La Ferrari Lusso, parfois dénommée GTL ou GT/L — à ne pas confondre avec la Berlinetta Lusso, version spéciale de la 250 GT Berlinetta SWB — est une automobile de tourisme produite par le constructeur italien Ferrari. Déclinaison plus spacieuse et surtout plus luxueuseLe terme signifie en italien. de la berlinette , la Lusso, qui n'est pas destinée à la compétition en Grand Tourisme, est considérée comme l'un des plus élégants modèles de FerrariB. Laban, Ferrarissime, 250 GT Berlinetta Lusso, , . Consulté le 25 juin 2010.
Fidèle à la « tradition » Ferrari de l'époque, la Lusso est dessinée par le carrossier turinois Pininfarina et carrossée par Scaglietti. Bien que l'habitacle soit plus spacieux que celui de la , la GT Lusso demeure un coupé GT deux places, contrairement à la , coupé 2+2. Fabriquée pendant seulement dix-huit mois, de début 1963 à milieu 1964, elle est le dernier modèle de la génération des Ferrari .
Contexte et genèse Les expositions automobiles sont souvent l'occasion pour les constructeurs de présenter de nouveaux modèles au public. Ferrari profite ainsi de l'édition 1962 du Salon automobile de Paris pour dévoiler, sous forme de prototype, sa Lusso. Il s'agit d'un modèle déjà quasiment abouti, puisque seules des « modifications de détails » seront apportées par la suite.
Ce nouveau modèle est le moyen pour Ferrari d'une part de combler le « vide » laissé entre la sportive et le luxueux coupé 2+2 Les années 1950 sont marquées par l'évolution rapide des infrastructures routières, induisant une demande croissante d'automobiles plus rapides, plus équilibrées, connues sous le nom de « Grand Tourisme ». Strictes 2 places à l'avant et 2 places à l'arrière, ces GT sont dites « 2+2 »., et d'autre part — et surtout — de répondre aux nouvelles exigences des années 1960. En effet, les amateurs de sportives sont à cette époque plus friands de modèles « civilisés », c'est-à-dire confortables et spacieux, que radicalement sportifs, . Consulté le 25 juin 2010. Ferrari ne lésine d'ailleurs pas sur les finitions de la GTL, ce qui se ressent en ce qui concerne le poids : se situant entre et selon les finitions, celui-ci est assez élevé.
S'étendant sur une période exceptionnellement courte pour un modèle Ferrari, sa production en série commence en janvier 1963 et se termine en août 1964. Selon l'Américain Peter Coltrin, expert Ferrari de longue date, la construction de la Lusso a dû commencer peu de temps après la présentation du prototype du Salon de Paris .
Bien qu'elle ne soit pas destinée à la compétition, la Lusso fera quelques apparitions dans plusieurs épreuves sportives en 1964 et 1965, telles que la Targa Florio et le Tour de France. Dernier modèle de la série des , la GT Lusso sera produite à 351 exemplaires avant d'être remplacée par la Ferrari 275 GTB à la suite de l'augmentation de la cylindrée du moteur. À l'origine vendue , la GTL se négocie en 2010 à partir de .
Aspect extérieur vignette|gauche|L'importante lunette arrière offre à la GTL une excellente visibilité.|alt=Photographie de l'arrière d'une GT Lusso 2.
Reprenant certains traits esthétiques, et notamment aérodynamiques, des et , Pininfarina est à l'origine du design de la LussoLa 250 GT Lusso sera d'ailleurs la première Ferrari à disposer d'un écusson Pinin Farina sur sa carrosserie, habitude conservée par la suite par le designer turinois., que beaucoup considèrent comme l'une des plus belles Ferrari jamais produites ; elle saura d'ailleurs séduire des personnalités de l'époque telles que Steve McQueen.
Comme à l'habitude, la société Carrozzeria Scaglietti est chargée de la fabrication de la carrosserie. Celle-ci est réalisée en acier à l'exception des portes, du couvercle de coffre et du capot moteur, qui sont en aluminium . La poupe de la carrosserie, dans laquelle est sculpté un petit aileron — la devenant ainsi la première Ferrari de tourisme à intégrer des appendices aérodynamiques —, se termine par un abrupt arrière de style KammbackB. Laban, Ferrarissime, 250 GT Berlinetta Lusso, .
