droite|200px|vignette|Méhémet Ali.
L'histoire de l'Égypte sous les Alaouites (la dynastie Méhémet Ali) (1805-1953) fut une période de réformes et de modernisations accélérées qui permirent à l'Égypte de s'emanciper progressivement de la domination ottomane et tenter de devenir un pays développé en dehors de l'Europe.
Cependant, ces efforts, largement financés par la dette, conduisirent l'État à la quasi-faillite et à la dépendance progressive à l'égard du Royaume-Uni. Avec l'affaiblissement de ce dernier après les deux guerres mondiales, les mouvements nationalistes montèrent en puissance et finirent par obtenir l'indépendance.
Un coup d'État militaire conduisit enfin à l'abdication du roi et la proclamation de la République arabe d'Égypte.
Les monarques de la dynastie Méhémet Ali (1805-1953)
Méhémet Ali (1805-1849) Arrivée au pouvoir
En 1798, les troupes françaises, dirigées par Napoléon, prirent l'Égypte, tenue par les Ottomans. Soutenus par les Britanniques, les Ottomans envoyèrent une armée pour la reconquérir. Les Français perdirent leur flotte à la bataille d'Aboukir mais occupèrent l'Égypte jusqu'en 1801. Méhémet Ali, nommé également Mohamed AliAussi prononcé Muhammad Ali (généralement appelé Mehmet Ali en français), souvent accompagné du titre Pacha., le « numéro deux » de l'armée ottomane d'origine albanaise, émergeait alors comme figure principale en Égypte.
Les Britanniques, voulant conserver leurs forces pour faire face à Napoléon en Europe et garder une bonne relation avec l'Empire ottoman, s'abstinrent tout d'abord d'occuper le pays. À leur départ, une guerre civile tripartite éclata entre l'armée régulière ottomane, les mamelouks et les mercenaires albanais dirigés par Méhémet Ali et dura de 1803 à 1807.
Dès 1805, la victoire de Méhémet Ali s'annonça quand le sultan ottoman Sélim III (1789-1807) le reconnut comme wali (gouverneur) d'Égypte. Son autorité fut accrue en mettant en échec l'expédition britannique, qui occupa Alexandrie en 1807. Dès lors, il pouvait consolider son pouvoir et fonder une dynastie, qui allait devenir quasi-indépendante à l'égard de la Porte.
Les réformes Réformes de l'armée (1807-1811) Pour moderniser son armée, Méhémet Ali s'était tourné vers la France, qui saisit l'occasion de contrer l'alliance anglo-ottomane. Des officiers de l'armée française entraînèrent l'armée égyptienne et furent appelés nizamiyeLes Grandes Dates de l'islam, p. 155..
Pour éliminer une menace contre son pouvoir, Méhémet Ali fit massacrer la plupart des généraux mamelouks en 1811Quid 1990, Dominique et Michèle Frémy, p. 924..
Appropriation des terres (1808-1817) En 1808, Méhémet Ali commença son programme d'achat des terres dans toute l'Égypte. Les propriétaires étaient forcés sous forme de pensions périodiques de lui vendre leurs parcelles à des prix imposés par l'État qui ne correspondaient pas à leurs valeurs réelles. Même quand Méhémet Ali était en campagne dans l'actuelle Arabie saoudite, le programme suivait son cours. Ainsi, Méhémet Ali devint le plus gros propriétaire terrien en Égypte.
Autres réformes Entre 1818 et 1820, Méhémet Ali poussait à d'autres réformes : amélioration de l'administration financière et de l'agriculture, modernisation des structures, appel à des techniciens étrangers.
Il fit reconstruire la ville d'Alexandrie vers 1810. En 1819, il commença la construction du canal MahmoudiyaLe nom du canal est à l'honneur du sultan ottoman Mahmoud II. pour irriguer Alexandrie avec les eaux du Nil. En 1850, Alexandrie avait retrouvé la splendeur des temps anciens.
En 1822, après avoir conquis une grande partie du Soudan, le général Mahommed Bey introduisit la culture du coton, originaire du Soudan, et diffusa le coton Jumel, de qualité supérieure aux produits alors sur le marché. L'industrie du coton était organisée et développée, si bien qu'en l'espace de seulement quelques années, le coton devint une importante source de revenus pour l'Égypte.
