Les élections législatives pakistanaises de 2008 ont eu lieu le pour renouveler les élus de l'Assemblée nationale et des quatre assemblées provinciales du Pakistan, après la fin de leur mandat de cinq ans reçu lors des élections législatives de 2002. Elles se déroulent dans un climat tendu et crucial pour l'avenir de la démocratie pakistanaise.
Ces élections étaient initialement prévues pour le . Cependant, l'assassinat de Benazir Bhutto, dirigeante du Parti du peuple pakistanais, principal parti d'opposition, et candidate aux élections, provoque d'importants troubles ainsi que le report des élections. Les attentats terroristes se multiplient dans un contexte de guerre contre les talibans, et le pouvoir militaire est accusé de concentrer trop de pouvoir alors que le président et ancien chef de l'armée Pervez Musharraf est arrivé au pouvoir en 1999 à la suite d'un coup d’État.
Le scrutin conduit à la défaite du parti au pouvoir, la Ligue musulmane du Pakistan (Q), qui soutenait le président Pervez Musharraf. Les deux principaux partis d'opposition arrivent en tête et le Parti du peuple pakistanais remporte le plus de sièges, sans obtenir de majorité absolue. Il forme alors une coalition avec d'autres partis d'opposition, visant surtout à isoler le pouvoir.
Les élections marquent un tournant politique majeur au Pakistan, avec un changement de gouvernement un mois plus tard et, six mois après, la démission du président Pervez Musharraf, au pouvoir depuis neuf ans, qui quitte le pays et est remplacé par Asif Ali Zardari, veuf de Bhutto. Le scrutin marque également le retour à un pouvoir civil et le Parlement vote en 2010 une réforme constitutionnelle annulant les amendements votés en 2003 qui augmentaient les pouvoirs du président.
Contexte
Élections de 2002
thumb|Composition de l'Assemblée nationale sortante, après les élections législatives de 2002.|alt=Image montrant le poids de chaque parti
Les élections sont organisées pour renouveler le mandat des députés de l'Assemblée nationale et des quatre assemblées provinciales qui est arrivé à son terme fin 2007. Les précédentes élections s'étaient déroulées le et elles étaient les premières depuis le coup d'État du général Pervez Musharraf, qui renversait le gouvernement civil de Nawaz Sharif en 1999 General Elections 2002 sur Story of Pakistan, le 21 février 2004. Consulté le 15 février 2012. Elles avaient été remportées par la Ligue musulmane du Pakistan (Q), la faction de la Ligue musulmane qui soutenait Musharraf, tandis que la Ligue musulmane du Pakistan (N), la faction soutenant Nawaz Sharif ne remporta que 18 sièges DETAILED POSITION OF POLITICAL PARTIES / ALLIANCES IN NATIONAL ASSEMBLY GENERAL ELECTIONS - 2002 site officiel de la Commission électorale du Pakistan. Consulté le 15 février 2011.. Ce dernier dirigeait le parti depuis l'étranger alors qu'il avait été contraint à l'exil en 2000. Le principal parti d'opposition qui avait émergé de ces élections était le Parti du peuple pakistanais, dirigé par Benazir Bhutto. Cette dernière avait été deux fois Premier ministre, de 1988 à 1990 puis de 1993 à 1996, avant qu'elle ne parte en exil en 1998, alors que Nawaz Sharif, lui, l'avait été de 1990 à 1993 puis de 1996 à 1999. Cette période a donc été marquée par une forte rivalité entre ces deux personnalités. Ils se sont pourtant rapprochés durant les années 2000, signant notamment des accords politiques en 2006. Ces accords prévoient d'annuler la réforme constitutionnelle de 2003 qui accorde davantage de pouvoir au président, dont celui de dissoudre l'Assemblée et de démettre son Premier ministre.
thumb|gauche|Benazir Bhutto, en 2004|alt=Photo en buste d'une femme portant un voile blanc sur les cheveux
En vue des élections de 2008, les deux principaux opposants au président Musharraf ont pu revenir au Pakistan. Benazir Bhutto est amnistiée grâce à un accord avec le pouvoir négocié avec le soutien des États-Unis, et elle rentre au Pakistan le . Elle est accueillie à Karachi par une foule massive. C'est l'« ordonnance nationale de réconciliation » qui amnistie Benazir Bhutto, de même que 33 autres hommes politiques de divers partis, dont Asif Ali Zardari, époux de Bhutto, pour des accusations de corruption List of 8041 NRO beneficiaries issues sur Geo TV, le 21 novembre 2009..
