Cinna (ou la Clémence d’Auguste) est une tragédie de Pierre Corneille écrite pour le Théâtre du Marais en 1641 et publiée en 1643 chez Toussaint Quinet.

Située à l'époque de la Rome antique, l'action témoigne de préoccupations plus contemporaines, et développe une méditation sur la mise au pas de la noblesse sous le règne de et le gouvernement de Richelieu. Hanté par la question de la Grâce, Corneille ne cesse de se demander comment mettre fin à la spirale de la violence. Sa réponse est une apologie du pouvoir fort, dont la magnanimité est précisément l'un des attributsOlivier Chaline et Edmond Dziembowski, in Michel Figeac (), État, pouvoirs et contestations dans les monarchies française et britannique et dans leurs colonies américaines (vers 1640-vers 1780), Armand Colin, 2018, .

Le personnage historique que met en scène cette pièce et qui lui a donné son titre est Cnaeus Cornelius Cinna Magnus, à ne pas confondre avec son grand-père ni avec son père qui se nomment pareillement Lucius Cornelius Cinna (le premier ayant été consul en -87, et le second préteur en -44). Avec son nom Cornelius , il leur a emprunté son premier surnom Cinna ; de plus il a emprunté son prénom Cnaeus et son deuxième surnom Magnus (« le Grand ») à son grand-père maternel Pompée.

Personnages Octave-César Auguste, empereur de Rome. Livie, impératrice. Cinna, petit-fils de Pompée, chef de la conjuration contre Auguste. Maxime, autre chef de la conjuration. Émilie, fille de C. Toranius, tuteur d'Auguste, et proscrit par lui durant le Triumvirat. Fulvie, confidente d'Émilie. Polyclète, affranchi d'Auguste. Évandre, affranchi de Cinna. Euphorbe, affranchi de Maxime.

Résumé Acte I L’empereur Auguste a jadis fait exécuter Toranius, le père de la jeune Émilie qu’il considère désormais comme sa fille. Émilie, amoureuse de Cinna, lui demande de sauver son honneur en tuant Auguste, sans quoi elle ne l’épousera pas. Cinna, aidé par son ami Maxime, organise alors un grand complot contre l’empereur afin de l’assassiner...

Scène I Émilie Monologue d'Émilie. On y apprend son projet de vengeance contre Auguste, qui a tué son père. Cinna, son amant, est celui qui doit accomplir cette vengeance en échange de l'amour d'Émilie. Dilemme cornélien d'Émilie, partagé entre son amour pour Cinna, et son devoir envers son père. Elle domine finalement sa crainte pour la vie de Cinna et fait passer son devoir avant sa passion.

Scène 2 Émilie, Fulvie Fulvie cherche à freiner les envies de vengeance d'Émilie. Elle lui rappelle les bienfaits qu'Auguste lui pourvoit, sa place à la cour de l'empereur. Pour Émilie, ces bienfaits restent ceux d'un maître envers une proscrite. Si elle le pouvait, elle prendrait la place de Livie, la femme d'Auguste, pour mieux se venger. Fulvie conseille à Émilie d'attendre que d'autres accomplissent cette vengeance à sa place, l'argument étant que beaucoup d'autres personnes ont eu à souffrir d'Auguste, et qu'elle ne sera pas la seule à vouloir se venger. Mais remettre sa vengeance entre les mains du hasard, attendre que celle-ci vienne d'un autre, ce n'est pas une attitude assez noble pour Émilie. Cette dernière recherche aussi la gloire que lui apporterait le fait d'être responsable de la mort d'un tyran. Elle prétend ainsi servir l'intérêt général, en tuant Auguste, bien que ses motivations soient principalement personnelles.

Scène 3 Cinna raconte à Émilie les préparatifs qu'il est en train de faire avec ses amis conspirateurs. Il prémédite de tuer Auguste au moment où celui-ci s'apprêtera à accomplir un sacrifice au Capitole. Cinna, étant du sang de Pompée, affirme sa volonté de vengeance.

Scène 4 Evandre arrive, et annonce qu'Auguste fait demander Cinna et Maxime. Cinna se pense découvert. Émilie lui ordonne de fuir, mais Cinna refuse. Une fuite à ce moment serait l'annonce claire d'une culpabilité.

