400px|droite|vignette|Soldats américains largués par des C-141 Starlifter en Australie en 2001 lors d'un entraînement.

Le parachutisme militaire est la technique consistant à mettre en place au sol, avec un parachute, du personnel, du matériel ou des approvisionnements dans le cadre d'opérations militaires. L'utilisation du parachute comme moyen de secours n'entre pas dans ce cadre.

Historique

Pendant la Première Guerre mondiale, le parachute est utilisé par des aérostiers (observateurs installés dans les nacelles des ballons captifs). Ils en disposent à partir de 1915, après la perte de plusieurs ballons lors de l'offensive d'automne du général Joffre en Champagne, sur proposition de deux officiers de l'aérostation : le lieutenant Jumesch et le capitaine Letourneur. Un prototype avait été essayé par le lieutenant Jean Ors, en 1914, puis par Constant Duclos, un fusilier marin, en 1915. Aucun pilote d'avion n'en fut équipé avant 1918, période à laquelle les Allemands, seuls, commencent à l'employer. À la fin de cette guerre, les Alliés eurent l'idée d'employer le parachute pour déplacer une unité militaire. Les premiers essais pratiques eurent lieu à partir de 1930, en Union soviétique. Au milieu de la décennie, l'Allemagne s'y intéressa également, tandis que la France, sous l'impulsion de Pierre Cot envoya plusieurs missions en URSS qui concluent à l'intérêt d'une "infanterie de l'air".

Caractéristiques Le parachutage peut se faire de jour comme de nuit ; la contrainte principale étant la vitesse du vent.

Le parachutisme militaire distingue : le parachutage humain avec ouverture automatique ; le parachutage humain avec ouverture commandée ; le parachutage de matériel et d'approvisionnement.

Parachutage humain avec ouverture automatique vignette|Sauts de soldats américains, par l'arrière d'un avion Hercules C-130, avec ouverture automatique, lors d'un exercice aux États-Unis en 2004.

thumb|left|Largage de parachutistes militaires russes depuis un Il-76.

Concept Les parachutistes accrochent la sangle d'ouverture automatique (SOA) de leur parachute à un point fixe ou à un câble de l'aéronef (avion, hélicoptère ou parfois, pour l'entraînement, ballon). Lors du saut, la sangle se délove et tire le parachute hors de son sac. Lorsque le parachute est complètement sorti du sac la coupole peut s'ouvrir. La SOA et le sac à voile pendent alors par la portière et sont ramenés à l'intérieur par un treuil.

À noter qu'il arrive que le déploiement se réalise mal et que le parachutiste reste accroché à l'avion par la SOA. Dans ce cas il peut être ramené à l'intérieur de l'aéronef par le treuil ou bien la SOA est coupée par le largueur et le parachutiste doit alors utiliser son parachute de secours ventral.

Cette technique permet le largage en masse. On peut ainsi, à partir d'un C-141, larguer en un seul passage 120 hommes (60 par porte) pour autant que la zone de saut soit assez grande. La file des parachutistes se succédant par la même porte est appelée « stick » ; en France le terme utilisé est « câble ». Ces câbles sont dénommés A, B, C, ou D lorsqu'il y a quatre câbles dans l'avion, comme dans le Transall C160 ou l'Hercules C130. Les parachutistes accrochés aux câbles A et B sortent par la portière gauche de l'avion, ceux accrochés aux câbles C et D par la portière droite.

Le saut peut également se faire, en dehors des portes latérales, par l'ouverture de la rampe d'accès de l'avion ou « tranche arrière », mais cette technique est assez rare pour le saut en automatique (elle est surtout utilisée par les commandos pour des opérations d'infiltration ou d'exfiltration ou de destruction de cibles bien précises ne pouvant être détruites par les moyens conventionnels).