Typique des coupés, l'arrière court se caractérise par ailleurs par une lunette descendant en pente douce jusqu'à la poupe de l'automobile. Les surfaces vitrées, notamment la lunette arrière et les custodes triangulaires, sont particulièrement importantes et les montants très minces, offrant une excellente visibilité. La (hormis quelques rares versions, dont la version Speciale Berlinetta Coupe dessinée par Battista Pininfarina pour lui-même, qui disposent de deux phares carénés à l'image de ceux de la Ferrari California Spyder ) est équipée de quatre phares ronds à l'avant, . De nombreux détails de carrosserie font la particularité de la Lusso, comme la grille d'aération rectangulaire placée sur le capot, les ailes particulièrement galbées ou encore les pare-chocs chromés, essentiellement décoratifs et placés, à l'avant, verticalement sous chaque feu de position.
Habitacle vignette|droite|La planche de bord de la Lusso présente un dessin inhabituel pour son temps.|alt=Vue par la vitre de la portière avant droite de la planche de bord.
Déclinaison de luxe des , la Lusso dispose d'un habitacle spacieux, grâce notamment à un moteur avancé de quelques centimètres sur le train avantH. Lehbrink et al., Ferrari, 250 GT Lusso, ; c'est une modification inattendue à cette époque de la part de Ferrari, étant donné que les sportives doivent concentrer, autant que possible, le poids au centre de l'automobile. L'intégration de seulement deux places — et non quatre comme sur la — permet également de disposer de suffisamment de place derrière les profonds baquets pour y ajouter un plateau destiné à recevoir les bagages ; cet espace recouvert de cuir matelassé dispose d'ailleurs de lanières permettant de les attacher.
Si la Lusso était une sportive civilisée, elle était néanmoins « à recommander de préférence à des passagers jeunes et souples » en raison des dossiers de sièges dont l'inclinaison n'est pas réglable. À l'inverse, la profondeur du pédalier est réglable sur cinq centimètres, comme sur les versions de course. Le dessin du tableau de bord, recouvert de cuir souple et noir, est inhabituel : le tachymètre, dont la zone rouge commence à , et le compteur de vitesse sont placés au centre, légèrement orientés vers le conducteur, tandis que les cinq jauges supplémentaires se trouvent en face du conducteur, derrière le volant à trois branches Nardi en bois et en aluminium, disposé presque à la verticaleH. Lehbrink et al., Ferrari, 250 GT Lusso, .
Châssis, freins et suspensions vignette|droite|La Lusso conserve un empattement court de .|alt=Photographie du côté d'une GT, de nombreux spectateurs étant présent du côté opposé.
Contrairement à la , déclinaison « 2+2 » dont l'empattement atteint les , la GT Lusso est construite sur un empattement court de , identique à celui de la berlinette 250 GT. Le châssis adopte la structure tubulaire de la , en diminuant toutefois la section des tubes. De fait, le châssis pouvait, selon Brian Laban, auteur de Ferrarissime, « soutenir brillamment la comparaison avec celui des concurrentes ».
Au niveau des suspensions, la Lusso dispose de doubles triangles superposés et de ressorts hélicoïdaux à l'avant, tandis qu'un pont rigide, des ressorts à lames semi-elliptiques et des ressorts hélicoïdaux, concentriques à des amortisseurs télescopiques, équipent la suspension arrière. Le freinage est assuré par quatre freins à disque à commande hydraulique, placés derrière les jantes à rayon Borrani en aluminium poli à fixation par papillon central chromé.
Moteur et transmission vignette|gauche|La Lusso est mue par le célèbre V12 ouvert à 60°.|alt=GT présentée de trois quarts, le capot avant relevé pour présenter le moteur.