Acte II Mais Auguste, lassé d’être le maître du monde romain, demande conseil à Maxime et à Cinna, qu’il adore : doit-il renoncer à l’Empire ? Tandis que Maxime lui conseille d'y renoncer, Cinna le persuade de rester sur le trône, à la tête de l'empire. L’empereur remercie les deux hommes de leurs conseils en leur offrant des postes importants et des terres, et donne Émilie en mariage à Cinna.

Scène 1 Auguste commence sa tirade. Il y annonce sa lassitude du pouvoir, des contraintes qui y sont liées, son souci des traitres. Il convoque les exemples du passé, César, mort assassiné alors qu'il était bon, et Sylla, mauvais empereur est mort aimé de son peuple. Ces exemples du passé ne lui permettent pas de savoir quoi faire. Il demande conseil auprès de Cinna et Maxime. Doit-il abdiquer ? Cinna et Maxime vont tour à tour argumenter sur deux positions divergentes : pour Cinna, Auguste doit garder le pouvoir, alors que Maxime pense qu'il n'y a pas de honte pour Auguste de se retirer.

Auguste est finalement convaincu par Cinna et reste sur le trône.

Scène 2 Les cadeaux faits par Auguste laissent Maxime et Cinna dubitatifs. Maxime pense que cet acte révèle la bonté d'Auguste, il se questionne aussi sur les conséquences de cet assassinat : rien ne garantit que le futur empereur serait meilleur qu'Auguste. Pour Cinna - et c'est là qu'il affirme sa dimension de héros cornélien- il ne faut pas se laisser attendrir par ces présents mais mener à bien la conspiration.

Acte III Or, Maxime aime Émilie. Et quand Cinna lui avoue la raison qu’il avait de persuader Auguste de demeurer empereur, il devient fou de douleur. Tuer un empereur qui leur accorde sa confiance, et ce, afin de satisfaire un rival ? Euphorbe, confident de Maxime, lui conseille de trahir Cinna, mais Maxime n’ose l’écouter. Cinna de son côté a également affaire à un cas de conscience : la bonté d’Auguste amollit sa détermination mais face à la cruelle inflexibilité d’Émilie, il se résigne, désespéré, à tuer Auguste, quitte à sacrifier sa vie ensuite pour sauver son honneur.

Scène 1 Maxime, Euphorbe Cinna a confié à Maxime son amour pour Émilie, et le pacte qui les lie : il ne peut avoir Émilie que s'il tue Auguste. Maxime comprend que la conspiration de Cinna est au service de sa passion plus qu'à celui de l'intérêt public. Il comprend pourquoi Cinna a mis tant d'efforts à convaincre Auguste de rester sur le trône : s'il abdiquait, les conspirateurs ne trouveraient plus d'intérêt à sa mort et Cinna ne pourrait plus accomplir la vengeance d'Émilie. Maxime avoue à Euphorbe qu'il est de plus le rival de Cinna, puisqu'il aime également Émilie. Il comptait la séduire par quelques grands exploits, mais Cinna lui coupe l'herbe sous le pied. Maxime est tiraillé entre son amour pour Émilie et son amitié envers Cinna. Euphorbe conseille alors à Maxime de dénoncer le complot à Auguste pour que ce dernier lui offre Émilie. Maxime rejette d'abord cette idée de trahir son ami, mais Euphorbe cherche à le convaincre que l'amour a tous les droits et passe au delà de l'amitié. De plus, le crime à venir de Cinna justifie d'autant plus de le trahir. Il rappelle que Cinna n'agit que pour son propre intérêt personnel et servirait sûrement le prince si Émilie n'était pas en jeu. Il prétend de plus que Cinna pourrait s'octroyer le pouvoir d'Auguste après son forfait, et faire de Maxime même un esclave. Maxime à ce stade commence à se laisser convaincre, mais se demande comment donner Cinna sans trahir les autres conjurés, qui eux, œuvrent vraiment pour le bien du pays. Maxime dit ne pouvoir se résoudre à perdre tant d'hommes pour un seul coupable. Euphorbe lui dit alors qu'Auguste a perdu de sa rigueur et pardonnera aux complices. Maxime combat encore son idée : c'est une folie d'acquérir Émilie à ce prix. Comment pourrait-elle être séduite par un homme qui agit de cette façon, en trahissant son ami ? De plus, elle aime déjà Cinna, le faire perd ne ferait qu'attiser sa haine. Maxime préfère gagner Émilie par le cœur, plutôt que l'obtenir d'Auguste. En donnant Cinna, il trahirait l'amant d'Émilie, l'empêcherait de se venger d'Auguste, et conserverait la vie du tyran. Comment Émilie pourrait-elle l'aimer après cela ? Euphorbe dit alors qu'il faut agir en secret. Maxime craint que Cinna ne dénonce Émilie lorsqu'il sera exposé, et qu'Auguste ne punisse Émilie avec lui. Il se demande s'il pourrait demander à Auguste, dans ce cas, de garder la vie d'Émilie sauve en échange de cette information. Maxime dit ensuite à Euphorbe qu'il agira sous peu. Cinna arrive et la scène se termine.