Le parachute

vignette|upright|Ce parachutiste militaire de l'USMC utilise le modèle de parachute T10-MC1-1C en service depuis 1986 dont les premières versions ont été conçues par Irvin dans les années 1950 T-10 Parachute Assembly Technical Data Sheet, .. vignette|gauche|upright|Parachute EPC utilisé par les para-commandos belges depuis 2011, masse du dorsal . En fait, il y a normalement deux parachutes. Le parachute principal dit « dorsal » (car placé sur le dos) et un parachute de secours appelé « réserve » ou « ventral ». Dans l'armée française, ce ventral est le TAP 511, parachute semi-automatique, doté d'un dispositif d'aide au déploiement qui permet de placer la voilure hors du sillage du parachutiste dans les cas critique où la voile dorsale n'a pas été extraite ou en cas d'accident sous voile.

Selon le type, le parachute dorsal a une masse de avec une voilure de 70 à soit, ouvert, un diamètre de . Le parachute de réserve pèse , s'accroche sur le harnais du dorsal et a une surface d'environ .

Le TAP 696-26 pèse , a une superficie de , un temps d'ouverture pour à de , une vitesse verticale pour de (m/s) et pour de .

Le TAP 672-12 pèse , a une superficie de , un temps d'ouverture pour à de , une vitesse verticale pour de et pour de .

Les parachutes utilisés sont de type hémisphériques (ronds) car ils ne sont pas ou peu directionnels après l'ouverture. Étant donné la proximité des parachutes lors de la sortie, il est souhaitable qu'ils se déplacent tous initialement dans le même sens (celui du vent) afin d'éviter les accrochages.

Certains parachutes sont munis d'une fente et ont une faible vitesse horizontale. Le parachutiste doit alors réagir rapidement à l'ouverture pour contrôler sa direction. Le parachute américain T10 a un comportement neutre et a une vitesse verticale de .

Les T-10 modèles MC1-1B/C et D sont manœuvrables lors de la descente, grâce à leurs fenêtres à l’arrière de la voile, et les (commandes fixées aux élévateurs) permettent au parachute de tourner pour utiliser le vent. Les MC1 (Modified canopy) ont une vitesse horizontale de soit , et de vitesse verticale. Les parachutes manœuvrables permettent d'éviter plus facilement les obstacles à l'atterrissage.

Depuis 1980, en remplacement du parachute de type 672-12, l'armée française a mis au point et utilise le parachute de type 696-26 dit « EPI » (Ensemble de parachutage individuel). La voilure de est normalement neutre mais, quand elle est sollicitée par l'intermédiaire des poignées sur les élévateurs, elle peut acquérir une vitesse horizontale de /s. Une gaine amovible a été prévue pour protéger le matériel emporté lors du saut.

À la même époque, l'armée allemande développe le T3-F. Ce système comporte, pour chaque homme, trois parachutes de qui s'ouvrent simultanément. Vu l'improbabilité qu'aucun des trois parachutes ne s'ouvre, le réserve devenait inutile et le largage pouvait se faire à la hauteur de ; un accident mortel a mis fin à ce projet..

Le parachutiste militaire vignette|Mannequin d'un parachutiste français équipé en EPI et gaine EL-32 et EL-33.

En plus de ses parachutes (20 kg), le parachutiste militaire est chargé de son arme et de son sac. Les sacs très lourds ou les armes encombrantes (mitrailleuses) sont placés dans une gaine.

En France, les gaines les plus fréquentes sont :

1) La gaine EL32 qui contient le sac à dos avec le matériel nécessaire à la mission. Sur cette gaine est fixée un fourreau EL33 qui contient le FAMAS ou le fourreau EL 34 qui peut contenir une arme automatique, un lance-roquette anti-char ou un fusil de tireur d'élite. Cette gaine EL32 associée au fourreau ne doit pas excéder 40 kg.

Elle se porte sous le ventral, elle est largable par un dispositif de suspension et un système de désagrafage rapide. Elle est suspendue après délestage au harnais du parachutiste par une corde de délestage de 6 mètres de long ; ceci afin de réduire le poids et l'encombrement au moment de l'atterrissage.

2) La gaine EL20, plus importante que l'EL32, est utilisée surtout par les chuteurs opérationnels car elle peut contenir plus de matériels que l'EL32.

