Bernard Joseph Pierre Heuvelmans, né le au Havre et mort le au Vésinet, est un zoologue, cryptozoologue et écrivain belge.
Considéré comme le fondateur de la controversée cryptozoologie, l'étude des , telles que le yéti, le monstre du loch Ness, ou le Mokélé mbembé, il est l'auteur de Sur la piste des bêtes ignorées, le premier livre sur le sujet disposant d'une large diffusion. Il laisse derrière lui une importante documentation qui est hébergée au musée cantonal de Zoologie de Lausanne, en Suisse. Acteur et musicien, il était également un ami d'Henri Vernes, l'auteur de la série Bob Morane, et d'Hergé, le créateur de Tintin, avec qui il a travaillé à plusieurs reprises.
Biographie Jeunesse et formation Heuvelmans est né d'un père belge fonctionnaire originaire d'Anvers et d'une mère néerlandaise, ayant tous les deux fui l'invasion allemande de la Belgique au début de la Première Guerre mondiale, et ayant gagné Le Havre avant de revenir en Belgique après la guerre. Passionné par la nature et les animaux dès son plus jeune âge, il étudie au Collège Saint-Michel de Bruxelles, dirigé par des jésuites. Bien qu'il gardât ensuite un grand respect pour sa formation, il s’éloigne progressivement du catholicisme, et de sa vision anthropocentriste du monde.. Il se dit hostile à l'Église catholique à la fin de sa vie et se convertit au bouddhisme. (voir et 32).
Passionné par la littérature et le jazz, il joue dans un groupe nommé . Il se fait remarquer pour son talent dans les années 1930, et rencontre Louis Armstrong, Ray Ventura, Duke Ellington et Coleman Hawkins.
Souhaitant surtout devenir zoologiste, il s'inscrit en 1935 à la faculté des sciences naturelles de l’Université libre de Bruxelles. D’abord spécialiste des mammifères, Bernard Heuvelmans consacre sa thèse de doctorat à l’oryctérope (Contribution au problème de la dentition chez les ongulés aberrants (Tubulidentés et Siréniens)), et devient docteur ès sciences (zoologie) en 1939. Bien qu'un numéro entier du Bulletin du Musée royal d’Histoire naturelle de Belgique fût consacré à la thèse d'Heuvelmans, ce dernier ne se lance jamais, faute de place disponible, dans une carrière universitaire. Plus tard il dit avoir pris goût à la liberté..
Seconde Guerre mondiale et années d'après guerre Mobilisé dans l'armée belge au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier, et envoyé dans un camp de prisonniers. Après plusieurs tentatives infructueuses, il finit par s'échapper et réussit à rentrer chez lui. Il reste pacifiste et se dit hostile à l'armée. En 1942, dans les locaux du quotidien Le Soir, Bernard Heuvelmans fait la connaissance de Georges Rémi dit Hergé, le créateur des Aventures de Tintin. Il aide alors le jeune dessinateur à compléter le dixième album de la série, L'Étoile mystérieuse. En 1947, Hergé fait de nouveau appel à lui pour le scénario du Temple du Soleil. En 1954, il participe en tant que conseiller au dix-septième album de Tintin, On a marché sur la Lune.
Il rédige plusieurs ouvrages de vulgarisation, avec L’homme parmi les étoiles sorti en 1944 traitant d’astronomie et bénéficiant d'un bon succès. En 1945, dans L’homme au creux de l’atome, il évoque les bases de la physique et de la radioactivité. Il s'installe à Paris en 1946, et joue toujours dans des orchestres de jazz. Son livre, De la bamboula au Be-Bop connait un certain succès, mais Heuvelmans décide d'interrompre sa carrière de jazzman. Il publie également des nouvelles érotiques, devient membre de l'Institut international de sociologie (Rome), et traduit de nombreux ouvrages, des romans comme Rivage de Barbarie de Norman Mailer, ou des livres traitant de médecine ou de zoologie..