Scène 2 Cinna, Maxime Cinna confie à Maxime le dilemme qui le tiraille. Auguste lui semble maintenant généreux et Émilie cruelle. L'idéal aurait été qu'Auguste sût empêcher Émilie de fomenter une vengeance, ou qu'il fût moins bon pour que l'acte de le tuer en soit facilité. Les bienfaits qu'Auguste montrent à Cinna nourrissent ses remords.

D'un autre côté, Cinna ne peut pas oublier le serment qui le lie à Émilie. La haine d'Émilie pour Auguste se communique à Cinna. Quoi qu'il fasse, la situation ne peut pas bien finir : s'il renonce au crime, il se fait sacrilège, s'il l'exécute, il devient parricide. Dans les deux cas, il faut se montrer perfide. Maxime s'étonne de ces nouvelles dispositions alors qu'il y a peu Cinna paraissait ferme dans ses intentions. Cinna lui explique que c'est l'approche du coup qui fait chanceler sa confiance. Il prend l'exemple de Brutus qui a son avis, devait être pris des mêmes incertitudes. Maxime au contraire, lui dit que Brutus était trop vertueux pour chanceler face à son acte. Il invite Cinna à imiter Brutus, puisque de surcroît, c'est à cause de Cinna et du fait qu'il a convaincu Auguste de rester au pouvoir, que le seul moyen de s'en débarrasser maintenant est de le tuer. Il lui demande d'assumer ses actes et d'aller jusqu'au bout de son entreprise. Il lui dit de se rendre sourd aux bienfaits d'un tyran et d'écouter plutôt la voix de la souffrance de Rome. Cinna fait part de son intention de parler à Émilie de ses nouvelles dispositions d'esprit, et veut laisser libre cours à sa mélancolie. Maxime se retire.

Scène 3, Cinna Monologue de Cinna qui souligne son dilemme. Il penche finalement vers Auguste et ne peut se résoudre à l'assassiner. Il veut tenter de convaincre Émilie d'abandonner son projet de vengeance.

Scène 4 Émilie, Cinna, Fulvie Émilie fait part de son soulagement, Auguste n'est pas encore au courant du complot et la vie de Cinna est sauve. Cinna fait part à Émilie de son trouble. Elle en est irritée et cherche à le culpabiliser d'avoir abjuré. Même si Auguste lui a donné sa main, elle ne lui appartiendra pas s'il ne va jusqu'au bout de sa promesse. Il rappelle à Émilie que c'est grâce à lui qu'Auguste est toujours sur le trône et qu'il est toujours possible de s'en venger pour cette raison. Fureur d'Émilie envers Cinna qui veut obtenir d'elle qu'elle le retienne de tuer Auguste. Cinna dit que les motifs d'Émilie sont contre l'honneur et la vertu ; elle, au contraire, dit que cette haine est la vertu même, digne d'une romaine. La honte d'être esclave est pire que la mort. Cinna réplique qu'être l'esclave d'Auguste, c'est finalement se hisser au même niveau que les rois. Émilie rétorque qu'un citoyen romain vaut plus que tous les rois de la terre. Cinna prétexte craindre qu'assassiner Auguste irait contre la volonté divine, qui se vengerait. Émilie rétorque à Cinna qu'il n'a qu'à se rendre esclave et oublier sa naissance. Si Cinna ne peut tuer Auguste, elle le fera elle-même, au prix de sa vie. Cinna, tyrannisé par Émilie, déclare qu'il tuera Auguste, mais qu'il se tuera ensuite lui-même.

Scène 5 Émilie, Fulvie Émilie pleure à l'idée d'envoyer Cinna à la mort. Elle charge Fulvie d'essayer de convaincre Cinna de ne pas se tuer.

Acte IV