vignette|La plus ancienne représentation du joueur de flûte (1592), aquarelle d'Augustin von Moersperg, d'après le vitrail d'une église de Hamelin (ici l'instrument représenté n'est pas une flûte mais un hautbois).
Le Joueur de flûte de Hamelin est une légende allemande, transcrite notamment par les frères Grimm et connue sous le titre original Der Rattenfänger von Hameln (L'Attrapeur de rats de Hamelin).
Elle évoque un désastre censé être survenu le dans la ville de Hamelin (Hameln) en Allemagne.
Le conte En l'an 1284, alors que la ville de Hamelin est envahie par les rats et que les habitants meurent de faim, un joueur de flûte inconnu arriva dans la ville et se présenta comme un dératiseur. Les habitants de Hamelin promettent au joueur de flûte une prime de mille écus pour débarrasser la commune des rats qui l'infestent. L'homme prend sa flûte et, par sa musique, attire les rats qui le suivent jusqu'à la Weser, la rivière qui arrose la ville, où ils se noient. Bien que la ville soit ainsi libérée des rongeurs, les habitants reviennent sur leur promesse et refusent de payer le joueur de flûte, le chassant à coups de pierres.
Il quitte le pays, mais revient quelques semaines plus tard pour se venger, le dimanche . Alors que les habitants sont réunis à l'église, il joue de nouveau de sa flûte, attirant cette fois les enfants de Hamelin. Cent trente garçons, filles et servantes le suivent hors de la ville jusqu'à une grotte qui se referme derrière eux. Le joueur de flûte emmène les enfants de Hamelin non pas à la rivière, mais vers la montagne. Les parents, eux, ne les reverront jamais.
Origines
Les premières mentions de cette histoire semblent remonter à un vitrail placé dans l'église de Hamelin aux environs de 1300 et décrit dans différents documents entre les et s, mais détruit peu après ; il a inspiré une aquarelle d'Augustin von Moersperg, en 1592.. Inspirée des descriptions de l'époque, une version moderne de ce vitrail a été créée par Hans Dobbertin. Elle inclut notamment une représentation colorée du personnage du joueur de flûte et différents enfants habillés de blanc.
Ce vitrail est généralement considéré comme ayant été créé en mémoire du tragique événement qui serait survenu dans la ville. Mais malgré de nombreuses recherches, on n'a pu trouver d'événement historique auquel rattacher la légende. Quant aux rats, leurs premières mentions datent de la fin du . Ils ne figurent pas dans les évocations plus anciennes.
Les théories qui se sont vu attribuer une certaine crédibilité peuvent être groupées en quatre catégories : Les enfants furent victimes d'un accident et se trouvèrent noyés dans la Weser, ou furent ensevelis dans un glissement de terrain. Des enfants contaminés par une épidémie furent conduits hors de la ville pour protéger les autres habitants. Une forme de la peste a été évoquée. D'autres attribuent la danse des enfants à une maladie : la chorée de Sydenham (ou danse de Saint-Guy). Ces théories identifient le joueur de flûte à la personnification de la mort. Les enfants quittèrent la ville pour prendre part à un pèlerinage, une campagne militaire ou une nouvelle croisade d'enfants, mais ne retournèrent jamais chez leurs parents. Ces théories présentent le joueur de flûte inconnu comme leur dirigeant ou recruteur. Les enfants voulaient quitter leurs parents et Hamelin pour créer leur propre village, à l'époque de la colonisation de l'Europe orientale. De nombreux villages et villes furent en effet fondés à cette époque dans l'est de l'Europe par des colons, notamment allemands, venus de l'Europe occidentale. Ici aussi le joueur de flûte serait leur chef.
Une autre possibilité est que l'incident soit une réminiscence d'une crise de la « danse de Saint-Guy », ou une tradition de danse superstitieuse, pratiques qui ont été observées dans de nombreuses contrées européennes dans la période de détente générale suivant la Grande peste. La date de Verstegan/Browning, 1376, serait cohérente avec cette théorie.
