Charles Edouard Camille Prilipp dit Camille Schubert, né à Paris le Fiche de naissance n° 30/51. Archives en ligne de la Ville de Paris, état-civil reconstitué du 3ème arrondissement, année 1810. et mort à Montmagny le Acte de décès n° 51 (vue 132/319). Archives départementales en ligne du Val d'Oise, état-civil de Montmagny, registre NMD de 1889., est un compositeur français,

Auteur de nombreux quadrilles, valses et autres musiques de danse, il était également éditeur de musique à Paris.

Prilipp, éditeur et compositeur Camille Prilipp était le neveu de Léon PrilippLe père de Camille Prilipp se prénommait Jean Geoffroy., ouvrier chez Pleyel, qui fonda en 1816 son propre atelier de fabrication de pianos et d'édition musicale<ref>Voir et les entrées Prilipp' dans l' Agenda musical (Paris, 1837), consultable sur Gallica.</ref>. C'est ainsi qu'après la mort d'Ignace Pleyel en 1831, les Prilipp récupérèrent une partie du catalogue, comprenant notamment des œuvres de ChopinEn 1834 Pleyel publiait le Rondo op. 16 de Chopin ; la même année le Boléro op. 19 paraît chez Prilipp, successeur de Pleyel à la même adresse..

Ayant étudié avec ReichaSelon Antoine Elwart, in L'Univers musical , n° 15, 9 avril 1863, p. 115. Consultable sur Gallica. », Camille Prilipp s'était donc établi en 1834 comme éditeur de musique au 18, boulevard Montmartre. L'éditeur allemand Härtel en parle ainsi à son agent parisien Heinrich Probst :

Qui est ce Monsieur Prilipp qui détient des parts des éditions Pleyel ? Est-ce ce petit jeune homme que j'ai vu avec vous au magasin, et des compositions duquel vous me disiez du malLettre du 8 octobre 1834 in Heinrich Probst, Hans Lenneberg, "Letters published in their original house-organ, Der Bär of 1928 — Breitkopf und Härtel in Paris: the letters of their agent Heinrich Probst between 1833 and 1840, Pendragon Press, 1990, , p. 18, p. 83. Consultable sur Google LivresDans sa réponse le 15 octobre 1834, Probst confirme — l'un comme l'autre espèrent prendre Prilipp « sous leurs ailes », plutôt que de le voir collaborer avec Schott. ?

Prilipp déménage quelques années après. Ainsi, selon Fétis,

M. Prilipp [...] tint pendant de longues années, sur le boulevard des ItaliensAu n° 19., un établissement de librairie musicale auquel il a renoncé il y a peu de temps, et qu'il achalandait surtout de ses propres œuvres, publiées sous le nom de Camille Schubert. Celles-ci, dont le nombre ne s'élève guère à moins de quatre-cents, consistaient surtout en transcriptions, fantaisies légères sur des thèmes d'origine populaires, et en morceaux de musique de danse : quadrilles, galops, polkas, rédowas, etc.

Le « Schubert parisien » Dès 1827 (il a 17 ans !), Prilipp fait paraître ses premières romancesCf. Journal des Artistes, 7 octobre 1827, p. 647-648. Consultable sur Gallica.. S'il publie d'abord ses œuvres sous son vrai nom (jusqu'à l'opus 6), il ne tarde pas à masquer son identité en empruntant le patronyme du célèbre Viennois. Cela n'est pas du goût de tous ! En témoigne ce savoureux échange, alors qu'il présente au Cercle Sainte-Cécile son Album Camille Schubert pour l'année 1840 :

M. le président invite M. Prilipp à donner quelques explications sur le Schubert dont il publie les œuvres. M. Prilipp (avec hésitation) : C'est un Schubert...

