Denis Bertrand, né le , à Saint-Jouan-des-Guérets (Ille-et-Vilaine), est un sémioticien français contemporain, professeur de littérature française à l'Université Paris VIII, où il enseigne la théorie littéraire et la sémiotique générale. Entre 1996 et 2016, il codirige le Séminaire intersémiotique de Paris (1991-2019). Entre 2007 et 2017, il intervient comme expert dans des programmes audiovisuels populaires.

Biographie Formation et activité professionnelle

Denis Bertrand entame ses études de littérature à Nantes, où il obtient une maîtrise de lettres modernes (1970) avec un mémoire intitulé : Espace et présences dans l’œuvre poétique de Henri Michaux. Deux ans après, il obtient l'agrégation de lettres modernes. À partir de 1979 et pendant quinze ans, il travaille au Bureau pour l’enseignement de la langue et de la civilisation françaises à l’étranger (BELC), rattaché au Centre international d’études pédagogiques (CIEP). Il en devient le directeur en 1992.

Parallèlement, et jusqu'à 1978, il se spécialise en Sciences du langage (DEA, EHESS). En faisant dialoguer la littérature et la sémiotique, il soutient une thèse sur Les configurations de la spatialité dans Germinal d’Émile Zola (doctorat, EHESS, 1983) sous la direction d'A. J. Greimas, et en 2000 est habilité à diriger des recherches en présentant un dossier sur Sémiotique, littérature, discours social. Pour une approche de la signification en acte.

De 1996 à 2000, il est engagé comme maitre de conférences à l'Université de Paris-III puis, à partir de 2001, comme professeur à l'Université de Paris-VIII. Il y dirige entre 2005 et 2011 l’UFR « Littérature, histoire, sociologie ». Parallèlement, il intervient comme chargé de cours à l'ESSEC (1998-2006), et à SciencesPo (2008-2015).

De 2013 à 2017, il préside l’Association française de sémiotique.

Denis Bertrand développe également une activité de conseil dans le domaine du marketing et de la communication, pour diverses institutions (Renault, La Poste, L’Oréal, etc.).

Activités médiatiques « Déshabillons-les » (2007-2017)

À la suite de la parution du livre Parler pour Gagner. Sémiotique des discours de la campagne présidentielle de 2007, la journaliste Hélène Risser propose à Denis Bertrand de participer à la réalisation d’une émission de décryptage d’un genre nouveau, portant sur la vie politique : les discours, les comportements, les motifs.

Déshabillons-les« Déshabillons-les » sur Public Sénat a été créé en et réunit autour de la présentatrice tous les 15 jours, sur le plateau de la chaîne Public Sénat, des spécialistes des sciences humaines – philosophes, ethnologues, sociologues, psychanalystes, politologues… –, dont Denis Bertrand.

Chaque émission porte sur un sujet particulier – les présidents de la République et le sport, le rôle de Premier ministre, Politique et Religion, etc. – ou sur le portrait d’une personnalité politique – Bertrand Delanoë, François Fillon, Rachida Dati, etc. Une collaboration avec l’Institut national de l'audiovisuel (INA) permet d’avoir accès aux archives et de remonter sur chaque thème le cours du temps.

« Denis Décode » (2011-2016)

Denis DécodeDenis Décode est le titre d'un ensemble de programmes courts (2 à 3 min) où Denis Bertrand (voix off) commente en sémioticien les événements de l’actualité politique. Ces « pastilles », diffusées sur Dailymotion, sont développées depuis 2008 par la Générale de Production, société dirigée par Alexandre Hallier.

Parmi les thèmes traités :

« Ségolène Royal. On ne met pas la reine en échec » « La leçon de M. Sarkozy » « Nicolas Sarkozy et Martin Hirsch. Les chevaliers de la Table Ronde » « La colère de M. Cohn Bendit » « George W. Bush esquive le coup de pompe » « Le discours inattendu de Mr. Obama » « Olivier Besancenot. La rentrée des classes »

Contribution à la sémiotique Ses travaux de recherche portent sur les relations entre phénoménologie, rhétorique et figurativité, dans le cadre plus général des rapports entre sémiotique et rhétorique et de leurs champs d’exercice concrets en socio-sémiotique (Parler pour convaincre. Rhétorique et discours, Paris, Gallimard, 1999).

Sémiotique générale et littéraire

Dans le Séminaire intersémiotique de Paris, avec J. Fontanille, et plus tard avec J.-F. Bordron, il définit les problématiques chaque année et a veillé à leur mise en œuvre. Ses travaux portent sur leurs prolongements et leurs implications dans le domaine de la théorie littéraire et de l’analyse des discours.