Après avoir eu deux enfants et avoir divorcé deux fois, il est marié durant plusieurs années avec l’écrivaine, peintre et dessinatrice belge Monique Watteau, connue sous le pseudonyme d’Alika Lindbergh. Ils divorcent durant les années 1960 mais restent proches amis. Heuvelmans dit qu'elle fut . Monique Watteau illustrera plusieurs ouvrages d'Heuvelmans, et se remariera avec le zoologue Scott Lindbergh, fils du fameux aviateur..
La cryptozoologie vignette|Photographie d'une empreinte de pas attribuée à un Yéti, trouvée par Michael Ward, et photographiée par Eric Shipton au cours d'une expédition sur l'Everest en 1951. Elle contribue à alimenter un grand engouement médiatique pour les « Hommes sauvages et velus » à travers le monde. A partir de 1948, après avoir lu un article du biologiste américain Ivan Sanderson évoquant des témoignages au sujet de prétendus « dinosaures » en Afrique centrale, Bernard Heuvelmans s’intéresse aux animaux inconnus, ignorés ou disparus. En 1955, il publie un livre en deux tomes : Sur la piste des bêtes ignorées. L'ouvrage bénéficie d'une grande popularité, puisqu'il est diffusé à près d'un million d'exemplaires, selon Jean-Jacques Barloy, et est traduit dans plus de dix langues. Heuvelmans se fait connaître et constitue au cours des années suivantes un vaste réseau d'informateurs et de collaborateurs (par exemple Ivan Sanderson et Boris Porchnev). et crée progressivement une nouvelle « science », la cryptozoologie (les aspects scientifiques ou pseudo-scientifiques de la cryptozoologie sont toujours sujets à de nombreuses controverses). Il en donne la définition suivante : Jean-Jacques Barloy, Bernard Heuvelmans, un rebelle de la science, Éditions l'Œil du Sphinx, 2007..
Comme Bernard Heuvelmans l'a lui-même reconnu dans la première édition de son livre sur le serpent de mer en 1965, il n'est pas le premier utilisateur de ce terme : 1965, Le Grand Serpent de mer. Le problème zoologique et sa solution. Histoire des bêtes ignorées de la mer, Librairie Plon..
En 1960, il retrouve son ami Hergé et l'aide à réaliser Tintin au Tibet, vingtième album de la série. Heuvelmans, qui pensait que les récits sur les « Hommes-des-neiges » se référaient à trois types d'hominidés inconnus (un « Homme sauvage » proche selon lui de l'Homme de Néandertal, un « grand Yéti » proche selon lui du Gigantopithèque, et un « petit yéti » proche selon lui du Sivapithèque.), fournit à l'artiste de la documentation sur le yéti. Après avoir lu les notes de son ami, Hergé décide de faire du monstre mythique un être inoffensif et non abominable.
Sherlock au Zoo
Entre 1961 et 1962, il anime l'émission Sherlock au zoo, produite par Jean-Marie Coldefy pour la Radiodiffusion-télévision française. C'est l'un des premiers magazines scientifiques du service public, dans un format court de 20 à 30 minutes. Avec le flegme qui le caractérise, il entraîne les spectateurs sur la trace d'animaux connus (gorille de montagne, paon du Congo, calmar géant) ou énigmatiques (monstre du Loch Ness, abominable homme-des-neiges). Sherlock au zoo comporte et s'achève le .
Le « Grand Serpent de mer » Par la suite, il consacre des travaux aux grands animaux marins des profondeurs, avec Dans le sillage des monstres marins : Le Kraken et le poulpe colossal, sorti en 1958, dans lequel il retrace la découverte du Calmar géant, et surtout Le grand Serpent-de-mer : le problème zoologique et sa solution, sorti en 1965. Dans cet ouvrage qui bénéficie d'une vaste diffusion, de rééditions et de traductions, accueilli avec enthousiasme ou ironie par les universitaires., Heuvelmans suggère que les témoignages au sujet de prétendus serpents de mer seraient un mélange d'observations déficientes d'animaux déjà connus et d'observations d'animaux inconnus, notamment cinq mammifères hypothétiques dont l'existence n'a jamais été prouvée, et auxquels il n'hésite pas à donner des noms scientifiques (voir en annexes). Certains chercheurs critiquent la méthode utilisée par Heuvelmans, la jugeant inappropriée et basée sur des témoignages parfois douteux.
