thumb|right|Sceau de Demetrios Paléologue, despote de Morée de 1449 à 1460; légende : « Demetrios, fidèle au Christ-Dieu, Despote, Le Paléologue. Porphyrogénète. »
Le terme despote (en grec ancien , « maître » ; en serbe et bulgare : деспотLidell, Scott, « Despotes », A Greek-English Lexicon at the Persus Project.Harper, Douglas. "despot". Online Etymology Dictionary.Littéralement « Maitre de la maison.) est un titre aulique byzantin conféré par l’Empereur régnant à certains de ses fils ou beaux-fils et, du moins à l’origine, impliquait un droit de succession.
De Byzance ce titre se répandit dans les Balkans ainsi que dans les États où se faisait sentir l’influence culturelle byzantine tels l’empire latin de Constantinople, le Second Empire bulgare, l’Empire serbe, ainsi que dans l’empire de Trébizonde. Ce qui était à l’origine un titre personnel prit alors une connotation géographique et on parla de « despotat » pour désigner les apanages que dirigeaient de façon quasi-autonome les princes ayant ce titre. Les plus connus furent les despotats de Morée, d’Épire, de Dobroudja et de Serbie.
L’épouse du despote était connue comme la « despόtissa » (en grec : ; en bulgare : деспотица; en serbe : деспотица), ou « despoina » (en grec : ).
Le terme de despote est devenu une notion politique pour qualifier un régime où une seule personne contrôle l'État, une situation qualifiée de despotisme, avec une connotation négative, similaire à l'autoritarisme ou la dictature.
Historique thumb|left|L’impératrice Eugenia Ingerina avec ses fils, Léon VI (à gauche) et Alexandre (à droite), tous deux appelés despotes (ΔECΠOTHC).
À l’origine, le terme grec voulait simplement dire « maître ». et était l’équivalent de . Son équivalent latin était « ». Ces termes étaient alors une marque de respect plutôt qu’un titre officielGrierson, Bellinger & Hendy, (1973), . Il s’appliquait alors à toute personne d’un certain rang, et de façon plus spécifique à DieuApocalypse, 6. 10., aux empereurs d’Orient et d’Occident, ainsi qu’aux évêques et patriarches. À l’occasion, il était utilisé de façon plus formelle, par exemple sur des pièces de monnaie (depuis Léon III l'Isaurien, [r. 717-747]) et sur des documents officielsKazhdan (1991) « Despotes », vol. 1, , marquant ici également le respect. Jusqu’au , ce titre informel sera utilisé concurremment avec le titre officiel de basileus.
Bien que son emploi se soit étendu à des gens de la haute noblesse à partir du début du , le terme « despote » commença à être utilisé de façon formelle par Manuel Comnène (r. 1143-1180) qui le conféra en 1163 au futur roi de Hongrie, Béla III (r. 1172-1196), son beau-frère, qui le portera jusqu’à la naissance d’Alexis II en 1169, lequel deviendra l’héritier du trône. Selon l’historien contemporain de l’époque, Jean Kinnanos, le titre de despote était l’équivalent du titre hongrois « urum » que portait l’héritier du trôneGuilland (1959), .
Depuis lors et jusqu’à la fin de l’Empire byzantin, le titre de « despote » devint la plus haute distinction aulique, ses détenteurs prenant place « immédiatement après l’empereur »Guilland (1959), . Néanmoins, les empereurs byzantins, des Comnène aux Paléologue, ainsi que les empereurs latins de Constantinople qui revendiquaient leur succession et reprenaient leurs traditions, continuèrent à utiliser le terme de « despote » au sens générique de « seigneur » sur leurs sceaux personnels ainsi que sur les pièces de monnaie qu’ils émirentShawcross (2012), Van Tricht (2011), . De façon similaire, les titulaires des deux titres venant immédiatement au-dessous, « sebastocrator » et « césar » pouvaient se voir désignés comme « despota » ()Guilland (1959) . De même que le « césar », le « despote » était qualifié d’, « très privilégié », ou , « le plus privilégié de tous »Guillard (1959) .
Au cours des dernières décennies de l’Empire byzantin, alors que celui-ci était progressivement rogné par l’envahisseur turc et que l’empereur désirait garder un certain contrôle sur des territoires séparés géographiquement de Constantinople, le titre fut conféré à des fils cadets de l’empereur (le fils ainé étant couronné coempereur avec le titre de « basileus »), de même qu’à des beaux-fils (gambroi). Le titre était accompagné d’une série d’honneurs et de privilèges, incluant le gouvernorat de grands domaines (ceux de Jean Paléologue, frère de Michel VIII [r. 1261-1282], comprenaient les iles de Lesbos et de Rhodes). Comme ceux de « sebastokrator » et de « caesar », ce titre était strictement une distinction aulique et n’était rattaché à aucune fonction militaire ou civileGuilland (1959), .
Les femmes, qui ne pouvaient avoir en propre un titre de noblesse, portaient celui de leur époux. Ainsi la « despote » (despotissa) avait le droit de porter les mêmes attributs et insignes que celui-ci. Au sein de la cour impériale, une « despote » prenait immédiatement rang après l’impératriceGuilland (1959), .