L'éducation était encouragée, surtout la médecine. En 1826, Méhémet Ali envoya des étudiants en France, ce qui constituait le mouvement Rifa'at al-Tahtawi.
Ses réformes touchaient également l'université al-Azhar et les instituts religieux islamiques sur lesquels le contrôle de l'État s'était renforcé.
Les marchands européens jouissaient des statuts privilégiés, Méhémet Ali ayant besoin d'eux pour exporter ses marchandises. La ville portuaire d'Alexandrie connaissait une prospérité grandissante. Le volume de marchandises européennes et indiennes transitant par l'Égypte était en augmentation régulière. La présence nombreuse des marchands européens, surtout chrétiens, apporta aussi des améliorations aux conditions de vie de la communauté chrétienne du pays.
Guerre en Péninsule arabique (1811-1817) thumb|Evolution territoriale de l'Égypte sous Méhémet Ali À la suite de la prise de La Mecque par les wahhabites en 1802, le sultan ottoman Mahmoud II (1808-1839) donna l'ordre au général Méhémet Ali de mater la révolte wahhabite. Le maître de l'Égypte débuta ses campagnes dans la péninsule en 1811.
Première campagne (1811-1815) Méhémet Ali commença par envoyer son fils Toussoune, âgé de 16 ans, avec et chevaux. Après quelques succès, cette force échoua au défilé de Jejeida, près d'Al-Safra, et dut se retirer à Yanbu. Avec les nouveaux renforts arrivant en fin d'année, le général Toussoune reprit les offensives. Après un long siège, Médine tomba dans ses mains. Toussoune prit ensuite Djeddah et La Mecque et captura un général saoudien.
La situation se retourna alors. Le wali Méhémet Ali dut lui-même venir diriger les opérations à l'été 1813 et laisser son fils adoptif Ibrahim Pacha garder l'Égypte. Malgré les difficultés à cause du dépaysement des troupes et des tactiques de leurs adversaires, il fit des exploits et déposa le chérif de La Mecque. À la suite de la mort du chef saoudien Saoud, il signa un traité de paix avec son fils Abdallah I en 1815.
Apprenant que les Ottomans voulaient profiter de son absence pour reprendre le contrôle de l'Égypte et que Napoléon avait retrouvé le pouvoir, Méhémet Ali se pressa de regagner l'Égypte. Il arriva au Caire le jour même de la bataille de Waterloo.
Deuxième campagne (1816-1818) À la nouvelle d'une mutinerie au Caire, le général Toussoune rentra au pays mais mourut en 1816, âgé seulement de 20 ans. Son père Méhémet Ali, insatisfait du traité avec les Saoudiens dans l'ensemble et que certaines clauses n'étaient pas complètement respectées, envoya une nouvelle armée dans la péninsule Arabique. Les récents mutins furent envoyés au front.
Cette fois la campagne fut dirigée par Ibrahim Pacha, le fils aîné et adoptif de Méhémet Ali. L'armée s'ébranla à l'automne 1816. La guerre fut longue et difficile, mais en 1818, Ibrahim Pacha réussit à s'emparer de Dariya, la capitale saoudienne. Abdallah I, le souverain saoudien, son trésorier et son secrétaire furent déportés vers Constantinople (ou le Caire, selon certaines sources). Malgré la promesse d'Ibrahim Pacha garantissant leur sécurité, ils furent exécutés. Ibrahim Pacha rentra au Caire à la fin de 1818 après avoir écrasé toutes les oppositions dans la péninsule arabique.
Invasion de la Libye (1820) En février 1820, Méhémet Ali envoya une armée dans le désert Libyque et s'empara de l'oasis de Siwa.
Expansion au Soudan (1820-1822) En 1820, Méhémet Ali envoya une autre armée contre les pays du Soudan actuel, dirigée par son fils Ismaïl. Cette armée, forte de à , se composait principalement d'Arabes et de Turcs. Elle quitta Le Caire en juillet, et s'empara du pays de Nubie assez rapidement. Ensuite, elle écrasa les Arabes Shagia au sud de la province de Dongola, puis défit les Mamelouks rescapés, et s'empara du territoire de Sennar au centre du Soudan sans coup férir.