— Je vois bien que c'est un Schubert ; mais voilà déjà une infinité de Schubert qui se présentent à l'horizon musical. On ne fait plus un pas sans coudoyer une mélodie de Schubert, et c'est fort gênant. M. Prilipp se retire un peu confusin Le Ménestrel, Paris, n° 316, 29 décembre 1839, p. 4. Consultable sur Gallica.Lire aussi la Revue de Paris, Bruxelles, février 1844, p. 306-308. Consultable sur Gallica..

En 1843 Heine n'a pas une meilleure opinion que Probst :

Le plus misérable rebut de romances paraît ici sous le nom simulé de Camille Schubert, et les Français, qui ignorent sans doute que le prénom du véritable Schubert est François, se laissent tromper de la sorte. Pauvre Schubert !Henri Heine, Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France, Paris, 1855, p. 323. Consultable sur Internet Archive. Version originale consultable sur Google Books.

Du reste, presque toute sa carrière durant, le choix de ce nom sera critiqué. Ainsi, encore en 1867 :

Ne serait-ce pas le cas, pour l'honorable musicien qui se cache sous le nom si connu que l'on vient de lire, de renoncer à un pareil pseudonyme et de reprendre tout simplement celui qui ne peut le faire confondre avec le célèbre auteur des Lieder, celui qui lui appartient de par son acte de naissanceLe Ménestrel, Paris, 10 mars 1867, p. 119. Consultable sur Gallica.?

Succès de la musique légère La musique légère du « Schubert parisien » semble en tout cas avoir eu un certain succès, tant par sa facilité d’exécution, comme en témoigne une revue d'époque :

Abordable aux jeunes talents par sa facilité...

Le nom de l'auteur est la garantie d'un arrangement facile et agréablein Journal des Demoiselles, 1851, n° VI, p. 184. Consultable sur Internet Archive..

... que par son caractère léger :

Un nouveau recueil de quadrilles de Camille Schubert est de même appelé à une grande vogue. [...] Il deviendra indispensable dans toute soirée joyeuse, à cause de la gaieté de ses motifs et de leur habile arrangementin Journal des Demoiselles, 1851, n° I, p. 24. Consultable sur Internet Archive..

Ce succès peut se mesurer dans ce désuet poème :

Toi, dont j'étais jaloux ! toi seule ! ô walse aimée ! Ô walse! accords si doux d'une nuit parfumée! T'en souvient-il ? — La lune apparue au balcon Laissait jusque sur nous se glisser son rayon, Tandis qu'à mon côté, debout et recueillie, Ses yeux cherchant les miens avec mélancolie, Ses cheveux sous la brise effleurant mes cheveux. Elle écoutait du cœur mes timides aveux, Et, quand j'avais fini, pleurant des pleurs de joie, Cachait son front aux plis des longs rideaux de soie.

Cependant on walsait dans le salon voisin, Et le son affaibli de notre clavecin, Parmi le bruit des pas et les rires des femmes, Nous arrivait plus tendre et berçait nos deux âmes... Et nous sentions soudain les mots nous revenir. Toi, que je rattachais à ce seul souvenir.

Ô walse ! il est donc vrai, maintenant dans la rue Tout orgue peut redire à la foule accourue ! Ce que nul après moi ne devait profaner, Ce bonheur ressenti que tu savais donner, Que je croyais encore être seul à comprendre, Lorsqu'à mon cœur ému tu te faisais entendre Comme un flot triste et doux soulevé par le vent, Qu'on écoute de loin et qu'on suit en rêvant. — Une femme en passant peut en parler et rire, Et critiquer tout haut ce que mon âme admire ! Et je ne pourrai plus marcher aux carrefours Sans que sur mon visage on lise mes amours !

Hier un oiseau charmant chantait à ma croisée, Et, leur pâle prunelle ouverte à la rosée, Mes bleus myosotis le regardaient chanter, Quand je vis sur le seuil un enfant s'arrêter, Et deux femmes auprès qui semblaient attentives. Cet enfant préluda par des notes plaintives... Et soudain j'entendis, la tête dans ma main, Comme une jeune voix qui disait : À demain !Puis, sous les peupliers qui bordent la prairie. Je crus voir se glisser comme une ombre chérie... L'air était lourd, nos yeux pleins de douce langueur, Et le bruit d'un baiser résonna dans mon cœur. Ô walse ! c'était toi !