L’usage de ce titre se répandit dans les autres pays des Balkans. L’empire latin de Constantinople le conféra au doge de Venise, Enrico Dandolo, et au gouverneur local de la région des Rhodopes, Alexis Slave (aristocrate bulgare de la famille des Asen). À partir de la décennie 1220, il fut porté régulièrement (soit qu’il ait été conféré ou usurpé) par le « podestat » vénitien de Constantinople, signe de l’appui vital que Venise apportait à l’empireVan Tricht (2011), . En 1279/1280, il fut conféré au puissant magnat bulgare Georges Terter qui devait plus tard devenir tsar (Georges Terter, r. 1280-1292). Le titre fut également conféré dans l’Empire serbe à divers seigneurs, le premier étant Jovan Oliver (vers 1310-1356) ; en Serbie toutefois, on le retrouve dans des principautés de moindre importance, y compris chez les despotes albanais d’ArtaGuilland (1959), . Au , les gouverneurs vénitiens de Corfou se donnèrent le titre de « despotes ».
Ce titre étant normalement concédé par l’empereur. Impliquant un certain degré de suzeraineté, les empereurs Paléologue tenteront pendant une longue période de convaincre les empereurs de Trébizonde d’abandonner leurs prétentions au titre d’ « empereurs des Romains » pour se contenter de celui de « despotes ». Seuls Jean II de Trébizonde (r. 1280-1297) et son fils, Alexis II (r. 1297-1330) accepteront officiellement cet arrangement, quitte à conserver le titre de « basileus » à l’intérieur de leurs propres frontièresGuilland (1959) .
La mort du dernier empereur de Byzance, Constantin XI, le , mit fin à la tradition. Toutefois, ce titre fut conféré par le pape Paul II (r. 1464-1471) en 1465 à Andreas Paléologue, héritier du trône de ConstantinopleHarris (2013), Zakythinos (1932), . Les rois de Hongrie le conféreront également aux héritiers du despotat de Serbie.
Despotat thumb|right|Le despotat de Morée en 1450, divisé entre les deux frères Thomas et Démétrios Paléologue.
À partir de la deuxième moitié du , divers territoires de l’empire furent mis sous la gouverne de princes ayant rang de « despotes », apanages semi-autonomes, qui devinrent connus dans l’historiographie comme « despotats » (en grec ancien : δεσποτάτον, despotaton au sing.) ; dans le monde byzantin les plus connus sont le despotat d’Épire et le despotat de MoréeGuilland (1959), . Le lien entre le titre et le territoire se répandit dès la fin du et devint courant à partir du milieu du alors qu’une série de « despotes » de la même famille se succédèrent à leur têteGuilland (1959), se déduit des pages 71-77.
Néanmoins, cette désignation est inadéquate. En effet, le titre de « despote » comme tout autre titre aulique byzantin, n’était ni héréditaire ni relié à un territoire. Même dans les « despotats » bien établis, le fils d’un despote ne pouvait succéder à son père ni hériter du titre si celui-ci n’était pas renouvelé par l’empereur. Selon la tradition byzantine, une distinction très nette existait entre la dignité personnelle de « despote » et toute autre fonction ou dignité de son titulaire. Ainsi, par exemple, Jean II Orsini (gouverne l’Épire 1323-1335) est appelé « le gouverneur d’Arcamanie, le despote Jean » et non « le despote d’Arcamanie » dans les textes de l’empereur-historien Jean VI Cantacuzène (r. 1347-1354)Guilland (1959) .
Insignes thumb|left|Sceau de Constantin XI Paléologue revêtu des habits impériaux et portant la mention « despote » et « porphyrogénète ».
Selon le De Officiis de Georges Kodinos (milieu du ) et la description faite par l’historien Georges Pachymère, les insignes de « despote » se distinguaient par leur couleur pourpre et blanche ainsi que par une riche parure de perlesFailer (1982) . Elles comprenaient : un chapeau à rebord appelé « skiadion », orné de perles avec un cache-col sur lequel était brodé en or le nom de son possesseur et agrémenté de pendentifs « similaires à ceux de l’empereur ». Le skiadion était un chapeau pour tous les jours, mais il était défendu aux despotes n’ayant pas encore atteint l’adolescence de le porter à l’intérieurVerpeaux (1966), . Lors des cérémonies et festivités, les despotes portaient le « skiadion » couronné, décoré d’une armature d’or, de pierres précieuses et de perlesVerpeaux (1966), ; une tunique rouge semblable à celle de l’empereur, avec broderies d’or dans le style « rizai », mais sans décorations militaires, ainsi que des jambières et un manteau (tamparion) de couleur rouge avec de larges bandesVerpeaux (1966), . Lors de célébrations, il portait un « kabbadion », sorte de long caftan de couleur rouge ou pourpre décoré de perlesVerpeaux (1966), ; des bottines souples de couleurs pourpre et blanche, décorées de l’aigle impériale à deux têtes en perles sur les côtés et sur le cou-de-pied; les éperons étaient également de couleurs rouge et blancheVerpeaux (1966), Dans les rares occasions où un empereur voulait accorder une faveur spéciale à l’un de ses fils (Constantin Paléologue sous Michel VIII Paléologue et Mathieu Cantacuzène sous Jean VI Cantacuzène), ce dernier était autorisé à porter des bottes identiques à celles de l’empereur, ce qui lui conférait un rang quasi-impérial, « supérieur à celui d’un despote » (ὑπὲρ δεσπότας)Failler (1982), Guilland (1959), ; la selle du despote ainsi que le harnachement de son cheval étaient similaires à ceux de l’empereur, encore une fois de couleurs pourpre et blanche décorés de perles formant des aigles ; le revêtement de la selle et de la tente du despote étaient de couleur blanche ornés d’aigles rougesVerpeaux (1966), ; le despote pouvait également signer ses lettres à l’encre rouge foncé, l’empereur le faisant avec une encre rouge vifFailler (1982), s .
Titulaires Empire byzantin Remarques : (1) les noms en italique indiquent des personnes revendiquant ce titre sans qu’il ait été conféré par un empereur byzantin régnant; (2) le signe « ‘ » indique une décennie