André Robinet, né le à Villevoques, dans le Loiret, mort le à MolineufÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un philosophe et historien de la philosophie français.

Directeur de recherches au CNRS et professeur titulaire de la chaire d'Histoire de la philosophie moderne à l'Université libre de Bruxelles, il a aussi été secrétaire général de l'Association des sociétés philosophiques de langue française de 1980 à 2004, vice-président de la Société Gottfried Wilhelm Leibniz et membre du comité de rédaction de nombreuses revues philosophiques, dont Les Études philosophiques, La Revue internationale de philosophie, les Studia Leibnitiana, le Lexicon Philosophicum et le Cercle international de recherches philosophiques par ordinateur (CIRPHO).

Il se démarque par son grand intérêt porté à l'application des techno-sciences aux questions philosophiques, et par sa défense de ces techno-sciences contre leur diabolisation unilatérale par une certaine tendance de la philosophie, symbolisée par Heidegger.

Biographie André Robinet a dirigé les collections Recherches sur le (CNRS Éditions), Le Mouvement des Idées au (Presses universitaires de France), Philosophes de tous les temps (Éditions Seghers), Philosophie et Informatique et Pour Demain (Librairie philosophique J. Vrin).

Éminent spécialiste de la philosophie du , éditeur scientifique de textes inédits de Leibniz et de Malebranche dont il a dirigé l'édition critique des Œuvres Complètes (pour laquelle il reçut le prix Langlois de l’Académie française, le prix Victor-Delbos de l'Académie des sciences morales et politiques et la Médaille d'Argent du CNRS). Il a largement participé à l'édition des Œuvres de Maine de Biran et dirigé celles de Cournot - à propos duquel il a aussi coordonné, avec Jean Brun, des Études pour le Centenaire de sa mort (1977).

Spécialiste aussi de Henri Bergson, André Robinet a édité ses Œuvres, préfacées par Henri Gouhier en 1959 (dernière édition, 2001), des Mélanges (1972) et Correspondances (2002) ainsi que plusieurs volumes des Études bergsoniennes.

Dans ces différents travaux d'édition scientifique, la plus grande attention a été portée à l'apparat critique des textes, des manuscrits et ratures de l'auteur aux états successifs des publications et à l'élaboration de notes explicatives érudites de première main.

André Robinet est l'auteur d’ouvrages consacrés à l’étude de l’œuvre de Nicolas Malebranche et de Gottfried Wilhelm Leibniz, tels Système et existence dans l'œuvre de Malebranche et Architectonique disjonctive, automates systémiques et idéalité transcendantale dans l'œuvre de Leibniz, fruits de ces approches génétique et structurale conjuguées.

Il a publié des études originales telles que Léger Marie Deschamps, le maître des maîtres du soupçon et Métaphysique et politique selon Péguy à l'écriture vigoureuse et au contenu conceptuel et historique novateur, mais aussi des synthèses exhaustives et pédagogiques, comme La Philosophie française et La Pensée à l'âge classique.

André Robinet a lancé, en France, dès 1970, l'application de l'analyse lexicographique informatisée à de nombreux textes philosophiques : La Monadologie et le Discours de Métaphysique de Leibniz, les Méditations Métaphysiques de Descartes, lÉthique de Spinoza, les Pensées sur l'interprétation de la Nature de Diderot et La Profession de foi du vicaire savoyard de Rousseau. Il a publié de multiples études conceptuelles fondées sur le relevé informatique des occurrences des termes, leurs rangs de fréquence, les relations syntagmatiques de concordance, de vicariance et de prééminence. Études publiées notamment dans la Revue CIRPHO (Montréal) et les Actes des Colloques du "Lessico Intellettuale Europeo e storia delle Idee" dirigé à Rome par Tullio Gregory.

Dans Le défi cybernétique, écrit en 1973, André Robinet fait le point sur le rapport entre l'homme et l'automate. Il y pense l'informatique comme méthode d'analyse philosophique « armée » et cherche les fondements de l'informatisation de la pensée. Ce qui le conduit à proposer une « logique du pensant ».

André Robinet a été élevé au grade de commandeur des Palmes académiques.

Commentaire et défense de l'œuvre de Leibniz

Le Chemin du Vieux-Moulin: une méditation sur Leibniz pour le Dans le Chemin du Vieux-Moulin, (Justice et Terreur, Le Sera, Les signes et l'insignifiant et L'il a été), André Robinet part du principe de raison suffisante théorisé par Leibniz pour montrer l'actualité de la philosophie du , face à la popularité grandissante de la pensée heideggérienne, recherche les possiblités laissées en germes par différents hapax leibniziens, et tente de faire dialoguer la paléoanthropologie, l'anthropologie leibnizienne et le récit biblique, dans le cadre d'une méditation plus générale sur les signes, l'herméneutique et la théorie de la justice.

Justice et Terreur. Leibniz et le principe de raison. Le double principe de raison contre le Seyn.