Cependant, la légende liée à l'émigration d'enfants en 1284 est si ancienne et si bien attestée que la date ne devrait pas être mise en doute. Les chercheurs considèrent généralement les théories de la quatrième catégorie comme les plus probables. Le joueur de flûte serait donc un recruteur pour la colonisation intervenue au , qui aurait emmené nombre de jeunes habitants de Hamelin aux confins orientaux de l'Empire germanique. Mais pour le chercheur local Gernot Hüsam, les enfants disparus dans les collines auraient été victimes d'un enlèvement criminel..
Decan Lude, originaire de Hamelin, déclare en 1384 avoir en sa possession un livre de chants contenant un verset en latin faisant le récit d'un témoin oculaire de l'événement. Ce verset aurait été écrit par sa grand-mère. Ce livre de chants est connu pour avoir été perdu à la fin du .
Une version allemande de ces vers semble cependant être parvenue jusqu'à nos jours, si l'on en croit une inscription de 1602-1603 trouvée à Hamelin :
Ce qui peut être grossièrement traduit en français par :
« Koppen » (en ) semble être une référence aux collines entourant la ville. Le vers ne permet pas de savoir de quelle colline il s'agirait.
La légende et ses récits
Vers 1440, la Catena aurea de Henri de Herford (manuscrit de Lunebourg) serait le premier écrit mentionnant la légende. Elle mentionne un jeune homme qui arrive à Hamelin en 1284, le jour de la Saint-Jean, joue d'une flûte d'argent et attire 130 enfants hors de la ville, jusqu'à leur disparition.. Dans la ville, un usage proscrit toujours de chanter ou jouer de la musique dans une rue, la Bungelosenstrasse, par respect pour les victimes.
En 1556, Jobus Fincelius mentionne la légende dans son ouvrage De miraculis sui temporis (« À propos des merveilles de son époque »). L'auteur identifie le joueur de flûte au diable.
Le plus vieux récit en anglais est celui de Richard Rowland Verstegan, un antiquaire et polémiste religieux, d'ascendance flamande, dans son ouvrage Restitution of Decayed Intelligence (Anvers, 1605). Malheureusement, il ne mentionne pas ses sources. Il y évoque les rats et l'idée que les enfants perdus se retrouvèrent en Transylvanie. Bizarrement, la date du drame est complètement différente de celle donnée plus haut : . Le récit de Verstegan est intégré aux Wonders of the Visible World (1687) de Nathaniel Wanley, la source d'inspiration première du poème bien connu de Robert Browning (voir infra).
En 1803, Johann Wolfgang von Goethe écrit un poème inspiré de la légende. Il met plusieurs références à la légende dans sa version de Faust. La première partie du drame est publiée en 1808 et la seconde en 1832.
Les frères Grimm, Jacob et Wilhelm, incluent un récit de la légende dans leur recueil Deutsche Sagen (« Légendes allemandes », , Die Kinder zu Hameln), publié pour la première fois en 1816. Ils citent onze sources. Selon leur récit, deux enfants restèrent en arrière, l'un étant aveugle et l'autre boiteux, et aucun des deux ne put suivre le groupe. Les autres se retrouvèrent en Transylvanie (Siebenbürgen en allemand).
Postérité
Littéraire Prosper Mérimée raconte à son tour la légende en 1829 dans le récit Les Reîtres, premier chapitre de la Chronique du règne de Charles IX.
En se basant sur la version des frères Grimm, Robert Browning écrit un poème du même nom qui fut publié pour la première fois en 1842. Il situe l'événement le .
La légende du joueur de flûte inspire en 1906 Selma Lagerlöf, l'écrivaine suédoise prix Nobel de littérature, pour son chapitre des rats noirs et des rats gris, dans Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson, ou la poétesse russe Marina Tsvetaïeva dans son poème narratif Le Preneur de rats, publié pour la première fois en 1926, sous-titré « Satire lyrique » et dont la traduction est parue en français sous le titre Le Charmeur de rats aux Éditions La Barque en 2017, dans une traduction d'Éveline Amoursky. .
