Le conflit nord-irlandais, appelé aussi « »L'euphémisme anglais « Troubles » a, en tant que terme politique, une longue histoire, aussi bien en Irlande qu'en Angleterre. Dans le contexte des années 1960, il faisait habituellement référence, soit à la guerre d'indépendance irlandaise, menée après la Première Guerre mondiale, soit à la guerre civile irlandaise. Existant depuis 1378 selon l', ce terme a été utilisé à de multiples reprises dans le passé pour désigner des périodes de conflit ou de désordre. Il fallut attendre plusieurs années après le début de ce conflit, pour que ce terme soit employé communément pour le désigner. Voir . ( ; ; ), est une période de violences et d'agitation politique en Irlande du Nord dans la seconde moitié du . Il débute à la fin des années 1960Plusieurs dates sont retenues comme début du conflit nord-irlandais : l'année 1966, le , le , ou le . Voir . et est considéré comme terminé entre 1997 et 2007 selon les interprétationsPlusieurs dates sont retenues comme fin : le , le , le , le , le , le et le . Voir .. La violence continue cependant après cette date, mais de façon occasionnelle et à petite échelle, tandis que la plupart des groupes belligérants déposent les armes.

Le conflit commence dans la seconde moitié des années 1960 par un mouvement pour les droits civiques contre la ségrégation confessionnelle que subit la minorité catholique. L'opposition entre républicains et nationalistes (principalement catholiques) d'une part, loyalistes et unionistes (principalement protestants) d'autre part sur l'avenir de l'Irlande du Nord entraîne une montée de la violence qui dure pendant trente ans. Elle est le fait de groupes armés républicains, comme l'IRA provisoire dont le but est de mettre fin à l'autorité britannique en Irlande du Nord et de créer une République irlandaise sur l'ensemble de l'île, et loyalistes, comme l' formée en 1966 pour stopper ce qu'il perçoit comme la détérioration du caractère britannique du pays, mais aussi caractérisée par des émeutes populaires et la sanglante répression des forces de sécurité de l'État britannique (armée et police). La collaboration entre les forces de sécurité britanniques et les paramilitaires unionistes, niée par les gouvernements successifs, est désormais admise..

Le conflit nord-irlandais est diversement défini par plusieurs de ses acteurs, soit comme une guerre (Reginald Maudling). (UDA)., un conflit ethnique., une guérilla. ou une guerre civile.. Bien que l’on oppose les communautés catholiques et protestantes, il ne s’agit pas d’un conflit religieux, le fond du problème étant l’appartenance de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni ou à la république d’Irlande. L'action des groupes armés républicains (principalement l'IRA provisoire) est considérée comme du terrorisme par les forces de sécurité britanniques., mais aussi comme une révolution, une insurrection ou une résistance militaire à l'occupation et à l'impérialisme britannique par leurs partisans.. Les historiens sont partagés sur ces qualifications.., certains refusant l'usage du terme « terrorisme »...

Ce conflit affecte la vie quotidienne de la plupart des Nord-Irlandais, ainsi qu'incidemment celle des Anglais et des Irlandais du Sud de l'île. En plusieurs occasions entre 1969 et 1998, la situation manque de se dégrader davantage, par exemple en 1972 après le à Derry/Londonderry ou pendant la grève de la faim de prisonniers en 1981, quand se forment des mobilisations massives et hostiles des deux parties.

En 1998, un processus de paix apporte une fin au conflit en s'appuyant sur l'accord du Vendredi saint. La reconnaissance par le gouvernement britannique pour la première fois de la « dimension irlandaise », le principe que le peuple de l'île d'Irlande dans son ensemble puisse résoudre les problèmes entre le Nord et le Sud par consentement mutuel, sans intervention extérieure : ., permet d'obtenir l'accord des loyalistes et des républicains. Elle établit aussi en Irlande du Nord un gouvernement consociatif, composé obligatoirement d'unionistes et de nationalistes.

