Thierry Groensteen, né le à Uccle (Bruxelles), est un historien et théoricien de la bande dessinée de nationalité belge et française.
Il contribue dans les années 1980 au développement de la théorie de la bande dessinée en dirigeant Les Cahiers de la bande dessinée, puis en travaillant pour Le Monde.
À travers missions institutionnelles., publications, expositions, enseignement. et conférences, il poursuit depuis ses travaux de théorisation et légitimation de la bande dessinée.
C'est l'un des théoriciens francophones de la bande dessinée les plus visibles avec Benoît Peeters, Pierre Fresnault-Deruelle et Harry Morgan. Il écrit également de la fiction.
Biographie Formation (1960-1970) Thierry Groensteen naît le à Uccle, une des dix-neuf communes de la région bruxelloise.. De 1960 à 1975, Thierry Groensteen est élève de l'École européenne de Bruxelles.. Au début des années 1970, il suit des cours de théâtre, tout en dirigeant Buck, le journal de son école, qu'il transforme progressivement en fanzine de bande dessinée.. Tome y publie ses premières planches, Numa Sadoul et Didier Pasamonik rédigent des articles.
Après son baccalauréat, il étudie à partir de 1975 le journalisme à l'IHECS (Institut des hautes études des communications sociales), à Tournai, dont il sera diplômé en 1979. Après avoir été stagiaire pour Le Soir. en 1978, il travaille comme stagiaire à la Direction générale de l'Information de la Commission des Communautés européennes pendant cinq mois. Puis en journaliste indépendant, il rédige un bulletin hebdomadaire intitulé EurofocusEurofocus est publié dans toutes les langues de la Communauté européenne.. Au cours de cette période, il collabore aussi à d’Europe, Euroforum et aux Dossiers de l’Europe jusqu'en 1983. Cependant, dès cette époque, il s'oriente avant tout vers la bande dessinée, tout en se produisant comme comédien amateur dans plusieurs troupes bruxelloisesLa biographie de son site officiel cite l'Union dramatique et philanthropique de Bruxelles..
Publications et théorie de la bande dessinée (année 1980) En 1980, ses amis Didier et Daniel Pasamonik, qui viennent de fonder Magic Strip, publient son premier livre, une monographie consacrée à Jacques Tardi. L'ouvrage délaisse la biographie pour une approche analytique de l'œuvre, et prend l'aspect d'un livre d'art. Il publie comme scénariste de bande dessinée en 1981 chez Glénat L'Ingénue et le dictateur., premier volet des aventures africaines d'Antoine et Victor, avec le dessinateur Jean Lucas. Le deuxième épisode, Les Compagnons du Mashamba, est prépublié dans Circus et ne connaît pas d'album., mais la trilogie projetée reste inachevée. Toujours en 1981, il collabore régulièrement au rédactionnel d(À suivre). jusqu'en . En 1983, il rédige des articles rédactionnels de Spirou et y crée, avec Glem, le personnage éphémère de Freddy Guidon (1983-1985).. Il mène également d'autres projets scénaristiques avec Séraphine et Philippe Wurm mais ceux-ci n'aboutiront pas.
En , il prend en main Les Cahiers de la bande dessinée, l'ancien fanzine de Jacques Glénat qui était en perte de vitesse après cinquante-cinq numéros. Distribuée en kiosque, tirée à avec des ventes de 6 à , la revue propose, sous la direction de Groensteen, une approche critique très poussée de la bande dessinée. Elle contribue à faire reconnaître la bande dessinée comme art véritable auprès du grand public et de l'université. Groensteen abandonne son rôle de rédacteur en chef en , après vingt-huit numéros. La revue ne survit que quelques mois à son départ.. De 1986 à 1990, Groensteen assure également la chronique mensuelle de bande dessinée du supplément littéraire du Monde... De à , il enseigne à l’Institut des hautes études des communications sociales à Mons le langage de la bande dessinée, d'abord seul, puis aux côtés de Thierry Smolderen. C'est sa première expérience de l'enseignement.
