Le jardin du Lautaret est un jardin botanique alpin d'altitude () du massif alpin, situé au col du Lautaret, sur le territoire de la commune de Villar-d'Arêne, dans le département français des Hautes-Alpes. Il est l'un des plus anciens jardins botaniques alpins d'Europe.. C'est aussi un centre de recherche scientifique et un organisme permettant la diffusion de connaissances scientifiques auprès du grand public.

Présentation vignette|gauche|Le Jardin du Lautaret.

Créé en 1899 par le botaniste Jean-Paul LachmannSerge Aubert : Jean-Paul LACHMANN (1851 - 1907), http://sajf.ujf-grenoble.fr/IMG/pdf/BiographieSynthetique_Lachmann.pdf, le jardin du Lautaret est, avec l'arboretum Robert Ruffier-Lanche, l'un des sites de la station alpine Joseph-Fourier, une structure de l'Université Grenoble-Alpes et du CNRS (UMR 2925). Un « chalet-laboratoire » a été ouvert sur place en 1989 pour l'étude in situ des plantes de montagne. Réservé à la recherche scientifique, il reçoit chercheurs et étudiants. Le jardin est ouvert au public du au . Inaugurée en 2016, la Galerie de l'Alpe, située à l'entrée du jardin, offre des locaux plus adaptés à la recherche ainsi qu'à l'accueil du public et à la formation.

gauche|vignette|Panicaut des Alpes, aussi nommé chardon bleu des Alpes (Eryngium alpinum).

Il rassemble plus de espèces végétales de montagne (flore des Alpes et espèces issues des montagnes des cinq continents.) et des régions arctiques, sur une étendue de deux hectares. La flore rassemblée dans le jardin est organisée sous forme de rocailles thématiques, c'est-à-dire de massifs regroupant les espèces par biotopes, par familles, etc.

Une tufière est également présente sur le site du jardin alpin. Âgée de plus de , elle est la plus ancienne tufière actuellement connue à cette altitude (). C'est un milieu remarquable, protégé à plusieurs titres, dont dans le cadre du réseau Natura 2000. Elle accueille une flore variée et son étude a permis de découvrir certains caractéristiques de l'histoire et de l'évolution du lieu. Une partie de la tufière a servi dans les siècles passés à l'élévation de certaines constructions de la commune de Villar-d'Arène, notamment l'église, ainsi qu'à la construction de certaines rocailles du jardin.

Le jardin a été labellisé « Jardin remarquable » par le ministère de la Culture et de la Communication (Direction de l’architecture et du patrimoine) en 2005, label qui a été reconduit en 2015.

Il est également agréé par l'association Jardins botaniques de France et des pays francophones et sa collection de végétaux des zones alpines est labellisée par le Conservatoire des collections végétales spécialisées...

Le , le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, Thierry Mandon, a visité les installations scientifiques de la station alpine Joseph Fourier, à laquelle appartient le jardin du Lautaret, reconnaissant que l'« on peut faire de la science de très haut niveau ici dans les Hautes-Alpes, de très haut niveau mondial »..

Aux alentours de 2016, le site accueille 20 000 visiteurs par an..

Histoire et contexte

1899 : création des jardins alpins du Lautaret et de Villar-d'Arêne vignette|redresse|Leontopodium kamtschaticum.

Le site du col du Lautaret et ses alentours avaient déjà été remarqués au siècle par Dominique Villars, savant haut-alpin, pour la grande diversité de ses plantes, plus de 1500 espèces. Cette quantité d'espèces correspond au tiers de la flore française au début du . Le col du Lautaret est situé à la frontière à la fois des Alpes du sud et des Alpes du Nord, mais aussi des Alpes externes humides à l'ouest et des Alpes internes sèches à l'est, ce qui le place dans lune zone de transition entre des influences climatiques différentes. Il est également balayé par les vents, ce qui l'assèche. De plus, les alentours présentent des sols variés, avec notamment des massifs sédimentaires (massifs du Galibier et des Cerces) au nord et cristallins au sud (Combeynot et Écrins), ainsi que des reliefs accentués et des vallées pour certaines orientées est-ouest qui offrent un adret et un ubac ayant des conditions d'ensoleillement très différents. Enfin, l'action de l'humain au fil des siècles a fait que l'étage subalpin qui entoure le col du Lautaret est non pas occupé par des forêts de mélèzes mais constitué de prairies, entretenues jusqu'au par le fauchage et par le pâturage.

Dès la fin du siècle, avec les débuts du tourisme dans les Alpes du sud, le col du Lautaret, grâce à la beauté de ses paysages et au fait qu'une voie carrossable le dessert, devient un lieu touristique très fréquenté. L'un des hôtels bâtis au col (en 1914) appartient alors à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM).

C'est grâce à ce contexte exceptionnel que le jardin du Lautaret est créé en 1899 par le professeur Jean-Paul Lachmann., titulaire de la chaire de botanique à la Faculté des Sciences de Grenoble., avec le souhait de développer à la fois un site de recherche et un lieu accessible aux visiteurs à valeur pédagogique. Le site du jardin n'est pas encore à l'emplacement qu'il occupera eu début du . Le professeur avait auparavant mis en place un jardin alpin à Chamrousse (Isère) en 1894 — toutefois, celui-ci étant peu accessible à l'époque, il fermera en 1905. Dans le même temps qu'est créé le jardin au Lautaret, un autre prend place au chef-lieu de Villar-d'Arène, en vue de permettre une étape dans l'adaptation de plantes exotiques avant qu'elles ne soient placées dans le jardin du Lautaret, mais aussi pour étudier l'acclimatation et le développement de plantes agricoles issues d'altitudes plus basses. En 1899, le jardin du Lautaret compte des plantes des Alpes occidentales (), des Pyrénées, du Caucase, mais aussi de l'Himalaya.

