Jean Maurice Jules Cabut, dit Cabu, est un caricaturiste, journaliste, dessinateur de presse et auteur de bande dessinée français de gauche, né le à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne) et mort assassiné le à Relevé des fichiers de l'Insee. lors de l'attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo.
Créateur des personnages du Grand Duduche et du Beauf, participant aux équipes de journaux satiriques comme Hara-Kiri, Charlie Hebdo ou Le Canard enchaîné, il collabore en outre à plusieurs émissions de télévision aussi bien de débat que pour enfants qu'il illustre en direct.
Biographie Jeunesse châlonnaise vignette|Lycée Pierre-Bayen de Châlons. Né le de parents professeurs., Jean Cabut passe son enfance et son adolescence à Châlons-sur-Marne dans une famille catholique de la petite bourgeoisie. Son père Marcel Cabut (1913-2007), professeur de forge à l’École nationale supérieure d'arts et métiers et peintre amateur, l'éduque à coups de martinet.. Jean Cabut fait ses études au lycée Pierre-Bayen et au lycée nationalisé mixte, avenue de Champagne, à Épernay.. Ce lycée figure dans un ouvrage de Cabu, étant reconnaissable avec ses deux cours, inférieure et supérieure, la salle de gymnastique et l'amphithéâtre. Jean a l'âge de quatorze ans en 1952, lorsqu'il remporte le premier prix d'un concours de dessin organisé par le magazine Cœurs vaillants pour les stylos Meteore. Il gagne une bicyclette et son dessin est publié dans la revue PublimondialInterview sur KTO TV, VIP, 9 octobre 2005.. Inspiré par le dessinateur Dubout, il continue donc à dessiner sous le nom de J.K-Bu dans le journal du lycée Le Petit Fum's tiré à trois cents exemplaires..
À l'âge de quinze ans, sous le pseudonyme K Bu, il publie ses premières illustrations dans le quotidien régional, L'Union de Reims. grâce à Jean-Marie Boëglin, alors chef de l’agence de Châlons, qui lui met le pied à l’étrier en publiant ses dessins dans les pages locales.
Découverte de Paris vignette|100 px|left|Cab Calloway. En 1956 Cabu vient à Paris travailler comme apprenti dans un studio de dessin spécialisé dans les emballages alimentaires situé au-dessus du Crazy Horse SaloonCabu, Cabu croque Paris, À Paris, septembre 2006, ..
Il est enchanté par le jazz de Cab Calloway, qui joue pendant les intermèdes des Harlem Globe Trotters alors en tournée de démonstration de basket-ball à Paris. Cette passion pour le jazz et le swing, ne le quittera plus. Il y consacrera plusieurs ouvrages, et préfacera un livre sur les du Caveau de la Huchette. Il réalisera des reportages sur le jazz, arpentant les salles de concert et les festivals pour rencontrer Cab Calloway, Lionel Hampton, Count Basie, Duke Ellington et tiendra une chronique radio sur TSF Jazz avec Laure Albernhe, « Le Jazz qui déménage »Cabu, Cabu swing, Les Échappes, 2013, préface..
Il s’inscrit en 1956 comme « élève de complément » à l’école Estienne et, le samedi, croque des nus à l’académie Julian..
Son premier dessin parisien est reçu par l'hebdomadaire Paris Match, le ; Cabu a dix-neuf ans, et illustre la vie des collégiens et collégiennes..
Guerre d'Algérie Cabu doit interrompre sa vie parisienne lorsqu'il est mobilisé comme conscrit pour la guerre d'Algérie en . Il est incorporé pendant vingt-sept mois jusqu'en , au de zouaves basé à Bougie à 220 km à l'est d'Alger. Le y développe une conscience politique décisive en étant confronté à la violence et la cruauté, qu'il découvre pendant son service.. Cette période forge chez lui un antimilitarisme farouche.
Dix mois avant la fin de son service militaire, il est affecté à la rédaction de Bled, hebdomadaire militaire d'information. Il s'agit du journal de la propagande militaire française, distribué gratuitement aux soldats, et tiré à Bled, in Les Mots de la guerre d'Algérie, Benjamin Stora, Presses universitaires du Mirail, 2005, .. La rédaction est basée à Constantine, et Philippe Labro et Francis Veber y signent également des articles.. Le deuxième classe Cabut y dessine la série La Fille du colonel et des historiettes brocardant la vie de la caserne et des jeunes appelés. Il tient de cette période un antimilitarisme militant et une vision anarchiste de la société, qu'il transpose dans ses dessins. Son personnage de l'adjudant Kronenbourg est inspiré de sous-officiers réels. Il signe sous le nom de Cabu. Pendant son incorporation militaire, Il collabore à Paris Match..