Nawaz Sharif réussit à rentrer environ un mois plus tard, le après avoir été refoulé le 10 septembre, grâce à un accord négocié avec l'Arabie saoudite. Il est accueilli à Lahore par environ partisans et il promet de Sharifs finally home : • Jubilant welcome in Lahore • Nawaz vows to struggle for democracy, Dawn.com. Le 25 novembre 2007. Consulté le 26 février 2011..
Insurrection talibane et insécurité
Après les attentats du 11 septembre 2001, le président Pervez Musharraf annonce la volonté du Pakistan de lutter contre l'extrémisme islamiste et les talibans, alors que le pays les avait soutenus jusqu'à présent Musharraf's book says Pakistan faced U.S. 'onslaught' if it didn't back terror war sur USA Today, le 26 septembre 2006.. Le Pakistan sert en effet de refuge aux talibans se battant contre l'OTAN en Afghanistan, surtout dans les régions tribales, frontalières avec l'Afghanistan<ref>International : Le rapport secret de l'Otan sur le double jeu pakistanais sur Le Figaro, le février 2012.</ref>.
Les combats ont violemment éclaté durant l'année 2007, qui se caractérise par une vague d'attentats terroristes sans précédent, l'assaut de la Mosquée rouge d'Islamabad en juillet, occupée par des islamistes pro-talibans, par l'armée, et l'augmentation des combats dans le Nord-Ouest, dont notamment la Première bataille de Swat.
État d'urgence et mouvement des avocats
Le mouvement des avocats débute en mars 2007 après le limogeage du président de la Cour suprême par le président Pervez Musharraf le 9 mars avec de nombreux juges de la juridiction suprême et des Hautes Cours. Ils sont ensuite rétablis en juillet 2007 mais, le , Musharraf décrète l'état d'urgence et suspend la Constitution Gen Musharraf’s second coup : • Charge-sheet against judiciary • Media ‘promoting negativism’ • Country’s ‘integrity at stake’ • Legislatures intact sur Dawn.com, le 4 novembre 2007.. Cette suspension lui permet de révoquer à nouveau les juges, qui sont normalement irrévocables. Ces derniers avaient suspendu l'ordonnance nationale de réconciliation le Court links amnesty law benefits to verdict sur Dawn.com, le 13 octobre 2007. et jugé illégal son maintien au poste de chef de l'armée tout en étant président ; cette mesure est vue de fait comme un coup contre la justice.
Le mouvement réunit des dizaines de milliers de manifestants et est principalement mené par des juges et des avocats avec comme revendication l'indépendance de la justice, le renforcement de la démocratie et de l’État de droit The Lawyers Movement in Pakistan sur Movements.org, consulté le 20 août 2012.. Il est soutenu par la plupart des partis d'opposition, notamment le Parti du peuple pakistanais, la Ligue musulmane du Pakistan (N) et le Mouvement du Pakistan pour la justice.
Ce mouvement conteste également l'influence du pouvoir militaire dans la sphère politique, qui a toujours été importante depuis la création du pays. Le Pakistan a en effet connu trois coups d'État militaires, et les gouvernements civils ont été largement influencés par les militaires. Ainsi, le principal enjeu de cette élection est le retour à un pouvoir civil, et donc l'avenir de la démocratie The Future of Democracy in Pakistan sur Pakistan elections.
