Le Geai des chênes (Garrulus glandarius) est une espèce de passereaux de la famille des Corvidae.
Morphologie alt=|vignette|Geai des chênes en vol.
Mensurations La femelle et le mâle ne se distinguent que par la taille, , plus modeste chez la femelle. Cet oiseau peut peser de .
Plumage thumb|gauche
Plumage des adultes Le Geai des chênes est reconnaissable à son plumage coloré, rayé de noir et blanc sur la tête, dont les plumes peuvent se dresser (huppe érectile). Son bec est prolongé par une bande noire sous l'œil qui donne l'impression qu'il porte des sortes de moustaches noires.
Son corps est brun rosé sur le dessus et brun plus clair sur le dessous, sa queue est noire, son croupion et son bas-ventre blancs, ses rémiges primaires des ailes sont bleu vif et noir.
Plumage des juvéniles Le plumage des jeunes n'est complet qu'au bout d'une vingtaine de jours, et se révèle plus terne que celui des adultes. Ils ne possèdent que quelques stries blanches et noires au sommet de la tête, alors que les adultes en possèdent une dizaine, et la marque noire qui prolonge le bec est moins marquée que chez les adultes.
Plumage des sous-espèces Les différentes sous-espèces se distinguent notamment par certaines particularités du plumage.
Étude du plumage vignette|Geai des chênes au jardin du Luxembourg. En 2015, une équipe de scientifiques de l'université de Sheffield découvre au cours de recherches menées au synchrotron le secret de la couleur inaltérable de la matière vivante qui ne ternit pas avec le temps. En étudiant les plumes du Geai des chênes, ils comprennent que leurs couleurs vives sont dues à la structure spongieuse de leur matière : celle-ci est composée d'orifices dont la taille et la distance qui les sépare déterminent la couleur. La taille et la densité des cavités déterminent en effet la façon dont l'onde de lumière est renvoyée, et donc la couleur perçue. Au cours des recherches, les scientifiques découvrent que l'animal est même capable de modifier cette taille, déterminant ainsi la couleur qu'il renvoie. Cette découverte de la disposition de la nanostructure des plumes d'oiseau ouvre de nouvelles perspectives industrielles dans la création de couleurs synthétiques pour les peintures et les vêtements, qui ne terniraient plus.
Yeux vignette|gauche|Tête d'un Geai des chênes. Une autre différence entre les individus adultes et juvéniles est la couleur de l'iris, gris foncé chez les jeunes et bleu vif chez l'adulte.
Espèces ressemblantes Parmi les espèces proches du Geai des chênes figurent d'autres passereaux : la Pie bavarde (Pica pica), un peu plus grande, au plumage noir, au ventre blanc, avec une tache ovale et blanche sur chaque épaule, une queue longue et noire à reflets pourpres et verts ; le Cassenoix moucheté, de la même taille que le Geai, au plumage brun foncé moucheté de blanc, avec une calotte brun foncé sur la tête et le dessous de la queue blanc.
Un autre oiseau lui ressemble aussi : la Huppe fasciée (Upupa epops) qui se distingue du Geai des chênes par un bec beaucoup plus long, un plumage plutôt rose orangé, noir et blanc sans trace de noir et une haute touffe de plumes orangées.
Comportement Locomotion vignette|Geai des chênes à une mangeoire (Lot). Son envergure est de . Déployées, ses ailes révèlent des marques blanches et bleues. Son vol est direct mais irrégulier.