L'enjeu de Leibniz pour le . Défaire le mysticisme de Heidegger. L'insuffisance de Spinoza sur la question de la justice. Dans Justice et Terreur, André Robinet défend l'optimisme de Leibniz contre ces adversaires, en particulier, contre la critique du principe de raison par Martin Heidegger. Il essaie notamment d'articuler des conceptions issues de la Théodicée avec des problématiques de géopolitique et de justice mondiale contemporaines:

Pour Robinet, le retour du religieux prophétisé à l'aube du est une invitation au sectarisme, si l'on ne reconnaît pas la double nature du principe de raison, qui permettra de fonder une République des esprits, ou une

Dès l'introduction, ce sera Heidegger qui sera visé comme visage de l'irrationnalisme ambiant contre lequel Robinet avec Leibniz et Dom Deschamps:

Il est à noter que Baruch Spinoza, généralement considéré comme un allié de la raison, est aussi critiqué par Robinet, qui reprend en ce sens la perspective leibnizienne sur l'auteur de l'Éthique: Ainsi, il n'est pas reproché à Spinoza d'être misanthrope ou criminel, mais de ne pas fournir de contre-mesure au désintérêt, chez Heidegger et ses émules, pour la conceptualisation d'une définition objective de la justice, capable d'être implémentée dans le droit et d'instaurer une paix cosmopolitique.

Réfutation du Der Satz vom Grund de Heidegger. Le prs. Outre de multiples développement sur la théorie de la substance (Monadologie), la théologie et la théorie de la liberté chez Leibniz, le cœur de l'argumentaire de Robinet dans cet opuscule tourne autour de la question du double principe de la raison - dans le contexte d'un commentaire serré de la Monadologie et d'une réfutation de la lecture qu'en propose Heidegger dans Der Satz vom Grund. Ce commentaire est suivi des conséquences de la correction par Robinet de l'image courante de la raison leibnizienne au sujet de la justice, du droit, ainsi que de la paix civile et religieuse. Cette série fait l'objet du quatrième chapitre. Les deux principes de la raison De fait, les lectures qui, comme celle de Heidegger, voient un principe de raison chez Leibniz, et ne mettent pas l'emphase sur cette double bipartition chez Leibniz (raison nécessaire ou raison suffisante; prs distributif ou prs existentiel), manquent le sens de la méditation leibnizienne sur la raison de l'être. Heidegger, en ne voyant qu'une raison, rabat l'Être de Leibniz (la Raison suffisante des existences, c'est-à-dire ) sur la substance unique et la causalité dépourvue de sens de Spinoza (le Seyn de Heidegger, selon Robinet, est équivalent à la Substance spinozienne). Heidegger, frauduleusement pour Robinet, tire de l'assimilation de l'Être et de la raison une dissimulation de l'Être authentique des choses. Robinet répond:

Il faut remarquer que la réserve qu'émet Robinet sur la fondation de la raison des choses sur une Sagesse universelle est un important écart avec Leibniz, qui écrira, dans la Monadologie (évoquée dans ce chapitre par son commentateur): . Une telle assurance, cruciale pour le système leibnizien, est mise en doute par son commentateur.

Toujours est il que l'enfermement dans le secret est exactement ce dont Robinet accuse Heidegger, en plus d'avoir mal représenté la pensée de Leibniz (et ce, bien que Robinet eut été en correspondance personnelle avec Heidegger, et que le philosophe de Fribourg accéda aux textes historiques nécessaires pour se rendre compte de la nature dyadique, et même double dyadique, du principe de raison chez Leibniz), de renoncer , de renoncer à tout établissement d'un savoir philosophique un tant soit peu solide et rigoureux par goût du mystère et de la contemplation de l'Être - contemplation qui, au cours de Justice et Terreur, sera associée à la théologie de la terreur et à l'autoritarisme.Ce chemin [celui que suit Heidegger, et qui désire penser autrement qu'avec le principe de raison], qui n'en serait pas un [...], passe néanmoins par des expressions qui disqualifient le pr [ principe de raison] aussi bien que le prs [principe de raison suffiante] et en faussent le sens et la portée aussi bien pour Leibniz que pour la Philosophie. [...] Il semble que l'auteur ne reconduisit pas cette interprétation "historiale" du pr et du prs leibniziens par trop déphasée par rapport aux textes historiques. Mais qu'avait-il alors besoin de ce repoussoir leibnizien, sinon pour attacher ce boulet au coup de "la philosophie moderne"?Pour corriger l'erreur de Heidegger, Robinet propose alors un commentaire serré des paragraphes 31 à 37 de la Monadologie. Le cœur de son argumentaire est de montrer que, la causalité (efficiente, finale, matérielle ou formelle) traitant des forces se déchaînant dans un phénomène donné, la raison comme étude de l'enchaînement se concentre sur l'intellgibilité d'un processus en cours - en cela, le principe de raison est intelligibilité de l'être, dans sa forme inhérente, plutôt qu'oubli de l'être. Le principe de raison permet de ramener les flux déchaînés des causes en une forme intelligible, un "ordre-ordonnancement". En passant, Robinet, prenant les exemples de Cicéron, Carnéade et Anaximandre, montre que le trope heideggérien d'une incubation de du principe de raison, s'accomplissant chez Leibniz, est un . Au sens de Robinet, toute pensée, précédent Leibniz, qui serait amenée à , formulerait d'ores et déjà le principe de raison dans un sens approchant celui de Leibniz, sans devoir recourir à l'image historiographique d'une incubation plus que deux fois millénaire.

Pour Robinet, c'est précisément pour refuser aux que Leibniz implique sur la nature dyadique de son principe de raison, entre raison nécessaire (pour la géométrie) et raison suffisante (pour la métaphysique).

Les deux fonctions du principe de raison suffisante. L'espoir métaphysique d'un savoir universel Pour Robinet, le sens leibnizien d'une dissociation entre cause nécessaire et raison suffisante est de pouvoir poser une troisième alternative entre :

Calcul fataliste de la nécessité géométrique, confondant la dyade rationnelle en un principe unique de nécessité. Refus de comprendre la raison des existences et contemplation de l'Être - annulant la rationnalité du principe de raison.