Heuvelmans, qui était allé voir le Loch Ness en 1961, avait suggéré que le fameux « monstre » du Lac (et les autres monstres lacustres à long cou), serait une sorte d'otarie inconnue à long cou qui, par convergence évolutive, aurait une apparence se rapprochant des plésiosaures, et vivant essentiellement en mer, entrant quelquefois dans le lac. Cette hypothèse est critiquée par d'autres cryptozoologues, car la biomasse du lac est très insuffisante pour permettre le maintien d'une population de grands animaux, et le nombre de témoignages est insuffisant pour un animal devant respirer régulièrement à la surface. Il est plus probable que les témoignages désignent des phoques et des loutres, qui entrent parfois dans le lac, et déformés par un phénomène de réfraction atmosphérique agrandissant et allongeant les images..
L'homme congelé du Minnesota gauche|vignette|L'homme congelé du Minnesota. À la fin des années 1960, Bernard Heuvelmans est au centre d'une affaire qui secoue la presse à sensation. Le scientifique a en effet l'occasion d'examiner le cadavre congelé d'un hominidé velu conservé dans la glace () et exposé dans une roulotte foraine au Minnesota. En compagnie du scientifique britannique Ivan T. Sanderson, Heuvelmans rend visite au forain propriétaire du corps, Frank Hansen, pour le convaincre d'étudier la créature, ce que les deux zoologues font entre le 16 et le . La créature couchée et congelée dans un bloc de glace est de constitution robuste avec un nez retroussé, un thorax très puissant, de longs bras et de larges pieds. Une petite partie de la glace fissurée dégage une odeur de pourriture.
Au fil des années, Frank Hansen donne plusieurs explications contradictoires au sujet de l'origine de ce cadavre congelé. Selon les versions, le corps aurait été retrouvé dans son bloc de glace dans le détroit de Béring, l'individu aurait été abattu au cours d'une partie de chasse aux États-Unis ou encore proviendrait du Vietnam. Gêné par la soudaine popularité et l’intérêt du FBI pour cette affaire, le transport et l'exposition d'un corps étant interdits sur le sol américain, Hansen préfére disparaître en emportant le corps avec lui.
Bernard Heuvelmans, convaincu de l'authenticité de la créature, l'identifie comme un homme sauvage proche du Néandertalien et crée pour elle l'espèce Homo pongoides. Le cryptozoologue a pris de nombreux clichés sur lesquels on aperçoit la silhouette de l'homme du Minnesota dans son bloc de glace. Toutefois, en l'absence de preuve matérielle, l'authenticité de cette créature n'est pas admise par la communauté scientifique. De sérieux doutes existent concernant la bonne foi de son propriétaire. En 2008, Verne Langdon déclare au cours de l'émission Le Bigfoot Show que l'homme congelé était un canular créé par un décorateur d'Hollywood The Bigfoot Show.. En 2002, un an avant sa mort, Hansen aurait affirmé que l'Homme congelé serait un faux fabriqué en 1967, et aurait sous-entendu qu'il s'agissait de celui qui fut examiné par Heuvelmans et Sanderson. Le « corps » sera retrouvé en 2013, et vendu sur eBay, avant d'être exposé au Museum of weird, à Austin, au Texas.. Des années avant l'apparition de l'homme du Minnesota, Frank Hansen avait contacté, sans succès, les studios Universal pour créer une fausse soucoupe volante et des extraterrestres victimes d'un accident Chambers and the Patterson Suit..
En 1974, Bernard Heuvelmans cosigne avec l’historien russe Boris Porchnev un volume de cryptoanthropologie intitulé L’homme de Néandertal est toujours vivant . Il y soutient que de grands hominidés et de grands singes non répertoriés ont survécu et coexistent avec l’homme partout sur la planète (cf. infra), et que de nombreux récits aux sujets d'hommes sauvages et velus en Asie désigneraient des Hommes de Néandertal ayant survécu jusqu'à nos jours (cette parenté néandertalienne est depuis plusieurs années invalidée par les recherches scientifiques). Ces théories, qui ne seront confirmées par aucune preuve matérielle, lui valent l'incrédulité, voire le mépris de la communauté scientifique.
Des années 1970 aux années 1990