Régime alimentaire / alimentation Le geai, comme la plupart des espèces, a une alimentation qui varie selon la saison mais, surtout, il fait partie des rares espèces d'oiseaux (Casse-noix moucheté...) qui « thésaurisent », c'est-à-dire qui stockent de la nourriture (glands, faines...) pour l'hiver et le printemps. Il peut le faire presque toute l'année, mais c'est en automne qu'il y consacre le plus de temps et d'attentionClayton, N. S., Mellor, R. & Jackson, A. (1996), Seasonal patterns of food storing in the Jay Garrulus glandarius. Ibis, 138: 250–255. doi: 10.1111/j.1474-919X.1996.tb04336.x (Résumé)..
vignette|gauche|Geai transportant un gland.|247x247px Son régime alimentaire est omnivore : comme les mésanges et les moineaux, il se nourrit de larves et d'insectes, mais il a aussi une alimentation végétale (glands, noix, châtaignes...). En automne, à partir de septembre, le geai va à la glandée et transporte des glands toute la journée quand ces fruits abondent. Il affectionne particulièrement les glands des chênes qu'il cache pour l'hiver, et en particulier du chêne pédonculé. Il se régale de préférence de glands qu'il sélectionne rigoureusement en fonction de leur maturité, de leur taille et de leur qualité, et dont il veille à ce qu'ils soient exempts de parasites. Au printemps et en été, il se nourrit des glands enterrés et qui ont germé, mais aussi d'autres graines diverses, qu'il n'hésite pas à aller chercher dans les cultures à la lisière des bois. Il peut également picorer des grains de raisins sur les vignes. Il apprécie particulièrement le maïs, qui dans certaines zones est devenu une part importante de sa consommation, mais il n'est pas réellement considéré comme nuisible du fait que ses prélèvements sont suffisamment limités et localisés.
vignette|alt=Geai mangeant un oisillon.|Geai mangeant un oisillon. Plus un milieu (y compris forestier) est « fragmenté », plus ce type de prédation augmente. vignette|Geai des chênes attrapant une groseille. Comme tous les corvidés, et de nombreuses autres espèces forestières, il est à l'occasion prédateur d'autres oiseaux (au printemps notamment) ; il n'hésite pas à s'attaquer aux nids de petits oiseaux (fauvettes par exemple) pour manger leurs œufs voire des oisillons (plus rarement). Il peut voler un œuf en quelques secondes Thomas Schaefer (2004), Video monitoring of shrub-nests reveals nest predators : Capsule Jays Garrulus glandarius are the most common predators, but carnivorous mammals and some other species also predate nests, Bird Study (2004) 51, 170–177; 29 Mar 2010, Publisher: Taylor & Francis.. C'est l'origine de sa réputation de pilleurs de nids. Le degré de prédation par les geais de nids artificiels contenant des œufs, disposés le long d'un gradient allant de milieux ruraux ouverts à la forêt dense, est lié à la nature du milieu : plus le milieu est ouvert et écologiquement fragmenté, plus cette prédation est importante (ceci vaut aussi pour les autres corvidés). De même en forêt, plus la fragmentation forestière est importante, plus le geai est prédateur de nids, selon une étude effectuée en Suède en 1992Andren, Henrik. 1992. Corvid Density and Nest Predation in Relation to Forest Fragmentation: A Landscape Perspective. Ecology 73:794–804. https://dx.doi.org/10.2307/1940158 (résumé et )..
Pourquoi Geai « des chênes » ? Sous son bec, le Geai des chênes possède une petite poche dans laquelle il peut aisément stocker les graines qu'il récolte. La capacité de cette poche est de quatre à sept glands. qu'il peut ainsi transporter avant de les cacher dans le domaine où il niche, car tout au long de l'automne, il se constitue des réserves, qu'il dissimule sous des racines, des mousses, à l'intérieur de souches d'arbre ou même sous le tapis de feuilles. Pour retrouver ses réserves, il a la capacité de mémoriser des points de repère qu'il observe soigneusement. Lorsque les points de repère ne sont pas suffisants, il va jusqu'à placer à côté de sa cachette des petits cailloux qu'il utilisera comme autant de balises.. Si ses points de repère sont déplacés ou disparaissent, le Geai des chênes devient incapable de retrouver la cachette de ses réserves, la moitié des glands enterrés germant et donnant une plantule apte à la survie. Il a été estimé qu'un seul geai enfouit chaque année près de , ce qui fait de lui le premier reboiseur européen de chênes.
Dans les parcs et jardins des villes, il se nourrit également d'arachides, vers, légumes, céréales, noix et baies variées.