Animée par le moteur V12 « Colombo » d'une cylindrée de trois litres ( exactement), la Lusso développe une puissance de à et de couple à . Elle atteint une vitesse maximale de , devenant par conséquent l'automobile de tourisme la plus rapide de l'époque, . Consulté le 26 juin 2010, et n'a besoin que de 7 à 8 secondes pour accélérer de 0 à . Certains composants, comme les soupapes et le vilebrequin, sont issus du moteur de la tandis que d'autres, tels que les pistons et le bloc-cylindres, proviennent de la .
Le moteur est tout aussi « civilisé » que l'habitacle, étant donné qu'il n'est muni que d'un seul arbre à cames en tête par banc de cylindres, entraîné par chaîne, de deux soupapes par cylindre et de trois carburateurs Weber double corps placés au sommet du V, contre six habituellement sur les versions plus sportivesB. Laban, Ferrarissime, 250 GT Berlinetta Lusso, .
Ce V12 souffre néanmoins d'importantes émissions de fumée lors de fortes accélérations — c'est d'ailleurs pour cette raison que Steve McQueen, irrité par les fumées persistantes en dépit d'une réparation du moteur, se séparera de sa GTL en 1967 — et de vibrations aux alentours de H. Lehbrink et al., Ferrari, 250 GT Lusso, . La boîte de vitesses synchronisée accuse également quelques faiblesses, étant donné qu'elle n'est dotée que de quatre rapports, dont le premier s'avère être un peu long afin d'améliorer le 0 à B. Laban, Ferrarissime, 250 GT Berlinetta Lusso, .
Compétition En 1963, une Ferrari 250 GT Lusso inscrite sous le dossard n° 5 est initialement engagée aux de Spa, mais le pilote ne se présente pas au départ.
En 1964, un équipage portant le dossard n° 120, engageant une Ferrari 250 GT Lusso à la course de la Targa Florio, termine à la du classement général. Le suisse Robert Blouin, alors propriétaire du châssis « 4965GT », décide d’engager sa Ferrari 250 GT Lusso dans diverses compétitions, notamment la Targa Florio où il franchit la ligne d'arrivée après la limite de temps et termine non classé.
Résultats en compétition Tableau synthétique des résultats de la Ferrari 250 GT Lusso en compétition : AnnéeCourseNumérode courseChâssisPilotesÉcurieRésultat1964Grand Rallye National de l’Ouest1074965GTRobert Blouin??Grand Prix de Spa-Francorchamps334965GTRobert Blouin??Grand Prix de Paris484965GTRobert Blouin??Targa Florio (1964)120?Taormina / TacciBaldassare TaorminaPrix de Paris?4965GTRobert Blouinpas de nom d'équipe?Grand Prix de Zolder45367GTCharly Müllerpas de nom d'équipeHill Climb Freiburg625367GTCharly MüllerScuderia Sant AmbroeusHill Climb Sierre Montagna1615367GTCharly MüllerCharly MüllerTour de France1675367GTCharly Müller / WalterCharly Müller1965Targa Florio (1965)1164965GTRobert Blouin / SauerNon classé500 kilomètres de Spa304965GTRobert BlouinHill Climb Ollon-Villars1315367GTCharly MüllerScuderia FilipinettiHill Climb Ollon-Villars133?Daniel SiebenmannEcuire Biennoise
Héritage La Lusso est la dernière représentante de la lignée des Ferrari 250, commencée en 1952 avec la : la fin de sa production en 1964 annonce le début d'une nouvelle génération de Ferrari, toujours plus luxueuses et raffinées, celle des Ferrari 275 et 330.
La Ferrari Lusso marque également l'aboutissement de la stratégie commerciale d'Enzo Ferrari, selon laquelle « Ferrari vendait des voitures de course, des voitures de course doublées de routières, des routières pouvant faire de la compétition, et des routières tout courtB. Laban, Ferrarissime, 250 GTE (250 GT 2+2), ». Si de cette manière, Ferrari est devenu un constructeur automobile à part entière et s'est constitué une importante clientèle, son seul objectif était en réalité de financer sa passion pour la compétition automobile.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
Voir aussi
Articles connexes Liste des automobiles Ferrari Ferrari 250 GT Berlinetta SWB Ferrari 250 GTE
Liens externes
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