En 1821, Ibrahim Pacha fit construire le bourg de Khartoum, qui deviendra la capitale du Soudan. La même année, Méhémet Ali envoya le général Mahommed Bey, avec environ et 8 canons envahir le pays de Kordofan au centre de l'actuel Soudan. Mahommed Bey réussit la conquête après une guerre terrible.
En octobre 1822, le général Ismaïl et son entourage furent brûlés vifs par Nimr, roi du pays de Chendi, au nord de l'actuel Soudan. Mahommed Bey devint gouverneur unique au Soudan. La conquête au Soudan continuait, et les Égyptiens se rendirent maîtres des ports Suakin et Massawa, donnant sur la Mer Rouge.
L'écriture de l'Égypte antique déchiffrée (1822) Pendant la campagne égyptienne de Napoléon Bonaparte, un militaire français fit la découverte à Rachid (francisé en Rosette) d'un bloc de granit portant des inscriptions en trois écritures: hiéroglyphique, démotique et grecque. La pierre de Rosette attira l'attention immédiate des égyptologues. Les Britanniques, victorieux des Français en Égypte, avaient même exigé dans le traité de paix que cette pierre leur soit livrée.
En mai 1816, le savant et linguiste anglais Thomas Young publia à Cambridge une première étude sur l'inscription démotique de la pierre de Rosette. En 1819, dans le supplément de l'Encyclopædia Britannica, il déclara avoir déchiffré 13 lettres de l'alphabet égyptien. Il s'avéra plus tard que seulement cinq de ces lettres étaient correctes, et .
Malgré la perte de la pierre de Rosette, les Français en possédaient au moins une reproduction. Ainsi, le jeune historien et linguiste français Jean-François Champollion avait pu l'utiliser pour déchiffrer l'écriture égyptienne antique, et ce, avec des démonstrations logiques. Le , à « l'Académie des inscriptions et des belles-lettres », en présence de Thomas Young entre autres, le résultat de ce travail fut annoncéChampollion - Un scribe pour l'Égypte. Michel Dewachter, p. 46.. En 1824, Jean-François Champollion publia au frais de l'État le Précis du système hiéroglyphique des anciens ÉgyptiensChampollion - Un scribe pour l'Égypte. Michel Dewachter, p 48., marquant la renaissance de l'écriture égyptienne après 15 siècles de silenceChampollion - Un scribe pour l'Égypte. Michel Dewachter, p. 39..
Lors de sa mission scientifique en Égypte, Champollion et son équipe furent reçus par Méhémet Ali le Champollion - Un scribe pour l'Égypte. Michel Dewachter, p 80..
Avec Jean-François Champollion, la civilisation égyptienne antique revenait à la lumière. En collaboration avec Léon-Jean-Joseph Dubois, il réalisa la série Le Panthéon égyptien dont le tome I parut en 1823 et le tome XV en 1831Champollion - Un scribe pour l'Égypte. Michel Dewachter, p 55.. Il laissa également d'autres ouvrages fondamentaux comme la Grammaire égyptienne, élaborée entre 1830 et 1832Champollion - Un scribe pour l'Égypte. Michel Dewachter, p 92..
Révolte d'Ahmad (1824) En 1824, un certain Ahmad, originaire du village d'al-Salimiyyah, à quelques kilomètres de Thèbes en Haute-Égypte, se proclama prophète et se souleva contre le régime de Méhémet Ali. De à se joignirent à lui, la plupart étant des paysans, en plus de déserteurs de la force « Nizam Gedid » (nouveau système)
Les paysans étaient fort mécontents des réformes de Méhémet Ali, surtout en raison de la hausse des impôts et les corvées. La plupart de ces pauvres gens n'avaient d'autres armes de combat que des longues cannes nabbout caractéristiques des paysans égyptiens. La révolte fut réprimée dans le sang, avec environ un quart des insurgés massacrés. Ahmad parvint à s'échapper mais disparut dans la nature. C'était la dernière tentative des gens du pays pour renverser le régime du gouverneur Méhémet Ali.
Dans les années qui suivaient, le pays restait très calme. Les soldats étaient hautement entraînés et hautement disciplinés. Les voyageurs pouvaient naviguer sur le Nil ou prendre des routes terrestres sans crainte d'être attaqués par des bandits.
Guerre en Grèce (1824-1828)