Début du : évolutions et développement du jardin du Lautaret De 1908 à 1930 — Jean-Paul Lachman étant mort en 1907 —, le botaniste Marcel Mirande devient titulaire de la chaire de botanique à l'université de Grenoble et le directeur du jardin du Lautaret.. Lorsqu'il entre en fonctions, il est concerné par les trois jardins alpins : celui de Chamrousse, celui situé à côté de Villar-d'Arêne, et celui du Lautaret ; il constate que celui de Chamrousse (le plus ancien) a disparu et celui de Villar-d'Arêne dépérit, et les crédits sont limités : il décide donc de les clore et de privilégier celui du Lautaret, qui n'est pas encore terminé. Dès 1910, espèces végétales se trouvent dans ce jardin. Une pièce du chalet-hôtel des glaciers, tout proche, sert alors de laboratoire ; des mesures météorologiques sont également effectuées. À Grenoble, Marcel Mirande loue dès 1910 un petit jardin qui permet d'obtenir des semis (plus précoces dans cette plaine à une altitude plus basse), ainsi qu'une culture de plantes et un lieu d'expérimentation pour le laboratoire de botanique de l'université.

vignette|gauche|Le chalet Mirande du jardin du Lautaret.

En 1919, la création d'une nouvelle route reliant le col du Lautaret au col du Galibier, appartenant au tracé de la Route des Alpes, impose le déplacement du site du jardin alpin ; ceci s'accompagne de la construction d'un « chalet laboratoire » (nommé ultérieurement chalet Mirande), le tout grâce au Touring Club de France, à la compagnie Paris-Lyon-Marseille (PLM), à l'hôtelier voisin Alexandre Bonnabel, ainsi qu'au botaniste, géographe et prince Roland Bonaparte, la Société nationale d'horticulture de France et l'office national du tourisme. Le chalet abrite les logements du personnel, un petit laboratoire et un musée d'ethnographie créé par Hippolyte Müller, le créateur du Musée dauphinois de Grenoble en 1906. Le musée, nommé « Musée de l'économie domestique alpine du Lautaret » et créé en 1920., présente alors des reconstitutions des intérieurs des habitations alpines et regroupe de nombreux objets issus des Hautes-Alpes ; il disparaîtra au début des années 1930 avec la mort d'Hippolyte Müller. En 1922, plus de 1000 personnes ont visité le musée, et plus de ont visité le jardin.. Durant cette période, le jardin du Lautaret profite notamment à des activités de recherche du botaniste Jules Offner du Laboratoire de botanique de la Faculté des Sciences de l'Université de Grenoble, avec Roger Heim, ainsi qu'à celles de Marcel Mirande sur la biochimie des plantes. Les recherches scientifiques au jardin alpin sont liées à l'agronomie alpestre, l'acclimatation d'essences forestières, des études botaniques alpestres, l'accueil de chercheurs et la fourniture de matériel scientifique. Un petit musée de minéralogie, destiné à illustrer la diversité géologique des environs, existe aussi : une partie des échantillons est encore conservée dans le jardin du Lautaret de nos jours.

Entre 1930 — date de la mort de Marcel Mirande — et 1954, le botaniste René Verriet de Litardière devient directeur du jardin du Lautaret mais il ne visite guère ce jardin et l'entretien est géré dès 1931 par le chef de culture qu'il a embauché : Auguste Prével.. En 1934, le jardin est désigné comme faisant partie des « monuments naturels et les sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque » par le ministère de l'éducation nationale.

À la suite de la seconde guerre mondiale, dépérissement puis renouveau Vers la fin de la seconde guerre mondiale, en 1944, lors du passage de soldats de l'armée allemande au col du Lautaret, plusieurs installations du col sont inspectées et l'hôtel PLM incendié ; plusieurs hommes sont pris en otages, certains fusillés sur place, d'autres, dont Auguste Prével, mourront dans l'explosion d'une mine lors de la traversée du tunnel du Chambon, plusieurs kilomètres en aval ; par la suite, le jardin et ses installations sont délaissés. Mais, en 1950, Lucie Kofler, scientifique, professeure spécialisée en biologie et en physiologie végétale, et cheffe de travaux à l'Institut de botanique de l'université de Grenoble, soutenue par le doyen Moret, géologue et naturaliste, permet la remise en route du jardin, avec un nouveau chef de cultures : le botaniste Robert Ruffier-Lanche (1912-1973). Le Touring club de France aide également à cette reconstruction. Le botaniste Jules Offner participe également activement à la reconstruction du jardin. En 1953, le jardin compte végétales, comme cela fut le cas dans les années 1930, avant la période de la guerre qui avait vu ce nombre réduit à environ ou .

De 1955 à 1983, la Station alpine Joseph-Fourier est dirigée par Paul Ozenda.., botaniste français spécialiste du peuplement végétal du Sahara et du massif alpin. Robert Ruffier-Lanche est toujours chef de cultures au jardin du Lautaret ; il organise également des stages de botanique, participe à des congrès internationaux, publie des articles scientifiques, réalise un herbier de plantes des environs du jardin et des fiches lui ayant permis de noter le suivi des plantes qu'il cultivait. Dans les années 1960, le jardin compte environ « , variétés et formes ». Cependant, après la mort de Robert Ruffier-Lanche, l'université supprime le poste de chef de culture du jardin et celui-ci connaît une période difficile jusqu'au début des années 1980..

Les années 1980 : un nouveau souffle