J'entr'ouvris ma fenêtre, Mais l'enfant, sans me voir, venait de disparaître. Hélas! il ignorait de quel charmant bras nu, Et de quels petits pieds je m'étais souvenu.

L'article suivant résume bien le caractère très mondain de cette musique :

Nous nous empressons d'annoncer à nos lectrices l'apparition prochaine de l'Album de M. Camille Schubert, l'habile compositeur qui a signé parmi nous tant de valses élégantes et gracieuses ; tant de polkas, et de quadrilles entraînans ; tant de mélodies ravissantes! — Soit qu'il crée, soit qu'il arrange, M. Schubert est vraiment très-heureux: tout Paris fashionable aime, danse et fredonne aussitôt ses inspirations.

Le cachet particulier des œuvres de M. Schubert, et ce n'en est pas là à nos yeux le moindre mérite, est de respirer toujours certain parfum du salon aristocratique, de l'atmosphère du monde comme il faut : on voit que l'auteur connaît son monde, et que son monde n'est pas celui des bals publicsLa Presse musicale, n° 36, Paris, 10 décembre 1846, p. 3-4. Consultable sur Gallica..

Au milieu du siècle, la notoriété de Camille Schubert était internationale« M. Camille Schubert a une renommée aussi grande à Londres qu'à Paris, et puisque Musard nous délaisse [...] nous prédisons que M. Camille Schubert lui succèdera, comme roi de la contredanse. » — L'Album de Sainte Cécile, n° 31, Paris, 30 octobre 1846, p. 5. Consultable sur Gallica. : les plus célèbres de ses pièces étaient éditées ou rééditées en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis — il faut dire qu'en matière de danse, c'est Paris qui, alors, donnait le ton. Ainsi en 1847, on peut lire dans The Musical World que « Camille Schubert, Strauss [et] Redler [...] sont bien connus et très populaires ». L'articlein The Musical World, volume XXII, n° 5, Londres, 30 janvier 1847, p. 70. Consultable sur Google Livres poursuit, à propos de Cinq Nouvelles Polkas :

Elles sont certainement Cinq, mais incontestablement pas nouvelles. Mais comment attendre de la nouveauté, quand l'accent et le rythme, la mesure et le tempo, ainsi que le caractère, etc. sont contraints d'être invariablement les mêmes, faits d'après un modèle qui doit servir pour l'éternité ? Cependant les polkas de M. Schubert sont très jolies, pétillantes, et surtout essentiellement propres à être dansées.

Théâtre

Camille Schubert s'essaya au théâtre : en 1858 il écrivit la musique de la « féerie-vaudeville » Les Bibelots du Diable et de la revue As-tu vu la comète, mon gas ?'', spectacles de Théodore Cogniard et Clairville représentés au Théâtre des Variétés.

Église Connu pour sa musique légère, Camille Schubert devait vouloir être reconnu comme un compositeur sérieux : sa grande messe solennelle (op. 200) pour solistes, chœur et orchestre, fut donnée à Saint-Eustache en 1854Revue et gazette musicale de Paris, 26 mars 1854, p. 102 et 106. Consultable sur Internet Archive Fétis (op. cit.) donne la date de mars 1855. Voir aussi La caisse des écoles au temps des messes solennelles célébrées en l'église Saint-Eustache : 1850-1877, Thierry Delouche, Groupe CCEE, Aubagne, 2014, p.20 à 24., 1857 et 1863, au profit de la Caisse des écoles de l'arrondissement.

En 1884 il écrivit une marche pour chœur et orchestre, créée pour l'inauguration du clocher de l'église de MontmagnyVoir l'article Wikipédia : Église Saint-Thomas de Montmagny..

Notes et références

Liens externes

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