Journaliste dessinateur engagé Selon Frédéric Pagès, Cabu ..
Aventure d'Hara-Kiri Démobilisé en 1960, Cabu soumet ses dessins à plusieurs rédactions, et certains sont publiés par Ici Paris et France Dimanche. En , il rencontre le dessinateur Fred qui lui propose de rencontrer une équipe en gestation., celle du futur journal Hara-Kiri, avec François Cavanna et Georges Bernier, surnommé professeur Chorondu nom de la rue où se trouvaient les locaux d’Hara-Kiri à l'époque, rue Choron à Paris.. Cabu y trouve une ambiance en accord avec ses idées, et rencontre d'autres dessinateurs de talent : Gébé, Fred, Wolinski, Reiser… Il publie son premier dessin dans le numéro 3 dHara-Kiri, daté de .
Le Grand Duduche Hara-Kiri étant une première fois interdit par le ministère de l'Intérieur en 1961, pour outrage aux bonnes mœurs., Cabu travaille avec René Goscinny, qui l'intègre à l'équipe de Pilote.
Guidé par René Goscinny qui a vécu les années 1950 et la période beatnik à New York au sein de l'équipe rédactionnelle du journal Mad, le dessinateur y crée son personnage fétiche, le grand Duduche, lycéen lymphatique et maladroit inspiré par ses souvenirs de lycéen à Châlons. Duduche apparaît dans le premier numéro de l'année 1963.
Cabu crée également le personnage du « Beauf »...
Il rencontre Isabelle Monin, institutrice de 23 ans, mère de quatre enfants, en poste à Châlons-sur-MarneNée le 19 août 1937, à Toulon, Var, et morte dans la même ville le 26 décembre 2012.. Ils ont un garçon, Emmanuel (le chanteur Mano Solo), né le , et s'installent à Ozoir-la-Ferrière. en 1968.
Charlie Hebdo thumb|Logo de Charlie Hebdo. Cabu dessine des reportages pour Paris Presse puis, en 1966, couvre le procès Ben Barka pour Le Figaro.. Il publie dans L'Enragé, journal éphémère de caricatures de Mai 68. Il reçoit en 1969 le Crayon d'or du dessin de presse, remis par Pierre Dac.. La même année, il fait partie des dessinateurs de Hara-Kiri hebdo., qui sera interdit du fait de la couverture du sorti le vendredi , daté du lundi ., « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». Il rejoint une semaine plus tard, le nouvellement créé Charlie Hebdo, pour deux pages par semaine, jusqu'en 1981.
Cabu et Reiser quittent Pilote en février 1972 car Cavanna impose aux dessinateurs de travailler exclusivement pour Charlie Hebdo. Fred continue de dessiner à Pilote.
En novembre 1972, il participe à la création du mensuel écologiste La Gueule ouverte aux côtés de Pierre Fournier, pacifiste convaincu et journaliste à Charlie Hebdo, d'Émile Prémillieu, de Cavanna, de Georges Wolinski et de Reiser.. Pierre Fournier meurt un an plus tard, et Isabelle Monin, l'épouse de Cabu, devient directrice du journal.
Antimilitariste Militant pacifiste, auteur de centaines de dessins antimilitaristes, Cabu est condamné six fois pour insultes à l’armée ou atteinte à son moral.... Il participe à la lutte du LarzacUne bande dessinée pour l'histoire et la mémoire, le Larzac une lutte pour la terre, France 3 Occitanie, Patrick Noviello, 07 avril 2024. En , lors d’une campagne pour l’abolition de la justice militaire menée par de nombreuses associations., il illustre une affiche et la plaquette La justice militaire, ce qu’il faut savoir. éditée par le mensuel Cité nouvelle.. Dans plusieurs villes, en 1976 et 1977, l’affiche fait l’objet d’une série de condamnations... des colleurs, du dessinateur, du directeur de Cité nouvelle. et du directeur du journal Lutte antimilitariste qui publie l’affiche en couverture.. Cabu illustre le livre Les Juges kaki de Mireille Debard, secrétaire du Groupe d’action et de résistance à la militarisation, et Jean-Luc Hennig. Il réalise de nombreux reportages sur des procès de réfractaires à l’armée. À bas toutes les armées ! et Adjudant Kronenbourg sont des anthologies de ses dessins antimilitaristes. Après l'assassinat de Cabu en 2015, l’Union pacifiste publie Merci Cabu !, recueil des dessins offerts, de 1975 à 1993, par l’auteur pour les unes du journal de l’association..