Il n'est pas rare que le parachutiste militaire se retrouve avec 50 kg sur le dos (parachutes + équipement) lorsqu'il monte dans l'avion. Dans le jargon parachutiste, !

Le premier parachutiste d'une file (stick ou câble) peut être précédé d'un colis parachuté de . Ce parachutiste est chargé de localiser le colis à l'atterrissage. De manière similaire, un colis peut être également largué à la suite du dernier homme.

La descente vignette|Cours d'instructeurs de parachutisme, classe B, 1950. Debout de droite à gauche : Nissim Gaon, Haim Heinrich, Zev Bashitz, Shmuel Sami Raphael, Peter Koon, Zev Fisher. A genoux : Georgi Perlos (Dar), Moshe Ben Ozilio (Ben Oz), Simcha Levy et enfin : Zvi Zucker. Le symbole du parachute ailé était également imprimé sur les bérets. La vitesse de l'avion lors du largage est de l'ordre de ce qui, pour un délai d'une seconde entre deux hommes, se traduit par un écart de une fois le parachute ouvert. Dans le cas d'un avion doté de deux portes, le saut opérationnel se fait simultanément par les deux portes, ce qui fait que l'écart théorique entre deux parachutistes est de l'ordre de . En pratique, il y a parfois des collisions et les parachutistes militaires sont entraînés à les éviter ou à y faire face.

La vitesse de descente est de 5 à (8 avec uniquement le parachute de réserve). La vitesse de descente ne correspond toutefois pas à la vitesse d'atterrissage car il faut tenir compte également de la vitesse du vent. Ainsi la vitesse d'atterrissage peut varier entre (vent nul) et (vent de ).

La hauteur de largage normale est de . L'abaissement, c'est-à-dire la perte de hauteur nécessaire à l'ouverture du parachute est de . La durée de la descente est de moins d'une minute. Dans certaines situations opérationnelles, le largage peut s'effectuer à mais l'utilisation du parachute de secours en cas de dysfonctionnement devient alors aléatoire.

L'utilisation de l'arme pendant la descente relève de la fiction cinématographique. La durée du saut (moins de 50 secondes), la nécessité de manipuler la voilure pour éviter les accrochages et pour préparer l'atterrissage, le peu d'efficacité et même le danger que poserait pour les autres parachutistes l'utilisation de l'arme pendant la descente proscrivent cette pratique. Toutefois, il peut être utile, pour le parachutiste, de disposer rapidement de son arme après l'atterrissage.

La zone de saut Le largage en masse de parachutistes requiert certaines conditions de terrain. Les zones de saut ou de largage appelées DZ (de l'anglais Dropping Zone) doivent être suffisamment étendues et ne pas comporter trop d'obstacles (lignes à haute tension, arbres, bâtiments, plans d'eau profonds…). La longueur de la DZ dépend de la longueur du stick (nombre de parachutistes sortant en un passage par une porte). Ainsi, pour un C-130 larguant ses 60 parachutistes (2 sticks/câbles de 30) en un seul passage, il faut une DZ de plus de 2 km de long (50 m entre paras d'un même stick/câble + distance de sécurité).

Plusieurs avions peuvent se succéder au-dessus de la même DZ et l'on peut avoir 3 « couches » de parachutistes en l'air en même temps.

Le parachutage en mer ou sur des plans d'eau existe pour les nageurs de combat ou les plongeurs militaires de l'Armée de terre. Ces derniers utilisent toutefois le plus souvent des parachutes à ouverture commandée.

Parachutage humain avec ouverture commandée

Concept Dans le saut à ouverture commandée, c'est le parachutiste qui déclenche l'ouverture de son parachute en tirant sur une poignée. Le parachutiste choisit donc l'altitude à laquelle il ouvre son parachute. Il en découle deux techniques : HAHO et HALO. Actuellement, les parachutes utilisés sont du type aile car ces parachutes sont beaucoup plus manœuvrables. Le parachutage à ouverture commandée est principalement utilisé par les forces spéciales. Le largage à haute altitude permet une plus grande discrétion.