Rappels historiques La colonisation anglaise Avant la colonisation britannique, l'Irlande n'a pas connu d'invasion, si ce n'est une petite incursion de Vikings, vite assimilés, aux . En 1155, une bulle pontificale d' (seul pape d'origine anglaise) donne l'Irlande à Henri II d'Angleterre en vue de rétablir les liens ténus entre l'Église irlandaise et Rome. Néanmoins, le roi d'Angleterre n'intervient dans l'île qu'en 1167 pour soutenir Dermot MacMurrough. En 1175, l'autorité anglaise sur l'Irlande est reconnue officiellement...

L'installation anglaise se cantonne d'abord au Pale. L'assimilation de ces colons anglais aux coutumes irlandaises est perçue comme dégradante par la Couronne, qui fait voter, en 1366, les « statuts de Kilkenny », établissant une ségrégation entre colons et indigènes.. La véritable colonisation débute avec la dynastie des Tudors. Des terres sont confisquées dès 1556 en vue de créer des colonies de peuplement, les « Plantations », tandis que s'affirme le pouvoir anglais sur l'île..

Dans la seconde moitié du , plusieurs révoltes éclatent, en partie contre la constitution de l'Église anglicane en religion officielle en 1560. Elles sont soutenues par les « Vieux Anglais » et les « Vieux Écossais », descendants de colons du , fidèles au catholicisme. Malgré le soutien de Rome, les différentes rébellions échouent. Les terres de leurs chefs sont confisquées, relançant ainsi la politique de Plantation. Ces nouveaux colons (les « Nouveaux Anglais », anglicans, et les « Nouveaux Écossais », presbytériens) s'installent en particulier dans la province du Nord-Est, l'Ulster. La conquête cromwellienne de l'Irlande puis la victoire du prétendant protestant au trône d'Angleterre Guillaume d'Orange sur son concurrent catholique confirment cette implantation britannique..

Entre 1695 et 1727 sont promulguées les « Lois pénales », un ensemble de discriminations économiques, sociales et politiques vis-à-vis des catholiques. Une persécution religieuse, certes modérée, touche catholiques et . Le clergé catholique organise toutefois un culte clandestin..

Naissance du nationalisme irlandais, protestant et catholique Le gouvernement britannique limite à la fin du les possibilités de développement économique et commercial de l'île. Au sein de l'élite coloniale protestante, peu à peu éloignée du pouvoir politique et religieux, naît un premier nationalisme irlandais.. En 1759, Henry Flood crée le Parti patriotique irlandais. À la fin du , la situation économique des Irlandais, en particulier celle des catholiques, s'améliore, et, en 1783, le Parlement d'Irlande obtient une plus grande autonomie. La Révolution française inspire certains nationalistes, tel Wolfe Tone qui crée en 1791 la . Créé en 1795, l'Ordre d'Orange regroupe les protestants loyaux à la couronne britannique. Tandis qu'en Ulster, paysans catholiques et protestants s'affrontent au sein de sociétés secrètes — et les — une rébellion éclate en , menée par la Société des Irlandais unis. Elle échoue par faute d'alliance réelle entre nationalistes catholiques et protestants. Rejeté un an avant, les , mettant fin à la relative autonomie de l'Irlande, sont adoptés le ..