En 1987, il organise le colloque « Bande dessinée, récit et modernité », qui se tient du au à Cerisy... Jean-Christophe Menu y fait la connaissance de Lewis Trondheim. Les actes du colloque sont publiés par les éditions Futuropolis.
En , le Centre national de la bande dessinée et de l'image (CNBDI) d'Angoulême le recrute comme « conseiller scientifique ». Groensteen s'installe à Angoulême l'année suivante. En parallèle à ses missions pour le CNBDI, il enseigne l'histoire et la théorie de la bande dessinée à l'École supérieure de l'image et deviendra par la suite en 2007 un intervenant régulier au sein de son Master Bande Dessinée. Il monte au Centre d’action culturelle de la ville sa première exposition en 1990, Little Nemo et autres songes de Winsor McCay. À Angoulême, il revient également à ses premières amours théâtrales, jouant Marivaux (La Dispute), Jean-Claude Grumberg (Rixe) ou encore Martial Courcier (L'Opposé du contraire.).
Études et directions de publications (années 1990) En 1991, il publie chez Casterman L'Univers des Mangas : une introduction à la bande dessinée japonaise., premier ouvrage de langue française entièrement consacré à la bande dessinée japonaise, et ce avant l'arrivée massive des mangas sur le marché francophone.
En 1992, il démissionne du CNBDI. et soutient à Toulouse-Le Mirail un mémoire de DEA, Le système spatio-topique de la bande dessinée, afin de faire valider par l'université ses acquis professionnels. En 1996, il y soutient sa thèse en Lettres modernes, Système de la bande dessinée, devant Mireille Dottin-Orsini, Pierre Fresnault-Deruelle, Bernard Magné et Pascal Ory.. Elle obtient la mention « très honorable » avec les félicitations du jury. Elle est publiée aux Presses universitaires de France en 1999, sous le même titre. L'ouvrage, assez complexe, propose une approche sémiotique de la bande dessinée. Il sera traduit dans de nombreux paysL'ouvrage Système de la bande dessinée est traduit aux États-Unis, Japon, Italie, République tchèque, Chili. et sera complété en 2011 par un tome 2 intitulé Bande dessinée et narration chez le même éditeur ..
En 1993, il est un des membres fondateurs de l’Oubapo, Ouvroir de bande dessinée potentielle, groupe fondé sur le modèle de l'Oulipo. Il contribue en 1997 à la première publication du groupe, l’Oupus 1, publié par L'Association, avec un texte fondateur recensant les contraintes formelles spécifiques à la BD. Il se met en congé du groupe en 1999. Fin 1993, il réintègre le CNBDI comme directeur du musée. En 1994, il crée et dirige, avec Henry Dougier, la collection « Histoires graphiques » aux éditions Autrement. Cinq titres sont publiés jusqu'en 1997. La même année, il rédige avec Benoît Peeters un ouvrage sur Rodolphe Töpffer, dont il fait rééditer les histoires en estampes aux éditions du Seuil.
En 1996, alors que Groensteen vient d'obtenir la nationalité française, paraît le premier numéro de la revue du musée de la bande dessinée, Neuvième Art, qu'il dirige. Reprenant l'héritage des Cahiers de la bande dessinée, Neuvième Art, édité par le CNBDI, est un annuel luxueux portant un regard critique avancé aussi bien sur le patrimoine de la bande dessinée que sur ses manifestations les plus contemporaines..
Multipliant ses participations institutionnelles, Groensteen entre au Centre d’Étude de l’Écriture (groupe de recherche Paris VII-CNRS) comme chercheur associé en 1997 jusqu'en 2002, et tient à partir de 1999 la chronique de bande dessinée de Vient de paraître, publié par l'Association pour la diffusion de la pensée française (ministère français des Affaires étrangères).
