José Julián Martí Pérez, né le à La Havane et mort le à la bataille de Dos Rios, est un homme politique, diplomate, philosophe, penseur, écrivain, journaliste et poète cubain. Il est le fondateur du . Il est considéré à Cuba comme un héros national, le plus grand martyr et l'apôtre de la lutte pour l'indépendancePaul Estrade, 1987, 14.. Le régime communiste mis en place par Fidel Castro se réclame officiellement de sa penséeViêt Nam et de Constitution de Cuba. Après Rubén Darío, il est un des représentants les plus célèbres du mouvement moderniste.

Célèbre et honoré dans son pays, il est aussi connu dans les milieux progressistes et littéraires de l'Amérique latine au même titre que Bolivar, Sucre, ou Miranda.

Biographie vignette|gauche|redresse|Lieu de naissance de José Marti à La Havane (Cuba) en 2011. José Martí est né le à La Havane, de parents espagnols, Mariano Martí de Valence et Leonor Pérez Cabrera de Tenerife. Son père, fonctionnaire de police, a du mal à joindre les deux bouts et la famille vit dans une précarité qui empêche la scolarisation de leur fils. Ce n'est que lorsque , directeur du collège San Pablo, le remarque, qu'il voit son éducation prise en main, et sa conscience révolutionnaire s'éveiller au contact de ce dernier et jusqu'à ce que celui-ci soit arrêtéEstrade, 1987, 179.Perspectives p. 1Estrade, 1987, 248..

gauche|vignette|redresse|José Martí aux travaux forcés au pénitencier départemental de La Havane, 1869.

En 1869, à , José Martí est arrêté et condamné à 6 ans de prison. Pour raison de santé, il est ensuite déporté en Espagne péninsulaire. Un escadron volontaire fouille son lieu de résidence après avoir entendu des rires considérés comme de la provocation. Il découvre une lettre de José Martí à Carlos de Castro dans laquelle il qualifie ce dernier d'apostat pour s'être enrôlé dans l'armée espagnole contre les indépendantistesPortail José Martí. Quatre années en Espagne lui permettent de devenir licencié en lettres et philosophie et en droit civil et canon à l'université de Saragossey'(yè'Perspectives 2. Durant ce séjour forcé en Espagne, il entre en contact avec les mouvements ouvriers socialistes et anarchistes alors en effusion après la révolution espagnole de 1868 et la Commune de ParisEstrade, 1987, 249..

Amnistié, il passe par Paris, Londres, où il donne des conférences, avant de partir au Mexique puis au Guatemala ; deux pays où il réside quatre ans et où il rédige des écrits révolutionnaires qui arrivent jusqu'à Cuba et font sa popularité. Au Mexique, il participe à plusieurs revues de tendance socialiste ou progressiste, comme La Reforma, La Revista Universal et El SocialistaEstrade, 1987, 252-255.. Au Guatemala, il rencontre María García Granados, alors qu'il était marié depuis à peine six mois avec Carmen Zayas Bazán. Il décrit l’ambiguïté de cette situation dans un poème appelé "La niña de Guatemala"Oviedo, 1997, 234.

gauche|redresse|vignette|Martí avec son fils José Francisco, à New York, 1880.

Vers la fin de la guerre des Dix Ans, il revient en 1878 à Cuba, toujours colonie de la couronne d'Espagne, et marque le début de son combat révolutionnaire par un discours enflammé sur la tombe du poète Torcella. Conspirant, il est à nouveau déporté en Espagne en 1879 d'où il s'évade. José Marti rejoint New York puis s'établit au Venezuela où il publie la revue La Revista Venezolana. C'est durant cette période de 1880 à 1890, tout en continuant ses activités politiques, qu'il écrit son œuvre poétique majeure, dont une des versions des paroles de la chanson traditionnelle Guantanamera, Versos Sencillos par laquelle il fustige la grandiloquence romantique. Dans cette voie littéraire, il est le premier en Amérique latine à composer des vers libres.