Lorsque l'Irlande est intégrée au Royaume-Uni, plus de 90 % des terres sont possédées par les colons britanniques protestants. L'avocat catholique Daniel O'Connell obtient en la fin de nombreuses discriminations contre les catholiques. Pacifiste, il durcit pourtant ses positions en fondant onze ans plus tard la .. Le soutien des masses catholiques à son action transforme le paysage du nationalisme irlandais auparavant majoritairement protestant. Les anglicans et les presbytériens au contraire se rapprochent de la Couronne. Des organisations républicaines comme tentent néanmoins de rapprocher les deux communautés autour d'idées indépendantistes.. Certaines se laissent tenter, sans succès, par la lutte armée.. vignette|Manifestants orangistes brûlant une effigie du catholique Daniel O’Connell, incident à l'origine des émeutes de Belfast en 1864. Le problème agraire qui suit la Grande famine de 1845-1849 et la diffusion des idées séparatistes et républicaines agitent l'Irlande dans la seconde partie du , tandis que des organisations secrètes, comme l', fondée en 1858, se lancent dans des campagnes d'attentats et d'assassinats... À partir de 1870, les partisans d'une solution politique, tel le protestant Charles Parnell, militent pour l'application d'un , autrement dit, permettre une autonomie complète à l'Irlande.. Les élections pour le Parlement du Royaume-Uni de 1885 en Irlande donnent la victoire à l' (aussi connu comme le ), tandis que les unionistes s'organisent contre toute forme d'autonomie.. Les différents projets de sont rejetés en puis en et forment un des principaux thèmes de campagne au Royaume-Uni..

Les réformes agraires de la fin du redonnent la propriété des terres aux Irlandais (ils en possèdent les deux tiers en 1914), mais le mouvement nationaliste change de forme. Des organisations comme la Ligue gaélique, fondée en 1893, diffusent désormais un nationalisme plus culturel qu'économique., tandis que James Connolly crée en 1896 le Parti socialiste républicain irlandais, alliant socialisme et nationalisme.. Moins révolutionnaire, Arthur Griffith forme le en 1905..

La partition de l'Irlande thumb|La proclamation de la République irlandaise par les insurgés de 1916.

Au début du , l'Irlande est agitée par les mouvements nationalistes, républicains et rapidement par leurs répliques unionistes, le parlement britannique ayant finalement accepté de mettre en place un , ou Government of Ireland Act en 1914, qui confère une relative autonomie de l'Irlande dans le Royaume-Uni.. Les deux camps se préparent à une montée de la violence et s'organisent en milices, multipliant entraînements militaires et stocks d'armes : les de l'unioniste Edward Carson en 1912, les de l' et l' du syndicat l'année suivante. Alors que le mouvement républicain se divise sur l'attitude à adopter pendant la Première Guerre mondiale., une partie y voit l'occasion d'un soulèvement. Le , environ des et de l' proclament la République irlandaise à Dublin en s'emparant de plusieurs bâtiments stratégiques. C'est l'« Insurrection de Pâques », Easter Rising en anglais. Si la population n'a d'abord pas soutenu les insurgés, elle sympathise avec leurs idées après une répression sanglante lors de laquelle la plupart des chefs de la rébellion sont passés par les armes. Le , petit parti opposé à l'usage de la force, est accusé par les Britanniques d'être à l'origine de l'insurrection. Il devient un important parti politique nationaliste à sa suite, avec la montée en puissance en son sein des républicains..

Le remporte une large victoire électorale lors des votes de . Refusant de siéger au Palais de Westminster, 26 de ses 105 députésLes autres étant emprisonnés ou en fuite. se réunissent au à Dublin et proclament l'indépendance de la république d'Irlande le . Le jour même ont lieu les premiers affrontements. L', réorganisation des , organise la lutte armée contre les forces britanniques, tandis que des « soviets », des conseils des travailleurs, s'organisent dans certaines villes.. Une trêve bilatérale est acceptée en 1921, et le , Michael Collins et Arthur Griffith signent le Traité anglo-irlandais, partageant l'île entre l'Irlande du Nord et l'État libre d'Irlande. Bien qu'accepté par le (les élections du donnent la victoire au pro-traité), le traité est refusé par la majorité des de l'. Une partie intègre la nouvelle armée irlandaise officielle tandis que l'autre, opposée au traité, continue le combat contre les britanniques. Le éclate la guerre civile entre les anciens compagnons d'arme.. Le , convaincue de sa défaite, l', par la voix d'Éamon de Valera, décide d'un cessez-le-feu..