fit un vol de reconnaissance sur Sydney le . Un radar secret mis en place sur détecta sa présence, mais les autorités considérèrent qu'il s'agissait d'une erreur technique car il n'y avait pas d'avions des forces alliées en service sur Sydney à ce moment-là. L'appareil fut endommagé ou détruit à l'atterrissage, mais les deux membres d'équipage survécurent. Ils signalèrent la présence dans le port de plusieurs navires capitaux, comme deux cuirassés ou grands croiseurs, cinq autres gros navires de guerre, plusieurs petits navires de guerre et des bateaux de patrouille ainsi qu'une multitude de navires marchands. Le rapport, qui fut partiellement intercepté par le service de renseignements des alliés (le FRUMEL) provoqua le choix, par la marine japonaise, du port de Sydney comme cible. Les trois sous-marins porteurs de sous-marins de poche rejoignirent lI-29 et lI-21 à environ 35 milles () au nord-est de , l'ensemble des cinq sous-marins étant en position le .

L'opération sous-marins de poche Reconnaissance finale Avant l'aube, le Certaines sources datent le vol de reconnaissance du 30 mai., l'hydravion du sous-marin I-21 effectua un dernier vol de reconnaissance au-dessus du port de Sydney avec pour mission de cartographier l'emplacement des grands navires et des filets de lutte anti-sous-marins. Plusieurs observateurs repérèrent l'hydravion, mais ils crurent qu'il s'agissait d'un hydravion Curtiss SOC Seagull de l'US Navy. L'alarme ne fut déclenchée qu'à 5 h 07 quand on se fut rendu compte que le seul navire transportant ce type d'hydravions était le croiseur américain Chicago qui avait ses quatre avions à son bord. La base aérienne de Richmond fit décoller ses avions de combat Wirraway qui ne réussirent à trouver ni le sous-marin ni l'hydravion. En conséquence, le vol de reconnaissance n'entraîna pas pour les autorités de Sydney la nécessité de prendre toutes les mesures de défense. L'hydravion avait été sérieusement endommagé à l'atterrissage et dut être sabordé, mais les deux membres d'équipage avaient survécu.

Plan d'attaque Les Japonais prévoyaient de lancer les sous-marins de poche l'un après l'autre entre 17 h 20 et 17 h 40, à partir de points situés entre 5 et 7 milles marins (9,3 à ) à l'extérieur du port de Sydney. Le premier devait entrer dans le port juste après 18 h 30 mais une mer mauvaise retarda son passage de plus d'une heure. Les deux autres sous-marins suivirent à vingt minutes d'intervalle et furent également retardés.