Une question se trouve au centre de ses recherches, depuis ses premiers travaux sur la spatialité dans l’œuvre romanesque de ZolaL’espace et le sens. Germinal d’Emile Zola, Paris-Amsterdam : Hadès-Benjamins, 1985, 213 p. ; « Du figuratif à l’abstrait. Les configurations de la spatialité dans Germinal », Actes sémiotiques. Documents, IV, 39, Paris : E.H.E.S.S. - C.N.R.S., 1982, 37 p. ; « La figuration spatiale dans un incipit de Zola : un problème de référentialisation », in coll., « Les référents du roman », Fabula, 2, octobre 1983, Lille : Presses universitaires, ; « Le langage spatial dans La Bête humaine », in Ph. Hamon et J.-P. Leduc-Adine, éds., Mimesis et Semiosis. Littérature et représentation. Miscellanées offertes à Henri Mitterand, Paris : Nathan, 1992, . : celle de la figurativité, développée dans la direction des poétiques du sensible et de la représentationD. BERTRAND, « Figurativité : l’avant-scène du sens », in S. Cavicchioli, éd., « La spazialità : valori, strutture, testi », VS. Versus, Quaderni di studi semiotici, 73/74, Milan : Bompiani, 1996, . ; « Espace et vision : sémiotique figurative et sensibilité », in D. Kelly, éd., « Sémiotique et interprétation », La Chouette, , London : Birkbeck College, University of London, ; « Vision, hallucination et figurativité. À propos du Chef d’œuvre inconnu de Balzac », in P. Ouellet, éd., Action, passion, cognition, d’après A.J. Greimas, Québec : Nuit blanche, Limoges : Pulim, 1997, ; « Entre substance et figurativité. Le discours critique de la poésie » (collab. N. Beauvois), in F. Fortier, éd., « La critique littéraire », Etudes littéraires. Théories, Analyses et Débats, Vol. 30, , Québec : Université Laval, 1998, ; « De la topique à la figuration spatiale », in « Espace et signification », Séminaire intersémiotique 2008-2009, Nouveaux Actes Sémiotiques, Limoges, PULIM (revue en ligne), 2008 ; « La provocation figurative de la métamorphose », in Marion Colas, éd., Sémiotique des Métamorphoses, Luxembourg, 2009.. Les orientations récentes du groupe de recherche en sémiotique sur les problématiques de la sensorialité, de l’esthésie et des formes sémiotiques qui les caractérisentcf. J. FONTANILLE, Soma et séma, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004 ; E. LANDOWSKI, Passions sans nom, Paris, PUF, 2004. ont permis de renouveler et d’approfondir les liens entre sémiotique et phénoménologieLa progression de cette orientation phénoménologique de la sémiotique, inaugurée A. J. GREIMAS avec De l'imperfection (Perigueux, Pierre Fanlac, 1987) et prolongée par des auteurs comme J.-C. COQUET dans La quête du sens (Paris, PUF, 1997) ou D. BERTRAND lui-même (« Le corps émouvant. L’absence. Propositions pour une sémiotique de l’émotion, in La Chouette, , Londres : Birbeck College, University of London, 1987) est décrite par P. FABBRI dans Le tournant sémiotique, traduction de Nathalie Roelens, Paris et Londres : Hermès science publications, 2008.. Les implications de ces approches sur la saisie et la description des phénomènes d’écriture littéraire sont au cœur des préoccupations de l'auteur et se traduisent aussi bien dans ses enseignements que dans ses publications récentesVoir « Topique et esthésie », in F. Parouty-David et Cl. Zilberberg, éds., Sémiotique et esthétique, Limoges, Pulim, 2000, ; 99. « Thymie et enthymème », in J. Fontanille, éd., « Les émotions : figures et configurations dynamiques », Semiotica, 163 - 1/4, Walter de Gruyter, 2007. ; et, moins récent, « L’extraction du sens. Instances énonciatives et figuration de l’indicible », in Peter Fröhlicher, éd., « L’interprétation littéraire aujourd’hui », Versants, 44-45, Genève, Slatkine, 2003, ..

Une autre direction de recherche est celle des liens, réactivés, entre sémiotique et rhétorique. Le réexamen des travaux de la rhétorique générale a permis de renouveler l’approche du sensible et du passionnel dans l’argumentation (en faisant ressortir par exemple l’importance de l’argumentation figurative)Cf. D. BERTRAND, « Enthymème et textualisation », in J.-F. Bordron et J. Fontanille, éds., « Sémiotique du discours et tensions rhétoriques », Langages, Vol. 34, , Paris ; « Rhétorique et praxis sémiotique. Pour une sémiotique de l’absence », in Pierluigi Basso, éd., Semiotiche. Testo. Pratiche. Immanenza, 4/06, Torino : Anankè, 2006. : Larousse, 2000, ; « Entre catachrèse et métaphore : la figuration du discours », in Ursula Bähler, éd., Sémiotique de la métaphore, Neuchâtel, La Baconnière, 2008. Pour une étude plus générale des liens entre sémiotique et rhétorique, cf. du même auteur Parler pour convaincre. Rhétorique et discours, Paris : Gallimard, 1999, coll. « Le Forum », 188 p.. Inversement, les propositions récentes de la sémiotique des passionsCf. A. J. GREIMAS et J. FONTANILLELa sémiotique des passions. Des états de choses aux états d'âme, Paris, Seuil, 1991 ainsi que les recherches en cours sur les modes du sensibleJ. FONTANILLE, Modes du sensible et syntaxe figurative, Nouveaux actes sémiotiques(Limoges) 061-63, 1-68, Université de Limoges, 1999. ont ouvert des voies nouvelles à la problématique des interactions discursives. Cette orientation générale, exprimée dans un ouvrage à vocation didactiqueD. BERTRAND, Parler pour convaincre. Rhétorique et discours, op. cit. connaît des développements plus spécialisés sur les concepts et opérations traditionnels de l’enthymème d’un côté et de la topique de l’autre« Topique et esthésie », in F. Parouty-David et Cl. Zilberberg, éds., Sémiotique et esthétique, op. cit. ; « Thymie et enthymème », in J. Fontanille, éd., « Les émotions : figures et configurations dynamiques », Semiotica, op. cit.. La recherche de Denis Bertrand à leur sujet vise à conjoindre les deux problématiques qui traversent le champ sémiotique, celle de la catégorisation sémantique d’un côté, celle de la perception et de la sensorialité de l’autre. La voie de cette convergence est étroite, mais, comme il le suggère, s'il était possible de la fonder, alors ses implications du côté de la théorie littéraire et de la connaissance des textes pourraient être importantes. Elle constitue en tout cas un des axes directeurs de son travail.

Opérativité de la sémiotique et pratiques sociales du discours