Activités diverses (années 2000) En 2001, il démissionne de son poste de directeur du musée de la bande dessinée. Durant ses années à ce poste, il a organisé ou participé à de nombreuses expositions, souvent assorties de catalogues, qui ont donné des ouvrages sur George Herriman, Caran d'Ache, Alberto Breccia, Alex Barbier ou encore Popeye. Il monte également des expositions en Allemagne (à Hambourg et à Hildesheim.) et est le commissaire de « Maîtres de la bande dessinée européenne », que la Bibliothèque nationale de France présente à l'automne 2000.
Recevant une bourse dite « d'année sabbatique » du Centre national du livre en , il se consacre à l'écriture. En 2002 paraît un ouvrage sur La Cage de Martin Vaughn-James. et l'année suivante un autre, Lignes de vie., consacré au visage dans la bande dessinée.
En 2021, Thierry Groensteen fait partie du jury du programme « Illustrer le Grand Paris.. » destiné à doter de fresques les gares du Grand Paris Express. Lancé par la Société des grands projets dans le cadre de sa programmation artistique et culturelle, ce projet a sélectionné professionnels issus des univers du graphisme, de l'illustration, de l'animation et de la bande dessinée..
Maison d'édition En 2002, après être devenu administrateur de la Maison des Auteurs où il assure la fonction de secrétaire avant d'en devenir président, il crée, toujours à Angoulême, sa structure d'édition, les Éditions de l'An 2... Son objectif étant d'allier intransigeance éditoriale avec rentabilité économique.. Sa politique éditoriale étant basée sur une voie médiane entre l'édition alternative et les gros éditeurs.. Il publie des bandes dessinées contemporaines (révélant Jens Harder, Olivier Schrauwen, Anthony Pastor ou encore Florent Grouazel et Younn Locard), crée une collection militante « Traits féminins » avec Barbara Yelin, réédite des grandes œuvres du passé dans la collection « Krazy Klassics ». (A. B. Frost, Fletcher Hanks, Guido Crepax, H. M. Bateman, Antonio Rubino, Ernie Bushmiller, Cliff Sterrett…), et propose divers ouvrages critiques, écrits par Groensteen ou par Harry Morgan. L'An 2 coédite les numéros 8 à 13 de Neuvième Art, devenu semestriel. Cependant, Jean-Marie Compte, alors directeur du CNBDI, décide de dématérialiser la revue, qui devient un site en ligne. En 2006, Groensteen publie un nouvel ouvrage critique, consacré au comique chez Hergé. et l'essai Un objet culturel non identifié., qui fait le bilan de trente années de légitimation progressive de la bande dessinée, tout en expliquant pourquoi certains clichés perdurent. Mais le , L'An 2 dépose le bilan après publiés, la prise de risques étant trop importante, le pari étant perdu.. Dès l'année suivante, Groensteen dirige pour Actes Sud la collection « Actes Sud-L'An 2 », poursuivant son travail d'éditeur en faisant l'économie d'une structure autonome.. En 2008, il signe en tant que scénariste l'album Les Pierres aveugles, une histoire d’amour sur fond de lutte tribale et de fanatisme religieux au Yémen, publié aux éditions Actes Sud... En 2009, il publie La Bande dessinée, son histoire et ses maîtres, volumineux ouvrage qui sert de catalogue au nouveau musée de la Bande dessinée, désormais implanté dans les Chais Magelis.. Il prend la rédaction en chef de la revue numérique NeuvièmeArt2.0 jusqu'en et lance en son propre blog, Neuf et demi., où, pendant un an, il publie de nombreux billets critiques. La médiathèque François-Mitterrand de Poitiers lui consacre une exposition : Une vie pour la bande dessinée. En 2010, avec Gilles Ciment et d'autres collaborateurs est publié de maître : un art graphique, la bande dessinée (éd. La Martinière), qui analyse l'œuvre de cent auteurs..
Il participe à l'ouvrage collectif L'Art de la bande dessinée..., ouvrage qui institue définitivement la bande dessinée en art, publié chez Citadelles & Mazenod (2012) et qui sera censuré par l'éducation nationale en 2014..