Partis majeurs en lice thumb|Bulletin de la provinciale de Lahore. Les candidats sont représentés par des images pour les électeurs illettrés.|alt=Photo montrant un morceau de papier blanc comportant des dessins dans des cases
Parti Chef de file Idéologie Ligue musulmane du Pakistan (Q) 80px Chaudhry Shujaat Hussain Nationalisme pakistanais, conservatisme modéré, libéralisme Baxter, Craig (2004) 2002 General elections (google books). Pakistan on the Brink: Politics, Economics, and Society (Craig Baxter ed.). United States: Lexington Books. p. 250. . Parti du peuple pakistanais 80px Benazir Bhutto Social-démocratieFiches pays - Pakistan sur le Courrier international, consulté le 18 août 2012. Ligue musulmane du Pakistan (N) 80px Nawaz Sharif Conservatisme, libéralisme économique Mouvement Muttahida Qaumi 80px Altaf Hussain Libéralisme, sécularisation, pro-Muhadjirs MQM's Narrow Moves vs. Liberal Ideals sur New Age Islam, le 2 avril 2011. Parti national Awami 80px Asfandyar Wali Khan Socialisme, social-démocratie, pro-Pachtounes Jamiat Ulema-e-Islam (F) 80px Fazal-ur-Rehman Islamisme Ligue musulmane du Pakistan (F) 80px Pir Pagara Nationalisme pakistanais, conservatisme
Campagne
Rassemblement de l'opposition contre le pouvoir thumb|Nawaz Sharif en 2009.|alt=Hoto en buste d'un homme portant un gilet foncé et une chemise blanche Benazir Bhutto rentre au Pakistan le et elle mène dès lors une campagne contre le chef de l'État, réunissant le Parti du peuple pakistanais autour d'elle. Nawaz Sharif rentre le 25 novembre. Il avait signé avec Benazir Bhutto, le , un accord politique visant à isoler Pervez Musharraf et à faire adopter certaines réformes, notamment l'annulation de l'amendement voté par Musharraf accordant d'importants pouvoirs au présidentMission effectuée au Pakistan du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan, Le site officiel du Sénat. Consulté le 24 décembre 2010.
Le soir de son retour, Benazir Bhutto et son cortège de milliers de partisans sont la cible d'un attentat à la bombe. Près de 140 personnes, dont des militants et du personnel de sécurité, sont tués. C'est l'attentat le plus meurtrier de l'histoire du Pakistan CHRONOLOGY - Attacks in Pakistan since July 2007 sur Reuters, le 27 décembre 2007..
Le , alors que le président Musharraf décrète l’état d'urgence, qu'il justifie par la lutte contre le terrorisme, et qu'il suspend la Constitution, ses opposants l'accusent de vouloir manipuler ou annuler les élections prévues pour début 2008. Benazir Bhutto appelle à manifester massivement contre l'état d'urgence. Elle est assignée à résidence le 9 novembre durant une journée Ex-PM Bhutto under house arrest sur BBC News, le 9 novembre 2007.. Le 12 novembre, elle annonce qu'elle exclut toute négociation avec Musharraf et renforce son alliance avec Nawaz Sharif. Bhutto est de nouveau assignée à résidence le 13 novembre avant d'être libérée le 16 novembre Bhutto calls for new coalition as house arrest is lifted sur The Guardian, le 16 novembre 2007.. Elle continue à rassembler de nombreux partisans dans des réunions électorales à travers tout le pays.
Le 21 décembre, Aftab Ahmad Sherpao, chef du PPP (S) et dissident du PPP, est visé par un attentat lors d'un rassemblement politique qui tue 57 personnes.
Assassinat de Benazir Bhutto et déstabilisation du pays
thumb|left|Pervez Musharraf en 2004|alt=Photo d'un homme souriant aux cheveux grisonnants et portant une moustache, en costume thumb|Une rue de Karachi après les émeutes qui ont suivi l'annonce de la mort de Benazir Bhutto.|alt=Photo d'une rue, le bâtiment au premier plan est éventré
Le , Benazir Bhutto rassemble ses partisans à Rawalpindi, puis elle est victime d'un attentat-suicide alors qu'elle salue la foule depuis le toit ouvrant de sa voiture blindée quand un homme tire plusieurs fois dans sa direction puis fait exploser sa bombe, tuant vingt personnes. Transférée à l'hôpital, elle meurt dans la soirée. Durant la même journée, la voiture blindée transportant Nawaz Sharif a été fusillée sans que personne soit touchéBenazir Bhutto tuée dans un attentat sur DW.DE, le 27 décembre 2012..