Le dénouement de Les Mouches de Jean-Paul Sartre (1943), reprend la légende en la situant dans la Grèce antique: « Écoutez encore ceci : un été, Scyros fut infestée par les rats. C'était une horrible lèpre, ils rongeaient tout ; les habitants de la ville crurent en mourir. Mais un jour, vint un joueur de flûte. Il se dressa au cœur de la ville – comme ceci. (Il se met debout.) Il se mit à jouer de la flûte et tous les rats vinrent se presser autour de lui. Puis il se mit en marche à longues enjambées, comme ceci (il descend du piédestal), en criant aux gens de Scyros : « Écartez-vous ! » (La foule s'écarte.) Et tous les rats dressèrent la tête en hésitant – comme font les mouches. Regardez ! Regardez les mouches ! Et puis tout d'un coup ils se précipitèrent sur ses traces. Et le joueur de flûte avec ses rats disparut pour toujours. Comme ceci. »
Les romans Le Joueur de flûte de Louis Hamelin, Le Fabuleux Maurice et ses rongeurs savants de Terry Pratchett et de China Miéville, s'inspirent de cette légende.
Le poète français Guillaume Apollinaire réécrit cette légende dans son poème « Le Musicien de Saint-Merry » (Calligrammes, 1918)..
L'Estrange Malaventure de Mirella (Flore Vesco) reprend ce conte dans un roman qui « révèle la vérité sur ce conte ».
Tuer les rats de Louise No propose une réécriture de science-fiction de cette légende.
Les sœurs Eden de Lyn Gardner reprend ce conte et raconte une suite où le joueur de flûte ( de son vrai nom Jean-Loup ) revient pour reprendre sa flûte en argent, qui a été transmise par sa mère à Alice Eden.
Musicale Le , l'opéra Der Rattenfänger von Hameln composé par Victor Ernst Nessler est joué à Leipzig.
En 1880, le poème symphonique Der Rattenfänger von Hameln composé par Paul Geisler est joué à Magdebourg.
Hans, le joueur de flûte, opéra-comique de Louis Ganne créé en 1906.
Une chanson d'Hugues Aufray, Le Joueur de pipeau (1966), reprend la même légende.. Cependant, dans la chanson la mort des enfants est modifiée. Le joueur de pipeau ne les enferme pas dans une grotte, il les noie dans la rivière pendant la nuit.
Une chanson de Gilles Vigneault, Le grand cerf-volant, présente plusieurs similitudes avec la légende du joueur de flûte d'Hamelin. Les enfants, cependant au nombre de « cent mille », sont emmenés sur un « grand cerf-volant, un côté rouge, un côté blanc (…) chez le mal méchant pour le détruire » et reviennent ensuite, « le cœur triomphant » et « chargés d'eux-mêmes », c'est-à-dire adultes, mûris par leur aventure, ce qui semble marquer le début d'une ère nouvelle (en effet, tout à la fin, « les dés [sont jetés] dans la main du temps »).
La chanson Symphony of Destruction du groupe de thrash metal Megadeth fait référence à cette légende. Elle fait le parallèle entre un dirigeant politique menant son peuple à la mort et la façon dont le joueur de flûte tue les rats. La chanson By and Down du groupe A Perfect Circle y fait aussi référence.
Hamelin, pour violoncelle seul et récitant, de Laurent Petitgirard, suite de quinze pièces qui évoquent le célèbre conte tel que le poète anglais Robert Browning l'avait écrit. Elle fut créée en 1984 au Festival de Lascours par Frédéric Lodéon et Sonia Pétrovna.
En 2017, le groupe BTS s'inspire de cette légende dans leur chanson Pied Piper dans laquelle ce sont leurs fans qui sont attirés par leur musique..
Cinématographique et vidéoludique Aux Pays-Bas, une série télévisée à succès des années 1970 s'inspire de la légende : Kunt u mij de weg naar Hamelen vertellen, mijnheer ? qui peut se traduire par .
En 1972, le film de Jacques Demy Le Joueur de flûte est une adaptation directe du conte, qu'il situe lors de la peste noire de 1348 et associe à la persécution contre les Juifs.
Le court-métrage anglais The Piper The Piper, IMDb. de Abbe Robison (2005), d'après une nouvelle de Kym Martindale, met en scène un joueur de flûte de sexe féminin qui entraîne dans la forêt les cafards qui envahissent l'appartement d'une jeune femme.