Puis il retourne à New-York où vit un fort contingent d'émigrés politiques cubains et publie le les statuts du Parti révolutionnaire. Dans son journal Patria, tout en appelant à la révolution, il expose ses idées d'avant-garde : égalité des peuples, des hommes, des races et des sexes. Analysant la politique extérieure des États-Unis, il met en garde l'Amérique Latine sur tout compromis politique et économique avec ce pays et dénonce son impérialisme naissant dans l'essai Nuestra América. gauche|vignette|José Martí visitant un village jamaïcain avec le , 1892. Au début des années 1890, José Marti séjournait souvent dans la pension de famille tenue par Paulina Pedroso à Tampa, en Floride où ils pouvaient discuter ouvertement de leurs plans pour l'effort de guerre.... José Marti appelait Paulina Pedroso sa seconde mère, sa madre negra. Elle a aidé Marti à récolter des fonds pour la guerre d'indépendance à Cuba, et elle l'a aussi aidé à se remettre d'une tentative d'assassinat en 1892.

vignette|Mort de José Martí à la bataille de Dos Rios, le .

En , José Martí rejoint le général Máximo Gómez à Saint-Domingue où, tout en préparant un retour armé à Cuba, il écrit et publie le Manifeste de Montecristi, appel à l'insurrection pour construire un pays libre et démocratique. Ils débarquent ensemble à Cuba en et sont rejoints par le général noir Antonio Maceo pour former l'armée mambise. Le , âgé de , José Marti est tué à la Bataille de Dos Rios. Il repose de nos jours au cimetière Santa Ifigenia à Santiago de Cuba. Sa sépulture se trouve, depuis fin 2016, à quelques mètres seulement de celle de Fidel Castro.

Chronologie

1853 : José Marti Pérez naît à La Havane 1869 : Il publie dans un journal son drame Abdala, réquisitoire contre l'Espagne. [Le vaccin anti-Covid cubain (CIGB-66) porte le nom de cette œuvre]. 1870 : Un tribunal le condamne à purger six ans de travaux forcés. 1871 : Il est d'abord envoyé à l'Île des Pins, puis déporté à Cadix. Il s'inscrit à l'université de Madrid, écrit beaucoup et publie une brochure intitulée La République espagnole devant la révolution cubaine. 1874 : Après avoir obtenu une licence en philosophie et Lettres, il s'embarque pour Paris où il rencontre Victor Hugo. Un an plus tard, il arrive au Mexique et devient collaborateur d'une grande revue. 1877 : Il est professeur de littérature française, anglaise, allemande, italienne, d'histoire et de philosophie, à l'École centrale du Guatemala. 1878 : À bord du Nueva Barcelona, il arrive à La Havane. Il cherche à ouvrir un bureau d'avocat, mais l'autorisation lui est refusée. 1878 : Exilé de Cuba, on le retrouve à New York. Il y prononce plusieurs conférences et publie de nombreux articles. Un an plus tard, professeur à Caracas, il met la dernière main à son recueil de poèmes « Ismaëlillo ». 1892 : Il fonde le . 1894 : Il voyage sans arrêt, courant de New York à Mexico, publiant des articles révolutionnaires. Il met au point un plan d'invasion, mais les autorités américaines séquestrent armes et bateaux. 1895 : Venant d'Haïti, il arrive à Cuba. On le proclame major général de l'armée de libération. Il s'enfonce dans les montagnes de Baracoa, à la recherche d'Antonio Maceo. En mai de la même année, il meurt au combat de Dos Rios.

Citations « La grandeur des chefs n'est pas dans leur personne, mais dans la mesure où ils servent la grandeur de leur peuplePages choisies. »

« Celui qui ne se sent pas offensé par l'offense faite à d'autres hommes, celui qui ne ressent pas sur sa joue la brûlure du soufflet appliqué sur une autre joue, quelle qu'en soit la couleur, n'est pas digne du nom d'homme. »

" Si vous ne luttez pas pour ce qui est juste, ayez au moins la décence de respecter ceux qui le font."

Œuvre littéraire

Du point de vue de la poésie, ses œuvres les plus connues sont Ismaelillo, Versos sencillos et Versos libres.