Critique de toutes les religions En 2006, à la suite des polémiques ayant suivi la publication de dessins satiriques représentant le prophète Mahomet dans la presse scandinave, Le Monde interroge huit dessinateurs et caricaturistes, dont Cabu qui déclare :
Caricaturiste populaire Droit de réponse et Récré A2 Engagé par Jacqueline Joubert en septembre 1978, Cabu apparaît dans l'émission télévisée Récré A2 dont la devise était : « Apprendre en s'amusant ». Il crée des planches en direct et relève les défis de dessins lancés par les téléspectateurs aux côtés de William Leymergie dans une rubrique intitulée Maraboud'ficelle. Il refuse catégoriquement de suivre l'animatrice Dorothée dans son transfert sur TF1, préférant marquer sa fidélité à l'émission de Jacqueline Joubert et au service public. Il y reste jusqu'à la fin de l'émission en juin 1988 avec l'équipe des mercredis matin dont Marie Dauphin et Charlotte Kady. ..
En 1982, il travaille pour FR3, Antenne 2 et TF1.
Il participe à l'émission Droit de réponse, présenté par Michel Polac de 1981 à 1987.. Accompagné de Siné, Wiaz et Wolinski, Cabu illustre en direct les débats de l'émission sur une palette graphique. Un dessin de Wiaz, « Une maison de maçon, un pont de maçon, une télé de m… », brandi à l'antenne par l'animateur aurait entrainé la fin de l'émission, le . Le sujet évoquait la corruption dans la construction, et n'épargnait pas le nouveau propriétaire de TF1, l'entrepreneur Francis Bouygues...
Toujours sur Antenne 2, à l’invitation du producteur Daniel Patte, il participe à partir de 1987 à Télématin, réagissant en direct par ses dessins au contenu de l'émission et à l'actualité. Sa notoriété lui vaut une notice biographique en 1985 dans le Petit Robert des noms propres.
Le Canard enchaîné thumb|upright=1.2|Affiche du documentaire Aux 4 coin-coins du Canard (1989), avec quatre dessins de Cabu. Il travaille pour Le Canard enchaîné à partir de 1982. Il y transpose le personnage du Beauf, actualisé en 1995..
Il rencontre Véronique Brachet, attachée de presse des Éditions Dargaud, alors qu'il travaillait pour le magazine Pilote.. Il s'installe dans le quartier Saint-Germain-des-Prés en 1975 pour se rapprocher des clubs de jazz. Il divorce d'Isabelle en 1976.
Résurrection de Charlie Hebdo En 1991, Cabu est de l'aventure de La Grosse Bertha jusqu'à ce qu'il démissionne, avec Philippe Val, à la suite d'un différend avec le directeur de publication, Jean-Cyrille Godefroy. Cabu et Val désirent avoir leur propre hebdomadaire, et ressuscitent Charlie Hebdo dont ils financent le premier numéro avec Renaud et Gébé..
Le premier numéro sort le et connaît le succès. Il est tiré à .. Charlie Hebdo retrouve l'ancienne maquette et une partie de l'ancienne rédaction du journal, dont Cavanna, Delfeil de Ton, Siné, Gébé, Willem, Wolinski, Cabu, et de nouvelles signatures : Charb, Oncle Bernard, Renaud, Riss et Tignous.
Outre ses travaux pour le Canard enchaîné et Charlie Hebdo, Cabu effectue des reportages dessinés à New York, en Chine et en Inde d'où il rapporte des livres de croquis.
Pour Jean-Luc Godard, il est le ..
Vie privée Cabu s'est d'abord marié à Isabelle Monin, qui devint rédactrice en chef du magazine écologiste La Gueule ouverte, avec laquelle il a eu un fils, le chanteur Mano Solo (Emmanuel Cabut), décédé le ..