Comportement social
Comportement territorial L'espèce est très territoriale. Dès qu'un couple est formé, il défend son territoire contre ses congénères. Les couples « dominants » cherchent à utiliser les meilleures zones de reproduction (forêt dense), laissant les milieux moins favorables aux autres. Cette répartition avec accès inégal aux ressources pourrait jouer un rôle de mécanisme d'autorégulation des populationsL. Henrik Andrén, Despotic Distribution, Unequal Reproductive Success, and Population Regulation in the Jay Garrulus Glandarius ; Ecology Vol. 71, No. 5 (Oct., 1990), pp. 1796-1803 publié par : Ecological Society of America (Résumé et ).
Vocalisations vignette|Chants puis cris de geai des chênes (Paris, 2016). Les vocalisations du Geai des chênes sont très variées, passant de cris rauques, brefs, forts et stridents aux gloussements, sifflements et parfois même à des espèces de miaulements. On dit que le geai garrule, cacarde, cajole, cageole, frigulote ou jase.
C'est un bon imitateur et il a la capacité de reproduire des chants ou des cris d'autres oiseaux et même de mammifères comme le chat ou le cheval. À la fin de l'hiver et au début du printemps, il émet une multitude de sons inspirés de ceux qu'il a entendus dans la forêt ou à sa lisière.
C'est au printemps, fin mars et début avril lors de la période de reproduction, que son chant devient le plus mélodieux et il l'utilise comme outil de communication avec ses congénères jusqu'à la formation des couples. Dès que la couvaison commence, le geai des chênes devient pratiquement silencieux, et n'émet plus qu'un léger gazouillement.
Le Geai est un oiseau « guetteur » dont le cri strident est réputé alerter ses congénères, mais aussi une partie des animaux sympatriques du sous-bois et de la forêt à l'approche d'un prédateur ou d'un intrus (comme un promeneur). On a par exemple montré que ce cri est bien perçu comme une alerte par l'écureuil rouxRandler, C. (2006), Red Squirrels (Sciurus vulgaris) Respond to Alarm Calls of Eurasian Jays (Garrulus glandarius). Ethology, 112: 411–416. doi: 10.1111/j.1439-0310.2006.01191.x (Résumé). De même, les renards ou les chasseurs savent exploiter ces informations. La valeur hautement interspécifique des cris de Geai des chênes justifie le surnom de « sentinelle de la forêt » attribué à cette espèce.
Reproduction
Parade nuptiale Lors de la parade nuptiale, le mâle hérisse les plumes de la calotte, du croupion et du ventre, tout en écartant les ailes afin d'en exhiber le blanc du miroir et le bleu des couvertures alaires. La femelle, alors en posture d'accouplement, ailes frémissantes et étalées, corps penché en avant, dresse les plumes blanches du croupion.
Nidification Le couple de geais installe son nid au creux d'une fourche, dans un trou ou contre un tronc, de préférence dans les bocages, les bois ou les forêts dans un arbre feuillu (hêtre, chêne) ou un conifère. Le couple construit une coupe avec des brindilles et des tiges auxquelles sont incorporés de la terre, des racines fines et du crin.
La femelle fait d'avril à juin une ponte annuelle comprenant de trois à six œufs de couleur verdâtre, que le couple couve 16 ou . Les jeunes sont nidicoles et quittent le nid entre le et le .
Répartition et habitat
Habitat Le Geai des chênes niche de préférence dans les bocages et dans les bois (feuillus aussi bien que conifères, également en altitude), mais peut aussi vivre dans les parcs et jardins des villes, petites et même grandes.
Observation dans son habitat L'observation du Geai des chênes est assez facile, toute l'année, mais plus aisée en zone urbaine qu'en forêt. En ville, il semble le plus actif, tôt le matin. On peut aussi le rencontrer, en hiver, en petits groupes fréquentant les mangeoires et réserves de boules de graisse jusqu'aux abords des maisons d'habitation où il se laisse parfois approcher.
Répartition