Dans Ismaelillo, publié en 1882 et dédié à son fils, il sonde ses propres sentiments et réactions face à une situation conjugale difficile. Marié à Carman Zayas Bazán, celle-ci reste à Cuba tandis qu'il part, exilé, pour New York. Martí, qui attachait de l'importance à l'unité familiale, se sent abandonnéOviedo, 1997, 238-239. La comparaison avec le personnage biblique d'Ismaël est assez explicite, il est expulsé de son foyer mais devient le symbole d'une nouvelle nationOviedo, 1997, 240Genèse 17. 19. Une autre idée exprimée est que Martí deviendrait le fils de son propre fils, que cette paternité non-vécue ait été une expérience décisive pour le poète. Plusieurs poèmes en témoignent, ici deux vers de "Musa traviesa":

Hijo soy de mi hijo! Él me rehace!cité dans Oviedo, 1995, 240

Fils je suis de mon fils! Il me refait!

Pour son deuxième recueil, Versos sencillos, publié en 1891, Martí fut inspiré par les transcendantalistes américains tels que Ralph Waldo Emerson, Walt Whitman et Henry David Thoreau, recherchant l'unité de l'homme et de la nature. Les transcendantalistes se rebellent contre la culture et la société de leur tempsEmerson, The Transcendentalist, ce qui va pousser José Martí à rassembler la sphère poétique et la sphère politiqueOviedo, 1997, 242-243.

Enfin, Versos libres est lui submergé d'un ton sombre et angoissant, reflétant une crise personnelle du poète, comme le fait remarquer José Miguel Oviedo :

Il est également célèbre pour ses essais, dont les deux plus reconnus sont El presidio político en Cuba (1871) et Nuestra América (1891). Nuestra América est un plaidoyer pour l'unification des pays d'Amérique latine face à la menace impérialiste américaine, un rassemblement lui paraît nécessaire pour éviter que les États-Unis ne s'imposent en Amérique du sud. D'après lui, les pays d'Amérique latine sont séparés à cause de leurs gouverneurs, et non à cause des pays en eux-mêmes. Le manque d'éducation fait que les jeunes s'en vont étudier aux États-Unis ou en Europe, et reviennent pour gouverner un peuple qu'ils ne connaissent pas, ayant recours à des moyens qui ne sont pas appropriés aux réalités nationales. Non seulement faut-il unifier les pays latino-américains, mais aussi défendre les opprimés pour consolider des valeurs opposées aux intérêts des oppresseurs nord-américains. La dernière phrase de l'essai reflète bien le contenu global:

Il a publié un petit livre en images : "La Piedra en el Camino", conte philosophique qui décrit maintes manières de négocier un obstacle (pierre) sur le chemin.

Idées politiques, économiques et sociales

Bien que Martí ait été acclamé à Cuba, sa pensée politique est indépendante, comme l'affirme l'historien Paul Estrade :

Il est d'abord influencé par le libéralisme ambiant et prône l'effondrement des structures coloniales, qui d'après lui entravent le progrèsEstrade, 1987, 101-192.. Regardant l'industrie comme un futur prochain, il se concentre sur l'agriculture qu'il veut partager en de multiples propriétés individuelles, au contraire des grandes latifundias coloniales et des monocultures. Il s'écarte ainsi du modèle libéral anglo-saxon en se méfiant des industries et en faisant de la terre la seule vraie richesse d'un paysEstrade, 1987, 105..

C'est son séjour prolongé à New York qui va avoir un impact décisif sur sa pensée politique. Séjournant à Brooklyn, il y est le témoin de l'injustice provoquée par le capitalisme nord-américain : l'appauvrissement et la misère des ouvriers face à l'enrichissement des exploitantsEstrade, 1987, 111-113.. Martí adopte alors un regard nuancé sur le progrès, et prend une position critique par rapport au libéralisme anglo-saxon sans pour autant renier le libéralisme tel que celui qu'il prêchait au Mexique et au Guatemala. Paradoxalement, il dénonce le capitalisme qui laisse de côté les ouvriers, mais il continue à défendre que le libéralisme peut établir cette justice socialeEstrade, 1987, 117.